thumb|droite|Une affiche du journal belge Alternative libertaire en 1990.
Le tiers-mondisme est la ou les idéologies ou courants d'idées favorables au tiers-monde, autre expression introduite en 1952 par le démographe français Alfred Sauvy faisant le parallèle entre les pays les plus pauvres et le tiers état de l'Ancien Régime.
L'expression « tiers-mondisme » désigne ainsi :
depuis la fin des années 1960 dans une acception large, un courant de sympathie vis-à-vis des pays du tiers-monde, ainsi que le soutien, sous diverses formes, à leur développement économique et politiqueCNRTL, dès la fin des années 1970, dans un sens plus restreint et polémique, un courant d'idées qui attribue la responsabilité de la pauvreté du tiers-monde aux interventions des pays occidentaux Site de l'université de Sherbrooke.
Cette position va souvent de pair avec un soutien, par différents moyens, aux mouvements politiques révolutionnaires, ou « mouvements de libération nationale », des pays du tiers monde. Elle est à mettre en perspective avec l'évolution de la stratégie soviétique, qui, peinant à progresser en Occident dans les années 1950 se tourne vers les pays du tiers-monde pour l'expansion de son influence révolutionnaire, avec notamment le soutien à la guerre d'indépendance de l'Algérie ou la révolution castriste à Cuba.
Le mot et l'idée
Les premières occurrences du terme sont repérables à la fin des années 1960 et au début des années 1970...
En France notamment, cette expression est le vecteur d'une résistance à cette vision, dite « de gauche » mais ayant aussi des soutiens dans tout l'éventail politique français et notamment dans les milieux chrétiens (CCFD, Cimade, Secours catholique, Aide à toute détresse quart monde), de la part de ceux qui n'admettent pas que les pays riches du nord soient accusés d'être responsables de la situation politique ou économique des pays du tiers-monde.
Suivant la perspective « tiers-mondiste », l'influence des pays occidentaux, considérés comme « dominants », est responsable, d'une manière ou d'une autre, des difficultés des pays du Tiers-monde à se développer. Dans un premier temps, les puissances occidentales se seraient emparées des richesses de ces pays au cours de la période des empires coloniaux (la majorité des pays de l'Afrique).
Dans un deuxième temps, après la fin de la période coloniale et l'accession de ces pays à l'indépendance politique, les puissances occidentales mèneraient des politiques dites « néo-coloniales ». Ainsi, après les indépendances des années 1960, la France en Françafrique, les États-Unis en Amérique du Sud (bien que ce ne soit pas un ancien empire colonial), la Russie vis-à-vis des anciennes colonies soviétiques (à partir des années 1990), etc., opéreraient un« pillage » des richesses de certains de ces pays (pétrole, minerais, gaz, uranium, agriculture : café, coton, tabac, cacao, etc) par des moyens économiques (monopole des multinationales, contrats imposés et partiaux, dettes des pays pauvres) ou politiques (instauration de dictatures). Ces politiques économiques seraient souvent soutenues par des moyens diplomatiques ou parfois militaires. Les dirigeants politiques, soutenus par les puissances occidentales, détourneraient à leur profit les aides aux développement (« La dette du Zaïre et la fortune de Mobutu explosent simultanément ».). L'ensemble de ces phénomènes est désigné par le terme générique de néo-colonialisme.
Les leaders tiers-mondistes Certains dirigeants politiques sont associés au tiers-mondisme :
Josip Broz Tito (Yougoslavie) Soekarno (Indonésie) Nehru (Inde) Gamal Abdel Nasser (Égypte) Mehdi Ben Barka (Maroc) Houari Boumédiène (Algérie) Che Guevara (Argentine et Cuba) Mao Zedong (Chine) Kwame Nkrumah (Ghana) Modibo Keïta (Mali) Thomas Sankara (Burkina Faso) Mouammar Kadhafi (Libye)
Les théoriciens tiers-mondistes
Les intellectuels qui ont théorisé le concept du tiers-mondisme ou en ont approfondi la problématique, tout en participant éventuellement au mouvement tiers-mondiste sont, entre autres : Frantz Fanon Jean-Paul Sartre René Dumont François-Xavier Verschave Edmond Jouve.
