vignette|Kandovan en Iran. vignette|Habitat troglodytique de Dara, en Turquie. vignette|La House of Many Windows, au Colorado, aux États-Unis.

L'habitat troglodytique est, depuis la Préhistoire, une architecture rudimentaire ou somptueuse, présente dans différentes traditions, consistant à aménager des habitats souterrains ou creusés dans le rocher à flanc de montagne. Les maisons troglodytiques sont généralement creusées dans des roches sédimentaires (calcaires, molasse, grès, tuf, lœss, etc.) ou volcaniques (cendres, tuf tendres, etc.) sous tous les climats. De l'abri sous rocheLe vallon de Castelmerle (Vézère) : des abris sous roches occupés par l’homme de Néandertal puis par l’homme de Cro-Magnon et parfois des réoccupations au Moyen Âge A. Leroi-Gourhan, Y. Taborin, S. Thiébaut, Dictionnaire de la Préhistoire, sous la dir. de Leroi-Gourhan A., Le Figuier, Saint-Martin-d'Ardèche, Ardèche. 1988, . au château ou à la cité souterraine, cette architecture a une fonction d'habitat temporaire ou permanent mais revêt traditionnellement d'autres usages domestiques ou agricoles et également, assez souvent, une fonction religieuse dans de multiples sociétés.

Origines Vocabulaire Le mot « » vient du latin , lui-même du grec ancien , « qui habite dans des trous », de , « trou », et , « s'enfoncer, pénétrer dans ». Un troglodyte est un être humain ou un animal (y compris invertébré) habitant une caverne ou une demeure creusée dans le roc ou s'appuyant sur des falaises ou des grottes naturelles ; le troglodyte est l'habitant de cette maison permanente ou saisonnière. Les expressions : habitat troglodytique, cité troglodytique, maison troglodytique, etc., sont couramment utilisées pour parler de la vie dans le monde souterrain.

Plusieurs termes, utilisés en biologie, nuancent les modes d'occupation de l'habitat troglodytique, l'espèce y étant inféodée à des degrés divers : troglobie : désigne un mode de vie exclusivement troglodytique, des animaux cavernicoles, troglophile : désigne l'attrait non exclusif pour l'habitat troglodytique, trogloxène : désigne une occupation troglodytique occasionnelle, principalement à des fins de refuge temporaire ; c'est le cas des ours et des humains.

vignette|L'homme des cavernes (The cave boy of the age of stone, Margaret A. McIntyre, ca. 1923 ).|alt=

Troglodytes

Le peuple antique des Troglodytes vivait en Égypte, à proximité de la mer Rouge, installé dans les anfractuosités des rochers. Les auteurs antiques sont nombreux à y faire allusion comme Hérodote, Claude Pline, Tacite, Flavius Josèphe, etc.

Ainsi dans son Histoire naturelle, Pline l'Ancien donne une description des Troglodytes à divers peuples plus ou moins mythologiques, les Garamantes, les Augyles, etc. :

Plus tard, dans sa classification des êtres vivants Carl von Linné regroupe en troglodytes : Homo nocturnus, Homo sylvestris, Orang-Outang et KakurlackoCf. les Chacrelas de Java (du malais Kakurlacko) comme les Hommes nocturnes de Maupertuis passèrent pour une variété humaine jusqu’à Buffon. Linné leur fit une place dans le Systema naturae comme variété des Troglodytes (distincte d’Homo sapiens), voir Franck Tinland, L’Homme sauvage. Homo ferus et Homo sylvestris, de l’animal à l’homme, Paris, Payot, 1968, . Par la suite, dans Amoenitates academicae (1763), il définit un taxon assez vaste Homo anthropomorpha désignant une variété de créatures mythologiques et proches de l'homme, comme le troglodyte, le satyre, l'hydre, le phoenix. Il ajoute que ces créatures n'existèrent pas vraiment mais qu'elles étaient des descriptions inexactes de créatures ressemblant aux grands singes (Pan troglodytes, le chimpanzé a conservé cette dénomination scientifique)STIC, Université d'Angers, 2010, Carl von Linné : .

Quant à Montesquieu dans les Lettres persanes à , il relate l'histoire des Troglodytes mais la fable, sous couvert de description d’un peuple d’Orient, à la mode à cette époque, a pour but de développer les idées de l’auteur sur les mœurs de la société.

