vignette|300px| Carte maritime de la Côte-de-l'Or, où sont portés tous les comptoirs européens (vers 1700). La Côte-de-l'Or danoise (en danois Danske Guldkyst ou Dansk Guinea) est le nom donné aux implantations et comptoirs coloniaux danois en Côte de l'Or, dans l'actuelle région sud-est du Ghana, en Afrique de l'Ouest.

Après la fin de l'union en 1814 du Danemark-Norvège, les territoires sont vendus aux Britanniques en 1850.

Histoire

Fondation par les Danois au

Les années 1640

L'implantation dano-norvégienne dans la Côte-de-l'Or, s'inscrit dans le cadre de la guerre de Torstenson qui opposa, entre 1643 et 1645, l'Empire suédois et le Royaume du Danemark et de Norvège, à la fin de la guerre de Trente Ans. Cette confrontation reprend entre 1655 et 1660, avec la Première guerre du Nord.

Dès les années 1640, des bateaux isolés partaient de Gluckstadt, dans l'estuaire de l'Elbe, dans le Brandebourg, fondée par Christian IV de Danemark en 1617, et fortifiée en 1620 comme centre commercial, en compétition avec Hambourg, située également sur l'Elbe. Ces navires partaient pour la Côte de Guinée, grâce à des licences délivrées par le roi de Danemark, avec des marchands hambourgeois comme actionnaires et co-armateurs, mais aussi des bailleurs de fonds d'Amsterdam. Parmi eux, le dernier partit en .

Côté suèdois, dès 1648, les navires Christina et Stockholm furent envoyés par le célèbre métallurgiste wallon installé en Suède, Louis De Geer, vers la Guinée.

Le second revint de la Barbade au printemps 1650, avec 166 défenses d'éléphant, 20 livres d'or, et 33370 livres de sucre brun, revendus à Hambourg. Un éventuel groupe d'esclaves amené au voyage aller n'est pas mentionné. Il n'existe pas encore à l'époque de filière d'exportations d'esclaves au départ de la Côte de l'or. Quelques-uns travaillent pour les Portugais puis les Néerlandais dans les forts.

Le navire en a peut-être amené, achetés dans les forts, car le flux d'arrivée d'esclaves à la Barbade par des navires négriers anglais, actif en 1644-1646, venait de se tarir, au moment précis où la production de sucre du Brésil était quasiment réduite à zéro, faisant flamber son prix et s'envoler la production de la Barbade. Les courants maritimes gênant le retour d'Afrique, amenaient aussi parfois les navires à effectuer un long détour par l'Ouest et les Caraïbes, pour en ramener du sucre ou du tabac, aux époques où sa valeur avaient augmenté.

Les années 1650

Ce n'est qu'une décennie après les Suédois, que les Danois furent introduits par Henry Caerlof, un ancien salarié des Néerlandais, puis des Suèdois, et enfin du Danemark-Norvège. En 1650, le roi local avait en effet noué des liens d'amitié avec ce navigateur et marchand néerlandais d'origine polonaiseLe Ghana, par Patrick Puy-Denis, page 66. Le commerce avec les Européens lui permit par la suite d'acquérir, en échange d'or puis d'esclaves, des mousquets et de la poudreDanish sources for the history of Ghana, 1657-1754, Volume 30, Partie 1, par Ole Justesen et James Manley.

Auparavant, Henry Caerlof travaillait pour une Compagnie suédoise d'Afrique, qui obtint sa première charte (1649 à 1654) « pour les voyages à destination de l'Afrique, de l'Amérique et d'autres îles lointaines dans l'Atlantique, principalement la Barbade », déjà fréquentée en 1648 par le navire de Louis de Geer qui en ramène du sucre. Le point de départ pour l'organisation et la navigation devait être la ville de Stade, également dans l'estuaire de l'Elbe, dans le Brandebourg, alors en partie sous domination suédoise.

