Jean-Pierre Lemaire, né le à Sallanches, en Haute-Savoie, est un poète français.
Biographie
Enfance Fils d'un ingénieur de la SNCF, il passe son enfance dans le Nord de la France, près de la frontière belge, dont il garde un vif souvenir, alors même qu'il n'y est presque jamais retourné. Le Nord, pour lui, constitue la pierre de touche de ce qu'était une vie authentique qu'il n'aurait, en réalité, « pas su vivre ». C'est un faubourg ouvrier, où il se souvient du grouillement des hommes et des femmes dans les rues pavées, des locomotives qu'on réparait dans les ateliers que dirigeait son père. La grande maison avec pelouse, qu'ils habitaient alors, était séparée des ateliers par un mur que son père, chaque soir et chaque matin, franchissait.
« Il m'arrive aujourd'hui de me dire que là était, d'une certaine manière, la vraie vie, que je n'ai pas su reconnaître au moment où elle m'était donnée, mais où je reviens périodiquement par la mémoire... un peu comme un diapason. [...] Au fond, c'est comme si le vrai monde, le monde ordinaire, avait été de l'autre côté du murEntretien avec Olivier Gallet, 10 septembre 2004. »
Premières lectures Jean-Pierre Lemaire n'a pas souvenir d'avoir été, enfant, un très grand lecteur. La lecture, et toute forme de littérature, sont d'abord pour lui relativement secondaires. Il vénère alors Beethoven, apprend le piano, et veut devenir musicien. S'il lit, c'est sans l'idée de se faire une culture littéraire, de façon disparate, aussi bien des récits dans Sélection du Reader's Digest, des histoires de sous-marins allemands, que certains textes plus classiques. Corneille l'a beaucoup marqué quand il était en troisième et en seconde. À peu près à la même époque, sa mère lui fait découvrir le théâtre de Claudel ; il est ébloui par la version pour la scène du Soulier de satin. Le verset claudélien, libéré de la rime et fondé sur la respiration, paradoxalement, le réconcilie avec l'idée du vers, en ce qu'il lui offre des possibilités, non pas analogues, mais voisines à celles qu'offre la musique.
« On aurait bien déçu l'enfant, l'adolescent que j'étais et qui rêvait d'être musicien, en lui prédisant qu'il écrirait des poèmes. Quand il fallut choisir, ou plutôt s'apercevoir que le choix était déjà fait, la poésie me semblait un pis-aller. [...] J'ai pris la poésie comme une façon de faire de la musique avec ces notes pesantes, volumineuses, avec les choses, presque, avec cette vie que le chant des mots soulève si difficilementLa musique humaine, Recueil, septembre 1986, p. 161-162.. »
Débuts en littérature Après son bac, il décide de suivre une hypokhâgne et une khâgne au lycée Louis-le-Grand à Paris, entre à l'École normale supérieure (Lettres 1969), et obtient l'agrégation de lettres classiques. Il fait ensuite son service militaire dans la Marine. À vingt-quatre ans, à la suite d'une crise spirituelle, il prend définitivement conscience de sa foi catholique et commence à écrire ses premiers vrais poèmes, qu'il publie chez Gallimard en 1980 sous le parrainage de Jean Grosjean, dans le troisième Cahier de poésie. Cependant, le manuscrit de son premier recueil, Les Marges du jour, refusé par Gallimard et par le Seuil, est transmis par Pierre Oster au jeune directeur genevois de la revue Belles-Lettres, Florian Rodari, qui cherche alors à fonder une maison d'édition, La Dogana, dont Les Marges du jour est ainsi le premier titre.
L'écriture de Jean-Pierre Lemaire, d'inspiration chrétienne, mais soucieuse de refaire le pas baudelairien de l'amour des choses mortelles, a été saluée dans la NRF par Philippe Jaccottet comme un événement : « J'entends là une voix totalement dépourvue de vibrato, miraculeusement accordée au monde simple, proche et difficile dont elle parle et qu'elle essaie calmement, patiemment de rendre encore une fois un peu plus poreux à la lumière. Avec une modestie de ton, une justesse, mais aussi une tendresse (sans ombre de sentimentalisme ni de mièvrerie) que je n'avais plus entendues dans la poésie française depuis Supervielle, qui eût aimé infiniment ce livre. »
Poète reconnu Dès lors, la plupart de ses recueils ont paru chez Gallimard.
Jean-Michel Maulpoix le considère comme « un de ces poètes-promontoires en qui vient sonner l'écho d'une double appartenance au profane et au sacréJean-Michel Maulpoix, La Quinzaine littéraire, juin 1982. » .
Marié à Fanchon, une Bordelaise, il a trois filles. Il a été jusqu'en 2014 professeur de lettres en khâgne au lycée Henri-IV à Paris et à Sainte-Marie de Neuilly. Il est membre du jury du Prix Étiophile ainsi que du Prix Mallarmé.
