thumb|Pieter Corneliszoon Hooft en 1642

Pieter Corneliszoon Hooft, né à Amsterdam le et mort à La Haye le , est un historien, poète et dramaturge néerlandais ; haut fonctionnaire, il est également sénéchal de Muiden et bailli de Naarden. Représentant le plus caractéristique de la Renaissance aux Pays-Bas, il en introduit le genre en littérature. Les modèles lyriques et dramatiques qu’il met au point au début du sont une source d’inspiration pour les autres auteurs. Le critique littéraire Kees Fens le qualifie de « premier poète moderne » de la langue néerlandaiseFens (1990)..

Après une solide éducation, Hooft voyage de 1598 à 1601 en France et en Italie. À son retour en 1606/1607, il étudie le droit et, après diverses aventures amoureuses, épouse Christina van Erp en 1610. Sa nomination comme bailli du Gooiland en 1609 lui permet de s’installer au château de Muiderslot qui devient bientôt le centre d’une communauté d’intellectuels et d’artistes qui reçoit au le nom de « cercle de Muider ». On y discute entre autres de questions linguistiques comme l’orthographe, les cas grammaticaux et le choix judicieux des mots. Il perd l’un de ses quatre enfants en 1615, puis entre 1620 et 1624 son épouse et ses autres enfants, ce qui provoque chez lui une profonde dépression. Il n’en sort qu’en 1627 après avoir épousé en secondes noces Heleonora Hellemans dont il a deux autres enfants. Il consacre le reste de sa vie à ses tâches d’administrateur et à la rédaction de son Nederlandsche Historien (Littéralement : Histoire des Pays-Bas).

Au début du il écrit de nombreux sonnets et chants amoureux. En 1611 parait le premier recueil de ces chants, Emblamata amatoria, qui lance le genre aux Pays-Bas. Ils se distinguent par une harmonieuse combinaison de convention bien maitrisée et de profondeur sans lourdeur. Ce mélange de puissance populaire et d’aspiration à modeler la beauté lui vaut d’être considéré comme "notre [Pays-Bas] homme de la Renaissance par excellence »Rens (1975) ". S’inspirant de modèles italiens, Hooft écrit en 1605 la tragédie pastorale Granida, inspirée de la pièce pastorale de Guarini et Tasso. En 1613, sa tragédie Geeraerdt van Velsen introduit l’unité de lieu dans la dramaturgie néerlandaiseSmit (1959) .. Son œuvre la plus connue, la comédie Warenar, parue en 1616 est basée sur l’ Aulularia (litt : La marmite) de Plaute. C’est en 1618 que Hooft s’attaque à sa première œuvre historique, une biographie du roi Henri IV de France sous le titre Hendrik de Groote, zijn leven en bedriff (litt : Henri le Grand, sa vie et son œuvre) qui parait en 1626 et lui vaut le titre de chevalier français en 1639. De 1629 à 1636, il se met à la traduction de Tacite à titre de préparation pour son Nederlandsche Historien, sa grande œuvre historique commencée en 1628. Les premiers vingt volumes en sont complétés en 1638 et paraissent en 1642. Au moment de sa mort en 1647, sept autres volumes étaient prêts pour la publication.

Biographie

Jeunesse, études et voyages

Pieter Corneliszoon Hooft naquit le . Son père était Cornelis Pieterszoon Hooft, un des bourgmestres d’Amsterdam, et sa mère Anna BlaeuVan Tricht (1950) .. Il était l’ainé de cinq enfants : après lui, naquirent d’abord deux filles, puis deux garçonsVan Tricht (1950) .. La maison natale de Hooft, maison officielle des bourgmestres, était située sur Nieuwendijk, près de l’écluse Haarlemmersluis. Bien que l’arrière-grand-père ait été patron-pêcheur, les Hooft appartenaient à une lignée de régents d’Amsterdam apparentée à Louis de Geer, , Cornelis de Graeff et Johan de Witt.

