L'île de Gorée., ou simplement Gorée, est à la fois une île de l'océan Atlantique située dans la baie de Dakar. et l'une des 19 communes d'arrondissement de la capitale du Sénégal. C'est un lieu symbolique de la mémoire de la traite négrière en Afrique, reconnu officiellement par l'Organisation des Nations unies (ONU) en 1978. Gorée, « île-mémoire » de cette tragédie, fut ainsi l'un des tout premiers lieux à être portés sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Histoire

Possession hollandaise Le navigateur portugais Dinis Dias atteint l'île de Gorée en 1444, qu'il baptise « Palma »Joseph-Roger de Benoist, Histoire de l'Église catholique au Sénégal, KARTHALA Éditions, 2008, , . Les Hollandais s'emparent de Gorée en 1588 et la baptisent Goede Reede, « la bonne rade », étymon du nom actuel.

Comptoir français disputé par les Anglais

Implantation en 1677 Les Français s'implantent sur l'île le Robert Davoine, Tombouctou : fascination et malédiction d'une ville mythique, Éditions L'Harmattan, 2003 , mais les Britanniques leur disputent cette position jusqu'à la paix d'Amiens en 1802. L'île fut occupée par les Anglais de 1804 à 1817 puis rendue à la France. centré|vignette|399x399px|Plan de l'île de Gorée au début du , gravé par François Baillieul l'Ainé.

Fort de traite La traite des esclaves perdure pendant trois siècles sur les côtes africaines (Gambie, Saint-Louis du Sénégal, Bénin, Ghana…). Les centres concentrationnaires des esclaves africains en partance pour l'Amérique se situent surtout à Saint-Louis, point de convergence du commerce triangulaire.

À Gorée, l'ancienne demeure de la signare Anna Colas Pépin (nièce d'Anne Pépin), connue dans le monde entier sous le nom de Maison des Esclaves, est un lieu plus symbolique qu'historique. Cependant, l'île de Gorée reste une place qui a joué un rôle non négligeable dans la traite, par la présence de captiveries françaises et le nombre d'esclaves déportés (environ 500 par an entre 1726 et 1755 et entre 1761 et 1848). L'historien américain estime ce nombre entre 900 et annuellement.

gauche|vignette|redresse|Hostellerie du chevalier de Boufflers sur l’île de Gorée.

En 1785, le chevalier de Boufflers, alors gouverneur de tous les établissements de côte d'Afrique, fait de Gorée sa résidence. En son « Palais royal », il organise de fastueuses réceptions. Dans la correspondance amoureuse qu'il entretient avec de Sabran, il décrit la putréfaction des cadavres d'esclaves :Les propriétaires des villages négriers sur le continent où étaient stockés les captifs étaient les rois Wolof du Cayor et les rois Toucouleurs du haut fleuve Sénégal. On trouve aux Archives nationales de France, ainsi qu'à la Bibliothèque nationale François-Mitterrand, les informations concernant ces rois négriers et la macabre comptabilité de ce commerce.

gauche|vignette|redresse|Représentation d'une révolte à bord d'un navire négrier.

Les rois du Cayor se heurtèrent néanmoins à une forte résistance des Lébous et des Sérères habitant la petite côte du Sénégal, lesquels furent décrits dès le début du par le navigateur Alvise Cadamosto comme des peuples refusant de vendre des esclaves. De même, des révoltes éclatent à bord des navires négriers. Sur le navire l'Avrillon, encore au large de Gorée, ont été embarqués. Alors que quelques-uns sont déferrés pour aider à la manœuvre du navire, ceux-ci en profitent pour enlever les goupilles des fers de leurs camarades. La plupart des officiers et matelots sont massacrés, tandis que les survivants et le lieutenant sont retranchés sur l'arrière. De là ils tuent à coups de fusil et de canon à mitraille, et obtiennent la reddition des autres.

