Aphrodisias (en grec Ἀφροδισιάς) est une cité antique de Carie, en Asie mineure. Le site archéologique est situé près du village de Geyre, en Turquie, à environ d'Izmir (traditionnellement appelée Smyrne).
Aphrodisias doit son nom à Aphrodite-la déesse grecque de l'Amour, de la séduction et de la beauté féminine-qui avait, dans le sanctuaire de la ville, une de ses statues de culte est appelée : l'Aphrodite d'Aphrodisias.
L'antique Aphrodisias ne fut redécouverte par les archéologues qu'au . À partir de 1961, Kenan Erim, un archéologue turc formé aux États-Unis, décida de consacrer une partie de sa vie à la résurrection de la ville. Lorsque les premiers experts arrivèrent, le site était recouvert par un village. Ils ont retrouvé quelques fragments de statues et des sarcophages encastrés dans les murs des maisons ou servant d'enclos pour les chèvres.
Histoire Selon l'historien byzantin Stephanus, la ville fut fondée par les Lélèges. Son nom changea successivement en Lelegonopolis, Megalopolis et Ninoe pour finalement prendre le nom d'Aphrodisias au avant notre ère.
La majeure partie de la cité fut détruite par un tremblement de terre suivi d'une inondation au .
Le christianisme mit fin au culte d'Aphrodite et la ville fut rebaptisée Stavrapolis (« Cité de la Croix »). Le temple fut transformé en église..
Fortifications Le mur de fortification d'Aphrodisias est plus ou moins circulaire, d'un périmètre de . Il entoure toute la ville antique () et comprend le stade à sa limite nord. Il a pu être daté grâce aux inscriptions mentionnant le nom des deux gouverneurs qui auraient participé financièrement à sa construction : Eros Monachius et Flavius ConstantiusRatte, 2001.Smith, 2009, .. Une fois le mur construit, la ville ne s'est plus étendue car la présence de nécropoles est attestée.
Les raisons de sa construction ne sont pas vraiment définies. Selon certains, il aurait été construit dès 260 à cause de l'invasion des Goths en Anatolie et servait donc de défense à la villeErim, K., Aphrodisias, Turquie, 1990, .. Selon d'autres, il aurait été construit entre 350 et 360 pendant une période de paix et serait donc plutôt un symbole du pouvoir impérial, Aphrodisias étant devenue la capitale de Carie-Phrygie (province impériale). Le mur serait alors un grand projet financé par des gouverneurs impériauxStaebler, 2008, .. Une autre hypothèse avance que le mur servit de protection durant la révolte de Procopius en 365.
Ce mur comportait 23 tours et huit portes, dont une au sud du stade. La hauteur du mur varie entre et , et son épaisseur entre et ..
Les principales portes comportaient une grande ouverture pour les chariots et une plus petite pour les piétons. Elles sont toutes alignées sur les rues principales de la ville sauf une, reliée au stade.
La construction du mur est assez particulière. En effet, les matériaux diffèrent entre le parement extérieur (déchets de marbre), le parement intérieur qui donne sur la ville (pierre taillée et régulière). et le noyau. La partie extérieure du mur est construite en grand appareil rectangulaire, appelé opus quadratum. Les pierres sont disposées en alternance, tantôt en panneresse, tantôt en carreau pour permettre une plus grande résistance (opus quadratum pseudo-isodome).
Le mur a été principalement réalisé avec des matériaux de réemplois : bases de statues, fragments de bâtiments (tels que le théâtre détruit par un tremblement de terre) ou encore des fragments des tombes ituées près du mur. Tous ces éléments ont été disposés de sorte que le mur ait l'apparence d'un mur en marbre mégalithique afin de donner l'impression d'être plus résistant et plus ancien. Il est possible de retrouver l'origine des pierres utilisées car elles sont regroupées dans le mur pour un même bâtiment et se trouvent généralement près de l'endroit où on les a prélevées. Ainsi, des colonnes de la façade du stade ont été retrouvées dans le mur, près des portes proches de ce dernierStaebler, 2008, .. Les blocs d'origine funéraire sont reconnaissables par leurs inscriptions.
