Les lois raciales, en italien Leggi razziali, précisent les mesures racistes prises en Italie en 1938 pendant la période du régime fasciste contre les personnes de religion juive mais aussi d'autres.

Benito Mussolini en fait la proclamation le depuis le balcon de l'hôtel de ville de Trieste, cité où vivait l'une des plus importantes communautés juives d'Italie, devant la foule rassemblée sur la .

Avant le racisme S'il marque une nette hostilité au sionisme, le fascisme italien n'est pas originellement antisémiteEn 1848, le prince Carlo Alberto de Savoie avait garanti des droits égaux à tous les Italiens. Lire en ligne. Benito Mussolini, dont la maîtresse Margherita Sarfatti est juive, explique en 1929 : Benito Mussolini, Opera omnia, tome 24, discours à la Chambre des députés à propos des accords du Latran le 13 mai 1929.. En 1932, il condamne le racisme lors de ses entretiens avec le journaliste allemand Emil Ludwig : , affirme-t-il ; et c'est au palais de Venise qu'il reçoit dignement le grand rabbin de Rome en 1934E. Ludwig, Colloqui con Mussolini, Milan, Mondadori, 1950, p. 87.

Mais cela sera oublié et tout change à partir du rapprochement de l'Italie avec l'Allemagne nazie dès 1936.

Les prémices

Les fondements et les prémices sont basés sur des considérations « scientifiques » destinées à établir l'existence de la « race italienne » et son appartenance au groupe des « races aryennes ». Il s'agit ainsi d'instruire tout le pays au racisme. Après l’entrée en vigueur en 1937 du décret royal, loi n. 880, qui interdisait le concubinage et le mariage entre Italiens et « sujets des colonies africaines », d'autres lois raciales sont promulguées par le parlement italien.

Par la suite, les autorités italiennes et leurs sbires s'évertuent à bien distinguer l'antisémitisme fasciste italien de celui des nazis, en affirmant l'existence de différentes races humaines selon une classification qui prétend se fonder sur l'expérience scientifique qu'alimentent nombre de scientifiques italiens qui veulent donner au peuple un sentiment national de fierté raciale par son appartenance à une noble et « pure race italienne » qui ne peut, ni ne doit être contaminée par l'Orient ou l'AfriquePhilippe Foro, « Racisme fasciste et antiquité. L'exemple de la revue La Difesa della Razza (1938-1943) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2003/2 (), pp. 121-131. . Lire en ligne..

Le , le pape Pie XI produit une bulle en allemand (et non en latin), intitulée Mit brennender Sorge, qui affirme sans ambiguïté aucune, son inquiétude face à la montée du racisme et les dérives racialistes du nazisme.

Le fascisme italien devint officiellement antisémite après les rencontres d'Hitler et de Mussolini en et , qui rapprochent politiquement les deux pays et aboutissent aux signatures des lois raciales (commandées par Mussolini et contre-signées par le roi Victor-Emmanuel III désavouant son ancêtre) en Italie en automne 1938, à celles du Pacte d'acier (Patto d'Acciaio) en puis à celles du pacte tripartite de l'Axe en . Pour autant, l'Allemagne nazie ne demande pas aux fascistes italiens de s'opposer aux Juifs.

Le manifeste de la race (Manifesto della razza)

vignette| « Les Juifs n'ont pas le droit de… », La difesa della razza, 1938 Parmi les divers documents et mesures législatives qui constituent le corps des lois raciales promulguées par le régime fasciste en Italie à partir de 1938, figure « le manifeste de la race » ou plus exactement le manifeste des scientifiques racistes, publié une première fois de manière anonyme sur le le avec pour titre « Le fascisme et le problème de la race » et republié dans le numéro de La difesa della razza, le par le secrétaire de rédaction de la revue, Giorgo Almirante.

Le , depuis le secrétariat du parti national fasciste, après une rencontre entre les dix rédacteurs de la thèse, le ministre de la culture populaire Dino Alfieri, et le secrétaire du parti Achille Starace, un communiqué est publié avec le texte complet et la liste des signataires.

Parmi les adhésions au manifeste se trouvent celles de personnages illustres ou destinés à le devenir tels que Giorgio Almirante, Giorgio Bocca, Galeazzo Ciano, Amintore Fanfani, Giovanni Gentile et Giovanni Guareschi.