En parallèle du commerce des esclaves contrôlé par l'administration des Rois de France et d'Angleterre, le commerce de la gomme, de l'arachide, des peaux, de l'or du Galam, des épices pauvres ainsi que la fourniture d'ouvriers qualifiés (charpentiers, maçons…) assurent la prospérité économique des signares de l'île de Gorée du au . Ce sont eux, en particulier Anna Colas Pépin, qui lanceront le commerce de l'arachide au Sénégal en 1841 à Rufisque, entraînant le développement économique de ce village qui deviendra une ville.

Déclin à partir de seconde moitié du gauche|vignette|Ville et débarcadère de Gorée en 1887. Avec la fondation de Dakar en 1857, à la demande des notables métis de l'île, signares en tête, Gorée perd progressivement de son importance. En 1872 l'administration coloniale française crée les deux communes de Saint-Louis et Gorée, les deux premières communes d'Afrique de l'ouest sur le modèle occidental, dotées exactement du même statut que les autres communes françaises (statut ultérieurement étendu à Dakar et Rufisque : les quatre communes). Dakar, sur le continent, fait partie de la commune de Gorée, dont l'administration se trouvait sur l'île. Cependant, dès 1887, Dakar est détachée et devient une commune de plein exercice. Celle de Gorée en est réduite à sa petite île.

En 1891, la population de Gorée s'élève à contre pour Dakar. En 1926, l'écart s'accentua : les Goréens ne sont plus que 700, alors que la population de Dakar atteint . C'est ainsi que la fusion de Gorée avec Dakar est décidée en 1929. La commune de Gorée disparaît et Gorée n'est plus désormais qu'une petite île sur la commune de Dakar. Le lieutenant Robert Gaffiot publie en 1933 un ouvrage dont le titre reflète bien ce déclassement : Gorée, capitale déchue.

Administration thumb|left|Le débarcadère. thumb|left|Port de l'île de Gorée, et en arrière-plan, le Castel. En 1996 le Parlement se prononce en faveur d'une profonde réforme de l'organisation territoriale du Sénégal. Dans le cadre de cette politique de décentralisation, la commune de Dakar, devenue trop étendue et trop peuplée, se voit divisée en 19 communes d'arrondissement, auxquelles des pouvoirs plus grands sont conférés.

Pour la commune de Gorée c'est une sorte de résurrection. Avec le titre de « Commune d'Arrondissement de l'île de Gorée », elle reprend possession des bâtiments de l'ancien hôtel de ville au centre de l'île, un édifice qui avait hébergé la mairie de la précédente commune de Gorée entre 1872 et 1929.

Cette nouvelle orientation est l'une des réalisations majeures de l'équipe municipale, dirigée successivement par Augustin Ly, puis Urbain Diagne à partir de 1975.

Sous le mandat d'Urbain Diagne, militaire de carrière et adjoint spécial au Maire de Dakar chargé de Gorée à partir de 1980, qui s'achèvera par sa retraite politique en 2001, Gorée renaît notamment par sa classification sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco (1978) avec le concours de son Secrétaire Général, le Sénégalais Amadou-Mahtar M'Bow et d'Abdou Diouf, alors Premier Ministre de Léopold Senghor. L'île retrouve son cachet d'antan : rénovation des bâtiments et infrastructure adaptée aux normes architecturales d'origine, re-fleurissement par l'Association des Amis de la Nature présidée alors par Maître Marie-Josée Crespin.

Sur le plan sanitaire, Gorée est désormais dotée d'un dispensaire rénové par l'ordre souverain de Malte, dont Urbain Diagne est chevalier de grâce, membre de l'unique commanderie d'Afrique basée au Sénégal.

L'île se modernise et s'ouvre au monde par de nombreux jumelages avec d'autres villes également chargées d'Histoire : Drancy (France), Robben Island (Afrique du Sud), Sainte-Anne (Martinique), Lamentin (Guadeloupe). Gorée est désormais un lieu de passage et de recueillement obligé pour les grands de ce monde en visite officielle au Sénégal (Jean-Paul II, Bill Clinton, Yasser Arafat…).

vignette|upright .6|left|Augustin Senghor, maire de Gorée. Elle devient également un lieu d'intense activité culturelle (festivals de jazz, expositions...) et intellectuelle (Université des Mutants, Fondation Soros, Maison d'éducation Mariama Bâ).

