André Clavé, né le à Bordeaux et mort le à Clamart., est un acteur, metteur en scène, chef de troupe, directeur de théâtre et résistant français.
Fondateur de la compagnie des Comédiens de la Roulotte avant la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle il participe au mouvement Jeune France tout en résistant au sein du Réseau Brutus et des Forces Françaises Combattantes, il devient l'un des pionniers de la Décentralisation théâtrale comme directeur du Centre dramatique de l'Est à Colmar. Il dirige ensuite le Studio-École de l'Ocora et finit sa carrière à l'ORTF et l'INA.
Biographie La jeunesse et les Comédiens de la Roulotte André Clavé réalise ses premiers spectacles à l'âge de quinze ans, avec des amis de son quartier (notamment Geneviève et Henri Wronecki, et Marcelle Bernet-Nani) et du lycée Lonchamps, à Bordeaux. C'est là qu'il se lie d'une amitié sans faille avec André Mandouze, Jean Gouin, André Bijon, Michel Berdoulay, autour d'un professeur d'anglais atypique et exceptionnel, Pierre Chamaillard, qui les initie au Jazz et à la politique qui voit le jour quelques années plus tard avec le Front populaire, au théâtre de Shakespeare et à la fabrication d'un journal qui ne manque pas d'être interdit par l'administration du lycéeFrancine Galliard-Risler, André Clavé : Théâtre et Résistance – Utopies et Réalités, A.A.A.C., Paris, 1998 - . Bien que catholique non pratiquant, c'est aussi l'influence de l'aumônier, le Père Dieuzaide, avec sa vision républicaine, sociale, progressiste et anti-fasciste, bientôt résistante et, après le baccalauréat, pendant une première année de Droit, les amitiés avec Jacques Ellul autour de la Revue Esprit, créée en 1932 par Emmanuel MounierFrancine Galliard-Risler, André Clavé : Théâtre et Résistance – Utopies et Réalités, A.A.A.C., Paris, 1998 - .
Avant la guerre, fraichement débarqué à Paris, André Clavé fonde, en 1936, la compagnie des Comédiens de la Roulotte avec, notamment, Geneviève Wronecki-Kellershohn, Jean DesaillyJean Desailly, Un destin pour deux, Ramsay, Paris, 1996 - - « Autant qu'il m'en souvienne, c'est dans une salle des fêtes du arrondissement de Paris que je fis mes débuts sur les planches, sous les auspices de Molière et d'André Clavé. André était un esprit de qualité, ses indications étaient toujours d'une grande justesse, exempte de cabotinage. Il savait créer et entretenir un esprit, une harmonie dans sa troupe. Sa convivialité était appréciée de tous »., tout jeune amateur débutant. Ils sont rejoints, en par François Darbon, et en , par Jean Vilar, qui accepte de venir à La Roulotte « simplement en tant qu'auteur »Francine Galliard-Risler, André Clavé : Théâtre et Résistance – Utopies et Réalités, A.A.A.C., Paris, 1998Jean Vilar, Le théâtre, service public, Gallimard, nrf, Pratique du théâtre, Paris, 1975 - - Texte inédit de 1942, ainsi qu'Hélène Gerber tous deux élèves de Charles Dullin .
Jeune France et les tournées théâtrales En , André Clavé est engagé par Pierre Schaeffer pour s'occuper des Maîtrises de Jeune FranceVéronique Chabrol, Jeune France, une expérience de recherche et de décentralisation culturelle (novembre 1940 / mars 1942), thèse pour l'Université de Paris III, 1974, pour la zone occupée, et grâce à son soutien financier, la troupe part en tournée théâtrale dans l'ouest et le centre du pays (Anjou, Sarthe et Mayenne), en été 1941. Le mouvement Jeune France est mis en place par Schaeffer et Emmanuel Mounier. Véritable préfiguration d'un ministère de la culture à venir, et rêvé par Jean Zay avant guerre, elle tire ses financements du régime de Vichy pendant dix-huit mois (de à ), le temps que le pouvoir s'aperçoive que ses propres objectifs ne sont pas suivisVéronique Chabrol, L'ambition de Jeune France, in La vie culturelle sous Vichy, Bruxelles, Éditions Complexe, 1990. Dans ce mouvement, naissent de très nombreuses vocations de résistants.
