Jean Eustache est un réalisateur français, né le à Pessac et mort le à Paris.
Proche de la rédaction des Cahiers du cinéma et des réalisateurs de la Nouvelle Vague, il passe à la réalisation en 1963 avec Les Mauvaises Fréquentations puis tourne, en 1965 à Narbonne, Le père Noël a les yeux bleus.
En 1972, il réalise La Maman et la Putain qui obtient le grand prix au festival de Cannes 1973. Après ce succès, Eustache met en scène son enfance à Narbonne dans Mes petites amoureuses, film sorti en 1974 dont le succès est moindre. Par la suite, il ne parvient pas à tourner un nouveau long métrage.
Biographie Jeunesse Jean Eustache naît à Pessac en 1938, son père, ouvrier communiste, est maçon... Après le divorce de ses parents, il est d'abord élevé par sa grand-mère maternelle Odette Robert avant de rejoindre sa mère à Narbonne en 1951-1952 où il passe un CAP d'électricien.. Il arrive à Paris en 1957 et travaille à la SNCF comme ouvrier spécialisé. Cinéphile, il fréquente la Cinémathèque française le week-end.
Refusant de partir en Algérie, il fait une tentative de suicide en s'ouvrant les veines et passe un an en hôpital psychiatrique.
Il épouse Jeanne Delos avec qui il a deux fils, Patrick et Boris.
Cinéma À la Cinémathèque française, et par l'intermédiaire de sa femme qui travaille comme secrétaire aux Cahiers du cinéma, il rencontre les principaux protagonistes de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard, Éric Rohmer, Jean Douchet, Jean-Pierre Léaud et Paul Vecchiali. En 1962, il assiste au tournage de La Boulangère de Monceau d'Éric Rohmer et du Mannequin de Belleville de Jean Douchet...
Grâce à Paul Vecchiali, il peut réaliser La Soirée, son premier court métrage, en 1962. À l'hiver 1963, il tourne un moyen métrage, Du côté de Robinson, plus connu sous le nom Les Mauvaises Fréquentations. Le film raconte l'histoire de deux copains, d'origine modeste, qui s'ennuient dans les rues de Paris. Ils y abordent une fille et l'emmènent au dancing. La fille finit par danser avec un autre garçon. Pour se venger, ils lui volent son portefeuille.
À l'hiver 1965-1966, il réalise à Narbonne un second moyen métrage, Le père Noël a les yeux bleus, avec des chutes de pellicule du film Masculin féminin de Jean-Luc Godard.. Le film raconte l'histoire d'un jeune homme, Daniel (Jean-Pierre Léaud), qui, pour se payer un duffel-coat, accepte la proposition d'un photographe de se déguiser en père Noël pour poser dans la rue avec les passants.
En 1966, il travaille comme monteur pour la série de trois émissions que Jacques Rivette réalise sur Jean Renoir, Jean Renoir, le patron dans le cadre de la série Cinéastes de notre temps produite par Janine Bazin et André S. Labarthe. puis pour l'émission consacrée à Murnau..
Jean Eustache se sépare de sa femme en 1967. Il vit ensuite une histoire d'amour avec Françoise Lebrun qui sera l'une des deux principales actrices de La Maman et la Putain. Il tourne alors la première version de La Rosière de Pessac, le documentaire Le Cochon avec Jean-Michel Barjol et Numéro Zéro, un film sur sa grand-mère, Odette Robert, qu'il filme en continu grâce à deux caméras fixes qui permettent d'avoir un film « en temps réel ». Après une projection privée devant un petit nombre de proches, dont Jean-Marie Straub, Eustache lui-même décide de ne pas diffuser Numéro Zéro. En 1980, il accepte de le diffuser en version courte (54 min) sous le titre Odette Robert à la télévision. Le cinéaste Pedro Costa, qui a entendu parler du film par Jean-Marie Straub, retrouve et restaure une version du film et permet ainsi la sortie en salle en 2003., qui fait ..
