Léon Mba, né le à Libreville et mort le à Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , , vue 4/11., est un homme d'État gabonais, premier président de la République gabonaise de 1961 à 1967.

Personnage complexe, Léon Mba est un homme aux multiples facettes. Issu d'une famille Fang, christianisée et francophile, il est intégré dans l'Administration coloniale en 1924 comme chef de canton. En 1931, condamné pour malversation, il est exilé loin du Gabon, en Oubangui-Chari.

De retour au Gabon en 1946, son engagement aux côtés des communistes et du RDA de l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, ne lui vaut guère le soutien de l'administration qui lui préfère le député et résistant Jean-Hilaire Aubame. La donne change lorsque, dans les années 1950, le RDA est lavé de tout soupçon doctrinaire. Il gagne le soutien des puissants forestiers européens, notamment Roland Bru, et devient en 1956 le premier maire élu de Libreville.

En 1957, le Gabon élit pour la première fois un gouvernement. Les Gabonais ont le choix entre Léon Mba, le tribun local, et le député Jean-Hilaire Aubame, proche du Sénégalais Léopold Sedar Senghor. Aubame l'emporte dans les urnes mais s'incline devant Mba qui, par le biais de débauchages à l'assemblée, se porte à la tête du gouvernement. Démocrate en apparence, Léon Mba se révèle dans les faits être un quasi-dictateur. Avant même l'indépendance, il opère des arrestations politiques, restreint les libertés individuelles, arrange les élections, promeut un culte autour de sa personnalité. Pourtant son vœu le plus cher n'est alors pas l'indépendance, mais la départementalisation de son pays, qu'il se voit refuser par le général De Gaulle. Contre son gré, il proclame cette indépendance le http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve?codeEve=303 en sa qualité de Premier ministre.

En 1961, alors qu'il est élu président de la République en tant que candidat unique, une nouvelle constitution lui accorde pratiquement tous les pouvoirs. Son objectif est alors l'instauration du monopartisme lorsqu'en 1964 il est renversé par un coup d'État bénéficiant à son opposant démocrate Jean-Hilaire Aubame. La France, au nom des accords de coopération la liant au Gabon, le ramène militairement au pouvoir. Le Gabon passe sous la tutelle directe de Paris, Mba n'est plus apte à gouverner ; physiquement diminué, paranoïaque, son régime vacille. Son état de santé le force à laisser dès 1965 l'exercice du pouvoir à Albert-Bernard Bongo. Réélu, pour la forme, président en 1967, il meurt le de la même année.

Origines et jeunesse thumb|Fangs dans une mission chrétienne vers 1912.

D'ethnie fang, Léon MbaÉtat civil complet : Gabriel Léon Mba (ou M'Ba). naît le à Libreville dans une famille francophile. Son père, Ysidore Minko-Mi-Edang, petit gérant de commerce, aurait été un temps le coiffeur de Pierre Savorgnan de Brazza. Sa mère, Louise Bendome, était couturière. Tous deux sont allés à l'école et furent parmi les premiers couples « évolués » de Libreville. En 1909, il entre au séminaire de Libreville pour ses études. Brillant élève, il y obtient son brevet élémentaire.

À partir de 1920, il devient tour à tour employé de magasin, exploitant forestier, commerçant, puis entre dans l'administration coloniale française comme commis des douanes. S'il donne entière satisfaction à ses supérieurs, Léon Mba les inquiète cependant par « son militantisme en faveur de l'homme noir », plus particulièrement en faveur des Fangs. En , il écrit à Edmond Cadier, lieutenant-gouverneur du Gabon : .

Ses remarques dérangent, et il en subit les conséquences en . Ayant commis un délit mineur en fournissant à un collègue des documents falsifiés, il est puni d'une peine de prison au lieu d'une simple amende. Il lui est également reproché sa polygamie et son manque de compréhension des mesures d'hygiène. L'ancien président a plusieurs épouses : deux gabonaises Pauline et Catherine MBA, puis deux Centrafricaines Jeanne Passera et Sophie Ingoubi.