Édifices religieux À l’époque chalcolithique, la ville d’Aphrodisias était déjà habitée. Malgré les multiples campagnes de fouilles, aucun chercheur n’a trouvé de trace d’un éventuel sanctuaire.
Le temple d'Aphrodite vignette|Le temple d'Aphrodite. vignette|Le temple d'Aphrodite. vignette|Temple d'Aphrodite, Aphrodisias. Photographie prise dans les années 1860 par Sandor Alexander Swoboda (1826–1896). Lors des fouilles de 1904, Paul Gaudin a découvert des figurines féminines assises, des tessons préhelléniques et des lampes datant des avant notre èreBrody, L.R., 1990, . attestent l'existence d'un culte religieux voué probablement à la déesse de l'Amour et de la Guerre, Nina-Ishtar. Néanmoins aucune trace d'un sanctuaire n'a été retrouvée.
À cette époque, Aphrodisias portait le nom de « Ninoé », en lien avec Ninos, roi assyro-babylonien, fondateur de Ninive, mais également avec la déesse IshtarLaumonier, A., 1958, .. Aux avant notre ère, ce culte de la déesse mésopotamienne s’est maintenu et développé. Au , à la suite de l'influence hellénique, Nina-Ishtar devient Aphrodite et la ville prend le nom d'AphrodisiasErim, K.T., 1989, .. Ce changement n'est pas seulement caractérisé par la modification du nom mais également par la construction d'un temple. Il y a peu de traces du culte, excepté les déesses en pierre assises du et des représentations d'Aphrodite sous forme de lion sur des pièces de monnaie de la période impériale romaineBrody, L.R., 1990, passim..
Bien que le culte se soit maintenu jusqu’à l'âge du fer, il faut attendre la période hellénistique pour qu’un temple soit construit, aux alentours des avant notre ère. Il n'en reste que les fondations. Néanmoins, cet édifice reste un sujet délicat et son existence est remise en cause. Selon Joyce Reynolds, il n'en reste aucune trace car il aurait été remplacé par le temple romain, soit parce que l'empereur Claude souhaitait un monument plus grandiose, soit parce que détruit à la suite d'une profanation par l'armée de LabienusReynolds, J., dans Erim, K.T., 1990, .. D'après Dinu Theodorescu, cette construction aurait servi de base au temple romainTheodorescu, D., 1989, ..
Les fouilles ont mis au jour des structures en mosaïque et des pièces de monnaie qui peuvent servir de terminus post quem et assurer l'existence du temple à partir du milieu du ou du avant notre èreBrody, L.R., 1990, .. Cette datation est également confirmée par le sol et les faux décors en marbre, semblables aux murs peints du premier style de Pompéi (vers 150Sauron, G., 2007, .).
Au , Pausanias le Périégète relate dans son ouvrageI, XXVI, 5. la présence d'une source d’eau salée, probablement à l'origine du centre religieuxBrody, L.R., 1990, ., comme dans le cas de l'Érechthéion d'AthènesLaumonier, A., 1958, .. Ce point d’eau est à mettre en lien avec l'image hellénistique de la déesse, souveraine de la terre, des cieux et de la mer, symbolisant sous de diverses formes la vie et la fertilité.
Afin de montrer le lien existant entre la ville d'Aphrodisias et la dynastie Julio-Claudienne., un temple pseudodiptèreMendel, G., 1906, . a été construit durant la seconde moitié du avant notre èreRoueche C. et Smith R.R.R., 1996, .Smith R.-R.-R., The portico of Tiberus, dans Roueché C. et Erim K., dir., Aphrodisias papers 3 : the setting and quarries, mythological and other sculptural decoration, architectural development, Portico of Tiberius, and Tetrapylon, s.l., 1996, (Journal of Roman Archaeology Supplemental Series, 20). (probablement durant le second triumvirat) par C. Julius ZoilosSmith R.R.R., 1993, . au nord de la villeBrody L.R., 2007, .. L'édification de ce bâtiment aurait fait partie du développement urbain des Julio-claudiens.
