{ "type": "ExternalData", "service": "page", "title": "ROCEEH/Acheulean.map" } vignette|upright 1.3|Biface de Saint-Acheul - collection Félix Régnault - Muséum de Toulouse.
L’Acheuléen (prononcé [aʃøleɛ̃]Trésor de la langue française informatisé, « Acheuléen ». Le terme vient du nom de la localité de Saint-Acheul.) est une industrie lithique de mode 2 caractéristique du Paléolithique inférieur succédant à l'oldowayen. Elle apparaît pour la première fois en Afrique de l'Est il y a 1,76 million d'années et disparaît complètement du paysage archéologique il y a seulement , tandis que les industries lithiques de mode 3 qui lui succèdent se développent en Afrique à partir de avant le présent et en Inde vers 385 000 ans AP environ.
Historique
L’Acheuléen doit son nom au site de Saint-Acheul, quartier situé à l'est d’Amiens (France), sur les terrasses de la Somme, où une industrie ancienne à bifaces a été décrite pour la première fois par Gabriel de Mortillet en 1872Gabriel de Mortillet (1872), « Classification de l'Âge de la pierre », Matériaux pour l'Histoire primitive et naturelle de l'Homme, huitième année, 2° série, T. 3, ..
Chronologie
Acheuléen ancien (1,7 à 1,3 Ma) L’Acheuléen succède à l’Oldowayen en Afrique de l'Est, où il est documenté dès 1,76 million d’années avant le présent sur le site de Kokiselei 4, sur les rives du lac Turkana, au Kenya.. L'apparition de ce complexe est intrinsèquement liée à celle d'une nouvelle espèce d'hominidé : Homo ergaster. Les sites de cette époque sont extrêmement nombreux ; on peut notamment retenir les noms suivants : Olorgesailie., Kilombe. et Isenya.. (Kenya), Melka Kunture. et Gadeb. (Éthiopie), La Kamoa. (République démocratique du Congo), Tighennif. et Tabelbala-Tachenghit..
La classification historique proposée par Mary Leakey en 1971, qui séparait l'Acheuléen de l'Oldowanyen sur la base stricte d'un seuil de 40 % de bifaces parmi les outils, est aujourd'hui abandonnée. Les chercheurs s'appuient désormais sur la complexité technologique et comportementale globale pour identifier l'Acheuléen.
Acheuléen moyen (1,0 à 0,6 Ma) Cette phase intermédiaire se caractérise par une amélioration progressive de la production des grands outils de coupe, avec une meilleure régularité des formes et des profils plus minces. C'est durant cette période qu'apparaît la technique de percussion au percuteur tendre (en bois, en os ou en pierre tendre comme le grès) vers 0,79 Ma à Gesher Benot Ya’aqov, permettant d'obtenir des éclats plus minces et des retouches régulières.
L'Acheuléen moyen voit naître les prémices des technologies de nucléus préparés, précurseurs des méthodes du Paléolithique moyen.
Acheuléen récent et final (0,6 à 0,3/0,2 Ma) À partir de 0,6 Ma, le nombre de sites archéologiques se multiplie de manière significative en Afrique, parallèlement à l'émergence d'Homo heidelbergensis ou formes anciennes d'Homo sapiens. Le ralentissement du rythme de maturation biologique de ces hominidés (par rapport à la croissance rapide d'Homo ergaster) prolonge l'adolescence et favorise les phases d'apprentissage, d'expérimentation et d'innovation culturelle.
Les outillages de l'Acheuléen récent font preuve d'une maîtrise technique optimale : symétrie bilatérale parfaite, absence de fractures en marche, gestion fine des tranchants par percussion tendre et retouches finales régulatrices. Les sites en grottes commencent à être occupés de manière plus systématique.
Transitions La fin de l'Acheuléen est marquée par l'émergence d'industries annonçant le Middle Stone Age (MSA), caractérisées par la production de lames et de pointes. Le Fauresmithien, daté entre 500.000 et 290.000, évolue vers des pointes et des nucléus préparés. Une production spécifique évolue dans la entre 550.000 et 285.000 et intègre des technologies de lames et de préparation de nucléus. Au proche-orient, l'Amoudien développe une technique laminaire entre 420.000 et 320.000.