Après avoir fréquenté le lycée latin, Pieter Corneliszoon fut envoyé par son père, comme c’était la coutume pour les jeunes gens de bonnes familles, en voyage d’études en France et en Italie. Ce voyage, qui devait durer trois ans, commença le , alors que Hooft était âgé de dix-sept ans. Les premiers mois l’amenèrent à La Rochelle où il demeura sans doute chez son cousin, Pieter Jansz. Il y travailla dans une des succursales de la société familiale. Le , il commença son Reis-heuchenis (litt : Journal de voyage) : il se dirigea vers l’Italie et, via Marseille, atteint Gênes et de là Padoue où il demeura un mois. Par la suite, il séjourna trois mois et demi à Venise où son père avait vraisemblablement des intérêts commerciaux, puis un mois à Rome et un mois à Naples. Même s’il dut faire un détour pour se rendre à Livourne, il n’y resta qu’une journée, se dirigeant immédiatement vers Florence où il demeura sept mois, avant un autre séjour de cinq mois à Venise. Son journal de voyage contient maintes annotations sur les choses qu’il jugeait dignes de mention, ne consacrant que quelques lignes aux arts visuels et ne faisant aucune mention du paysage. Il rédigea quelques notes sur les structures administratives de la région, mais rien sur le commerce. Si l’on en croit son biographe, H.W. van Tricht, c’est pendant ce voyage que Hooft se rendit compte que, contrairement à l’esprit d’entreprise commerciale de sa famille, sa tendance d’esprit le portait plutôt vers l’étude et la contemplationVan Tricht (1950) ..

Le voyage prit fin avec son retour à la maison, le Koppenol (2004) . On projetait de le préparer à une carrière commerciale en lui constituant un réseau de personnes influentes. Mais le jeune Hooft, qui avait été fasciné pendant son voyage par la Renaissance italienne, était désormais conscient qu’il devrait consacrer la majeure partie de sa vie à l’art. Sa première pièce de théâtre, Achilles et Polyxena, dut être publiée vers 1598Knuvelder (1971) ..

Hooft devint membre de la « chambre de rhétorique » de Eglentier qui avait comme devise « In Liefde bloeyende » (litt : Il (l’églantier) s’épanouit dans l’amour). Dans ce cercle régnait déjà l’esprit de la Renaissance. Hooft épousa rapidement ces idées, ayant pu, au cours de son voyage, en apprécier la poésie.

Peu désireux de succéder à son père dans les affaires, le jeune homme se prépara plutôt à une carrière de fonctionnaire. À cette fin, il étudia le droit et les lettres pendant deux ans (1606 et 1607) à l’Université de Leyde, études que, pour autant qu’on le sache, il ne termina pas, n’en voyant guère l’utilité. Pendant ces années, il fit la cour à plusieurs dames, dont Ida Quekels pour qui il écrivit quelques poèmes.

Sénéchal de Muiden (1609)

thumb|left|Le château de Muiderslot.

Hooft résida à Paris pendant la première moitié de 1608 et fut nommé en 1609 sénéchal (« drost ») de Muiden et bailli (baljuw) du Gooiland, premier gentilhomme non aristocrate à être nommé à ce poste. Hooft y représentait l’autorité et était responsable de l’ordre public : « Il dirigeait les instances judiciaires; il était spécialement responsable des droits de coupe et de chasse, et avait la responsabilité des diguesKoppenol (2004) . Il agissait également comme médiateur dans les conflits. En 1610, il épousa Chrisina van Erp avec qui il alla vivre à Muiderslot. Durant les hivers trop froids, le couple se transportait sur l’élégant Keizersgracht d’AmsterdamKoppenol (2004)..

En 1615, le couple perdit sa petite fille Gertrude qui n’avait que quatre semaines. Pendant ces années, Hooft écrivait surtout de la poésie pour le théâtre, mais en 1618 il commença à se tourner vers la prose en écrivant la biographie d’Henri IV de France. En 1620, son fils Arnout qui n’avait pas encore atteint sa deuxième année mourut ; en 1621 naquit un autre fils qui fut aussi prénommé Arnout. En 1623 mourut son fils ainé, suivi d’Arnout en 1624 et de son épouse, Cristina, alors âgée de trente-trois ans. Les parents de Hooft décédèrent respectivement en 1626 et 1627Koppenol (2004) ..