La Maman et la Putain En 1972, Eustache écrit et tourne son film autobiographique La Maman et la Putain, d'une durée finale de . L'histoire, qui s'inspire de sa vie réelle immédiate et notamment de son histoire d'amour avec Catherine Garnier, raconte quelques jours de la vie d'un jeune homme oisif, Alexandre (Jean-Pierre Léaud), qui passe sa vie à discuter dans les cafés. Vivant chez sa maîtresse, Marie (Bernadette Lafont), il tente désespérément de persuader son ancienne petite amie, Gilberte (Isabelle Weingarten), de revenir avec lui et sort avec Veronika (Françoise Lebrun), une infirmière abordée dans la rue. En 1973, le film, sélectionné au festival de Cannes, obtient le grand prix spécial du jury présidé par Ingrid Bergman - qui déteste le film - dans un climat houleuxBernadette Lafont, Le Roman de ma vie, Flammarion, 1997, p. 286.. Il divise la critique : Jean-Louis Bory (Le Nouvel Observateur), par exemple, n'apprécie ni le film, ni le style de jeu de Léaud qui selon lui Juste après Cannes, Catherine Garnier se suicide et Eustache passe quelque temps en maison de repos. Le film fait ..
La Maman et la Putain est devenu un film culte. Ainsi, dans son histoire du cinéma français, Jean-Michel Frodon le considère comme un des plus beaux films du cinéma français.
Le succès relatif du film permet à Eustache de tourner Mes petites amoureuses dans de bonnes conditions. Le film raconte l'enfance et l'adolescence de Daniel dans un petit village proche de Bordeaux auprès de sa grand-mère, puis à Narbonne auprès de sa mère. Le film s'inspire de la jeunesse du cinéaste à Narbonne.. À l'inverse du précédent, le film comporte beaucoup moins de dialogues. Il ne rencontre qu'un faible succès ()..
Eustache joue dans L'Ami américain (1977) de Wim Wenders, puis dans La Tortue sur le dos (1978) de Luc Béraud.
Il tourne aussi Une sale histoire (1977) et la deuxième version de La Rosière de Pessac, intitulée La Rosière de Pessac 79.
Mort En , en Grèce, il chute du haut d'une terrasse et se brise une jambe. Cloîtré chez lui de longs mois, il apprend qu’il boitera toute sa vie.. En pleine dépression, il se suicide le Un jour avant la date anniversaire du suicide de Jacques Rigaut, auteur cité par Eustache, le 6 novembre 1929., dans son appartement du 106 rue Nollet, à Paris, en se tirant une balle de pistolet dans le cœur. Sur la porte de la chambre, il a punaisé une carte sur laquelle il a laissé ces mots lapidaires :
Il avait plusieurs projets en cours dont Peine perdue., La rue s'allume avec Jean-François Ajion, la suite de La Maman et la Putain et Un moment d'absence avec Sylvie Durastanti.Sylvie Durastanti est écrivaine et traductrice. Durant les dernières années de la vie de Jean Eustache, elle était sa compagne. Elle a écrit pour lui deux scénarios, dont Nous Deux, publié aux éditions Tristram en 2022.Voir : L'Heure bleue, France Culture, par Laure Adler, le ..
Il est inhumé au cimetière parisien de Bagneux (division 94).
Analyse de l’œuvre Aspect autobiographique L'œuvre de Jean Eustache s'inspire largement de sa vie réelle (Les Mauvaises Fréquentations, Le père Noël a les yeux bleus, La Maman et la Putain, Mes petites amoureuses). Mes petites amoureuses raconte la fin de son enfance à Pessac et à Narbonne.. La Maman et la Putain s'inspire directement de sa vie au moment même où il tourne le film et plus particulièrement de sa rupture avec Françoise Lebrun, de sa vie avec Catherine Garnier et de son amour pour Marinka Matuszewski.
Travail avec les acteurs Jean Eustache écrit des textes précis et demande que les acteurs respectent le texte. Dans un entretien avec Sylvie Blum et Jérôme Prieur, il explique : Dans un entretien donné à la revue So Film en 2012, Jean-Pierre Léaud raconte que, sur le tournage de La Maman et la Putain, Jean Eustache était intraitable avec les acteurs et voulait absolument que le texte, particulièrement long et dense, soit connu au mot et à la virgule près. L'exigence était d'autant plus grande qu'il n'y avait qu'une seule prise par plan..
Dans Bernadette Lafont, une vie de cinéma (Atelier Baie, 2013), Bernadette Lafont évoque le rapport d'Eustache aux acteurs : .