Le Petit Larousse de 1920, publie une photographie avec une note qui présente les troglodytes comme des sortes de sauvages : ainsi, les auteurs rapportent que Pline l'Ancien, Ptolémée et Strabon ont parlé des Troglodytes : selon Strabon, ils ne cultivaient pas la terre mais habitaient les anfractuosités des rochers et vivaient des produits de leur chasse. Les femmes et les enfants étaient en commun. Ils mangeaient aussi les serpents, selon Pline l'Ancien, et n'avaient aucune langue fixée mais poussaient de simples cris gutturaux...

Débarrassée de la mythologie, la vision accordée au mode de vie trogodytique s'est nuancée d'autant qu'il est universel, dans le temps et l'espace, et prend des formes assez variées adaptées aux climats, à la possibilité d'utiliser les cavités naturelles ou de les creuser et, aux catégories sociales y vivant temporairement ou de façon permanente. Aujourd'hui encore, dans de nombreuses parties du monde, les populations ayant construit leurs habitats dans des abris naturels, de profondes grottes ou creusées dans des parois calcaires ou d'autres roches sont toujours appelés troglodytes.

Terminologie et toponymie La toponymie reflète la richesse des sites et des situations du troglodytisme en France et une histoire ancienne. Cartes, cadastres, traditions orales, etc., parlent des sites souterrains utilisés par les hommesVoir notamment André Pégorier, Les noms de lieux en France, IGN, Commission de toponymie, 2006, 519 p..

Langues avenc : gouffre, grotte (occitan, catalan) ; balma, balme ou baume, baumée indiquent une grotte, un creux sous un rocher, une caverne, un conduit souterrain (occitan, catalan) ; caraveu, caravel, caravenc : gouffre, précipice ou tout simplement creux (occitan) ; cauna : grotte, caverne, trou, cavité (occitan) ; spelunque : caverne (ancien français); espluga (catalan).

Régions aven : gouffre (régions karstiques des causses et vallées de l'Aveyron et de la Lozère (Massif central) ; baoumita : grotte (Ubaye) ; barbacane : grotte (Queyras) ; beurne : grotte (Mâconnais) ; borne : antre, grotte, caverne (Jura) ; bougeo : grotte (Finistère) ; bove : habitation souterraine (Nord), grotte (Oise) le terme est souvent au pluriel (boves ) ; bovel et bouveau : galerie de mine ; bovet : cave ; bovette : caverne servant d'étable ; castillo : grotte profonde (grotte d'El Castillo en Espagne) ; catiche : carrière dans la craie ou la marne (Hauts-de-France) ; cavo, cava : souterrain, creux, conque (Alpes-Maritimes) ; cluzeau ou cluseau : en Limousin et en Périgord, abri creusé dans le sol ou taillé dans une paroi rocheuseSerge Avrilleau, Cluzeaux souterrains du Périgord, t.1a - Le Bergeracois, Périgueux 1975 réed. t.1b - le Sud Bergeracois, 1996 et t.1 - Bergerac partie Nord, 2004 ; t.2a - Le Ribéracois, 1993 et t.3b - Le Ribéracois, 1994 ; t.4 - Cantons de Saint-Aulaye et de Verteillac, 2008 ; t.5 - Nontronnais, 2011. Sous presse : t.6 - Périgueux et t.7 - Le Sarladais. ; cruzel et crusel : souterrain, refuge, grotte, habitat troglodytique (Saintonge, Tarn) ; croto, crotte, crouoto, carato : cave, crypte, souterrain voûté ; cròta : cave, crypte, souterrain voûté (Midi)Cf. Crota ; gourc, Gourco : gouffre, bassin rocheux empli d'eau parfois avec cascade (Alpes-Maritimes) ; glacière : grotte où l'eau des pluies gèle (La Réunion) ; scialet : grotte où l'eau des pluies gèle (Alpes) ; muche : cachette (Normandie et Picardie) (le terme est souvent au pluriel, muches) ; poucazo : grotte profonde (Castillon) ; quèbe, quiébo, québasse : creux, crypte, grotte (Pyrénées, Sud-Ouest) ; separa, saparella ou spelonga : grotte ou caverne (Corse) ; soubau : grotte, excavation (Languedoc) ; soubis : grouffre (Poitou) ; tanne, tannet, tannaz, taverno, tûna, tune : grotte, trou, tanière, caverne ou cave voûtée, grotte (Savoie, Suisse, Alpes-Maritimes) ; touo, toue : creux, crypte, grotte (Pyrénées) ; trau, trouc, trauc, treu : trou (Gascogne), (Champagne) ; traucasse : augmentatif de trou, grand trou (Provence), (Ariège) ; trou : gouffre ou trou (Guadeloupe et La Réunion) ; xilhogune, xilhoka : grotte (Soule) (Pyrénées).

