Soyouz (du russe : , également écrit Soïouz, ) est un lanceur soviétique puis russe dont la conception remonte aux et qui fut utilisé initialement pour lancer les vaisseaux avec équipage du programme Soyouz. Ce lanceur, d'un peu plus de et de haut, peut placer une charge utile de plus de en orbite terrestre basse depuis les cosmodromes russes. Il est notamment utilisé de nos jours pour mettre en orbite des satellites militaires russes, les équipages de la Station spatiale internationale, lancer les vaisseaux cargo Progress qui ravitaillent la Station spatiale internationale et pour mettre sur orbite des satellites scientifiques russes ou européens. Grâce à sa fiabilité et son faible coût de production, il est toujours apprécié malgré la rusticité des techniques employées. À fin 2017, plus de Soyouz ont été lancés., avec un taux de réussite proche de 98 %. De (retrait du service de la navette spatiale américaine) à (premier vol habité du Crew Dragon), le vaisseau Soyouz était le seul véhicule capable d'envoyer un équipage vers la Station spatiale internationale.

Tous les lanceurs Soyouz sont construits depuis le début dans le centre de production TsSKB Progress située à Samara, dans le sud-est de la Russie. Il se fabrique dans ce centre jusqu'à soixante lanceurs Soyouz par an au début des années 1980. Dans le cadre d'accords commerciaux avec Arianespace, le lanceur Soyouz fut lancé entre fin 2011 et 2022 depuis le Centre spatial guyanais (CSG), où des installations d'assemblage et de lancement servies par des équipes russes sont construites à Sinnamary, près de Kourou.

Versions thumb|Fusée R-7 Vostok à deux étages (comme pour la version Soyouz) dérivée du missile intercontinental Semiorka.

Le lanceur Soyouz est mis en service en 1966. Il s'agit d'une évolution du lanceur Voskhod lui-même dérivé du missile balistique intercontinental R-7 Semiorka par adjonction d'un troisième étage. Le lanceur comporte dans sa version standard trois étages. Le lanceur Molnia dotée d'un quatrième étage, développé par la suite, peut atteindre des orbites elliptiques élevées. Une nouvelle variante plus puissante, le Soyouz-U, est lancée pour la première fois en 1973. Version la plus lancée (), il effectue son dernier vol le .. Il est remplacé par les Soyouz-FG et Soyouz-2. Le Soyouz-U comporte une variante, le lanceur Soyouz-U2, qui utilise un carburant appelé syntin (1,2-dicyclopropyl-1-méthylcyclopropane) à la place du kérosène.

Les différences entre versions portent sur les moteurs, la coiffe et le carburant utilisé. Toutes les versions comportent trois étages et sont optimisées pour l'injection d'une charge utile en orbite terrestre basse. Depuis la fin des années 1990, un quatrième étage peut être ajouté pour atteindre les orbites les plus hautes, tâche qui est jusqu'à présent réservée aux lanceurs Molnia qui ne sont pas d'un emploi assez soupleLe quatrième étage ne peut être allumé qu'une seule fois..

Premières versions

Soyouz (11A511) : il s'agit de la version initiale qui est lancée pour la première fois en . Le vaisseau spatial est mis en orbite en par cette version. Le lanceur comporte des moteurs RD-107 au premier étage, un moteur RD-108 au second étage et un RD-0110 au troisième. La masse au décollage est de et la hauteur de . Ce modèle est utilisé pour lancer des vaisseaux spatiaux habités, mais également un très grand nombre de satellites militaires de la série Cosmos. Le dernier exemplaire de cette version effectue le lancement du vaisseau spatial ; Soyouz-L (11A511L, en russe : 11A511Л, Л pour Лунный, ) : cette version est utilisée pour tester les lancements de prototypes de sondes lunaires. Les différences avec le modèle précédent portent sur la coiffe et le renforcement de la structure du second étage. La masse au décollage est de et la hauteur de . Cette version n'est lancée que trois fois, la première fois le . Soyouz-M (11A511M, en russe : 11A511М, М pour Модифицированный, ) : on ne connaît pas précisément le détail des différences entre cette version et la version originelle. Le Soyouz M pèse et est haut de . Cette version est lancée en tout pour mettre en orbite des satellites d'observation militaires de la série Zenit-4MT. Le premier vol a lieu le .