L'industrie sangoenne succède chronologiquement à l'Acheuléen dans les régions d'Afrique centrale et orientale (Zambie, Kenya) où les ressources arborées et forestières sont prépondérantes. Caractérisé par de petits racloirs, des pics et des haches à nucléus ayant pu servir d'herminettes pour le travail du bois, le Sangoen maintient une production marginale de bifaces de type acheuléen. Dans plusieurs régions, le Sangoen réalise une transition continue vers les industries du MSA comme le Lupembien.
Le passage de l'Acheuléen aux industries lithiques de mode 3 (Moustérien) est plus ou moins progressif : disparition des bifaces, généralisation du débitage laminaire, puis du débitage Levallois, développement et standardisation de l'outillage sur éclat, 158 p.. Les industries du début du Paléolithique moyen comportant encore des bifaces aux côtés d'outils sur éclat sont parfois attribuées à l'Acheuléen supérieur..
Diffusion L’Acheuléen atteint rapidement le Moyen-Orient.. et l’Inde, et plus tardivement l’Europe.. On le trouve au Moyen-Orient (à Ubeidiya) il y a 1,4 Ma. et en Inde dès 1,5 Ma avant le présent..
En Europe, l’Acheuléen succède à l'Oldowayen à partir de avant le présent.. Toutefois, des bifaces ont peut-être été fabriqués il y a environ en Espagne.. Des manifestations rares indiquent l'émergence de telles technologies il y a plus de dans le bassin méditerranéen (par exemple, à Barranc de la Boella M. Mosquera et al., The Early Acheulean technology of Barranc de la Boella (Catalonia, Spain), Quaternary International, Volume 393, 30 janvier 2016, pages 95-111., Tarragone, Espagne). Au cours des années 2010, des travaux de terrain ont montré qu'une production élaborée de bifaces est apparue soudainement il y a environ dans le nord-ouest de l'Europe. Malgré ces nouvelles informations, le moment et les caractéristiques des premières preuves de groupes acheuléens en Europe occidentale sont encore mal connus Marie-Hélène Moncel, Carmen Santagata, Alison Pereira et al., The origin of early Acheulean expansion in Europe 700 ka ago: new findings at Notarchirico (Italy), Scientific Reports, volume 10, Article numéro: 13802, 14 août 2020, doi.org/10.1038/s41598-020-68617-8..
Notarchirico, dans le Sud de l'Italie a fourni les premières preuves de la colonisation acheuléenne en Italie. Les découvertes indiquent de manière précise des occupations entre 695 et 670 ka, parallèlement aux sites du Moulin Quignon et de la Noira à Brinay (France).
Caractéristiques L'Acheuléen marque le franchissement d'un seuil adaptatif et technologique par rapport à la stase de l'Oldowayen. Il se caractérise par le débitage de grands éclats de plus de 10 cm et le façonnage d'outils lourds spécialisés. Les outils caractéristiques de l’Acheuléen sont les bifaces, les hachereaux et les pics. Les bifaces, souvent façonnés sur de grands éclats ou des galets, présentent un degré de retouche variable (unifacial, partiellement ou totalement bifacial) avec une extrémité distale robuste convergeant vers une pointe plate pour des fonctions de découpe ou de hachage. Les hachereaux, généralement fabriqués sur de grands éclats (notamment des éclats à débitage latéral, mais aussi d'angle ou d'extrémité), possèdent un tranchant terminal brut et naturellement coupant appelé « biseau ». Expérimentalement, ils s'avèrent efficaces pour le dépeçage, le travail du bois ou le raclage. Les pics sont des outils lourds dont le façonnage se concentre principalement sur l'extrémité distale, parfois triédrique. Ils servent probablement à l'extraction de ressources souterraines (bulbes, racines, tubercules).
Leur réalisation est considérée par de nombreux auteurs comme un trait culturel fort de l'Acheuléen. L'étude de leur répartition permet de suivre la diffusion de l'Acheuléen depuis l'Afrique jusqu'à l'EurasieMourre, V. (2003) - Implications culturelles de la technologie des hachereaux, Université de Paris X - Nanterre, Thèse de Doctorat, 3 vol., .
