Ambroise Auguste Tardieu, né le à Paris et mort le à Paris , est un médecin légiste français.

Il a donné la première description du syndrome des enfants battus, et des « taches de Tardieu » ou signes d'autopsie de la mort par suffocation.

Ses publications ont servi de sources à Émile Zola.

Biographie Il naît dans le quartier de l'École de médecine.

Études et carrière Après de brillantes études au collège royal Charlemagne de 1828 à 1834, il s'inscrit à la Faculté de médecine de Paris en , et obtient le grade de bachelier ès lettres en . Il est reçu à l'internat en et docteur en médecine en .

À partir de 1843, il exerce des fonctions de médecin légiste, en étant chef de clinique dans le service de Bouillaud. Il est agrégé en et réussit le concours de médecin des hôpitaux en . Il est alors médecin du bureau central des hôpitaux, inspecteur-adjoint du service de vérification des décès de la ville de Paris.

À partir de 1851, il exerce dans plusieurs hôpitaux : Hospice de la Rochefoucauld (1852), Lariboisière (1853), Hôtel-Dieu (1861).

Élu à l’Académie nationale de médecine dans la section d'hygiène publique, de médecine légale et de police médicale, le , il en deviendra président en 1867. Il a aussi été président de l'Association générale des médecins de France, de 1868 à 1876, président du Comité consultatif d'hygiène et de salubrité..

En 1860, il est nommé médecin consultant de Napoléon III, en remplacement de Fleury. vignette|redresse|gauche|Buste dans le hall de l'Institut médico-légal de Paris. Bien en cour, le concours pour le recrutement des professeurs ayant été aboli par l’Empire, il est nommé, le , par décret impérial, professeur titulaire de la chaire de médecine légale, pour succéder à Adelon. Il conservera cette chaire après la chute de l’Empire.

En 1864, il est membre du conseil municipal de Paris. En janvier de la même année, il est nommé doyen de la faculté de médecine, en remplacement de Rayer qui venait de démissionner à la suite de mouvements étudiants. La nomination du nouveau doyen, qui fait tout aussitôt des plans sur le papier : réorganisation de l’École, amélioration et construction de laboratoires, projet d’association fraternelle, etc., est chaleureusement accueillie par les professeurs et les élèves.

Sur la fin de , à la suite des troubles survenus à l’École à cause de la trop grande sévérité du ministre Victor Duruy envers les étudiants du congrès de Liège, au lieu de défendre ses élèves, il approuve, au contraire, leur condamnation. Il subit des manifestations, les étudiants l'accusant d'avoir fait séquestrer dans un asile, pour plaire à Napoléon III, l'avocat Léon Sandon, un opposant politique. Tardieu réplique en déplorant la formation insuffisante des étudiants en matière d'aliénation mentale. Forcé de donner sa démission, en 1868, sa popularité parmi les élèves commence à décliner graduellement pour se transformer en antipathie presque générale.

En 1874, il n'a plus de service hospitalier. Devenu professeur honoraire, il est remplacé, à sa mort, par Brouardel. Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1849, il a été promu officier en 1860 et commandeur en 1872.

Quelques années avant sa mort, il avait eu une attaque d’apoplexie, à laquelle il avait survécu. Quelque temps après, il a été frappé une seconde fois, et en revint encore, jusqu’à ce que le diabète et l'hémoptysie symptomatique des lésions pulmonaires s’en mêlant, sa santé a rapidement décliné jusqu’à son dernier soupir. À l’issue de ses obsèques à la Madeleine, il a été inhumé dans la chapelle Tardieu au cimetière du Montparnasse..

Travaux Son ouvrage publié en 1848, Manuel de pathologie et de cliniques médicales, a servi de référence pour Émile Zola, lecteur attentif de Tardieu.

Rapports d'expertises Au cours de sa carrière, Tardieu a rédigé d'expertise médico-légale. vignette|redresse=1.3|L'attentat d'Orsini contre Napoléon III, 14 janvier 1858. Il contribue à faire inculper le duc de Praslin pour le meurtre de son épouse dans la nuit du 17 au , en ayant l'idée pour la première fois d'examiner l'arme du crime au microscopeScènes de crime, quand la science fait parler les preuves, Paul Roland, ed. Musikbooks.. Le duc meurt le . Après autopsie, Tardieu affirme qu'il est mort empoisonné par une préparation arsenicale ingérée le .

Le , Orsini, Pieri, Rudio et Gomez tentent d'assassiner Napoléon III se rendant en berline à l'opéra. Trois bombes éclatent coup sur coup. Tardieu examine les 156 blessés dont certains mourront dans la nuit.

En 1864, Tardieu fait acquitter monsieur Armand accusé par son domestique de lui avoir donné un coup derrière la tête, d'avoir tenté de l'étrangler et de l'avoir ligoté, en démontrant que le domestique avait très bien pu s'attacher lui- même dans la cave de son employeur, en s'attachant lui-même avec des cordes devant le tribunal.

La même année, il fait condamner le docteur Couty de la Pommerais accusé d'avoir attenté à la vie à la veuve de Paw. Il dégage des matières vomies par la victime un principe actif produisant sur les animaux les mêmes effets que la digitaline.

En 1867, il pratique l'autopsie d'une des victimes de Jean-Charles-Alphonse Avinain et il conclut à une mort par strangulation plus coups violents portés à la tête avec un objet contondant vraisemblablement pendant le sommeil de la victime et dépeçage.

En 1869, il affirme avec trois de ses collègues que Jean-Baptiste Troppmann a pu commettre seul le meurtre de la femme Kinck et de ses cinq enfants.

