Sainte-Anne-du-Bocage ou simplement Le Bocage est un sanctuaire catholique situé à Caraquet, au Nouveau-Brunswick (Canada).

Construit sur un terrain légué par Alexis Landry en 1791, le sanctuaire comprend une chapelle, un chemin de croix, un puits, une fontaine, un cimetière et des monuments, le tout dans un bocage. La chapelle, qui est l'un des plus vieux lieux de cultes acadiens, est également une énigme. La raison exacte de sa construction est en effet inconnue mais liée à la querelle historique entre les habitants de l'est et de l'ouest de la ville. Devenu lieu de pèlerinage durant la seconde moitié du , le sanctuaire est toujours très fréquenté, autant par les habitants de la ville que par les touristes.

Situation géographique thumb|left|Sainte-Anne-du-Bocage est situé dans l'ouest de Caraquet.

Sainte-Anne-du-Bocage est situé dans la partie ouest de la ville de Caraquet. Il est accessible par le boulevard Saint-Pierre-Ouest (route 11). Le lieu est situé sur un plateau culminant à près de sept mètres au-dessus de la baie de CaraquetL'Atlas du Canada - Toporama – Cartes topographiques, Carte #021P14.. Sainte-Anne-du-Bocage est aussi le nom donné au quartier dans lequel se trouve le parc.

Le boisé de Sainte-Anne-du-Bocage est surtout composé de prusses et de hêtres..

Sainte-Anne-du-Bocage fait partie de l'unité pastorale Saint-Jean-Eudes, qui regroupe la paroisse de Saint-Simon, la paroisse Saint-Pierre-aux-Liens de Caraquet, la paroisse Saint-Paul de Bas-Caraquet et la paroisse Saint-Joachim de Bertrand.. L'unité pastorale fait partie du diocèse de Bathurst.

Histoire

Origines vignette|Plan du sanctuaire Alexis Landry (1721-1798), un marchand né à Grand-Pré et survivant de la Déportation des Acadiens, s'établit à Caraquet probablement vers 1757 avec trois autres familles.. Échappant à nouveau à la déportation lors du raid de Roderick MacKenzie en 1761, Landry quitta ses terres avec sa famille pendant quelques années pour assurer sa sécurité. Au printemps 1768, les Landry revinrent sur les lieux et le , le magistrat George Walker leur permit officiellement de s'établir sur le site qu'ils occupaient en 1761, à condition qu'il ne soit pas déjà occupé. Alexis Landry en reçut le titre de propriété officiel en 1784.

Une église aurait déjà existé sur le site de Sainte-Anne-du-Bocage dès 1784 ou peut-être aussi tôt que 1772 ou 1771Albert-Blanchard (1967), , 17... Cette église, dédiée à Sainte Anne, aurait été construite en bois rond sur un terrain donné par Landry, avec la permission du Jésuite Jean-Baptiste de la Brosse. En fait, Landry aurait fait installer une statue de Sainte-Anne dès son arrivée en 1757. Avant l'envoi des missionnaires, et durant leur absence, Alexis Landry célébrait des messes blanches, c'est-à-dire sans prêtre..

En 1766, à peine dix ans après la Déportation des Acadiens, l'évêque de Québec promit l'envoi d'un missionnaire pour desservir tous les Acadiens des Maritimes.. En raison de sa position géographique et de l'importance de sa population, Caraquet reçut fréquemment la visite de missionnaires. Le premier fut Charles-François Bailly de Messein (1768-1773), suivi de Mathurin Bourg (1773-1785) puis d'Antoine Girouard (1785-1787), qui devint le premier missionnaire résident à Caraquet en 1787LeBreton et Thériault (1981), , 18.. En 1786, l'abbé Girouard tenta sans succès de déplacer l'église vers le centre de la ville puis la fit apparemment rénover. Mathurin Bourg fut à nouveau résident à Caraquet de 1787 à 1794Albert-Blanchard (1967), , 21.. En 1791, Alexis Landry entreprit des démarches pour y faire construire une église. Mathurin Bourg souhaitait qu'elle soit construite près du cimetière bien qu'il fût déjà projeté depuis plusieurs années de construire une église dans un site plus central. Le , Landry céda une partie de son domaine pour la construction, à condition que lui et ses héritiers aient l'usage gratuit d'un banc fermé de 4 places et que le coût de ses funérailles soit assuré par la fabrique. Olivier Blanchard obtint le contrat de la construction. L'église fut bénie en juillet 1794 par l'abbé Bourg. Elle était en bois rond, pièces sur pièces, le type de construction le plus fréquent chez les Acadiens entre 1755 et le début du .. Après la construction de l'église, les missionnaires suivants y célébrèrent des messes : Jean-Baptiste Castanet (1794-1795), Mathurin Bourg (1795-1796), Jean-Baptiste Castanet (1796-1797), Louis-Joseph Desjardins (1797-1798), René-Pierre Joyer (1798-1806), Urbain Orfroy (1806-1813) et Phil-Antoine Parent (1813-1817). Thomas Cooke devint missionnaire résident à Sainte-Anne-du-Bocage en 1817.