La mort de son épouse plongea Hooft dans une nuit obscure qui dura près de trois ans pendant lesquelles il s’accrocha à ses convictions que Knuvelder décrit comme se rapprochant plus « d’un christianisme épicurien que stoïque » en ce sens qu’il s’agissait « d’une croyance à l’antique Destin, à laquelle s’ajoutait une influence chrétienneKnuvelder (1971) .. Selon Hooft, un destin capricieux s’interpose entre Dieu et l’homme qui détermine de façon mystérieuse et incompréhensible pour l’homme, le cours des choses voulu par Dieu grâce à un cheminement tortueux. En réponse, l’homme doit adopter une certaine forme de stoïcisme pouvant se traduire par une certaine passivité face à la vie en général et à la volonté divine en particulier. Il en résulte un combat interne qui ne cessa d’agiter Hooft tout au long de sa vie.

Le « Cercle de Muider »

En 1627, Hooft réussit à sortir de cette dépression et rencontra une jeune veuve de trente-deux ans, originaire d’Anvers, Heleonora Hellemans, avec qui il se maria le . Au cours de cette période, Hooft se mit à recevoir savants et artistes à Muiderslot durant l’été, ce qui donnera naissance à l’expression « cercle de Muider ». Selon Knuvelder, ces rencontres se situaient dans la foulée de celles qui s’étaient tenues dans la maison amstellodamoise de Roemer Visscher. Il ne s’agissait donc pas, comme on a voulu le croire au d’une association en bonne et due forme, avec réunions régulières, mais plutôt de rencontres au gré du hasard. Muiderslot devint ainsi le centre d’une « vie intellectuelle très ouverte, dans une ambiance intime et agréable, entre invités divers partageant leurs talents artistiques. Toute sorte de personnalités prééminentes, poètes et politiciens, chanteuses et jeunes admirateurs des grands poètes, se rencontraient ainsi, faisaient de la musique, chantaient, présentaient leurs poésies ou pièces de théâtre, et, une fois de retour à la maison, continuaient à correspondre soit en prose, soit en versKnuvelder (1971) ..

Henri le Grand et l’Histoire des Pays-Bas

Vers 1623, Hooft se lança dans la traduction de Tacite, traduction qu’il termina en 1635. Selon le biographe Gerard Brandt, Tacite était son auteur favori non seulement à cause de la puissance de son style, qualité qui caractérisait également le style de Hooft, mais aussi en raison de la ressemblance de leurs idées politiquesKnuvelder (1971) .. Pendant qu’il travaillait à cet ouvrage, parut en 1626 son Hendrik de Grote, zijn leven en bedrijf (litt : Henri le Grand, sa vie et son œuvre), une biographie du roi de France Henri IV. En reconnaissance Louis XIII le promut en 1639 chevalier de l’Ordre de Saint-Michel et lui fit prendre place dans la noblesse héréditaireKnuvelder (1971) ..

En 1628, Hooft s’attaqua à un plan ambitieux, celui de raconter la lutte pour l’indépendance des Pays-Bas dont les vingt premiers volumes parurent dix ans plus tard sous le titre Nederlandsche Historien (litt : Histoire des Pays-Bas). Pour Knuvelder, il s’agit « de l’œuvre en prose la plus puissante que nous donna le dix-septième siècle, un ouvrage d’histoire monumental racontant la rébellion contre l’EspagneKnuvelder (1971) .».

Décès

Au cours des cérémonies entourant la mort de Fréderic-Henri d’Orange à La Haye, Hooft prit froid. Le mal s’aggrava et il en mourut le . Son tombeau se trouve dans la Nieuwe Kerk (litt : Nouvelle Église) d’Amsterdam.

Son œuvre

L’homme politique

thumb|right|Le cabinet de travail de P.C. Hooft

Hooft utilisa ses pièces de théâtre pour mettre en avant ses opinions politiques orangistes modérées. On y retrouve une vision du monde néo-stoïque et humaniste qui ne se rattache à aucune Église en particulier. Hooft lui-même n’était membre d’aucune Église. Dans la lutte entre protestants et catholiques qui joua un rôle si important dans l’éclosion de la révolte des Pays-Bas, il ne prit parti ni pour un camp ni pour l’autre.

Le dramaturge