L'ancienne abbaye Notre-Dame de Bellebranche, cistercienne, est située à Saint-Brice dans le sud-est du département de la Mayenne, région dite Mayenne angevine, en France.
Étymologie Abbas B.-M. de Bellabrancha, 1175Cartulaire de la Couture, . ; Abbas Belle Branchie, 1180Archives départementales de la Mayenne, II. ; Abbas de Bella Branca, 1189Province du Maine, t. IV, ; Abbas Bellebranchiæ, 1197Maison de Laval, t. I, ; Beata Maria de Bella Branchia, 1218Louis-Julien Morin de la Beauluère, Guillaume Le Doyen, ; Abbas Beatæ Mariæ de Bellabrancha, 1232Cartulaire de la Couture, ; Abbas et conventus de Bellabrancha, 1265ibid., ; Les religieux, abbés et couvent de Bellebranche, 1412ibid., ; Monasterium beatæ Mariæ de Bellabrancha, ordinis cisterciensis, 1446ibid., .
Histoire Origine On raconte qu'une tentative de fondation religieuse y avait eu lieu en 1098L'abbé Angot croirait volontiers, quoique le fait ne soit mentionné dans aucun acte connu, qu'il s'agissait alors d'un ermitage semblable à tous ceux qui peuplaient les forêts du Maine et de l'Anjou aux ..
L'abbé de l'abbaye de Louroux en Anjou, envoya en 1150 une petite colonie de moines cisterciens au lieu-dit de Bellebranche, situé dans le Haut-Anjou mayennais.
Fondation L'abbaye est fondée sous l'influence des seigneurs de Sablé, de Château-Gontier (deux familles étroitement mêléesLa grand-tante de Robert III de Sablé est l’épouse de Geoffroy de Château-Gontier. La belle sœur de Robert III, Mélissande de Briolé est l'épouse d'Alard III de Château-Gontier.) et de la famille d'Anthenaise. L'établissement devint définitif par la donation fondatrice de Robert III de Sablé le Gilles Ménage, Dom Piolin, Corvaisier de Courteille. Cette fondation de Robert peut être regardée comme un de ses actes in extremis.
Robert IV de Sablé, à l'occasion de la mort de sa femme Clémence de Mayenne et de son départ pour la Terre Sainte (1190), confirma et augmenta les donations paternelles.
Notre-Dame de Bellebranche est la de l'ordre de Citeaux. Les documents les plus anciens tirés de la Gallia Christiana notent que cette fondation aurait été approuvée par les papes Alexandre III (1165), Urbain IV (1264), Clément IV et Boniface VIII. Toutefois, ces confirmations n'ont pas été retrouvées, seul une bulle daté du , promulguée à Sens par Alexandre III, qui accorde à l'abbaye des exemptions de dîmes peut être rapproché de ces noticesInventaire des titres de la mense conventuelle de Bellebranche, t.2, . A.N. S 6287.. L'abbaye reçoit à ses débuts de nombreux legs pieux pour fonder des messes afin de commémorer des proches (les fondations d'anniversaire de décès sont fréquentes) ou "sauver les âmes" des donateurs mais aussi celles de leurs ancêtres.
Privilèges Est mentionné parmi les privilèges des religieux celui de se choisir un abbé et un prieur ; ils eurent soin de se faire confirmer dans ce droit, en 1498, par Louis XII. L'abbaye fut en peu de temps la plus riche des maisons cisterciennes de l'Anjou et du Maine, grâce aux libéralités des seigneurs de Sablé, de Château-Gontier, de Laval, de Craon, de Sillé et de Rohan.
Le domaine de l'abbaye Autour de leur monastère, les religieux avaient créé sept étangs, deux magnifiques bois de haute futaie, sans compter les bois taillis du Fourneau, des Nortrons, et les Grands-Bois ; ils avaient planté 53 quartiers de vigne en trois clos, et aménagé 10 métairies sur Saint-Brice et Beaumont, villages dont ils possédaient la seigneurie paroissiale.