Sous l'administration coloniale Le chef de canton En 1924 (ou 1926), Léon Mba est réhabilité par les autorités coloniales qui le désignent pour remplacer un défunt chef de canton de Libreville. Se revendiquant comme un meneur des jeunes intellectuels de Libreville, il néglige les conseils des anciens Fangs et gagne rapidement une réputation d'homme sévère. Il écrit d'ailleurs dans une lettre : Ayant mission de faire respecter l'ordre public et défendre l'intérêt général, je ne souffre pas qu'on transgresse les ordres reçus de l'Autorité que je représente.

Léon Mba n'a pas une vision idéaliste de son poste ; il le conçoit comme un moyen pour s'enrichir. Ainsi, avec son collègue Ambamany, il utilise le service obligatoire des habitants du canton à des fins personnelles, pour couvrir leurs énormes dépenses. Bien qu'au courant de ces malversations, l'administration coloniale les « ignore ». Toutefois, à partir de 1929, il devient suspect auprès de l'administration qui intercepte une de ses correspondances avec Kouyaté, le secrétaire de la Ligue des droits de l'Homme, accusée d'être une alliée du Kominterm. Malgré cette réputation de pro-communiste, les autorités françaises ne s'opposent pas à sa désignation au poste de chef supérieur de l'Estuaire par ses collègues.

Durant ces années, selon toute vraisemblance, Léon Mba, devient un adepte du Bwiti auquel les Fangs sont tout particulièrement réceptifs. En 1931, des sectateurs du Bwiti sont accusés du meurtre d'une femme dont les restes sont découverts près du marché de Libreville. Accusé de complicité, même si sa participation au crime n'est pas prouvée, Léon Mba est destitué et est condamné à trois ans de prison et dix ans d'interdiction de séjour, pour les détournements d'impôts et les abus commis dans le traitement de la main-d'œuvre locale.

L'exil en Oubangui-Chari thumb|L'Oubangui-Chari. En détention en Oubangui-Chari, tout d'abord à Bambari puis à Bria, il continue d'exercer une influence chez les Fangs de sa région d'origine grâce à une correspondance avec ses compatriotes à Libreville. Inquiété par cette situation, le gouverneur-général Antonetti ordonne en 1934, qu'à la fin de sa peine carcérale, il soit placé sous surveillance en Oubangui-Chari.

Il profite de ces années d'exil pour transcrire les usages coutumiers du peuple Fang dans l'Essai de droit coutumier pahouin, qu'il publie en 1938, dans le Bulletin de la société des recherches congolaises. Cet ouvrage devient rapidement la référence obligée des juges coutumiers fangs. En 1939, l'ex-chef indigène est toujours persona non grata au Gabon, comme en témoigne cette lettre du chef de département de l'Estuaire, Assier de Pompignan : C'est que Léon M'Ba n'était pas seulement le chef qui s'était approprié pour des besoins personnels les deniers de la colonie. Il jouissait aussi aux yeux de ses congénères d'un prestige considérable qu'il tirait des pratiques de sorcellerie auxquelles il s'adonnait. Comme il était intelligent, il exploitait cette situation pour rançonner les gens qu'il avait charge d'administrer et qui le redoutaient ainsi que la camarilla dont il s'était entouré. Mais il savait, par contre, amadouer les représentants de l'autorité, endormir leur vigilance et capter leur confiance. C'est ce qui explique qu'il ait, des années devant, commis toutes sortes d'exactions sans jamais être autrement inquiété.

Bien qu'en exil, Léon Mba est employé par les administrateurs locaux. Placé dans des fonctions subalternes et n'exerçant aucun pouvoir propre, il est un employé compétent et précieux. Grâce à des rapports élogieux, il est de nouveau perçu comme un élément indigène fiable sur lequel l'administration coloniale peut compter. En 1942, une réduction de peine lui est accordée.