Le groupe était formé autour de Laurens de Geer"La « Juridiction » du Fort Saint-Antoine d'Axim" par Albert van Dantzig dans la revue d'histoire Outre-Mers en 1979 , fils de Louis De Geer et propose de nouveaux comptoirs comme Butre en Ahanta et Jumore en Appolonie. Henry Caerlof compte aussi sur la Compagnie suédoise d'Afrique pour bâtir le futur Fort Christiansborg, d'abord appelé Fort Osu. Les comptoirs suédois furent construits dans les environs d'Elmina, pour bénéficier des relations d'Henry Caerlof.

Mais en 1652 et 1653, les Anglais capturèrent les navires de la Compagnie suédoise d'Afrique, auxquels des commerçants hambourgeois étaient probablement encore intéressés. Elle obtint cependant une nouvelle charte en 1655"La Place de l'Elbe inférieure dans le commerce triangulaire au milieu du ", par Hermann Kellenbenz, dans la revue d'histoire Outre-Mers en 1975 et vers la fin des années 1650, le vieux fort anglais de Kormantin est pris par des colons suédois. L'or qu'ils y trouvent paie la rançon de l'un des leurs.

Les Provinces-Unies nouent de leur côté des alliances tactiques entre la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales et les chefferies d'Ahanta et d'Encasser afin de déloger les comptoirs suédois. La signature du traité de Butre, en 1656, établit un protectorat néerlandais sur les territoires dans lesquels les Suédois se sont installés. Le Fort Batenstein est érigé sur la colline qui surplombe Butre. Cela marque le changement définitif de juridiction européenne dans la région jusqu'en 1872.

Les liens commerciaux des Danois avec l'île anglaise de la Barbade aux Antilles, ont souffert durablement des conséquences de la Première Révolution anglaise, qui voit le Parlement contrôler le commerce des colonies britanniques. Dès 1643, ce parlement a prélevé 25 % des « rentes annuités et offices »The century of revolution, 1603-1714, par Christopher Hill, page 157., notamment coloniaux, pour financer un énorme effort de construction de naviresThe Command of the Ocean. A Naval History of Britain, 1649-1815, par Nicholas A. M. Rodger., l'Angleterre construisant plus de navires dans les quatre premières années de la décennie 1640 qu'au cours des 25 précédentes. Puis en août 1650, un embargo a visé les trois colonies qui reconnaissent Charles II d'Angleterre, dont le père vient d'être jugé et décapité : la Barbade, les Bermudes, et la Virginie, par Carla Pestana, professeur d’histoire à l’Université de Miami. . Le blocus maritime de la Barbade est maintenu pendant des mois à la fin 1650 afin d'affaiblir les royalistes et couper leurs liens avec ceux qui sont restés en Angleterre tandis qu'une loi du créée une taxe de 15 % sur toutes les cargaisons marchandes, pour financer leur protection sous forme de convois escortés par des navires de guerre. Dans la foulée le premier des Actes de navigation est voté le , venant consolider la croissance de la Royal Navy..

Les Néerlandais, très liés eux aussi au commerce de l'île anglaise de la Barbade aux Antilles, ont réagi aux captures de leurs navires par la première guerre anglo-néerlandaise, qui a duré de 1652 à 1654, débouchant sur la domination anglaise dans la Mer des Caraïbes.

Les années 1660

L'évolution des forts de la Côte-de-l'Or dans la seconde moitié du

Bien avant de servir à la traite négrière, les forts africains furent organisés par les Européens pour réduire au maximum le temps des expéditions commerciales et ainsi le risque des maladies tropicales, la communauté marchande restant marquée par le souvenir d'une expédition de commerçants anglais qui en 1553 avaient perdu une centaine d’hommes sur 140 et dû abandonner deux de leurs navires par manque de marins.