Ces outils sont parfois associés à des bolas et souvent à de petits outils retouchés sur éclats, qui se généralisent ensuite au Paléolithique moyen.
L'apparition de l'Acheuléen coïncide avec des modifications comportementales claires. Augmentation de la taille et de la densité des sites, traduisant une dépendance accrue envers les outils lithiques pour la subsistance quotidienne. Utilisation pérenne ou saisonnière de sites stratégiques et colonisation d'habitats plus variés, notamment les milieux ouverts. Transport de matières premières sur de plus longues distances que durant l'Oldowayen.
L'introduction du contrôle du feu représente une innovation majeure de l'Acheuléen ancien, offrant notamment un moyen de défense contre les grands prédateurs dans les milieux ouverts. Bien que l'identification des premiers foyers suscite des controverses en raison de la mauvaise préservation des sites de plein air, des sédiments brûlés datant d'environ 1,5 Ma en Afrique de l'Est témoignent d'une altération thermique durable du sol. La distribution spatiale des artefacts et des ossements autour de ces zones brûlées renforce l'hypothèse d'une gestion active du feu. En Afrique du Sud, des traces d'os brûlés dans des foyers de surface puis lessivés dans la grotte de Swartkrans, ainsi que des restes de plantes carbonisées à Wonderwerk, sont documentés dès 1 Ma. Au Proche-Orient, le site de plein air de Gesher Benot Ya’aqov livre vers 0,79 Ma des artefacts brûlés et des restes botaniques structurés autour de véritables âtres.
Les acteurs de l'Acheuléen
L'apparition et la diffusion de l'Acheuléen en Afrique sont généralement attribuées à Homo ergaster. Au Moyen-Orient et en Inde, les fossiles de cette période sont encore trop peu nombreux pour pouvoir relier industries lithiques et espèces humaines.
LHomo heidelbergensis (défini à partir de la mandibule de Mauer) est considéré comme à l'origine de changements comportementaux importants, comme le début de la production de bifaces (mode technologique 2, culture acheuléenne). Ces premiers groupes acheuléens d'Homo heidelbergensis sont arrivés en Europe il y a environ 1,0–0,7 Ma et ont été exposés à des conditions environnementales difficiles, qui peuvent avoir stimulé de nouvelles réponses culturelles. Au cours de cette période, appelée révolution du Pléistocène moyen, l'Europe du Nord était caractérisée par des conditions climatiques contraignantes, en particulier pendant les stades glaciaires (1,25–0,7 Ma).
Ces nouvelles données démontrent une expansion très rapide des traditions communes en Europe occidentale pendant une période de conditions climatiques très variables, y compris des épisodes interglaciaires et glaciaires, entre 670 et 650 ka. La diversité des outils et des activités observées dans les différents sites montre que l'Europe occidentale était peuplée d'hominidés adaptables pendant cette période.
Références
Bibliographie
Bocquet-Appel J-P. (2008), La Paléodémographie, 99,99% de l'Histoire démographique des êtres humains, Arles, Éd. Errance. Gallay, A. (dir.) (1999), Comment l'Homme ? À la découverte des premiers Hominidés d'Afrique de l'Est, Paris, Errance "Géo-Découverte", Moncel, M.-H. (2013), « L'Europe avant l'invention du feu », Archéologia, n° 516, . Moncel, M.-H. (2015), « L'Acheuléen en Europe », Archéologia, n° 529, , . Tuffreau, A. (2004), L'Acheuléen - De lHomo erectus à l'homme de Néandertal, Paris, La maison des roches, Turq, A., Despriée, J., Airvaux, J., Texier, P.-J., Maureille, B. (2012), La conquête de l'Ouest : il y a un million d'années en Europe, Maison de l'Histoire de France, catalogue de l'exposition, Musée national de Préhistoire, Les Eyzies, 2012. Alain Turq, L'Acheuléen, , dans Paléo, 2000, supplément Le paléolithique inférieur et moyen entre Dordogne et Lot, tome 2, (lire en ligne).
Voir aussi Articles connexes
Tableau synoptique des principales cultures préhistoriques de l'Ancien Monde Jardin archéologique de Saint-Acheul Site d'Ubeidiya (Israël)
Liens externes