Le Cheik (titre original : The Sheik) est un roman d'amour rédigé par l'écrivain britannique Edith Maude Hull. Paru en 1919 au Royaume-Uni, il obtient un énorme succès et est reconnu comme l'un des précurseurs du roman d'amour populaire moderne. Il fait l'objet d'une adaptation cinématographique deux ans plus tard avec Rudolph Valentino dans le rôle-titre.

Résumé

Dans la ville algérienne Biskra, la belle et glaciale Lady Diana Mayo brave les conventions en refusant de se marier pour conserver son indépendance et en voulant parcourir le désert. Cependant, elle attire la convoitise du Cheik Ahmed Ben Hassan qui l'enlève et la garde prisonnière dans sa tente en plein milieu du désert. Implacable et dominateur, le Cheik s'impose à la jeune femme. Malgré ses supplications et sa tentative d'évasion, Diana n'arrive pas à se libérer et malgré elle, se sent de plus en plus attirée par son ravisseur.

Contexte Durant la Première Guerre mondiale, son mari étant parti se battre, Edith Maude Winstanley commence à écrire un roman sans songer à une éventuelle publication mais dans l'espoir de combler sa solitude. Après l'avoir terminé, satisfaite de son travail, elle décide de prendre un pseudonyme et d'adresser son manuscrit à un éditeur britannique. Celui-ci est séduit par l'histoire et accepte de le publier Hull, Edith Maude - A forgotten Derbyshire writer.

Ce n'est pas la première fois que le désert sert de décor dans un roman sentimental ou d'aventures. Robert Hitchens avec The Garden of Allah (1904) et The Call of the blood (1906) ainsi que Kathlyn Rhodes avec The will of Allah (1908) et The Desert Lovers (1922) ont précédemment exploré les « propriétés mystiques du désert » Rachel Anderson, The Purple Heart Throbs : The sub-literature of love, Hodder and Stoughton, 1974, page 183. Toutefois, ces romans sont encore assez sages et ne considèrent pas le désert comme un endroit propice à la sensualitéAnderson, page 187.

À l'époque de l'écriture du roman, la figure du , un occidental qui s'habille avec les vêtements flottants d'un chef arabe est déjà populaire et présent dans l'imagination britannique. Ainsi, le réalisateur Thomas Lowell accorde une large part aux aventures de Thomas Edward Lawrence alias Lawrence d'Arabie dans un film documentaire consacré à la Première Guerre mondiale et sorti en 1919 English sheiks" and Arab stereotypes.

Les personnages parlent en français car à l'époque du roman, l'Algérie était une colonie française : « Sans réfléchir, elle s'était adressée à lui en français. Et il lui avait répondu dans la même langue. »

Le Cheik : l'anti-héros du roman d'amour 150px|thumb|Passionate encounter de Frederick Goodall RA Le Cheik entre dans la catégorie des héros sombres des romans d'amour. Sa virilité est présentée de manière incontestable et sa sensualité est palpable. Tout en lui est dur, angulaire et sombre Janice Radway, Romance and the Work of Fantasy: Struggles over feminine sexuality and subjectivity at Century's end, Viewing, Reading, Listening: audiences and cultural reception, Editions Jon Cruz et Justin Lewis, 1994, page 128. Les mots et les phrases le concernant sont continuellement répétés : « implacable »J'ai Lu, page 30, étreinte d'acier, puissance, corps musclé etc. Il est beaucoup plus décrit que ne l'est l'héroïne. Dans l'imaginaire des lectrices et auteurs de l'époque, l'Anglais ne représente pas l'amant idéal car il est trop retenu (d'où le succès au cinéma des latin lovers comme Rudolph Valentino et Ramon Novarro). Le Cheik en particulier représente une icône ou une métaphore pour l'Orient Steven Caton, The sheik: Instabilities of Race and Gender in Transatlantic Popular Culture of The early 1920s, Noble Dreams, Wicked Pleasures: Orientalism in America, 1870-1930. Editions Holly Edwards – Princeton University Press, 2000, page 99. Il s'agit d'un . Avant même de le voir, Diana est intriguée et charmée : J'ai Lu, page 12. . Tout de suite, il attire son attention. Même son soupirant en est très étonné.