Publications Poésie
Les Marges du jour, La Dogana, 1981, rééd. 2011 augmentée d'une postface de Philippe Jaccottet) L'Exode et la Nuée suivi de Pierres à voix, Gallimard, 1982, épuisé Visitation, Gallimard, 1985, épuisé. (prix Max-Jacob) Le Cœur circoncis, Gallimard, 1989 Le Chemin du cap, Gallimard, 1993 L'Annonciade, Gallimard, 1997, épuisé L'Intérieur du monde, Cheyne éditeur, 2002 Figure humaine, Gallimard, 2008 Faire place, Gallimard, 2013 Le Pays derrière les larmes (Poèmes choisis), Gallimard, collection « Poésie », 2016 Graduel, Gallimard, 2021 Bernadette Soubirous, la plus secrète des saintes, Paris, Salvator, 2024 Le Livre de verre, Gallimard, 2026
Essai sur l'expérience poétique Marcher dans la neige, Bayard, 2008
Préfaces ou postfaces Jessica Powers, Lieu de splendeur (poèmes choisis et traduits de l'anglais par Gérard Pfister), bilingue, Cahiers d'Arfuyen, n°52, 1989 Bruno Berchoud, L'Ombre portée du marcheur, Le Dé bleu, 1998 Matyas Varga, Gravure rupestre, traduction par Lorand Gaspar et Sarah Clair, collection bilingue, Le Passeur, 1998 Jean Racine, Cantiques spirituels et autres poèmes, Poésie/Gallimard, 1999 Philippe Mac Leod, La Liturgie des saisons, Le Castor Astral, 2001 Judith Chavanne, La Douce Aumône, éditions Empreintes, 2001 Anne-Lise Blanchard, Traverser le jour blanc, Sac à mots édition, 2004 Paul Guillon, La Vie cachée, Ad Solem, 2007 Marie-Ange Sebasti et Monique Pietri, photographe, Villes éphémères, Jacques André Éditeur, 2007 Gérard Bocholier, Psaumes du bel amour, Ad Solem, 2010 Bernard Perroy, Une joie tremblante, Ad Solem, 2012 Alena Meas, Piliers, À verse / Literární salon, 2012 Emmanuel Godo, Un prince, Desclée de Brouwer, 2012 Pascal Boulanger, Mourir ne me suffit pas, éd. de Corlevour, revue NUNC, .
Prix et distinctions
1986 : Prix Max-Jacob pour son recueil Visitation. 1986 : Grand prix de poésie de l'Académie française pour son recueil Visitation 1994 : Grand prix du mont Saint-Michel 1999 : Grand prix de poésie de l'Académie française pour l’ensemble de son œuvre poétique.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Notes Philippe Jaccottet, « Jean-Pierre Lemaire : Les Marges du jour », NRF, . Lionel Ray, « Jean-Pierre Lemaire : Les Marges du jour », Incendits, n°7, 1982 ; « Jean-Pierre Lemaire : L'Exode et la Nuée suivi de La Pierre à voix », NRF, . Jean-Michel Maulpoix, « Une Écriture de perce-neige », la Quinzaine littéraire, 16-. Alain Bosquet, « Un Retour à la simplicité : Jean-Pierre Lemaire », Le Monde, . Pierre Chappuis, « Une Innocence imaginative » (2001), repris dans Tracés d'incertitude, José Corti, 2003.
Études Jean-Louis Backès, « Mythe et identification dans la poésie de Jean-Pierre Lemaire », La Licorne, n° 55, 2000. Marie-Claire Bancquart, « Jean-Pierre Lemaire », La Poésie en France du surréalisme à nos jours, Ellipses, 1996. Michel Collot, « Lyrisme et réalité », Littérature, n° 110, 1998. Philippe Delaveau, « D’un nouveau sermo pedretis : Jean-Pierre Lemaire et Paul de Roux », La Poésie française au tournant des années 80, José Corti, 1988. Pierre Oster, « Une Souche chrétienne », Les Cahiers du sens, n° 8, 1998. Marie-Ange Sebasti, « Études bio-bibliographiques de Laudes. XCV. Jean-Pierre Lemaire », Laudes, n° 134, . Amaury Nauroy, « Tu as trouvé la distance », Revue de Belles-Lettres, N°1, 2011.
Collectif Revue Tra-jectoires, n° 2, Dossier Jean-Pierre Lemaire (textes de Guy Goffette, Paul de Roux, Gérard Noiret, Gérard Pfister, Pierre Oster, Philippe Jaccottet, Philippe Delaveau, Pierre Chappuis, Pierre-Alain Tâche, Philippe Mac Leod, Aude Préta de Beaufort, Pascal Riou, Marie-Claire Bancquart, Paul Demont, Jean-Marc Sourdillon, Lorand Gaspar ; entretien avec Olivier Gallet), .
Entretiens « La voix des choses silencieuses », entretien avec Jean-Pierre Lemaire, réalisé par Lise Favard et Irène Gayraud, Ricochets-Poésie, n°2, .
Liens externes
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