Alors que certains soutiennent que Mussolini n'était pas antisémite, le politique Galeazzo Ciano indique dans son journal personnel, le : Galeazzo Ciano. Diario 1937-1943, Rizzoli 1998, p. 158. Le , l'article apparait en première page.

vignette|Article paru dans Le Populaire du 10 décembre 1938Le Populaire, 10 décembre 1938, p. 3, ..

Le décret royal, loi du — qui fixe les « mesures pour la défense de la race dans les écoles fascistes » - et celui du - qui fixe les « mesures à l'encontre des juifs étrangers » — sont suivis le par une « déclaration sur la race » émise par le Grand Conseil du fascisme ; cette déclaration est par la suite adoptée par l’État toujours par un décret royal en date du . L'enseignement dans les écoles réservées aux Juifs n'était pas encore interdit.

Entre la fin de l'été et l'automne 1938, plusieurs décrets furent donc signés par le chef du gouvernement Benito Mussolini et promulgués par Victor-Emmanuel III d'Italie qui légitimaient une vision raciste de la « question juive ». L'ensemble de ces décrets et documents cités constituent l'ensemble des lois raciales. Par « ségrégation naturelle » due à leurs anciennes origines sémites dites « inférieures », les Juifs présents en Italie depuis l'Antiquité ne relèveraient pas de la « race italienne » et n'appartiennent officiellement plus au peuple italien.

Le , expression de son désespoir et sa volonté de secouer l'opinion publique italienne face aux mesures antisémites prises par le pouvoir fasciste, le réputé philosophe et éditeur juif Angelo Fortunato Formiggini se suicide en se jetant du haut de la Torre Ghirlandina, clocher de la cathédrale de ModèneL'événement passe inaperçu en Italie, la presse ayant reçu l'ordre de ne pas en parler. mais aucun journal italien ne publie la nouvelle de son geste désespéré.

Certains des scientifiques et intellectuels juifs touchés par les mesures du émigrent en Europe et aux États-Unis : parmi ceux-ci Emilio Segrè, Achille Viterbi (père de Andrew Viterbi), Enrico Fermi (dont la femme est juive), Bruno Pontecorvo, Bruno Rossi, Leo Castelli, la famille de Giulio Calabi (fondateur des Messaggerie Italiane), et bien d'autres. Ceux qui restent sont obligés d'abandonner leur poste, parmi ceux-ci Tullio Ascarelli, Walter Bigiavi, Mario Camis, Federico Cammeo, Donato Donati, Mario Donati, Federigo Enriques, Marco Fanno, Gino Fano, Alberto Gentili, Giuseppe Levi, Benvenuto Terracini, Tullio Levi-Civita, Rodolofo Mondolfo, Adolfo Ravà, Attilio Momigliano, Gino Luzzatto, Donato Ottolenghi, Tullio Terni, Mario Fubini, Beppo Levi. De plus, la loi a aussi un impact important sur le milieu universitaire féminin, dont une grande partie des professeurs étaient d'origine juive comme l'entomologiste Anna Foà.

Parmi les démissions de personnages illustres, on compte celle de Albert Einstein en sa qualité de membre de l'Académie des Lyncéens.

Les théories racistes affectent aussi les peuples autochtones des colonies de l'empire italien, que les universitaires fascistes répartissent en groupes ethniques différenciés selon leur groupe sanguin - dont on sait aujourd'hui qu'il se classe en systèmes et non en « races »(al) Karl Landsteiner, « Zur Kenntnis der antifermentativen, lytischen und agglutinierenden Wirkungen des Blutserums und der Lymphe », 1900, Zbl Bakt., 27, 357-362. - et insistent sur la « pollution » due aux métissages par le sang des « races inférieures ».

Les dispositions contre le mouvement pentecôtiste Une disposition particulière toucha le mouvement pentecôtiste.

Cette disposition (numéro de protocole 600/158, Archive d'État série PS GI enveloppe 26 fascicule 299 1-c-z), remonte au et est signée par le sous-secrétaire à l'intérieur, Guido Buffarini Guidi, contre-signée par le chef de la police Arturo Bocchini ; elle interdit le culte pentecôtiste dans tout le royaume en ce qu'il « s'exprime et se concrétise dans des pratiques religieuses contraires à l'ordre social et nocives à l'intégrité physique et psychique de la race ».