Les navires pouvaient charger les marchandises pour le voyage de retour, mais aussi l'eau douce, et le jus de citron, pour lutter contre le scorbut, sans avoir à accoster, directement à partir des entrepôts et citernes, construits en surplomb pour cela, permettant un demi-tour sûr et rapide de l’expédition. Le fort, organisé comme un château féodal, était par ailleurs abrité des moustiques porteurs de paludisme et de fièvre jaune et permettait une escale pour des soins et des réparations. Dans le fort hollandais d'Elmina, en 1646, le gouverneur était intéressé aux ventes de jus de citron. Son succès depuis l'installation hollandaise de 1637, a inspiré les autres pays européens dans les décennies suivante. En , les derniers Portugais du Fort Saint-Antoine d'Axim se rendirent au Général Ruychaver en promettant qu'ils « ne reçoivent plus rien de la part des Portugais », la garnison s'était réfugiée chez les Encasser africains, pour mener six mois une guérilla contre les Hollandais avant de fuir en sur un vaisseau anglais. Les forts hollandais de la côte africaine, véritables entreprises polyvalentes avec ateliers et cultures, employaient 223 Engagés Blancs et près de 600 esclaves (491 hommes et 239 femmes et enfants), dont 183 pour celui d'Elmina et 156 pour Fort d'Axim, le reste se répartissant dans d'autres forts annexes.

Au milieu du siècle, l'Europe connait une « famine monétaire », car l'afflux d'argent métal de la mine géante du Potosi péruvien a commencé à se tarir, lentement dans les années 1620"Les Amériques - Tome 1: Du Précolombien à 1830, Volume 1" par Michel BERTRAND, Jean-Michel BLANQUER, Antoine COPPOLANI, Isabelle VAGNOUX, aux Editions Robert Laffont, en 2016 puis rapidement"Sur les traces de l'argent du Potosí" par Emmanuel Le Roy Ladurie, Jean-Noël Barrandon, Bruno Collin, Maria Guerra et Cécile Morrisson, dans la revue Annales en 1990"Potosí, la mangeuse d’hommes. En Bolivie, cinq cents ans de conquête de l’argent", par Grégoire Vilanova, dans la revue Z . L'or africain, qui était éclipsé partiellement par l'argent péruvien depuis un demi-siècle, est alors extrêmement recherché, d'autant que les réserves monétaires ont été vidées par le prolongement de la guerre de Trente Ans, effectuée essentiellement par des mercenaires. C'est la raison de l'accumulation dans la seconde moitié du , sur 450 kilomètres de le Côte de l'Or (actuel Ghana), d'une centaine de postes de traite (châteaux, forts et postes moins importants), entremêlés, parfois en alternance d'une nation à l'autre, presque régulière le long du rivage, dont une douzaine suédois et danois, grands et petits.

Au-delà, au contraire, sur la future « Côte des Esclaves » une longue succession de lagunes et de marécages, n'avait pas encore un seul établissement européen permanent. Le fait que ces pays aient voulu rapidement concurrencer la Hollande dans la recherche d'or en Afrique et d'épices dans l’océan Indien s'est ajouté à l'émergence de leurs opérations commerciales en Amérique, dès les années 1630 pour les Anglais et Français, la décennie suivante pour les Suédois et Danois du Brandebourg. Lorsque le Duché de Courlande a par exemple décidé de coloniser Tobago, sa compagnie a entretenu un fort en Gambie. Les plupart des forts de la Côte de l'Or, mal implantés et sans préparation sérieuse, ont été abandonnés ou ont changé de propriétaire rapidement.

Ces forts importaient quelques esclaves qui servent à transporter les marchandises, parfois lourdes, échangés contre de l'or, notamment le fer et le cuivre dont la Scandinavie est alors excédentaire. Mais ils n'en exportent pas, sauf prélèvement exceptionnel sur leur main-d'œuvre, faute de filière locale. Le premier poste de traite négrière portugais, sur l’île saharienne d’Arguin, 2000 kilomètres plus au Nord, n’est jamais devenu important, mais c'est vers lui qu'en 1518, un négociant portugais en or avait dû se tourner pour obtenir une quarantaine de jeunes esclaves à utiliser comme transporteurs .