Historique et typologie La forme revêtue par les structures pour la vie souterraine est assez diversifiée. vignette|Art aborigène en abri sous roche, Ubirr Art Site, parc national de Kakadu, Australie.

vignette|Tombes rupestres toraja fermées par des planches et poupées à l'effigie des défunts (tau-tau), Indonésie. vignette|Pétra, la capitale nabatéenne, Jordanie. vignette|Église Saint-Georges à Lalibela, Éthiopie.

Premiers habitats troglodytiques Les grottes naturelles ou abris sous roche ont été utilisées depuis la Préhistoire en campements généralement saisonniers. L'art pariétal au Paléolithique témoigne de cette présence de l'activité humaine dans les grottes et abris sous roche. En France, plus de cent-soixante-dix sites, pour la plupart dans le Sud et le Sud-Ouest (voir par exemple la grotte de Lascaux et la grotte ChauvetLa grotte Chauvet, Ardèche : ) se développent sur une période d'environ , de l'Aurignacien (il y a ) à la fin du Magdalénien (il y a ). Les régions calcaires traversées par des réseaux karstiques de France et d'Espagne offrent la plus grande densité de sites d'art pariétal, suivies par le Portugal, l'Italie, la Roumanie et l'AngleterreArt rupestre & grottes ornées : .

Le véritable habitat troglodytique commence avec le Néolithique, d'une protection épisodique dans une cavité rocheuse, grande ou petite, l'homme passe à un habitat plus permanent, creusé, aménagé dans la roche à la faveur d'un contexte géologique et climatique favorable. Des habitats enterrés, pas à proprement parler creusés dans la roche, complètent les possibilités d'abris avec des modes de vie comparables (par exemple aux Orcades pauvres en bois), les maisons semi-enterrées et couvertes de tourbe (Irlande, L'Anse aux Meadows de Terre-Neuve, etc.) s'en approchent en comparaison de l'habitat actuel dominant. Outre la fonction d'habitat, l'occupation devient cultuelle, funéraire, défensive et économique (stockage). Cette forme d'architecture demande de l'habileté et se trouve particulièrement adaptée aux milieux pauvres en bois, d'où une assez grande densité d'habitats troglodytiques en milieu aride ou dépourvus de forêts en raison de la fraîcheur du climat ou encore de la surexploitation de leur écosystème.

Les habitats construits ou creusés (cités, casemates, etc.) constituent des structures communes pour la vie souterraine élaborées à partir de techniques minières, parfois très anciennes. Ces habitats peuvent être très profonds et comporter des kilomètres de galeries et des dizaines d'étages.

Contexte naturel La grande diversité des formes du patrimoine rupestre témoigne de la capacité de l'homme à s'adapter à son environnement.

Les matériaux dans lesquels sont établis ce type d'habitats sont assez variés, la position topographique également, en versant de vallée, en falaise ou escarpement, à la surface d'un plateau, etc.

Roches volcaniques Le plateau de Perrier dans les matériaux du strato-volcan des Monts Dore, dans la vallée de l'Allier (entre deux millions d'années à ), le village des Roches atteste d'une présence troglodytique depuis au moins la période celtique, actuellement il reste quelque trois-cents grottes et cavesLe village troglodytique des Roches. Les cendres volcaniques de l'Anatolie centrale ont été fortement érodées en badlands, les maisons pyramidales, les étables, les pigeonniers, les chapelles de la Cappadoce y ont été aménagées par des moines et ermites chrétiensB.L. Molyneaux, La Terre et le sacré, Ed. Albin Michel, coll. Sagesses du Monde, ..

Matériaux sédimentaires Les lœss du bassin du Fleuve Jaune, en Chine du Nord, hébergent de nombreuses habitations troglodytiques (yaodong 窑洞 ou maisons-grottes) dans les quatre provinces du plateau de LœssEHESS, Le Shaanbei, pays des maisons-grottes : .