En conséquence de cette circulaire, il y eut beaucoup d’arrestations et de confinements de simples croyants et pasteurs pentecôtistes ; un des plus importants fut Roberto Bracco, arrêté dix-sept fois. Deux croyants moururent de leur foi ; le premier, Filardo De Simone, qui se trouvait dans la prison romaine de Regina Coeli et pour sa foi pentecôtiste, fut assassiné dans les fosses Ardéatines avec trois cent cinquante personnes le ; l’autre, Antonio Brunetti, fut assassiné dans le camp de concentration de Mauthausen.

En 1953, dix ans après la chute du fascisme et cinq après l’entrée en vigueur de la constitution de la république italienne, le ministre de l’intérieur démocrate-chrétien Mario Scelba affirmait au parlement que .

Cette disposition n’est plus en vigueur depuis le .

Liste des 10 scientifiques italiens qui ont signé le manifeste de la race On. prof. Sabato Visco : directeur de l'institut de physiologie générale de l'université de Rome et directeur de l'institut national de biologie auprès du conseil national de la recherche, Dott. Lino Businco : assistant de pathologie générale à l'université de Rome, Prof. Lidio Cipriani : chargé d'anthropologie à l'Université de Florence, Prof. Arturo Donaggio : directeur de la clinique neuropsychiatrique de l'université de Bologne et président de la société italienne de psychiatrie, Dott. Leone Franzi : assistant dans la clinique pédiatrique de l'Université de Milan, Prof. Guido Landra : assistant d'anthropologie à l'Université de Rome, Sen. Prof. Nicola Pende : directeur de l'institut de pathologie spéciale médicale de l'Université de Rome, Dott. Marcello Ricci : assistant de zoologie à l'Université de Rome Prof. Franco Savorgnan : professeur titulaire de démographie à l'Université de Rome et président de l'institut central de statistiques, Prof. Edoardo Zavattari : directeur de l'institut de zoologie de l'Université de Rome.

Intellectuels et personnalités qui ont manifesté publiquement leur soutien aux lois raciales Prof. Giacomo Acerbo Alfredo Acito Pino Alessandri Rino Alessi Dino Alfieri Giorgio Almirante Ermanno Amicucci Ugo Giorgio Andalò Giuseppe Andreucci Franco Angelini Antonio Antonucci Livio Apolloni Mario Appelius Nicola Archidiacono Felice Arfelli Prof. Gaetano Azzariti Dott. Alessandro Baccaglini Mario Baccigaluppi Pietro Badoglio Vincenzo Baccioli Guidi Guido Buffarini Emilio Balbo Giancarlo Ballarati Dante Cesare Bancher Ferruccio Banissoni Mameli Barbara Carlo Barduzzi Piero Bargellini Carlo Bazzi Ugoberto Bellino Brocchieri Vittorio Beonio Avv. Carlo Bergamaschi Giorgio Luigi Bernucci Bruno Biagi Dott. Ettore Biamonti Dott. Rodolfo Biancorosso Bruno Biancini Renato Biasutti Angelo Marco Bioletto Francesco Biondolillo Giorgio Bocca Gino Boccasile Ing. Gian Giacomo Borghese Mario Borretti Carlo Borsani Giuseppe Bottai Prof. Filippo Bottazzi Guglielmo Blasi Roberto Brighenti Dr Lino Businco Luigi Cabrini Giovanni Calendoli Francesco Callari Claudio Calosso Bruno Caluri Augusto Camerini Emilio Canevari Renato Caniglia Aldo Capasso Lino Cappuccio Riccardo Carbonelli Dott. Emanuele Filiberto Carnevale Gherardo Casini Francesco Casnati Giuseppe Castelletti Guido Cavallucci Giovanni Cazzani Carlo Cecchelli Giuseppe Cesetti Gino Chelazzi Livio Chersi Riccardo Chiarelli Luigi Chiarini Angelo Chiauzzi Guglielmo Chillemi Giorgio Chiurco Tullio Cianetti Galeazzo Ciano Alfio Cimino Arnaldo Cipolla Prof. Lidio Cipriani Maurizio Claremoris Andro Clarici Giuseppe Cocchiara Giulio Cogni Gioacchino Colizzi (Attalo) Dott. Collalto Collaltino Francesco Consoli Francesco Coppola Prof. Raffaele Corso Carlo Cossio