Cet article développe la relation d'Honoré de Balzac face aux critiques et écrivains de son siècle, le .
Quoiqu'il ait entretenu une énorme correspondance, Balzac n'a laissé aucune lettre intime adressée à un homme. . En revanche, il mentionne dans ses romans nombre d'écrivains contemporains ou leur dédie nommément un de ses livres..
Philarète Chasles Dès 1831, Philarète Chasles reconnaît la profonde originalité de La Peau de chagrin, paru la même année :
Sainte-Beuve
Ennemi public , le critique Sainte-Beuve a attaqué sans grand discernement à peu près toutes les grandes figures littéraires de son époque, depuis Victor Hugo, jusqu'à Lamartine, Alfred de Musset, Baudelaire et Stendhal (dont il continuait à mettre en pièces les « romans toujours manqués malgré quelques jolies parties, et somme toute détestables » quinze ans après la mort de l'auteurSainte-Beuve, Causeries du Lundi, tome 13, .), Prosper Mérimée, Théophile Gautier. C'est donc plutôt un honneur rétrospectif pour Balzac que d'avoir figuré au tableau de chasse de ce « regard froid et sec, avec la petite aigreur de l'écrivain raté qui le rend plus proche d'un critique de la NRF des années 1920-1940, que de ses contemporains », selon des mots de Michel PolacMichel Polac, L'Événement du Jeudi, 9 février 1989..
Balzac se serait pourtant bien passé du mépris hautain avec lequel Sainte-Beuve traitait le « débutant » Balzac lors de ses premières publications, mais il prit sa revanche en attaquant à son tour Sainte-Beuve dès que le critique fut passé aux travaux pratiques, laissant poindre le romancier maladroit avec Volupté, roman que Balzac réécrivit à sa manière (Le Lys dans la vallée). Dès lors, la lutte ne cessa qu'à la mort de Balzac, date à laquelle Sainte-Beuve crut régler sa dette avec un vague éloge dans les Causeries du Lundi, immédiatement suivi par une dose de ses Poisons. Angelo Rinaldi a réglé son compte à Sainte-Beuve avec un certain humour.
Dans un long article publié en 1834, où il passe en revue la production romanesque de Balzac, il suggère que l'écrivain s'est gagné les faveurs du public féminin , jouant le rôle . Son succès en ce domaine a été particulièrement fort en province, d'autant plus que ses romans mettent souvent en scène des villes autres que Paris, de sorte que son nom . Le critique rappelle aussi ses , même s'il admet que et qu'il se doit d'être attentif à .
Dans une conversation de relatée par les Goncourt, Sainte Beuve concède que Balzac est un homme de génie mais il s’exclame : « Balzac n’est pas vrai », [...] et ajoute que sa peinture de la société moderne n’est que « de l’imagination, de l’invention ! » Il cite comme preuve la description de la rue de Langlade dans Splendeurs et misères des courtisanes, qui n'a rien à voir avec la réalité.
Jules Janin Dans un article de 1843 rendant compte de la Monographie de la presse parisienne, Jules Janin commence par rappeler les débuts peu glorieux de la production balzacienne, qu'il décrit comme des livres sortis d'une « fabrique clandestine » et dont personne ne voulait. Il attribue au public féminin le succès que rencontre ensuite Balzac et reproche à ce dernier d'avoir ensuite déçu en reprenant incessamment . Il lui reproche aussi d'avoir voulu défendre Sébastien-Benoît Peytel, condamné pour assassinat. Il tourne en dérision les néologismes proposés par Balzac, qui proposait, de façon humoristique, de remplacer « homme de lettres » par « gendelettre », et qui baptisait de « rienologue » le vulgarisateur« Monographie de la presse parisienne », par M. de Balzac, dans Journal des débats, 20 février 1843. Repris dans ..