En 1870 dans l'affaire de l'assassinat du journaliste Victor Noir par le prince Pierre Bonaparte, il déclare à la Haute Cour de justice réunie à Tours que les traces de contusion constatées sur la joue gauche du prince ont pour cause un coup direct permettant l'acquittement du prince pour légitime défense. De retour à Paris pour reprendre son cours, il est accueilli par les cris de : Ce tapage fait fermer l’École pendant plusieurs semaines.

Mémoire sur la mort par suffocation Dans cet ouvrage publié en 1855, Tardieu décrit les lésions des organes internes, notamment celles des poumons. Il décrit les « taches de Tardieu » (ecchymoses sous-pleurales) observées lors de l'autopsie d'une mort par suffocation : « On trouve à la base des poumons de petites taches d'un rouge très foncé, presque noires, de la taille d'une tête d'épingle à celle d'une petite lentille ».

Maltraitance des enfants En 1852, il publie la première édition de son Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité, où il dénonce l'exploitation du travail des enfants dans les fabriques et dans les mines. vignette|Travail des enfants à la forge, France 1865. En 1860, dans les Annales d'hygiène et de médecine légale (t. XIII, p. 361), il donne la première description générale du syndrome des enfants battus (maltraitance sur mineur et violences sexuelles exercées contre ceux-ci) sous le titre Étude médico-légale sur les sévices et mauvais traitements exercés sur des enfants. C’est en hommage à cette première description que ce syndrome est aussi appelé « syndrome de Tardieu » (forme clinique), connu plus tard sous sa forme radiologique ou « syndrome de Silverman ».

Dans cette première publication, il se base sur 32 cas choisis, dont 18 mortels. Dans les cas mortels, il s'agit de très jeunes enfants soumis à des sévices graves (traumatismes cérébraux), dans les cas non mortels, il s'agit d'enfants plus grands exposés aux mauvais traitements et aux privations.

En 1868, il publie aussi une étude sur l'infanticide. Malgré la notoriété de son auteur, les travaux de Tardieu n'ont guère d'influence sur la société de son temps. Dans son Étude sur les blessures, publié l'année de sa mort en 1879, il reprend ses anciens travaux, se désolant de l'absence de réaction lors de leur première publication.

Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs Cet ouvrage publié en 1857 se compose de trois parties, consacrées aux outrages publics à la pudeur, les viols (définis par les articles 330 à 334 du Code pénal de l'époque.), et enfin, sujets jusque là peu étudiés, à la pédérastie et la sodomie (termes médicaux en usage, le terme homosexualité n'apparait en français qu'en 1891).

Abus sexuels sur les enfants Il décrit 632 cas d'abus sexuel envers des filles dont 70 % n'ont pas atteint l'âge de 13 ans. Il attribue ces cas au développement industriel qui favorise un contact permanent entre ouvriers des deux sexes et de tout âge. Il souligne les graves répercussions psychologiques chez les victimes. Il dénonce le mythe de la guérison des maladies vénériennes par contact sexuel avec une fillette prépubère. Il est le premier à signaler des abus sexuels commis par des femmes, mais il considère aussi le risque de fausses allégations.

Pédérastie à Paris, selon Tardieu Tardieu justifie l'importance croissante de la pédérastie en médecine légale par l'accroissement de la répression à la suite de scandales publics récents, comme l'affaire de la rue des Remparts (Paris, 1845) où se réunissait une bande de voleurs et maîtres-chanteurs pédérastesVoir.. La pédérastie est un moyen utilisé par les malfaiteurs pour faire des dupes et des victimes. Par ses fonctions, Tardieu a pu observer plus de deux cents individus pris en flagrant délit ou ayant avoué ainsi que de nombreuses archives.vignette|« Mosieu ! Je n'ai pas l'honneur de vous connaitre, mais vous m'avez l'air d'un fichu polisson », lithographie de Paul Gavarni, série Les Gens de Paris. Il constate que les violences sodomites faites aux femmes sont principalement le fait de leur époux et qu'elles commencent très peu de temps après le mariage. Les attentats contre les jeunes garçons mineurs touchent souvent des apprentis victimes de la brutalité des gens qu'ils assistent. La prostitution pédéraste, très répandue à Paris, est souvent liée à une criminalité organisée pratiquant le chantage sur les clients. Les prostitués sont souvent également hétérosexuels et ramènent le plus souvent leurs clients dans des établissements pour femmes. Tardieu complète le tableau de la pédérastie en utilisant le latin pour évoquer la scatophilie et la fellation.

Le débat de l'époque portait sur le fait de savoir si l'examen clinique et anatomique pouvait détecter les signes de la pédérastie. Le professeur Casper de Berlin prétendait que le plus souvent, la pédérastie ne laissait aucune trace sur un individu. Tardieu estime que cela n'est vrai que pour 1 pédéraste sur 14 ou 15. vignette|redresse|Exemple des désordres que produit la pédérastie passive ou la sodomie. En se basant sur ses constatations observées sur 177 individus, il fixe, pour des générations d’étudiants en médecine, les signes permettant de caractériser les : . Il cherche aussi à distinguer ce qui relève de l'habitude ou de l'attentat violent.

Se basant sur des constatations observées sur 92 individus, il est aussi le premier à décrire . Les dimensions du pénis hors état d'érection sont . La forme est . Si le pénis est petit et grêle, rappelant tout à fait le pénis d'un chien. Si le pénis est volumineux, .

Cette étude est rééditée six fois entre 1857 et 1878.

Controverse : la question homosexuelle Cet ouvrage, par-delà le contexte de justice pénale et de médecine légale de son époque, est présenté par des militants pour les droits des homosexuels comme un monument de l’homophobie médicale.