Énimie est une sainte de l'Église catholique, présentée comme étant une princesse mérovingienne, fille de Clotaire II et donc sœur de Dagobert I, tome I, chap. 12. Selon la légende elle aurait donc vécu au .
Il est cependant établi qu'Énimie n'a jamais existé ; la légende hagiographique date du et aucune source du Haut Moyen Âge n'indique son existence.
Légende de sainte Énimie L’histoire de sainte Énimie est connue grâce à deux textes largement postérieurs :
la Vita, inventio et miracula sanctae Enimiae (fin ou début ) rédigée par un prosateur latin, un poème de vers écrit par le troubadour Bertran de Marseille : La vida de Santa Enimia datant du .
La lutte contre la lèpre Selon la légende rédigée au , l'éclatante beauté de la jeune princesse mérovingienne suscite bien des convoitises parmi les nobles du royaume. Celle-ci s'évertue à soigner les pauvres, les boiteux, les lépreux. Lorsqu'elle arrive à l'âge de trouver un époux, son père lui impose plusieurs prétendants, que l'intéressée refuse. La vertueuse princesse se dit mariée à Dieu et au Christ. Son père prépare cependant ses épousailles, alors implore-t-elle le Seigneur de lui venir en aide afin de conserver sa pureté. Dieu l'exauce, et lui inflige la lèpre, terrible maladie qui défigure la princesseThème récurrent dans de nombreuses légendes. Voir Reine Pédauque.. Durant des années, nul médecin ne parvient à la guérir. La jeune princesse implore à nouveau l'aide de Dieu. Un ange messager apparaît et lui dit : . La princesse et son escorte se mettent en route.
Arrivé en Gévaudan, le cortège ne parvient pas à trouver Burle, et en demandant le chemin d'une source pouvant guérir, une femme lui indique une source. Cependant l'ange apparaît à nouveau lui indiquant que la source dans laquelle elle se baigne n'est pas celle recherchée. Elle se trouvait alors à Bagnols-les-Bains où « Dieu fait là de puissantes choses, pour ceux qui viennent chercher la santé »vers 391-392 de « la vida de Santa Enimia » par Bertran de Marseille.
Le cortège se dirige, lui, vers le Tarn et trouve enfin la source de Burlatis. Énimie baigne son corps meurtri dans l'eau froide et bleue de Burle, implore le seigneur, et guérit par miracle.
Le cortège décide donc d'entamer le chemin du retour, mais la maladie réapparaît à peine arrivés sur le causse qui domine Burlatis. Elle retourne alors à la source où le miracle de la guérison se reproduit, mais elle ne peut à nouveau atteindre le causse. Ce n’est qu’après un troisième bain qu'elle comprend les vues de la Providence : rester à jamais dans cette région.
Elle décide donc de s'installer, aménageant une grotte qu'elle vient de découvrir, renvoyant ainsi son cortège pour ne garder que sa filleule. Sa cour, elle, s'installera visiblement dans des hameaux du bord du Tarn. De sa grotte, elle aurait réalisé bien des miracles, mais l'histoire la plus importante reste sa lutte contre le Drac (sorte de diable en pays d'oc). Elle aurait été nommée abbesse par l'évêque Ilère, pourtant antérieur d'un siècle, et fonde un couvent mixte à Burlatis. Énimie et Ilère se seraient livré à un combat contre le Drac, incarnation du diable. Le chaos du Pas de Soucy serait le reflet de cette lutte.
Énimie passe la fin de sa vie retirée dans une grotte (aujourd’hui devenue l’Ermitage).
Ses reliques Selon la légende, après sa mort vers 628, son frère Dagobert, devenu roi, agrandit la basilique Saint-Denis et part à la recherche de reliques de saints. Arrivé sur les bords du Tarn pour venir sur le tombeau de sa sœur, il demande aux moniales où celui-ci se trouve. Elles se refusent à lui indiquer, ne voulant perdre leur dame. Dagobert découvre finalement le tombeau mais hésite entre deux cercueils. En effet, afin de se protéger, Énimie n'avait fait marquer aucun nom sur le sien, et celui d'Énimie sur celui de sa filleulevers 1065 sq de « la vida de Santa Enimia » par Bertran de Marseille. Ce sont les reliques de la filleule qui reposent auprès des rois de France en la basilique de Saint-Denis.
Cette histoire se serait perdue avec la disparition des moniales et ce n'est que plus tard lorsque les moines noirs, qui avaient installé leur monastère dans ce bourg, eurent un message divin leur indiquant le subterfuge de la princessevers 1963 sq de « la vida de Santa Enimia » par Bertran de Marseille.
Les reliques de la princesse sont conservées à l’Ermitage jusqu’en 1970, date à laquelle elles furent volées.
Les faits historiques vignette|Enluminure d'un manuscrit du figurant sainte Énimie. La recherche historique a établi que l'existence de sainte Énimie n'est attestée par aucune source contemporaine. Les premières sources évoquant son nom n'apparaissent que six siècles plus tard. Il n'existe pas de traces de la sainte antérieures au .
La vie de sainte Énimie est largement liée à l’activité de l’évêque des Gabales Hilaire. Or l'hagiographe de sainte Énimie commet une erreur chronologique de plus d'un siècle. En effet, si l'existence de saint Hilaire est attestée, celle-ci remonte au puisque cet évêque assiste au concile de Clermont en 535.
De plus le récit de la légende répond à des enjeux correspondant à la fin du et au début du . L'ensemble des récits hagiographiques évoquant sainte Énimie ont un lien fort avec le contexte politique du Gévaudan. Énimie y est présentée comme un appui pour l’évêque de Mende dans le cadre de l’établissement de la Paix de Dieu en Gévaudan.
La légende de la sainte sert aussi à assoir le pouvoir du monastère et à assurer sa relative indépendance. C'est dans cette logique qu'au le poème de Bertran de Marseille conforte le pouvoir du prieur du monastère opposé à l’évêque. C'est aussi le cas au début du où le manuscrit orné, commandé par le prieur de Sainte-Énimie, soutient le monastère contre l’évêque issu de la famille de Randon.
Culte Un pèlerinage a lieu chaque année le premier dimanche d’octobre à l’Ermitage pour célébrer la patronne du village.
Les lieux associés Sainte-Enimie (Lozère), anciennement Burlatis Église Sainte-Énimie de Bagnols-les-Bains Église Sainte-Énimie de Champerboux
Sources
, tome I, chap. 12 « Sainte Énimie, sœur de Dagobert, princesse de légende » Fernand Peloux, "La légende de sainte Énimie et les IXe et Xe siècle en Gévaudan." Bulletin du Centre d'études et de recherches littéraires et scientifiques de Mende, 2010, 30, p. 41-57.
Notes et références
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