Versions ultérieures thumb|right|Un lanceur Soyouz-U prêt à lancer le vaisseau de ravitaillement Progress-M59 (Baïkonour, janvier 2007).

Soyouz-U (11A511U, en russe : 11A511У, У pour Унифицированный, ) : le Soyouz-U, qui vole pour la première fois le intègre toutes les évolutions des huit années précédentes en les standardisant. Ces modifications portent sur les moteurs ainsi que les installations de lancement. Les moteurs modifiés reçoivent une nouvelle désignation : RD-117 pour le premier étage et RD-118 pour le second étage. Le Soyouz-U est la version qui est le plus souvent utilisée. Elle pèse et est haute de . Elle peut placer une charge utile de sur une orbite de depuis le cosmodrome de Baïkonour ; depuis le cosmodrome de Plessetsk, une charge de peut être envoyée sur une orbite de . La dernière Soyouz-U est lancée le , depuis Baïkonour, pour assurer le ravitaillement de la Station spatiale internationale (ISS) avec la capsule Progress MS-05 ; Soyouz-U2 (11A511U2, en russe : 11A511У2) : la version Soyouz-U2 a été lancée pour la première fois le . Elle utilise en guise de carburant un kérosène synthétique (le syntin) qui lui permet d'emporter une charge utile supplémentaire de . du modèle U2 ont été lancés essentiellement pour mettre en orbite des vaisseaux avec équipage. Mais, au milieu des années 1990, il était devenu nécessaire de modifier l'installation de fabrication de ce carburant avec une incidence importante sur son prix de revient. En conséquence cette version fut abandonnée et la dernière Soyouz-U2 a lancé le le vaisseau spatial Soyouz TM-22 ; Soyouz-FG (11A511FG, en russe : 11A511ФГ) : le Soyouz-FG est un lanceur de transition entre la Soyouz-U et la nouvelle Soyouz-2. La puissance des moteurs des deux premiers étages est optimisée. Ces moteurs sont renommés RD-107A et RD-108A. La Soyouz-FG plus puissante que la Soyouz-U est utilisée pour mettre en orbite le vaisseau spatial Soyouz-TMA chargé de ravitailler la Station spatiale internationale. Elle peut placer une charge utile de sur une orbite de depuis Baïkonour. Son premier lancement a eu lieu le .

Soyouz-2/ST thumb|right|Décollage d'un Soyouz-FG pour la mission Soyouz TMA-9.

À compter de 1992, la Russie lance le développement d'une nouvelle version de la version Soyouz-U surnommée Rus (en russe : Русь) qui doit permettre de placer en orbite basse une charge utile de . La Russie doit disposer d'un système de commandes de vol numérique destiné à remplacer le vieux système analogique des années 1960. Cette modification doit permettre d'apporter plus de souplesse au plan de lancement et d'optimiser l'utilisation du carburant ce qui doit augmenter la capacité d'emport. Un nouveau moteur doit être installé sur le troisième étage (RD-0124 avec une poussée de , une impulsion spécifique de soit ) et les moteurs des premier et second étages doivent être remplacés par des RD-107A et des RD-108A plus puissants. La Rus est renommée par la suite Soyouz-2. Mais l'aéronautique russe dispose à l'époque de moyens réduits et le développement du Soyouz-2 se fait au ralenti.

La création d'une structure commune avec Arianespace, la société Starsem, chargée de commercialiser le lancement de satellites commerciaux occidentaux par le lanceur Soyouz, permet de lever les contraintes financières. L'argent des premiers contrats permet de relancer le développement de la nouvelle version du Soyouz. À l'origine, Starsem prévoit de mettre sur le marché à compter de 2002 un Soyouz-U avec un système de commandes de vol numérique et les moteurs RD-107A et RD-108A sous l'appellation Soyouz-ST. Le nouveau modèle doit disposer d'une nouvelle coiffe () d'une taille équivalente à celle du lanceur . Une variante équipée au niveau du troisième étage d'un moteur RD-0124 reçoit l'appellation Soyouz-ST+.