Au début du roman, le soupirant de Diana Mayo est un Anglais qui s'appelle Arbuthnot. Hull accentue énormément le contraste avec le Cheik en décrivant avec insistance Arbuthnot comme un homme civilisé mais peu sûr de lui : Il rougitJ'ai Lu, page 8, , un homme du monde accompli, intimidé par la jeune femme, il , voix hésitante. Il lui avoue son amour en bégayant mais Diana reste de marbre. Il n'insiste pas devant le refus de la jeune femme et se contente d'être son ami. Il lui quémande un baiser (J'ai Lu, page 9) et là encore doit faire face à un refus catégorique.

Accueil public et critique thumb|200px|Fantasia de Checa Y Sanz Ulpiano La sortie du roman en 1919 en Angleterre, puis en 1921 aux États-Unis fait scandale. La presse le critique violemment et l'accuse d'être immoral, absurde et même pornographique. Le New York Times estime que le livre est bien qu'écrit avec Citation originale : , tandis qu'en Angleterre, le Literary Review le qualifie d'une Citation originale : E.M. Hull - The Sheik. University of Pennsylvania Press. Dernier accès à l'url le 11 septembre 2007. Malgré cela, il devient un best-seller. Aux États-Unis, il représente la œuvre de fiction la plus vendue de l'année 1921 et la l'année suivante Annual Bestsellers, 1920-1929. Graduate School of Library and Information Science. Dernier accès à l'url le 11 janvier 2008. Il s'est vendu à 1,2 million d'exemplaires à travers le monde et est toujours publié.

Controverses Même si aucune scène d'amour n'est explicitement décrite, le livre laisse entendre sans ambiguïté à plusieurs reprises que le Cheik désire l'héroïne :

Citation originale :Traduction de Sophie Benech pour l'édition J'ai Lu de 1980, page 36

Diana Mayo : Citation originale : Le Cheik : Citation originale :

De même, la relation entre un cheik arabe et une Anglaise blanche est une nouveauté. Les relations "multiraciales" dans les romans et encore plus dans les romans d'amour sont très rares. Cela est toujours le cas aujourd'hui. Toutefois, il s'agit d'un leurre car le cheik n'est pas vraiment arabe. Comme Diana l'apprend vers la fin du roman, il est le fils d'un comte britannique et d'une noble espagnole. Dès que la vérité est dévoilée, le Cheik quitte son costume oriental et revêt des vêtements typiquement anglais dont culotte de cheval et veste de tweed.

À l'époque où Edith Maude Hull a écrit ce roman, les femmes célibataires ne devaient pas avoir de relations sexuelles. L'enlèvement et le viol, suivis de l'histoire d'amour, permettent de contourner cette règle sans que l'héroïne perde sa moralité Patrick T. Reardon, The mystery of sheik romance novels, Chicago Tribune, 24 avril 2006. Toutefois, les critiques reprochent au roman d'évoquer les désirs de l'héroïne. En effet, à partir du moment où Diana comprend qu'elle est tombée amoureuse du Cheik, elle attend avec impatience leurs étreintes et s'avoue elle-même J'ai lu page 120. Grâce au Cheik, l'héroïne prend donc véritablement conscience qu'elle est une femme et non un garçon manqué qui ne comprend pas l'intérêt d'embrasser.

Avec l'évolution des mentalités, le roman doit désormais faire face à de nouvelles critiques. Les féministes lui reprochent d'être sadomasochiste puisque non seulement l'héroïne tombe amoureuse de son violeur, mais tout au long du roman il la terrifie. D'intrépide et indépendante au début de l'histoire, elle perd tout courage dès sa confrontation avec le Cheik :

À partir de cet instant, la jeune femme est dévorée par l'angoisse et le désespoir, tout en remarquant la beauté de son ravisseur. Or, selon ces mêmes critiques, le roman laisse entendre que l'héroïne ne devient véritablement féminine que lorsqu'elle se soumet aux ordres du Cheik. En effet, la première fois où elle accepte de lui obéir, c'est la peur et non l'amour qui guide son geste. Comme si la nature rebelle dont elle faisait preuve avant sa rencontre avec le Cheik ne pouvait durer et n'était pas compatible avec une et que seul un homme fort et impitoyable pouvait la remettre dans le .