André Clavé, à Paris, au siège des Éditions du Seuil, rue des Poitevins, puis rue Jean-Mermoz, organise son temps entre les répétitions de la troupe et son activité pour Jeune France. Son travail consiste à accueillir des auteurs, des metteurs en scènes, des comédiens, à les mettre en relation les uns avec les autres, à présélectionner les manuscrits qui arrivent, à organiser des tournées théâtrales avec d'autres compagnies, mais en veillant soigneusement à ne jamais favoriser sa propre troupe, à « recruter et former des moniteurs dont la mission était d'élever le niveau culturel de la France »Francine Galliard-Risler, André Clavé : Théâtre et Résistance – Utopies et Réalités, A.A.A.C., Paris, 1998 - Geneviève Wronecki. Certains comédiens de La Roulotte sont embauchés par Schaeffer, pour des tâches diverses. Vilar, est engagé en tant que lecteur, adaptateur et auteur, Geneviève Wronecki comme assistante de la direction.
En 1941, Clavé réussit à faire monter sur les planches Jean Vilar, pour la toute première fois, pour remplacer un comédien dans le rôle de Monsieur de Sottenville, dans Georges Dandin de Molière, « il avait été d'une énorme drôlerie, mais cela n'avait pas réussi à le décider » à poursuivre. « Pour arriver à (ses) fins, » Clavé commande à Vilar une pièce, à condition qu'il la joue et la mette en scène : La farce des filles à MarierJean Vilar par lui-même, Avignon, 1991 - . « Ce fut un triomphe » écrit Clavé dans son hommage à Vilar, après sa disparition, en 1971André Clavé : Hommage à Jean Vilar in Les lettres Françaises, 9-15 juin 1971.
Cette année-là, il épouse Monique Charton, avec qui il a six enfants.
À Jeune France, il rencontre, outre Schaeffer, notamment Paul Flamand, Jeanne Laurent, des personnalités du théâtre Jean Dasté, Fernand Ledoux, Raymond Rouleau, Pierre Fresnay, Jean-Marie Serreau, Jean-Louis Barrault, des peintres Jean Bazaine, Alfred Manessier, Léon Gischia...
Après la dissolution de Jeune France, La Roulotte prépare, pour l'été 1942, une tournée en Bretagne (excellente), puis en Anjou, Sarthe et Mayenne (catastrophique).
La Résistance et les camps de concentration En , il rencontre par hasard son ancien camarade de l'armée de l'air Pierre SudreauClaire Andrieu et Michel Margairaz (dir.), Pierre Sudreau. 1919-2012. Engagé, technocrate, homme d’influence - . Il devient son adjoint, dans le réseau de résistance BrutusJean-Marc Binot et Bernard Boyer, Nom de code : Brutus. Histoire d'un réseau de la France libre, Fayard, 2007 - . Ce réseau de renseignements créé par Pierre Fourcaud, futur Compagnon de la Libération, et son frère Jean, dit Boris, dès 1940, sous le nom de Froment ; après l'arrestation puis l'évasion des deux frères, le réseau est repris par André Boyer, également futur Compagnon de la Libération mais à titre posthume, et son associé avocat, Gaston Defferre, sous le nom de Brutus. Clavé poursuit, jusqu'en , sa double activité jusqu'au moment où le danger étant trop grand, il quitte le théâtre, qui était devenu sa "couverture", et se consacre à plein temps aux Forces Françaises Combattantes.
