vignette|Membres du groupe djihadiste Ansar Dine au Mali en 2012.

Le djihadisme ou jihadismeLa lettre arabe « ج » est une spirante cacuminale sonore /ʒ/ (j) dans jardin) / V. Régis Blachère, Grammaire de l'arabe classique, Paris, Maisonneuve et Larose, 1975, .

La réalisation « dj », se rencontre cependant dans plusieurs dialectes (Blachère, ibid.) et elle tend à l'emporter dans l'arabe standard moderne, si bien que la prononciation est devenue courante (mais on trouve aussi /g/ en Égypte).

C'est pourquoi la transcription oscille entre « j » et « dj ». Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API. est une idéologie politique et religieuse islamiste qui prône l'utilisation de la violence afin d'instaurer un État islamique ou de rétablir un califat. Le mot est un néologisme dérivé du terme « djihad » (arabe : سلفية جهادية, salafisme jihadiste), ce qui ne signifie pas pour autant que le djihad, élément important, renvoie nécessairement à la violence ou à la guerre. En revanche, le djihadisme, lui, est clairement lié à l'action violente, d'où l'utilisation fréquente de l'expression « terrorisme djihadiste ». Le mot lui-même apparaît dans les années 1980 et prend son essor au tournant du , après les attentats du 11-Septembre, pour désigner certaines formes de terrorisme islamiste.

Le djihadisme moderne naît dans les années 1980, au cours de la guerre d'Afghanistan. Dans le contexte de ce conflit, se détache notamment la figure d'Abdallah Azzam, considéré comme le père fondateur du djihadisme. À partir des années 1980 et 1990 apparaît le salafisme djihadiste, qui a ses racines chez des penseurs islamistes radicaux comme Abou Qatada, Sayyid Qutb, Abou Moussab al-Souri ou Abou Mohammed al-Maqdisi, (dont les djihadistes de Daesh s’inspirent) et qui s'étend à l'ensemble du monde musulman pour devenir le principal courant du djihadisme. Au début du , des organisations terroristes islamistes comme Al-Qaïda, l'État islamique ou Boko Haram, se réclament du salafisme djihadiste.. Le djihadisme est ainsi devenu l'un des facteurs les plus structurants de la géopolitique du Moyen-Orient au .

La définition du djihadisme varie cependant selon les spécialistes, ce terme renvoyant pour certains uniquement au salafisme djihadiste, tandis que d'autres l'appliquent à des mouvements non salafistes, notamment chiites.

Définition

Pour , « jihadisme » renvoie au courant de la pensée extrémiste islamiste qui demande l'utilisation de la violence de façon à chasser toute influence non-islamique des territoires traditionnellement musulmans, ceci pour établir une gouvernance véritablement islamiste fondée sur la charia. Selon Brachman toujours, ce terme est « maladroit et controversé » parce qu'il vient du mot « jihad » qui, pour la plupart des musulmans, renvoie à un travail spirituel sur soi-même et se trouve ainsi être un des fondements d'une vie pieuse. Toutefois (et c'est là que « jihadisme » trouve son origine), il peut aussi se réfèrer à la nécessité de faire la guerre pour défendre l'islam.

Le premier principe du djihadisme est qu'il existe un complot pour détruire l'Islam et que les pays conspirateurs sont les pays chrétiens « croisés » et leurs alliés juifs et sionistes d'Israël. Pour le théoricien koweïtien du djihadisme , il faut ajouter à ces ennemis de l'islam, les chiites.

Le mot « jihadisme » a été adopté dans le monde islamique comme la moins mauvaise option pour désigner les groupes comme Al-Qaïda qui ont un intérêt exclusif pour le côté violent du jihad. Le terme est utilisé par les médias arabes et aussi par les milieux du contre-terrorisme où il désigne, même si le terme est problématique, ceux des musulmans sunnites qui utilisent la violence pour poursuivre leurs buts politiques universalistes. Pour autant, le djihadisme est loin d'être un mouvement uni. Il est même parcouru de multiples fractures. Des questions telles le renversement de régimes islamiques, le droit de tuer d'autres musulmans et l'attitude vis-à-vis du chiisme sont sujettes à des considérations de partage du pouvoir. On trouve différentes thèses sur l'origine de l'idéologie jihadiste.

Pour le juge antiterroriste David Benichou, le djihadisme a ses racines dans le Coran et les hadîths. À l'inverse, les historiennes Ladan Boroumand et Roya Boroumand estiment que la source de l'idéologie des jihadistes n'est pas le Coran mais le léninisme, le fascisme et les courants totalitaires du .

De son côté, le sociologue Farhad Khosrokhavar, directeur d'études à l'EHESS, voit dans le djihadisme « l'idéologie totalitaire la plus élaborée depuis le communisme et le nazisme » et relève que certains jihadistes peuvent même être chiites. Selon lui, .

Enfin, aux yeux d'Olivier Roy, les djihadistes sont avant tout fascinés par la radicalité et la violence, et non pas par l'islam en tant que tel : car l'attentat-suicide est la finalité par excellence de leur action alors que le salafisme condamne le suicide. Une telle dimension nihiliste, que l'on trouve au cœur de ce projet, est le signe pour Olivier Roy que l'on a affaire à ce qu'il appelle une "islamisation de la radicalité", à savoir une révolte, une radicalité extrême qui épouse des discours apocalyptiques, comme celui de Daech, et qui emprunte les formes de ces discours, tout en n'ayant à voir avec une "radicalisation de l'islam", conception défendue, elle, par Gilles Kepel, autre spécialiste de l'Ilam.

Idéologie et histoire du mouvement Fondements idéologiques Si les analyses des bases idéologiques du djihadisme varient, on retrouve régulièrement la pensée de l'Égyptien Sayyid Qutb comme un des piliers du djihadisme.