Cinquante métairies et de beaux fiefs dans la sénéchaussée de l'Anjou, le fief et le manoir de la Gaulerie à Chemiré-sur-Sarthe, trois métairies à Brissarthe, la terre de Cernée, avec maison abbatiale et chapelle, à Écouflant, celle de Châteauneuf-sur-Sarthe, un hôtel à Angers, etc. composaient au le patrimoine de Bellebranche. Toutes ces possessions éloignées, mises à ferme, étaient d'ailleurs d'un petit rendement pour la maison : « Elles ne sont trop suffisantes, disent les moines au , pour l'entretenement de nostre abbaye et couvent, à l'aliment et vestement de nous qui suismes en nombre XXXV religieux, et faire les aumosnes aux pauvres qui se trouvent en grand nombre de jour en jour, mesme quand est temps de stérilité. »
« Une mieche de la forme et ordonnance du couvent » était en outre distribuée à tous les pauvres le premier mardi de carême, et un dîner avec une aumône honnête servi le jeudi - règle absolue envers toute personne qui se présentait et qui voulait avoir « autant comme un religieux de l'abbaye ».
Les offices claustraux, priorat, sous-priorat, chanterie, sacristie, cellerie, procure, aumônerie, infirmerie, avaient chacun leur dotation particulière.
L'abbaye de Bellebranche du
La publication du père Denifle sur la Désolation des églises de France<ref>t. II/1, , d'après Supplem. Urbani V, , fol. 155, ad annum 1363, 4 julii</ref> confirme les détails déjà donnés sur l'état de dévastation de l'abbaye dans la première période de la guerre de Cent Ans. Couvents, maisons, édifices, résidences, presque tout avait été saccagé, brûlé pendant les guerres par les ennemis du roi et du royaume. Les revenus étaient tellement réduits qu'ils ne pouvaient qu'à peine suffire à l'entretien des religieux, la moitié de l'année, et rendaient impossible la restauration de l'abbaye si le pape n'y subvenait.Le château de Sablé, à la prise duquel les moines de Bellebranche perdirent les effets précieux et les approvisionnements qu'ils y avaient déposés, et le château de Saint-Brice dont le voisinage les rendait continuellement victimes des déprédations de la garnison, sont tombés au pouvoir des anglais, le premier à une date inconnue, le second, en 1358Siméon Luce, Histoire de Bertrand Du Guesclin et de son époque, Hachette, 1870, t. I, . . Bertrand du Guesclin les avait reconquis lui-même vers la fin de 1361.
L'abbaye quitta au la stricte observance des bernardins pour accepter la règle mitigée, dite ClémentineRègle mitigée, dite Clémentine : nommée d'après le pape Clément V qui l'avait autorisée., qui réduisait l'abstinence à par semaine.
Un collège établi rue du Godet à Angers, près du chevet de l'église Notre-DameActuellement, église de la Trinité dans le quartier de la Doutre., donnait aux jeunes religieux toute facilité pour suivre les cours de l'Université, et pouvait même servir d'asile à la communauté en temps de guerre. Ce n'était pas une précaution inutile : une lettre de Charles VCette charte est dans un des deux recueils de titres qui composent tout le fonds de Bellebranche aux archives de la Mayenne. Elle est parvenue à l'état de copie de la fin du ou du commencement du , écrite sur un papier très-délabré, qui a été publiée au . , du , atteste des dommages connus par l'abbaye.
Les lettres de sauvegarde que les religieux achetèrent des Anglais en 1433, et sans doute les années précédentes et suivantes, n’empêchèrent pas les bandes de ruiner presque complètement l'abbaye. La paix revenue par l'expulsion des ennemis du dehors, Jean d'Hierrayou Jean D'Ansières évêque du Mans de 1439 à 1451 ?, évêque du Mans, voulut s'occuper de la restauration du monastère. Il avait le droit d'y faire visite en vertu d'un règlement, intervenu vers 1320, entre le cardinal Arnaud et l'abbé de Citeaux, en annonçant son arrivée, par une lettre dont les termes avaient été longuement discutés : « Significamus vobis, vestrum monasterium intendimus declinare ; unde pro nobis, nostra familia et equitatura nostra generose providere curetis ».