Cependant, des études stratigraphiques ont démontré que la colonnade et la cella n'étaient pas contemporainesTheodorescu D., dans Erim K., 1990, .. En effet, la première phase de construction se déroule au avant notre ère. Entreprise par C. Julius Zoilos, elle consiste en un temple en marbreSmith, R.R.R., 2008, . distyle in antis ou tétrastyle prostyle, d'un prodomos et d'une cella dont les murs sont en pierres locales non équarriesTheodorescu D., dans Erim K., 1990, .. Par la suite, au , l'empereur Claude entoure l'édifice d’une colonnade ionique, formant un temple pseudodiptère octostyle et pycnostyle. Il est composé de 8 X 13 colonnes hautes de Mendel G., 1906, . dont les chapiteaux correspondent aux canons de VitruveCf. De architectura, livre IV, I.Theodorescu D., 1994, ..
Cette colonnade est constituée de différents éléments : l'épistyle de l'entablement est rehaussé d’un kymation ionique, superposé d'une plate-bande, et d'un cavet orné de palmettes, ouvertes et ferméesTheodorescu D., dans De La Genière J., et Erim K., 1987, .. La frise, surhaussée du geison décoré d'une rangée de denticules divisées par un plan incliné et d'un larmier simple, est décorée d'Eros et des figures féminines portant des guirlandes. La corniche est surmontée par le sima dont les rares fragments n'ont pas été identifiésTheodorescu D., op. cit..
L'ensemble du temple, recouvert de tuiles plates en marbre, est sur un stylobate à trois degrés, dont la fondation est constituée de pierres frustes liées par du mortier.
Au , l’empereur Hadrien ferme le parvis dallé par un téménos corinthien sur les côtés nord, sud et ouestLaumonier A., 1958, .. Celui-ci est clos par un mur à moellons taillés et couvert d'un placageMendel, G., 1906, . À l'est, ce péribole, restauré en 1990, débouche sur le cardo maximus en passant par le tétrapylonde Chaisemartin N., dans Leclant J., 2005, ..
La basilique chrétienne Au , sous le règne de Léon Ratté C., dans Parrish D., 2001, ., le temple est transformé en basilique paléochrétienne dédiée à saint Michel. L'orientation est-ouestCormack R., dans Erim K., 1990, . du temple a permis cette transformation (les églises étant orientées face à l'ouest). Les colonnes des petits côtés (est et ouest) ont été démontées et replacées dans le prolongement des colonnades nord et sud, créant ainsi la nef de l'édifice. Les pierres de la cella sont réutilisées dans le mur d'enceinteCollignon M., 1904, .Ratté C., dans, Parrish D., 2001, p., 130..
Cependant, le temple n'a pas été totalement démonté : le toichobate, les orthostates et deux assises de parpaing autour des chevets sont maintenusTheodorescru D., dans Erim K., 1990, .. Cette technique de parpaing est utilisée dans les grands appareils quadrangulaires. Il est donc probable que le temple romain ait été construit en opus quadratumAdam J.-P., 1984, .. Le nouvel édifice, plus large que le temple païen, mesure X . Il est constitué de trois travées, d'un narthex et d'une absideBegatti G., dans Blandinelli Blanchi R, 1978, ..
Cette reconversion est le témoin de la montée en puissance du christianisme en Asie Mineure. Par la suite, l’édifice ne subit plus de transformations importantes, hormis à l’époque byzantine où les murs sont peints de représentations du christ et des saints. La basilique reste en activité jusqu’au où elle est détruite à la suite des invasions des Turcs.
À la suite de toutes ces transformations, il subsiste peu de décorations et d'éléments architectoniques du temple romain. Hormis les architraves réutilisées dans la basilique, la majeure partie des composantes de l'entablement a disparu. Les chercheurs n'ont trouvé que peu d’inscriptionsReynolds J., dans Erim K., 1990, .. La plus importante, sur le linteau de la porte, est un hommage à C. J. Zoilos, « prêtre d’Aphrodite », « sauveur et bienfaiteur de son pays natal ». Présent à Aphrodisias entre 44 et 39 avant notre èreBrody L.R., 1990, .. Les autres épigraphes sont souvent vouées à AugusteReynolds J., op cit., ou en remerciement aux fidèles et aux prêtres, participants à la construction du temple.
Le Sébastéion vignette|Le Sébastéion.