La politique culturelle française regroupe les actions gouvernementales, administratives et territoriales, orientées vers un enjeu culturel.

Le constat d'une exception française vignette|Siège du ministère de la Culture, au Palais-Royal, symbole du volontarisme culturel de l'État.

Selon Jean-Michel Djian, ..

La politique culturelle française se distingue en effet par sa longue histoire, la forte présence de l'État, et la continuité des institutions au fil des siècles. « Ni la volonté politique, ni les moyens financiers, ni l'armature administrative », souligne Jacques Rigaud, n'atteignent un tel niveau dans aucun autre paysJacques Rigaud, Pour une refondation de la politique culturelle, Paris, La Documentation française, 1996. . Et si ce « volontarisme culturel à la française » est vu d'un œil parfois sceptique par les observateurs étrangers, en raison des risques de l'émergence d'une culture étatique et conformiste, du centralisme des prises de décisions, et de la survivance de pratiques quasi-monarchiques, il n'en reste pas moins envié par ses voisins.

La conception d'un devoir d'intervention des autorités dans l'art et la création, dont l'émergence est datée par Djian au , paraît aujourd'hui encore légitimée par la place prépondérante que donnent à la culture les Français dans les priorités politiquesSondage Le Monde (décembre 2006) sur la priorité politique des français : la politique étrangère, l'environnement, l'économie, la culture.

Selon les régimes, ces actions s'inscrivent dans divers enjeux : constitution d'une culture nationale et défense de la diversité culturelle, opposition entre culture savante et arts populaires, sauvegarde du patrimoine culturel et soutien aux créateurs contemporains, grandeur de la France et socle démocratique, industrialisation culturelle et non marchandisation de l'art.

En 2003, l'Union européenne comptait d'employés dans la culture et investissait 2,6 % de son PIB pour la cultureCommuniqué de presse, Bruxelles, 15/11/2006.

Une spécificité historique Les premières politiques culturelles se prennent en parallèle à l’avènement de l’État et son affirmation face au pouvoir religieux. Les actions actuelles et l’administration dont elles émanent résultent d’une succession de ruptures politiques et institutionnelles, mêlées à la continuité des soutiens des dirigeants à travers les siècles, et largement façonnées par quelques hommes et femmes

François , qui met en place les fondements de la monarchie absolue, donne au royaume une langue officielle, puis Louis XIV, incarnation de l’absolutisme monarchique, fait de la France une puissance culturelle par le soutien aux arts du siècle d’or. Les républicains édictent, dans un difficile processus de libéralisation, les premières lois visant la protection du patrimoine national, l’éducation du peuple, la diffusion de la culture et l’organisation des arts tandis que les romantiques font du patrimoine bâti une question d’État.

Le ministère des Affaires culturelles est créé en 1959 sous l'impulsion d'André Malraux. La culture prend une part entière dans l’action gouvernementale, et le nouveau ministère centralise les différentes administrations créées depuis . Puis, à partir des années 1970, le secteur culturel se développe, la notion de diversité émerge, le provincialisme culturel est combattu en même temps que la culture est décentralisée, et le modèle culturel français tente de se protéger de la mondialisation.

Les origines Institutionnalisation du français et mécénat royal

Charlemagne et les princes carolingiens qui lui succèdent mènent une politique culturelle qui, à travers la restauration scolaire, le soutien à la copie des manuscrits et la constitution d'une cour intellectuelle autour d'eux, stimule l'activité culturelle de l'Empire d'Occident durant une période qu'on qualifie de renaissance carolingienneHistoire culturelle de la France. Tome 1 : Le Moyen Âge, Points Histoire, Seuil, 2005 - p. 85. .

Si, en 1257, saint Louis soutient la fondation de la Sorbonne par Robert de Sorbon, il faut attendre le règne de Charles V pour retrouver dans la volonté d'un monarque une forte aspiration au développement culturel du royaume. Tandis que l'Église perd son monopole culturel, le roi engage la traduction en français d'importants ouvrages scientifiques, techniques, historiques, littéraires et religieux, pour permettre leur diffusion. Il fonde la librairie du roi, et accroît dans le domaine architectural et intellectuel le mécénat, destiné . À son image, les princes se forgent eux-mêmes des bibliothèques où le français domine et des cours composées d'artistes et d'intellectuelsHistoire culturelle de la France. Tome 1 : Le Moyen Âge, op. cit. - p.316-324.

Les premiers actes culturels étatiques sont signés par François . L’ordonnance de Montpellier institue le dépôt légal, en 1537, et l’ordonnance de Villers-Cotterêts officialise en 1539, la constitution de la langue française, qui devient obligatoire dans les actes officiels. Il fonde le Collège des lecteurs du royaume, première institution d’État, et finance les arts de la Renaissance à travers les châteaux de la Loire et Léonard de Vinci.

Le royaume se dote ainsi d’une langue officielle, celle du roi, et aucun document ne lui échappe et l’action culturelle royale se concrétisant également dans la censure. À son tour, Henri IV fonde l’administration des Bâtiments du Roi et fait de la Grande galerie du Louvre un lieu de résidences et d’expositions pour les artistes. En 1635, le cardinal Richelieu fonde l’Académie française.