Jean Rocher, abbé de Bellebranche en 1451, malgré ce droit incontestable, n'en avait pas moins manifesté l'intention de fermer la porte du couvent à l'évêque ; il eut au moins le bon esprit de reconnaître sa faute et d'aller trouver Jean d'Hierray à Sablé pour lui faire ses excuses (1451). Deux commissaires envoyés par l'évêque à Bellebranche trouvèrent l'église « toute découverte, les autels renversez, les clîtres rompus, une partie des dortoirs brulez, et tous les riches sépulchres des seigneurs de Sablé et de Chasteau-Gontier, fondateurs et bienfaicteurs de cette abbaye, brisez et mis en pièces ; de sorte qu'il n'estoit resté que quelques logements pour l'habitation de cinq ou six religieux. »La publication du Père Denifle sur La désolation des églises de France (t. II/1, , d'après Supplem. Urbani V, , folio 155, ad annum 1363, 4 julii), confirme les détails déjà donnés sur l'état de dévastation de l'abbaye dans la première période de la guerre de Cent Ans. « Couvent, maisons, édifices, résidences, presque tout avait été saccagé, brûlé pendant les guerres par les ennemis du roi et du royaume. Les revenus étaient tellement réduits qu'ils ne pouvaient qu'à peine suffire à l'entretien des religieux, la moitié de l'année, et rendaient impossible la restauration de l'abbaye si le pape n'y subvenait. » Pendant cette période calamiteuse, les religieux s'étaient retirés au château de Sablé. Jean d'Hierray supplia avec larmes l'abbé d'employer une partie de ses revenus à relever le monastère de ses ruines et d'y faire refleurir l'ancienne discipline.
La commende introduite à Bellebranche un siècle plus tard (1552) compromit comme partout l'esprit religieux de l'abbaye. Elle eut à souffrir à la fin du , plus qu'aucune autre, des troubles et de la guerre civile. Pillée par les huguenots, dès 1567, et par le féroce René de la Rouveraye qui fit pendre plusieurs religieux, prise et reprise par tous les partis, elle ne sortit de cette période désastreuse que gravement compromise même dans son existence.
L'abbaye de Bellebranche aux
Aussi, quand Henri IV eut fondé le collège de La Flèche, songea-t-il à lui annexer la mense abbatiale. Il y eut résistance ; mais cependant, après la résignation de François de Donadieu, le pape Paul V promulgua le décret d'union dans une bulle du , en faveur du collège des pères jésuites, « dont le zèle, la science, les aptitudes pour l'enseignement devaient procurer une éducation chrétienne et solide à la jeunesse de la ville et du royaume ». Le monastère ne devait donc plus être gouverné désormais que par un prieur triennal. Dès l'année suivante (1608), le roi voulut, pour compléter le revenu qu'il avait promis à son collège, supprimer même la mense conventuelle. Ce projet souleva une véritable tempête ; le roi dut écrire à M. de Brèves, son ambassadeur à Rome, de faire arrêter l'expédition du bref ; mais en même temps, il manda à Paris Nicolas Boucherat, abbé de Citeaux, et lui fit accepter en échange de Bellebranche l'abbaye de la Buxière, au diocèse d'Autun (). L'opposition vint alors des religieux, qui portèrent plainte devant l'official du Mans et appelèrent comme d'abus au Parlement. Ils eurent gain de cause, prirent même à bail des Jésuites la mense abbatiale ; ils reçurent des novices comme par le passé, et leur nombre s'éleva encore jusqu'à 30 profèsUn profès (féminin : une professe) est celui ou celle qui a fait les vœux par lesquels on s’engage dans un ordre religieux, après que le temps du noviciat soit expiré. (Source Wiktionnaire), sans compter les convers.