Un incendie détruit plusieurs bâtiments le mais l'église est épargnée lorsque le vent change brusquement de direction ; selon Alexis Landry, c'est le respect d'une promesse qui a sauvé l'église.

L'église de Caraquet L'église de Sainte-Anne-du-Bocage était située trop loin pour les habitants de l'est de la villeLeBreton et Thériault (1981), , 19. et elle est donc abandonnée vers 1818. Après de nombreuses démarches, une nouvelle église fut construite en 1818 dans le quartier de la Pointe-Rocheuse, près de l'actuelle église Saint-Pierre-aux-Liens, un endroit plus central. Une nouvelle chapelle, celle visible de nos jours, est tout de même construite au Bocage. Selon Rosemonde Landry, sa construction aurait eu lieu entre 1829 et 1844 alors que selon une lettre découverte par Fidèle Thériault, elle est construite en 1836 ou plus tard; selon d'autres sources, un intervalle entre 1832 et 1836 est cité. En plus de son architecture inhabituelle, il semble que la chapelle ne fut pas utilisée de façon régulière pour la messe. Trois hypothèses populaires expliquent donc la raison de sa construction : la première voulant que ce soit un monument aux survivants de la Déportation, la seconde voulant que ce soit un moyen pour les paroissiens d'améliorer leurs chances d'avoir une église installée dans leur quartier et finalement, selon la troisième hypothèse, ce serait une chapelle construite par des marins rescapés d'un naufrage en remerciement pour leur survie. La construction d'une église en pierre mesurant 48 pieds par 120 pieds commença en 1837. Les travaux furent interrompus en 1853, faute d'argent et à la suite d'une décision de l'évêque. L'église Saint-Pierre-aux-Liens fut finalement construite dans le centre de Caraquet entre 1857 et 1860.

De chapelle à sanctuaire Plusieurs sources mentionnent l'année 1914 comme celle du premier pèlerinage de la Sainte-Anne, à l'occasion d'un naufrage. Louis-Joseph Desjardins, missionnaire entre 1797 et 1798, avait déjà proposé d'instaurer un pèlerinage.. En fait, selon les recherches de Rosemonde Cormier, le premier pèlerinage a lieu le , à la suite d'un naufrage du précédent ayant fait 56 morts. Le premier pèlerinage d'envergure a lieu en 1880.. La première mention dans la presse date d'ailleurs de cette année-là mais le premier véritable compte-rendu n'est publié qu'en 1886.

Le chemin de fer Caraquet & Gulf Shore est construit à proximité en 1887 et avant même la fin des travaux en novembre, le train fait un arrêt à la gare de Sainte-Anne-du-Bocage, permettant aux pèlerins venant d'aussi loin que Bathurst de venir au sanctuaire.. Les billets étaient à moitié prix lors de la Saint-Anne, la compagnie encourageant ce genre de célébrations. La chapelle est rénovée en 1904 et les fenêtres de style gothique sont installées quelques années plus tard. Une extension à l'arrière de la chapelle, permettant de célébrer des messes à l'extérieur, est inaugurée en 1909. Le , les quatre marins de la goélette Mary Jane font un pèlerinage à Sainte-Anne-du-Bocage dès leur arrivée au port pour remercier la sainte de les avoir sauvés durant une tempêteAlbert-Blanchard (1967), , 41.. Un escalier menant vers la source dite miraculeuse, ainsi qu'une grotte abritant une statue, sont construits et bénits la même année.