Le roi mécène par excellence est Louis XIV. Si ses prédécesseurs ont déjà pensionné des artistes, la cour de Versailles accueille les plus grands artistes du siècle d’or, qu’il s’agisse d’art lyrique, dramatique, ou littéraire. En 1669, est édifié l’Opéra de Paris, suivi de la Comédie-Française en 1680. Louis XIV s’attache aussi au développement de l’artisanat d’art, en instituant sous l’impulsion de Colbert, les manufactures royales, comme celle des Gobelins pour la tapisserie, et celle de Sèvres pour la céramique, ou à travers les costumes de la « maison Molière » et de l’Opéra. Tandis que la valorisation du français, qui s’étudie dans les collèges que les Jésuites fondent dans le royaume et à travers le monde, a pour objet d’unifier les terroirs français, le soutien aux arts permet au Roi soleil de mettre en avant le prestige de la France à l’étranger. La France est ainsi une force militaire et un modèle de culture, le royaume est à la fois craint et admiré. Bien sûr, les princes de toutes les cours d'Europe finançaient à l'époque eux aussi les arts, mais jamais avec une telle ampleur institutionnelle.

Ainsi, qu'il s'agisse du Collège de France, des académies ou des grandes manufactures, la majorité des institutions françaises, héritées de la royauté, sont à vocation culturelle. En revanche, à cette époque, le concept de patrimoine n'existe pas. Seuls quelques vestiges de l'Antiquité trouvent intérêt aux yeux du pouvoir durant la Renaissance. Ainsi, on détruit sur ordre royal des constructions ajoutées à la Maison Carrée de Nîmes, « dont les beautés se trouvoient par là comme anéanties et ensevelies dans un tas de mauvaise maçonnerie qui le défiguroit »Léon Ménard cité par Luc Le Chatelier dans « La grande récup », Télérama n°2957, 16 septembre 2006. En revanche, le pouvoir fait peu de cas des châteaux médiévaux, amputant le Louvre de sa tour maîtresse et autorisant la démolition des châteaux de Saint-Germain-en-Laye, de la Muette et de MadridLuc Le Chatelier, « La grande récup », Télérama n2957, 16 septembre 2006.

Création d’un statut de l’auteur et émergence du patrimoine national

Les années succédant à la Révolution française voient cohabiter une inspiration libérale, issue des Lumières et centrée sur la libre création, une tradition monarchique, mécène de l’académisme et régulateur des arts et une aspiration démocratique, autour de la diffusion d’une culture nationale.

Les révolutionnaires prêtent une grande importance à la culture, à travers l’instruction et les arts. L’idéal démocratique passe par la diffusion du savoir. Aussi ouvrent les premiers muséums publics des beaux-arts, la Commission des monuments envisageant en 1791, qu'il en existe un par département. Parmi eux, le Muséum des arts qui ouvre en 1793 dans le palais royal du Louvre. Les grandes écoles ouvrent leurs portes : l’École nationale supérieure des beaux-arts, le Conservatoire national des arts et métiers, le Conservatoire de musique, le Muséum national d'histoire naturelle…

Les réformes libèrent les activités artistiques, avec le décret de sur la liberté théâtrale, celui supprimant les corporations et celui fermant les académies. L’Assemblée constituante institue la propriété intellectuelle voulue par Beaumarchais, par le décret Lakanal en 1793, tandis que Condorcet prônait une libre circulation des œuvres de l’esprit. Mais cette libéralisation de la création connaît ses limites avec la Terreur, par l’interdiction en 1793 des œuvres non conformes aux idées révolutionnaires qui conduit la politique en faveur de la création à l’échec.

La chute de l'Ancien Régime se traduit par le transfert de propriété des biens de la Couronne, de la noblesse et de l'Église à l'État et aux municipalités, dont les musées, et notamment celui du Louvre, doivent permettre la collection et l'exposition. Alors que la Convention appelle à la destruction systématique des symboles royaux et religieux, elle définit parallèlement le principe de conservation par le biais de la création le de la Commission des monuments, le vote du décret conservateur du 3 brumaire an II (1793), et la mise en place du musée des monuments français (1795) sous la direction d’Alexandre Lenoir. La France est le premier pays à légiférer sur son patrimoine, au nom de l’intérêt général. La Nation est donc à cette époque schizophrène, entre l’épuration de l’ancien temps, qualifié de vandalisme par l’Abbé Grégoire mais encouragé par les sans-culottes, et la volonté de préservationDominique Audrerie, La Notion et la protection de patrimoine. Paris : Presses universitaires de France, , 1997.

Le souci de sauvegarde du patrimoine écrit apparaît également et les institutions royales deviennent nationales comme la Bibliothèque et les Archives. Les biens confisqués à l’Église et aux nobles émigrés rejoignent le patrimoine national.

Ainsi naît, en même temps que la Nation révolutionnaire le concept de patrimoine national, héritage des siècles, témoin de l’histoire nationale, au-delà des aspirations politiques et de la propriété privée. La culture ne se limite plus aux arts, mais acquiert une dimension de transmission comme témoin du génie national. Le patrimoine passe du cercle familial à la sphère publique, de la logique de collection (rassembler des objets pour soi et ses descendants) à celle de protection (sauvegarder au nom de la société un bien qui devient collectif par son histoire).

La diffusion de la culture démocratique Les deux empires et la Restauration ne reviennent pas sur les décrets de la Révolution. Malgré l’instabilité du pouvoir au cours du , les régimes successifs confirment même l’implication de l’État dans les Arts.

Si sous Napoléon , l’art se fait encore en partie à la gloire de l’Empereur, à l’instar de l’académisme de David, les Bourbons créent le secrétariat des Beaux-Arts. Dès lors, les administrations et les artistes eux-mêmes prennent peu à peu la place du Prince dans le soutien aux arts. Un circuit diffusant les normes de l’art académique se met en place, depuis la formation des artistes à l’École des Beaux-Arts, jusqu’à leur financement par les commandes publiques, en passant par leur légitimation par l’Académie, leur sélection à travers le Prix de Rome et leur diffusion par le Salon, créé en 1725.