Stendhal
Balzac fut le seul à reconnaître la valeur de La Chartreuse de Parme dès sa publication alors que les journaux boudaient ce roman. Dans une lettre du à Henri Beyle, il lui fait part de son enthousiasme et un an et demi plus tard, il lui consacre un article dans son journal la Revue parisienne : L'auteur, qui est alors consul à Civitavecchia et vit à l'écart du monde littéraire parisien, est profondément ému par cette marque inattendue de sympathie et de reconnaissance. Il écrit à Balzac :
Balzac témoigne aussi de son admiration dans une lettre à madame Hanska, il écrivait : et il fait allusion dans La Comédie humaine au processus de cristallisation dans l'amour que Stendhal a été le premier à décrire..
Amédée Achard Dans un article élogieux publié en 1846, Amédée Achard montre comment le génie de Balzac a triomphé des sarcasmes et des oppositions forcenées auxquelles il s'est heurté, grâce à sa profonde faculté d'observation, à son esprit et à la finesse de sa plume, ainsi que la puissance de l'invention. Il a toutefois échoué dans le genre du feuilleton, auquel son style ne convient pas, et a dû abandonner la publication des Paysans, qui .
Hippolyte Castille Dans un article de critique littéraire publié en 1846, Hippolyte Castille affirme que . Tout en admirant l'intelligence et la qualité d'observation de l'écrivain, il déplore toutefois l'étalement de difformités morales qui abondent dans La Comédie humaine et dont la lecture engendre un dégoût de la vie qui peut durer plusieurs jours. Il estime que l'écrivain est tiraillé entre deux génies opposés : Rabelais, dont il a retenu la philosophie sceptique et la verve railleuse, et Walter Scott à qui il emprunta la foi religieuse, la majesté descriptive, la chasteté des passions« Critique littéraire. Romanciers contemporains. I. M. H. de Balzac », La Semaine, 4 octobre 1846. Repris dans ..
Champfleury Dans un court article en forme de lettre, publié en 1847, Champfleury dit son admiration pour le romancier. Ce dernier a réussi à décrire la société du grâce à un alliage de Shakespeare, de Rabelais, de Molière et de Dante. Il a ainsi fait monter le roman de .
Victor Hugo Les relations n'ont pas toujours été lisses entre les deux hommes, mais ils avaient une solide estime et une admiration mutuelle qui s'est traduite par de nombreux échanges. Si Balzac se montre parfois injuste et hargneux avec Hugo, notamment en éreintant Hernani, il soutient avec énergie ses Burgraves ; de même, Hugo ferraille pour faire lever l'interdiction du Vautrin de Balzac. Hugo a tout de suite flairé le génie de ce bonhomme rond, immature, mal considéré dans la sphère littéraire. Sans hésitation, il accepte de collaborer à La Chronique de Paris dont il sera un des plus fidèles rédacteurs, et dès 1848, quand lui-même fonde le journal L'Événement pour préparer la candidature de Napoléon III à la présidence de la République, il fait commander des feuilletons à Balzac par Auguste Vacquerie. C'est encore le fidèle Hugo qui donne régulièrement sa voix quand Balzac se présente à l'Académie française (demande rejetée par deux fois), et le même Hugo qui accompagne l'excentrique dans ses derniers instants, rendant visite au mourant et soutenant madame Hanska. On ne peut guère parler de rivalité entre les deux écrivains :
En 1850, il raconte dans son journal l'agonie de BalzacVictor Hugo, . et prononce quelques jours plus tard son oraison funèbreVictor Hugo, Actes et paroles. Avant l'exil, Lire en ligne.
Alfred de Vigny Évoquant la mort de Balzac, Alfred de Vigny déclare avoir .
Philoxène Boyer et Théodore de Banville Dans Le Feuilleton d'Aristophane, comédie qu'ils rédigent conjointement et représentée pour la première fois à l'Odéon le , Philoxène Boyer et Théodore de Banville célèbrent Balzac comme « l'Homère d'aujourd'hui » et évoquent en vers les principaux personnages de ses romansScène II. Repris dans ..