Le pèlerinage, qui relève alors de la paroisse, est pris en charge par les Rédemptoristes de Sainte-Anne-de-Beaupré, au Québec, en 1920. Un musée est inauguré dans le sanctuaire en 1940; il comprend des lettres, des cartes géographiques, des objets de culte ayant été utilisés auparavant dans la chapelle et d'autres objets, notamment certains ayant appartenu à Alexis Landry. En 1947, Martin Lavigne, de Bathurst, affirme avoir été guéri miraculeusement d'un handicap après le pèlerinage, attirant une foule record de probablement personnes l'année suivante. Le rituel de la bénédiction des malades est quant à lui instauré en 1949.

En 1951, les Capucins de Bathurst et de Listuguj (Québec) prennent la relève des Rédemptoristes dans l'organisation du pèlerinage. La construction d'un chemin de croix dans le boisé du bocage commence en la même année. De plus, la neuvaine de la Sainte-Anne est dès lors diffusée à partir de Listuguj, destinée aux personnes ne pouvant pas se déplacer pour le pèlerinage; par ce jumelage, le culte à Sainte-Anne en Acadie n'est plus marginalisé par son association avec les Micmacs.

Durant les années 1950, le culte de Notre-Dame de l'Assomption, la sainte patronne de l'Acadie, devient très important; une statue à son effigie est inaugurée en 1952. Selon Denise Lamontagne, cela a pour effet de faire du culte de Sainte-Anne au Bocage un complément à celui de Marie. La construction du chemin de croix se termine en 1954, l'année mariale, par l'installation des quinze mystères du rosaire. Le portail est construit en 1955 pour célébrer le de la Déportation des Acadiens. Un monument en pierre et en bronze à l'effigie d'Alexis Landry est inauguré en 1956, à l'occasion du de la Convention nationale acadienne, à Memramcook en 1881. Les événements et personnalités historiques, notamment Alexis Landry et Marcel-François Richard, sont mis en valeur lors des neuvaines, faisant du Bocage un lieu de commémoration du nationalisme acadien.

Le monument à Alexis Landry est remplacé par un monument en pierre dévoilé en 1961 par l'écrivain français Henri QueffélecAlbert-Blanchard (1967), , 15.. Une réplique de la chapelle telle qu'elle existait avant les rénovations du est construite au Village historique acadien durant les années 1970; ce village est un site touristique situé près de Caraquet, recréant la vie des années 1770 à 1939 au moyen d'une quarantaine d'édifices et d'interprètes costumés. En 1975, une toilette publique est construite sur le terrain tandis que l'intérieur de la chapelle est restauré. En 1984, quatre pèlerins marchant vers le Bocage trouvent la mort à Paquetville. Des pierres sont installées sur les berges du parc en 1996 pour le protéger de l'érosion grandissante.. La chapelle fut rénovée et agrandie en 1999. Elle devient un site historique municipal le .. Le , à l'occasion du de l'Acadie, le cardinal Marc Ouellet célèbre une messe à laquelle assistent plus de personnes. Un monument commémorant le Grand Dérangement est inauguré le .. La source est reconstruite en 2011 après une tempête.

Bâtiments et installations

Après le portail donnant sur le boulevard Saint-Pierre, une allée bordée d'arbres conduit vers la chapelle, au nord. Du côté ouest de l'allée se trouvent un puits et une pompe à eau manuelle. Le cimetière se trouve à l'est, en face de la chapelle. Entre les deux, un chemin mène à l'escalier de la source miraculeuse. Dans le bocage à l'arrière de la chapelle se trouve un chemin de croix qui mènent au monument dédié à Notre-Dame de l'Assomption.

Chapelle La chapelle est un édifice de style néogothique acadien, en vogue en Acadie du milieu du au début du Clarence Lebreton, direction de Jean Daigle, The Acadians of the Maritimes, Chaire d'études acadiennes, Université de Moncton, Moncton, 1982, , « Material Culture in Acadia », .. La chapelle ne se différencie pas des maisons de l'époque sauf pour son clocher et l'absence de solives au plafond..