Certaines associations peuvent être considérées comme agissant dans une perspective tiers-mondiste, comme le CADTM (Comité pour l'abolition des dettes illégitimes).
Certains groupes ou artistes sont considérés comme faisant partie de ce mouvement Tiken Jah Fakoly, avec des morceaux comme Françafrique, L'Afrique doit du fric ou encore Tonton d'America, ou l'association Survie.
Une idée ancrée à gauche Lénine et les Bolcheviques Lénine, dans plusieurs de ses ouvrages, dénonce l'impérialisme et le colonialisme, son ouvrage le plus célèbre traitant de la question étant L'impérialisme, stade suprême du capitalisme (ouvrage paru en 1917). Dans ce livre, Lénine explique que la Première Guerre mondiale est le fruit d'une concurrence entre impérialistes (Grande-Bretagne, France, Russie, Allemagne, Italie, Autriche-Hongrie) pour la redistribution et le partage du monde.
Ainsi la Russie soviétique (1917-1922) et son successeur, l'Union soviétique (1922-1991), se définissent officiellement comme anti-impérialistes, le congrès des peuples d'Orient de Bakou dirigée par le président de l'internationale communiste, Grigoriy Zinoviev en , témoigne de l'orientation anti-impérialiste, anticolonialiste et de la volonté de mettre en place une amitié entre les peuples. Le « tiers-mondisme de gauche » dans le cadre de l'affrontement est-ouest
Il semblerait que Staline ait mis de côté le soutien aux peuples et aux pays colonisés, ces derniers étant très peu industrialisés donc ayant une faible conscience prolétarienne selon les Staline et les idéologues soviétiques de l'époque. Cependant les choses changent après Staline. En effet, sous la direction de Nikita Khrouchtchev, il semblerait que l'URSS ait changé de cap dans ses relations internationales et entament le soutien aux pays du tiers-monde. Ce soutien se manifeste par le soutien à l'Egypte de Nasser en 1956 (face à la Grande-Bretagne, la France et Israël) et à l'appellation d'une grande université en "Université de l'amitié entre les peuples - Patrice Lumumba".
Dans le cadre de la « guerre par procuration » entre l'Ouest et l'Est, l'Union soviétique apporte une aide importante à ses alliés des pays du Sud menacés par des guérillas soutenues par le bloc de l'Ouest (États-Unis en tête) tels que l'Angola, le Mozambique, l'Ethiopie ou encore l'Afghanistan. L'URSS apporte également son aide aux mouvements sud-africains et namibiens anti-apartheid comme l'ANC (African National Congress, mouvement sud-africain) et le SWAPO (South West African People's Organisation, parti namibien).
Le soutien de l'URSS à divers pays tiers-mondistes n'est pas seulement économique ou militaire, ainsi de nombreux étudiants du tiers-monde viennent à Moscou (Afrique noire, pays arabes, Cuba, Asie).
Les pays d'Europe de l'est alignés sur l'URSS soutiennent eux aussi les pays du tiers-monde comme l'Allemagne de l'Est
D'autres pays communistes non alignés sur Moscou adoptent également une politique d'amitié avec les pays du tiers-monde tels que la Yougoslavie de Tito (membre du mouvement des non-alignés) et la Chine de Mao Zedong.
L'« autre tiers-mondisme » ou tiers-mondisme de droite
Des origines lointaines
La Ligue de Fiume Dans l'opinion courante, le tiers-mondisme est automatiquement associé à la gauche politique. Pourtant, il existe d'autres variantes d'une solidarité avec les peuples et les nations du tiers-monde, souvent dans des secteurs considérés comme de droite radicale. Les origines de ce « tiers-mondisme de droite » sont même antérieurs à la conférence de Bandung, et remontent, en Italie, à la Ligue des nations opprimées, dite Ligue de Fiume, fondée par le poète D'Annunzio, après l'occupation de cette ville par ses troupes d'« arditi » en 1919. En effet, la Ligue de Fiume se voulait l'avant-garde d'une « croisade de tous les hommes pauvres et libres contre les nations usurpatrices et accumulatrices de toutes les richesses ».