Gorée est alors un symbole de brassage ethnique et culturel, mêlant des habitants de toutes les régions du globe, et de tolérance religieuse, à l'image de la composition des familles multiconfessionnelles et métissées qui y vivent.

Cohabitent harmonieusement les communautés musulmane et chrétienne. On peut ainsi voir, traditionnellement, l'imam assister à la messe de la fête patronale Saint-Charles Borromée ou le curé prier à la mosquée lors de la fête de l'Aïd El Kebir (Tabaski).

Désormais, la commune d'arrondissement de Gorée est gérée par un conseil municipal, démocratiquement élu tous les cinq ans et d'un maire élu par les membres de ce Conseil.

Le maire actuel est Maître Augustin Senghor, élu en 2002, puis réélu en 2009. Président de l'Union sportive de Gorée, il est également membre du Rassemblement des écologistes du Sénégal - Les Verts et premier maire écologiste du pays.

La commune est rattachée à l'arrondissement de Dakar Plateau. Elle fait partie du département de Dakar dans la région de Dakar.

Maires de Gorée Période Identité Parti Qualité 1980 - 2002 Urbain Alexandre Diagne (1922-2010) Adjoint spécial au maire de Dakar, chargé de Gorée (1980 - 1996) Maire de Gorée (1996 - 2002)

Maire honoraire (2002 - 2010)

Officier d'état major, membre des Pères fondateurs des forces armées sénégalaises (1962 - 1975) - Commandant adjoint du Prytannée militaire de Saint-Louis du Sénégal

Ancien combattant et officier du régiment des tirailleurs sénégalais (Seconde Guerre mondiale, Indochine, Algérie 1942 - 1962)

Président de l'Union nationale des anciens combattants du Sénégal

Sélectionneur de l'Équipe nationale de football du Sénégal (1963) depuis 2002 Augustin Senghor RES Président de l'Union sportive de Gorée Président de la Fédération sénégalaise de football

Géographie vignette|Vue de l'île de Gorée depuis le bateau. À vol d'oiseau, les localités les plus proches sont Dial Diop, Dakar-Plateau, Dakar, Bel Air, Thiaroye-sur-mer, Mbao, Diokoul, Keuri Souf, Tiawlene, Bargny Guedj, Minam, Yene Tode, Toubab Dialo, Tilène et Keur Dib.

Physique géologique

Gorée se trouvant au centre de la rade que forme la côte sud de la presqu'île du Cap-Vert, à l'abri des vents atlantiques, elle constitue depuis longtemps un abri sûr pour le mouillage des navires. D'origine volcanique, cette île rocheuse est formée de laves refroidies, comme en témoigne l'utilisation du basalte pour diverses constructions. Elle est surplombée au sud par un plateau granitique. Dans l'anse de Gorée près du port une petite plage de sable bénéficie d'une eau claire et de vagues modérées. L'eau y est un peu plus fraîche que sur les plages du continent.

Outre les paysages, des températures variant entre l'hiver et l'été, une végétation constituée notamment de palmiers, de baobabs, de bougainvillées et d'hibiscus contribuent à créer un cadre naturel des plus agréables.

Cependant, plusieurs bâtiments sont menacés par le lent travail de corrosion de la mer.

Population

thumb|Garçon sénégalais à Gorée. Comme dans la presqu'île du Cap-Vert, les premiers habitants étaient des Lébous. Comme à Saint-Louis, les Européens, principalement français, se sont installés en nombre sur l'ile et se sont métissés avec la population locale créant ainsi la classe des signares.

La plus grande partie de la population est musulmane, mais les catholiques sont également présents

Lors du recensement de 2023 ; Gorée comptait dont . La commune compte quatre (4) quartiers que sont : Mbambara, Ponty, Tonghor et Castel constitués de 290 ménages et 170 concessions.

Activités économiques Les premiers occupants étaient pêcheurs. Par la suite, l'île a connu une véritable prospérité économique, notamment liée au commerce. Aujourd'hui, le tourisme et ses dérivés constituent ses principales ressources.

Patrimoine et sites touristiques