Influence L'auteur américain de romans d'amour Jayne Ann Krentz déclare Citation originale : . En 1980, les éditions J'ai lu éditent le roman sous forme de livre de poche dans la collection Les romans préférés de Barbara CartlandJ'ai lu n°1135, traduction de Sophie Benech, 180 pages, .

Le Cheik est considéré comme le roman d'origine d'un nouveau sous-genre littéraire : (Desert romance en anglais). Ce type de roman reprend toujours la même trame, l'enlèvement d'une héroïne indépendante et au caractère bien trempé par un arabe autoritaire à la Bettinotti, Bérard et Jeannesson, page 194. Les tentes, le désert et les oasis font partie intégrante des récits. Les romans les plus connus sont La captive du Sahara (1988) de Penelope Neri et La fiancée captive (1977) de Johanna Lindsey.

Suite thumb|150px|Couverture d'une adaptation en pulp, parue en 1921 En 1925, Edith Maude Hull fait paraître la suite de son roman : Le fils du Cheik (). L'histoire se passe vingt ans plus tard, Diana et le Cheik sont mariés et ont deux fils Ahmed et Caryll. Ceux-ci vont s'affronter pour la même femme. Cette fois les villes évoquées sont Touggourt et Temacine. Il fait également l'objet d'une adaptation cinématographique, Le Fils du cheik, avec toujours Rudolph Valentino qui joue le rôle du Cheik et ainsi que celui d'un des fils.

Citations Diana Mayo : Citation originale : Le Cheik : Citation originale :

Voir aussi Notes

Références

Bibliographie Julia Bettinotti et Marie-Françoise Truel, Lust and dust : Voyages de femmes, roman d'amour ou les enjeux d'une fabula : Récit paralittéraire et culture médiatique, dans la revue Etudes littéraires n°30, Presses de l'Université Laval, Québec, 1997 Julia Bettinotti, Gaëlle Jeannesson et Marie-Françoise Truel, Séries, suites et redites en culture médiatique, dans la revue Belphégor vol. 1 n°2, Julia Bettinotti, Sylvie Bérard et Gaëlle Jeannesson, Les 50 romans d'amour qu'il faut lire, Nuit blanche, 1996, Pamela Regis, A Natural History of the Romance Novel, University of Pennsylvania Press, 2007 Elizabeth Gargano, "English sheiks" and Arab stereotypes: E. M. Hull, T. E. Lawrence, and the imperial masquerade., University of Texas Press, 2006 Billie Melman, Women and the popular imagination in the twenties : flappers and nymphs, St. Martin's Press, 1988, Karen Chow, Popular Sexual Knowledges and Women's Agency in 1920s England: Marie Stopes's "Married Love" and E. M. Hull's "The Sheik", Feminist Review, N°63, 1999, pages 64 à 87 Ann Ardis, E. M. Hull, Mass Market Romance and the New Woman Novel in the Early Twentieth Century, Women's Writing, Volume 3, 1996, pages 287 à 296 Evelyn Bach, Sheik fantasies: Orientalism and feminine desire in the desert romance. Hecate. Mai 1997. Volume 23, n°1.

Documents et liens externes L'intégralité du roman sur le projet Gutenberg Peter Seddon, Hull, Edith Maude - A forgotten Derbyshire writer, Jessica Taylor, And you can be my Sheikh: Gender, Race, and Orientalism in Contemporary Romance Novels. University of Toronto. 1996

Catégorie:Roman britannique adapté au cinéma Catégorie:Roman d'amour Catégorie:Roman britannique paru en 1919 Catégorie:Roman d'aventures britannique