Pour Antoine Sfeir, source : , le djihadisme est né au cours de la guerre menée par les Soviétiques en Afghanistan durant les années 1980. Il est le fruit de la synthèse entre le courant traditionaliste wahhabite et la stratégie des Frères musulmans. Il suit une « ligne révolutionnaire, base intellectuelle du terrorisme et des opérations suicide, encourageant des actions violentes contre les Occidentaux », fondée sur la pensée du Frère musulman égyptien Sayyid Qutb et celle de l'écrivain jordano-palestinien Abu Muhammad al-Maqdisi, et obligeant d'affronter ceux « qui oppriment les musulmans pieux », qu'ils soient musulmans ou non. Saïd Qotb exalte tout particulièrement la lutte contre les Juifs : Cité par Pierre-André Taguieff dans .

Pour Anne-Clémentine Larroque, maître de conférences à Sciences Po en Questions internationales, le djihadisme n'est pas « consubstantiel à la religion ». Bien que le Coran mentionne textuellement le jihad, « le djihadisme est un mouvement contemporain qui puise ses racines dans les thèses de deux grands idéologues » : « la pensée de Sayyid Qutb (1906-1966), militant des Frères musulmans qui lutta activement contre l'État de Nasser jugé « mécréant » car ne respectant pas la loi coranique et théorisa dans les années 1960 le retour à un islam politique où le jihad prend une place centrale » et « la pensée de Abul Ala Maududi (1903-1979) théologien fondamentaliste pakistanais qui à la même époque pense et encourage la lutte pour la création d'un État islamique pakistanais. Ses thèses seront suivies par les Talibans : il prône un retour au djihad global ».

Pour l'universitaire Stéphane Lacroix, . Selon lui, le djihadisme naît en particulier sous la plume de Sayyid Qutb dans les années 1950-1960 comme , et , cette dynamique voyant son avec l'avènement de l'État islamique. Il souligne que étaient en majorité égyptiens, syriens et palestiniens.

Les jihadistes prônent la lutte armée non seulement pour libérer les pays musulmans de l'occupation étrangère mais aussi pour chasser les régimes jugés impies. Aujourd'hui, Al-Qaïda, les Talibans et l'organisation État islamique (souvent nommée aussi « Daech ») en sont des représentants.

Jalons historiques

Certaines actions jihadistes ont été menées à l'échelle nationale, en Afghanistan, au Liban, en Tchétchénie, en Irak, en Palestine et en Algérie ; d'autres à l'échelle mondiale, avec les attentats du 11 septembre et ceux de Bali en 2002, de Madrid en 2004, de Londres en 2005, de France en 2015 et de Belgique en 2016. D'autres encore ont visé l'Afghanistan, l'Arabie saoudite, l'Inde, l'Indonésie, l'Irak, Israël, la Jordanie, le Kénya, le Koweït, le Liban, le Maroc, l'Ouzbékistan, le Pakistan, la Russie, la Somalie, la Turquie et le Yémen. Boko Haram commet ses actes de terreur au Nigeria.

Pour Gilles Kepel, Al-Qaïda a été vaincue et maintenant, . L'islamologue estime que , et cela dans une optique takfiriste qui appelle à éliminer les « impies »; autrement dit, aux yeux des djihadistes de Daech, .. Au-delà de ce passage d'Al-Qaïda à Daech, Gilles Kepel, s'appuyant notamment sur l'analyse de l'Appel à la résistance islamique mondiale d'Abou Moussab al-Souri, identifie trois dans le jihadisme contemporain, qui s'articulent selon une . Le premier moment — — correspond à la guerre victorieuse en Afghanistan, dont les tentatives d'extensions algérienne, égyptienne et bosniaque dans les années 1990 s'avèrent par contre être des échecs. Le second moment — la — correspond à Al-Qaïda, qui substitue , avec notamment les attentats du 11 septembre 2001. Puis, face à ce modèle qui s'épuise assez vite, faute de pouvoir reproduire facilement des attentats d'une telle ampleur et mobiliser réellement les masses populaires, al-Souri appelle à passer au troisième moment — la ou son —, qui consiste cette fois à substituer à Selon Gilles Kepel, cet Appel à la résistance de al-Souri, publié en , est mis en œuvre au cours de la décennie suivante en Europe, notamment en France. Kepel estime ainsi que les attentats islamistes perpétrés depuis l'affaire Merah en 2012, jusqu'à la Promenade des Anglais en 2016, en passant par le Bataclan et Charlie Hebdo en 2015 pour ne citer que les plus meurtriers, bien que distincts les uns des autres sous certains rapports, entrent néanmoins tous dans le cadre de ce ..

L'attentat contre Charlie Hebdo, le à Paris est revendiqué par un groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda. Quant à celui contre un magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, son auteur se présente comme lié à l'État islamique. Les attentats du 13 novembre 2015 à Saint-Denis et Paris et celui du 14 juillet 2016 à Nice sont aussi revendiqués par l'État islamique.

À partir de 2019, le terrorisme transnational se trouve dans une phase d'affaiblissement, qui se traduit par une fragmentation de la scène djihadiste en de nombreuses organisations de petite taille qui, en plus, se combattent les unes les autres. L'État islamique a en effet créé à partir de 2014 des organisations régionales en Afghanistan, en Libye, en Egypte, au Yémen, au Sahara, dans la zone du Sahel, dans le Caucase et même aux Philippines, élargissant ainsi sa zone d'opérations. Il a appelé ces groupements « provinces » (wilayat). La plupart du temps, ces groupements sont toutefois en concurrence avec des unités d’Al-Qaïda, de sorte qu'une nouvelle organisation d'envergure n'a pas pu se former.