George Sand Balzac l'admirait sincèrement. Il avait avec elle des rapports amicaux, parfois complices quand il s'agissait de conseiller George sur ses compagnons : Balzac la prévient qu'il faut se méfier de Latouche alors même que ce dernier « lance » George Sand et qu'il soutient Balzac. Et en effet Henri de Latouche se montra très hostile lorsque George Sand commença à avoir du succès. Balzac « recueillit » également comme un chien égaré le « petit » Jules Sandeau, premier amant dont George Sand se débarrassa avec difficulté. Balzac se rendait souvent à Nohant où George Sand recevait à peu près toutes les grandes figures artistiques, politiques et littéraires. Elle a brossé un portrait de Balzac à la fois attendri, ironique, et souvent hagiographique :
En 1853, elle rédige une préface à l'édition Houssiaux de La Comédie humaine, dans laquelle elle trace un portrait de l'homme qu'elle a connu :
Théophile Gautier
Parmi les amitiés littéraires chères et constantes de Balzac, on retrouve (outre Victor Hugo) le poète et romancier Théophile Gautier (1811-1872). C’est à la demande de Balzac que les deux hommes vont se rencontrer en 1835 ; en effet le grand Honoré (il a alors déjà publié ses deux plus grands succès : La Peau de chagrin et Le Père Goriot) a lu Mademoiselle de Maupin et souhaite en rencontrer l’auteur. La rencontre se fait donc, puis Balzac propose à Gautier de collaborer à la revue La Chronique de Paris. Balzac a sollicité Gautier à l’occasion, l’invitant à faire avancer quelque projet ou lui demandant des poèmes (cf. « La Tulipe » dans Illusions Perdues), Balzac étant un piètre versificateur. Gautier, aurait essayé d’initier Balzac aux paradis artificiels dans les années 1840, mais Balzac, peu intéressé par l'expérience, s’en est tenu au café comme excitant. Gautier est l’auteur d’une des premières biographies de Balzac.//villeparisis-histoire.over-blog.com/categorie-10413735.html.
Jules Vallès Le , Jules Vallès publie dans Le Figaro un article intitulé « Les victimes du livre. Balzac ». Il suggère que bien des gens ont eu leur vie gâchée pour avoir pris à la lettre l'univers de La Comédie humaineTexte dans Vachon, 1999, en ligne..
Jules Barbey d'Aurevilly Critique intransigeant, parfois excessif, Jules Barbey d'Aurevilly attaque non seulement Sainte-Beuve mais ensuite également Émile Zola, Victor Hugo, Alexandre DumasDictionnaire des auteurs, Laffont-Bompiani, coll. « Bouquins », 1990, tome I , .. Il prend violemment la défense de Balzac dans le journal Le Pays en 1857, en réponse à Sainte-Beuve. Il admire l'auteur de La Comédie humaine . Philippe Berthier suggère que Barbey a hérité de Balzac son esthétique de la nouvellePhilippe Berthier, Balzac, Nouvelles, .. Notamment avec sa nouvelle Les Diaboliques qui portait en premier lieu le titre Ricochets de conversation en référence à Une conversation entre onze heures et minuit de Balzac, devenu ensuite Autre étude de femmePhilippe Berthier, Balzac, Nouvelles, ..
Alexandre Dumas Les relations étaient assez cordiales avec Alexandre Dumas-père, qui manifestait une vraie admiration pour l'auteur de La Comédie humaine. Tous deux avaient participé au chahut de la bataille d'Hernani, ils avaient en commun le goût du paraître, ils se classaient dans la catégorie des « dandys lions ». Dans une lettre à la comtesse Hanska, Balzac témoigne de son émerveillement pour le château de Monte-CristoCollection Charles de Spoelberch de Lovenjoul, Lettres à l'étrangère (tome V. A. 303, folios 529-530). . Mais il y eut peu d'échange entre les deux écrivains qui avaient chacun un objectif littéraire, un style et une sensibilité bien différents.
Hippolyte Taine En 1858, Taine publie une longue étude sur Balzac dans une série d'articles, qui sera reprise sous forme de livre.. Cette étude aura un retentissement durable et établira La Comédie humaine comme du siècle.. Taine examine successivement la vie de Balzac, son esprit, son style, son monde, ses personnages et sa philosophie :
Charles Baudelaire
Admirateur de Balzac, Baudelaire ne le voyait pas comme un observateur du réel, mais comme un visionnaire passionné : Cependant, Baudelaire regrettait que ce cerveau poétique fût tapissé de chiffres comme le cabinet d'un financier :
Émile Zola