Finalement, une version Soyouz-FG moins ambitieuse est développée en 2001, ne se distinguant de la que par ses moteurs RD-107A et RD-108A. Elle est initialement utilisée pour lancer les vaisseaux spatiaux habités ou de ravitaillement. Parallèlement l'étage supérieur Fregat est développé et utilisé avec succès sur le Soyouz-U puis le Soyouz-FG. Par la suite, une nouvelle coiffe (de ) est mise au point et utilisée par exemple sur les lanceurs des sondes spatiales Mars Express et Venus Express.

Le un lanceur Soyouz-2.1a, modèle intermédiaire, est lancée avec succès. Cette version dispose d'un système de commande de vol numérique et son troisième étage, bien que toujours propulsé par l'antique RD-0110, est modifié pour recevoir un moteur RD-0124. Un second lancement intervient le pour placer en orbite le satellite météorologique européen MetOp pour lequel sont utilisés le quatrième étage Fregat et une coiffe de . Le Soyouz-2.1b, qui reprend les spécifications initiales de la Soyouz-2, est lancée pour la première fois à Baïkonour le : il place en orbite polaire le télescope spatial CoRoT.

Le Soyouz-2.1a peut placer une charge utile de sur une orbite de depuis Baïkonour ; depuis le cosmodrome de Plessetsk, une charge de peut être envoyée sur une orbite de . Le Soyouz-2.1b peut placer une charge utile de sur une orbite de depuis Baïkonour ; depuis le cosmodrome de Plessetsk, une charge de peut être envoyée sur une orbite de .

La capacité d'un Soyouz-STK ( et 2.1b, « ST » pour « Spéciale Tropiques ») utilisée depuis la Guyane est encore bien supérieure. Depuis le Centre spatial guyanais (CSG), la version Soyouz-STK peut placer une charge de en orbite basse. À d'altitude, la capacité est portée de à avec l'ajout de l'étage Fregat. Les deux premiers lancements depuis le CSG sont réussis : le : STB, pour les deux premiers satellites Galileo IOV ; le : STA, pour les satellites Pléiades, SSOT et Elisa.

En 2006, un nouveau développement est envisagé sous la dénomination . Cette version comporte un étage central propulsé par un moteur Kouznetzov NK-33 (le moteur du lanceur N1). Ce modèle peut mettre en orbite basse une charge utile de depuis Baïkonour et de depuis le CSG.

Un dérivé du Soyouz 2 utilisant un premier étage motorisé par des NK-33 a vu le jour sous le nom de Soyouz 2.1v, il utilise le second étage de la Soyouz 2.1b et la possibilité d'utiliser un troisième étage Volga . Le premier vol du lanceur a eu lieu en 2013. Le Soyouz 2.1v peut placer en orbite basse. Cette version du lanceur a effectué son dernier vol en 2025.

Quatrième étage

Pour que le lanceur Soyouz puisse mettre en orbite des satellites commerciaux, des satellites scientifiques et des sondes spatiales sur une orbite moyenne, haute ou interplanétaire, un quatrième étage est développé. Cet étage est enveloppé par la coiffe avec la charge utile.

Étage Soyouz/Ikar

L'étage Ikar est développé à partir du système de propulsion du satellite d'observation Iantar et est utilisé sur un Soyouz-U pour mettre en orbite des satellites Globalstar. Vingt-quatre satellites Globalstar sont ainsi mis en orbite en 1999 par six lanceurs à raison de quatre satellites par vol. L'ensemble Soyouz-U/Ikar pèse et fait de haut. À compter de l'année 2000, Ikar est remplacé par l'étage Fregat.

Étage Fregat

L'étage Fregat est développé à partir du système de propulsion des sondes spatiales Phobos et ; il est équipé d'un système de commandes de vol numérique moderne et d'un propulseur qui peut être rallumé jusqu'à vingt fois. Il est développé par la société russe Lavotchkine.