L'« aile gauche » de la NSDAP En Allemagne, on assiste au même moment à l'émergence d'une tendance similaire, considérant l'Allemagne comme une nation opprimée, destinée à s'allier aux autres peuples opprimés par un ennemi commun. Cette idée s'est particulièrement affirmée au sein de l'aile gauche de la NSDAP, celle des frères Gregor et Otto Strasser. En 1925, les deux frères demandent à la direction de leur parti de s'orienter ouvertement vers une politique extérieure « anti-impérialiste ». Ils réclament l'adhésion de la NSDAP à la Ligue des nations opprimées.
À l'intérieur de la NSDAP, la ligne tiers-mondiste sera prônée encore longtemps par des représentants de cette « aile gauche » qui, contrairement aux frères Strasser, ne seront pas exclus du parti, mais continueront à y exercer des fonctions importantes. Un des exemples les plus connus est celui de Johann von Leers, dont l'antisémitisme obsessionnel l'amène à un intérêt soutenu pour le monde arabe et pour l'Islam. Pendant la Seconde Guerre mondiale, certains ont interprété les relations entre les autorités de Reich et Mohammed Amin al-Husseini, Grand Mufti de Jérusalem, ou le soutien du Reich à la cause indienne, comme l'accomplissement de cette solidarité « anti-impérialiste ». Néanmoins le nazisme est une idéologie promouvant la conquête et la haine raciale (débouchant sur des génocides) d'autres « races » (Slaves, Juifs, Tziganes...), on ne peut donc pas classer cette idéologie dans la même catégorie que le tiers-mondisme et l'anti-impérialisme en général. Il est probable d'ailleurs que d'autres peuples auraient été victimes de la politique du nazisme si l'Allemagne nazie avait gagné la guerre et acquis son « espace vital ». Politique qui aurait soit débouché sur des génocides ou sur des épuration ethniques ou mises en esclavage. Enfin, les peuples arabes et indien n'ont pas répondu favorablement dans leur ensemble à la propagande dite « pro-arabe » et « pro-indienne » du Troisième Reich, beaucoup d'Arabes et d'Indiens anti-impérialistes et anti-colonialistes se sont élevés contre le nazisme, soit des nationalistes de gauche (comme Nehru) soit des communistes.
Les Nationalrevolutionäre de la Konservative Revolution
Un appel « Für die unterdrückten Völker ! » dans Arminius Certains membres du courant national-révolutionnaire de la Révolution conservatrice allemande vont aussi chercher à unir leur combat avec celui de peuples extra-européens. Un des exemples les plus patents est celui de Friedrich Hielscher, une des figures de proue de ce courant. En 1927, dans la revue Arminius, il publie un appel « Pour les peuples opprimés », dans lequel il attire l'attention sur les peuples d'Asie et du monde arabe, en mettant en évidence une dimension internationale et anti-impérialiste qu'il estime propre à nourrir également les aspirations des nationalistes allemands. Les peuples asiatiques sont, selon lui, héritiers de grandes cultures, et, contrairement à la civilisation occidentale dominée par le culte de l’argent et de la rationalité, ils sont des « hommes de foi » au service de « forces immuables », ce qui doit en faire des alliés naturels des Allemands.
En 1930, Hielscher fonde le mensuel Das Reich, qui paraîtra jusqu'en . Dans cette nouvelle revue, il reprend les thèses anti-impérialistes qu'il avait déjà développées dans Arminius. Il y crée une rubrique « Vormarsch der Völker », où il invite à confronter leurs opinions des nationaux-révolutionnaires allemands et des représentants de mouvements de libération anti-impérialistes d'Asie.
De la guerre froide au monde multipolaire