Il prend la succession de Sudreau après l'arrestation de celui-ci par la Gestapo, avant d'être lui-même arrêté, le , avec André Boyer, alors grand chef du réseau. Ils sont tous les deux trahis, ainsi que les trois quarts du réseau, par un agent infiltré de l'Abwehr (agent double depuis 1936, noms de code "Carré" et "Cosinus"), dans un café de la rue Saint-Honoré, à Paris. Il est lui-même éliminé grâce à un stratagème monté, durant trois mois, par Étienne Bauer (1918-1997)., du réseau Libération-Sud. "Interrogé", Clavé est incarcéré cinq mois à la prison de Fresnes, puis interné, le , au camp de Royallieu-Compiègne (Oise). Il y retrouve Pierre Sudreau et André Boyer, y rencontre André Schock., futur Compagnon de la Libération. Ils partent le dans des wagons à bestiaux (entassés 56 heures, à pour 40 "places", sans boire ni manger et une tentative d'évasion avortée, sous une chaleur torride, côtoyant décès et folie) pour être déportés dans le camp de Buchenwald (le ), puis transférés au camp de Dora-Harzungenhttps://www.buchenwald.de/317/date////finissage-der-ausstellung-zwischen-harz-und-heide-todesmaersche-und-raeumungstransporte-im-april-1945/ Exposition et conférence septembre 2015, dans lequel Wernher von Braun, en uniforme nazi, dirige la fabrication des missiles V2. André Clavé y reste, esclave des nazis, à creuser des tunnels, à subir brimades, insultes, coups et expériences médicales inhumaines, pour une "nourriture" inadaptée et insuffisante, jusqu'à "l'évacuation" du camp, le Le camp est libéré par les Américains le 12 avril 1945. Seuls quelques déportés, rescapés et abandonnés par leurs bourreaux, y sont découverts. Les habitants de la ville bombardée et détruite se réfugient dans les baraquements des déportés partis sur les routes.. Les déportés constituent alors une réserve d'otages pour leurs gardiens en déroute, pris en tenaille entre Américains et Soviétiques. Ce sont les "Colonnes de la mort"[] C.f. l'ouvrage de Francine Galliard-Risler, dans lesquelles les plus faibles sont abattus sans pitié. Lors de cette marche forcée de ces êtres décharnés, André Clavé s'évade avec trois compagnons, dont René HaentjensRené Haentjens, Au-delà de l'imaginable, un saint-cyrien dans la résistance et la déportation , Les Éditions l'Interligne, 1993, Vanier, CanadaFrancine Galliard-Risler, Dora-Harzungen, la marche de la mort, Éditions Alan Sutton, St-Cyr-sur-Loire, 2005. Ils errent en Allemagne pendant un mois et sont rapatriés en France, le , accueillis, comme tous les déportés, à l'hôtel Lutetia, à Paris.
Le retour des camps et la décentralisation théâtrale (le CDE de Colmar) En 1945, Pierre-Aimé Touchard (PAT pour les amis) crée l'association Théâtre et Culture (TEC), avec Jean-Marie Serreau, Maurice Delarue, Joseph Rovan... Mais ils l'avaient imaginée ensemble avant, sous l'occupation, et avec André Clavé. Et parce qu'ils le croyaient mort en déportation, ils l'avaient nommé président d'honneur à titre posthume ; à son retour des camps, ils l'ont nommé, effectivement président d'honneur, lors d'un repas d'accueil, organisé par le Ministre Henri Frenay.
En 1946, avec l'avènement de la Quatrième République, Jeanne Laurent, sur les conseils de Maurice Jacquemont, demande à André Clavé de reconstituer sa compagnie de la Roulotte et le charge de faire des tournées de préfiguration en Alsace et en Lorraine. Elle le nomme ensuite, le , à la direction du Centre dramatique de l'Est (CDE)Francine Galliard-Risler, André Clavé : théâtre et résistances : utopies et réalités, Paris, AAAC, 1998, à Colmar (qui devient plus tard le TNS, Théâtre national de Strasbourg), où il remplace Roland Piétri nommé pour la première saison. Il y diffuse les principes de la décentralisation théâtrale, en faisant jouer répertoire classique, dramaturges étrangers et auteurs contemporains, et ce à travers 5 départements. Joseph Rey, maire de Colmar pendant trente ans à partir de 1947, est président du Syndicat Intercommunal (Strasbourg, Nancy, Metz, Mulhouse, Colmar) et du CDE. André Clavé accepte un cahier des charges extrêmement lourd et contraignant, avec l'obligation de monter entre dix et treize spectacles par an, dont huit nouveauxFrancine Galliard-Risler, André Clavé : théâtre et résistances : utopies et réalités, Paris, AAAC, 1998 - . S'ajoutent des activités complémentaires : la formation des comédiens, l'aide aux troupes d'amateurs, l'animation du ciné-club, les conférences, les lectures publiques, les émissions de radio, les animations dans les établissements scolaires...
Le déménagement à Strasbourg du Centre dramatique de l'Est avait été programmé, dès 1947. L'architecte Pierre SonrelCercle d'études architecturales, grand connaisseur de l'architecture des théâtres, travaille avec André Clavé sur la construction du nouveau bâtiment.