Filmographie Réalisateur 1963 : La Soirée, inachevé 1964 : Les Mauvaises Fréquentations, 42 minutes (premier titre, film en 16 mm)Également connu sous le titre Du côté de Robinson (second titre, film gonflé en 35 mm). 1966 : Le père Noël a les yeux bleus, 47 minutes 1968 : La Rosière de Pessac, 65 minutes 1969 : Deux films de 26 minutes chacun, réalisés pour la télévision : Sur Le Dernier des hommes de Murnau À propos de La Petite Marchande d'allumettes de Jean Renoir 1970 : Le Cochon, 65 minutes, coréalisé avec Jean-Michel Barjol 1971 : Numéro zéro, En 1980, Eustache a accepté de diffuser une version courte du film (54 min) à la télévision sous le titre Odette Robert. 1973 : La Maman et la Putain,
1974 : Mes petites amoureuses, 1977 : Une sale histoire, volet document : 22 minutes et volet fiction : 28 minutes 1979 : La Rosière de Pessac 79, 67 minutes 1980 : Le Jardin des délices de Jérôme Bosch, 34 minutes 1980 : Offre d'emploi, 18 minutes 1980 : Les Photos d'Alix, 18 minutes, avec Alix Cléo Roubaud et Boris Eustache
Monteur Dedans Paris de Philippe Théaudière Les Taches de Raymonde Baaudry-Delahaye 1964 : Séquence de flamenco dans Octobre à Madrid de Marcel HanounConférence de la critique de cinéma Stéphanie Serre sur Marcel Hanoun à la Cinémathèque française le 6 mai 2010.Il est crédité comme assistant monteur au générique. 1966 : L'Accompagnement de Jean-André Fieschi 1966 : Jean Renoir, le Patron de Jacques Rivette pour la télévision 1968 : Les Idoles de Marc'O 1971 : Une aventure de Billy le Kid de Luc Moullet
Acteur 1962 : Les Roses de la vie de Paul Vecchiali 1966 : L'Accompagnement de Jean-André Fieschi 1966 : L'Authentique Procès de Carl-Emmanuel Jung de Marcel Hanoun (figuration créditée au générique) 1966 : Les Cœurs verts de Edouard Luntz 1967 : Week-end de Jean-Luc Godard 1973 : Céline et Julie vont en bateau de Jacques Rivette 1975 : Vincent mit l'âne dans un pré (et s'en vint dans l'autre) de Pierre Zucca 1977 : L'Ami américain de Wim Wenders 1978 : La Tortue sur le dos de Luc Béraud
Publications Articles , réédité dans .
Scénarios
Hommages Lieu vignette|Le cinéma Jean-Eustache à Pessac. Le cinéma de sa ville natale, Pessac, porte son nom.
Œuvres Dans Domicile conjugal (1970) de François Truffaut (à ), Antoine Doinel passe un appel à un certain Jean Eustache pour lui annoncer qu'il a un enfant. En effet, Jean-Pierre Léaud fut un des acteurs fétiches d'Eustache et de Truffaut.
Jean Eustache a profondément marqué ses amis et plusieurs lui ont rendu hommage depuis sa mort en : Après lui avoir dédié Elle a passé tant d'heures sous les sunlights en 1985., Philippe Garrel lui rend hommage dans son film Les Ministères de l'art (1988).. En , Bernard Bonnamour réalise un film L'Entretien où Jean Eustache (incarné par Stéphane Roche) répond à une interview.. Le texte prononcé par Jean Eustache est issu de la retranscription d'un véritable entretien. En 2000, l'écrivain Lucile Laveggi, une de ses amies, lui consacre son roman Damien.. L'année suivante, Evane Hanska, une autre de ses amies, lui consacre également un ouvrage intitulé Mes années Eustache. En 2006, son ami Jean-Jacques Schuhl lui rend hommage dans le journal Libération dans un article intitulé « Jean Eustache aimait le rien ». En 2005, Jim Jarmusch lui dédie son film Broken Flowers.. En 2008, le cinéaste Vincent Dieutre lui rend hommage dans un court métrage intitulé Exercice d'admiration : Jean Eustache. Dieutre reprend le monologue final de Veronika dans La Maman et la Putain en compagnie de Françoise Lebrun.
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