L'ascension politique Une personnalité politique locale thumb|Le président Ivoirien Félix Houphouët-Boigny en 1962.

En 1946, il rentre au Gabon où il est triomphalement accueilli par ses amis. S'il ne réintègre pas ses fonctions de chef de canton, il obtient toutefois un poste important dans la maison de commerce anglaise John Holt. Cette même année, il fonde le Comité mixte gabonais (CMG), un parti politique proche du Rassemblement démocratique africain (RDA), le mouvement interafricain de Félix Houphouët-Boigny. Jouant sur son passé d'ancien exilé et grâce au réseau du Bwiti, il parvient à rassembler autour de lui les Fangs du sud ainsi que certains Myènè. Son but est alors de conquérir les postes administratifs et judiciaires indigènes.

Fort de sa popularité à Libreville, il aspire un certain temps à devenir le chef supérieur de la région grâce au soutien que lui apportent de nombreux notables fangs lors du congrès de Mitzic en 1947. Il se heurte au refus des autorités coloniales. À cause de ses relations avec le RDA, affilié au PCF, Léon Mba fait figure de communiste et de propagandiste dans la colonie, d'autant qu'à son retour d'exil, il aurait participé aux travaux du groupe d'études communistes local. En 1949, l'administration coloniale apprécie peu sa participation au congrès du RDA à Abidjan.

En 1951, en même temps que le RDA rompt avec les communistes, Léon Mba, tout en gardant chez son électorat une image de « révolté », se rapproche de l'administration française. Cette dernière lui préfère cependant son principal opposant, le député Jean-Hilaire Aubame qui n'est autre que le fils nourricier de son demi-frère et son ancien protégé. Aux élections législatives du , Mba ne recueille que 11 % des suffrages exprimés et Aubame est réélu. Aux élections territoriales de , l'Union démocratique et sociale gabonaise (UDSG) d'Aubame remporte 14 des contre 2 pour le CMG qui recueille 57 % des suffrages exprimés à Libreville.

La conquête du pouvoir et le refus de l'indépendance thumb|Drapeau de la République autonome du Gabon (1959-1960).

Isolé à l'Assemblée territoriale, Mba s'allie avec les colons qui y sont représentés. En , le CMG fusionne avec le Parti démocratique gabonais (PDG) de Paul Gondjout pour donner naissance au Bloc démocratique gabonais (BDG) ; Gondjout en devient le secrétaire général, Mba l'adjoint. Aux élections législatives du , Léon Mba obtient 36 % des suffrages contre 47 % pour Aubame. Même s'il n'est pas élu, Mba devient une personnalité incontournable du territoire et certaines personnalités de l'UDSG passent de son côté. Lors des élections municipales de 1956, où les listes présentées relèvent du collège unique (Africains et Européens confondus), Léon Mba reçoit le soutien financier des colons, et tout particulièrement celui du forestier Roland Bru. Il remporte la mairie de Libreville avec 65,5 % des suffrages, devenant ainsi le , le premier maire élu de la capitale.

Aux élections territoriales de , le BDG arrive une nouvelle fois second, avec sur 40 contre 18 pour l'UDSG. À la suite de retournements, le parti de Mba obtient contre 19 pour celui d'Aubame. Faute de majorité absolue, les deux partis sont contraints de présenter, le , une liste commune pour l'élection du gouvernement, au détriment d'Aubame. Le même jour, Léon Mba est nommé vice-président du Conseil du gouvernement. Rapidement, des dissensions apparaissent au sein du gouvernement qui poussent Aubame à faire démissionner ses partisans du gouvernement et à déposer une motion de censure contre le gouvernement. La motion est repoussée par contre 19. Face à cette victoire de Mba, de nombreux élus UDSG passent dans la majorité parlementaire, donnant au gouvernement sur 40. Bien installé aux affaires, Léon Mba conforte peu à peu son pouvoir.