Le nom du monde est forêt (The Word for World Is Forest en version originale) est un roman de science-fiction de l'écrivaine américaine Ursula K. Le Guin, publié pour la première fois aux États-Unis en 1972 dans le cadre de l'anthologie Again, Dangerous Visions, puis publié en tant que livre séparé en 1976 par Berkley Books. Il fait partie du Cycle de l'Ékumen de Le Guin.
L'histoire se concentre sur une colonie militaire d'exploitation forestière établie sur la planète fictive d'Athshe par des habitants de la Terre (ici appelée « Terra »). Les colons terriens ont asservi les pacifiques indigènes athshéens et les maltraitent. Un des indigènes, dont la femme a été violée et tuée par un capitaine militaire terrien, lance une révolte contre les Terriens et réussit à les faire quitter la planète. Mais ce faisant, sa propre culture pacifique est confrontée pour la première fois à la violence de masse.
Le roman est nettement anticolonialiste et antimilitariste, motivé en grande partie par l'opposition de Le Guin à la guerre du Viêt Nam. Il explore également des thèmes écologistes, linguistiques et culturels. Il partage le thème du rêve avec le roman L'Autre Côté du rêve (The Lathe of Heaven) de Le Guin, ainsi que la métaphore d'une forêt consciente avec la nouvelle « Plus vaste qu'un empire » (Vaster than Empires and More Slow).
Le roman a remporté le prix Hugo en 1973, dans la catégorie « Roman court » ; sa longueur est d'environ 41 300 mots. Il a été nommé pour plusieurs autres prix. Il a reçu des critiques généralement positives de la part des critiques et des universitaires, et a été décrit de diverses manières comme émouvant et percutant. Certains l'ont cependant critiqué plus durement que d'autres œuvres de Le Guin en raison du manque de complexité de ses personnages et de son engagement idéologique.
Le scénario du film Avatar de James Cameron est en grande partie inspiré de ce roman.
Résumé
Athshe, planète située à 27 années-lumière de la Terre, a été une première fois colonisée, il y a un million d'années, par le peuple de Hain. Redécouverte par les Terriens, elle est recouverte alors d'eau et de forêts, les essences d'arbres étant terriennes (frêne, chêne...). Elle est habitée par une espèce humanoïde d'un mètre de haut recouverte d'une fourrure verte. Sa population est estimée à 3 millions.
La Terre, planète indépendante au moment de la coloniser, y voit une ressource en bois inépuisable, et commence des coupes gigantesques dans la forêt, au point de rendre inhabitable une île, Rendlep (l'Ile du Dépotoir), victime de la déforestation.
Les indigènes, peu organisés, apathiques, rêveurs, sont traités presque comme des esclaves, voire comme du bétail, mais une première révolte de leur part, la destruction d'un camp de bûcherons et le massacre de ceux-ci, marque un tournant dans leur perception du monde.
Un vaisseau, alors en orbite, intervient et installe un "ansible", appareil qui permet à la colonie terrienne de dialoguer directement avec la Terre. Celle-ci leur annonce la création de la Ligue des Mondes, désormais au pouvoir, et leur enjoint de libérer tous les Athshéens des camps de travail. Ce vaisseau part alors pour une planète proche et ne revient que trois ans plus tard.
Un capitaine terrien entreprend, malgré les ordres, la destruction systématique de plusieurs villages indigènes, ce qui provoque la des Athshéens, la destruction de la colonie principale et de l'ansible. Les femmes sont éliminées pour empêcher les humains de se reproduire, les hommes étant en partie épargnés.
Dans le cadre d'un accord de paix, il est décidé que les humains pourront continuer à vivre dans la partie déboisée, et les Ashthéens dans la forêt, plus aucune coupe n'étant autorisée.
Un poste reculé contrevient aux ordres et continue à massacrer les Athshéens, ce qui provoque le et dernier massacre d'humains. La paix finale est conclue par le retour du vaisseau, le départ de tous les humains. La Ligue s'engage à ne plus intervenir sur cette planète avant cinq générations; ensuite, des ethnologues pourront éventuellement renouer le contact.
Contexte d'écriture vignette| Le Guin donnant une lecture en 2008
Le père d'Ursula K. Le Guin, Alfred Louis Kroeber, et sa mère, Theodora Kroeber, étaient des érudits, et l'exposition à leur travail anthropologique a considérablement influencé l'écriture de Le Guin. De nombreux protagonistes des romans de Le Guin, comme dans La Main gauche de la nuit et Le Monde de Rocannon, sont des anthropologues ou des observateurs de sociétés d'autres planètes. Le Guin a utilisé le terme Ékumen pour son alliance fictive de mondes, un terme qu'elle a appris auprès de son père, et qui dérive du grec Oikoumene désignant les cultures eurasiennes, d'origine commune.
L’intérêt de Le Guin pour le taoïsme a influencé une grande partie de son travail de science-fiction. Douglas Barbour a déclaré que les fictions de l'univers de l'Ékumen sont centrées sur un des thèmes centraux du taoïsme, celui de l'équilibre entre la lumière et l'obscurité. Elle a également été influencée par son intérêt précoce pour la mythologie et par son exposition à la diversité culturelle dès son enfance. Ses protagonistes s’intéressent souvent aux cultures qu’ils étudient et sont motivés par leur préservation plutôt que leur conquête.
Le Guin s’identifiait au féminisme et s’intéressait à la non-violence et à la conscience écologique. Elle a participé à des manifestations contre la guerre du Viêt Nam et contre les armes nucléaires. Ces sympathies peuvent être observées dans plusieurs de ses œuvres de fiction, notamment dans les œuvres de l'univers de l'Ékumen. Les romans de l'univers de l'Ékumen explorent fréquemment les effets des différents systèmes sociaux et politiques, bien que Le Guin ait affiché une préférence pour une « société qui gouverne par consensus, une coopération communautaire sans gouvernement externe ». Ses fictions remettent également fréquemment en question les représentations de la société de son époque sur les notions de genres et de races humaines.
Le roman s'appelait à l'origine « Les petits hommes verts » (Little Green Men) en référence à ce trope commun en science-fiction. Dans son introduction à l'édition de 1976, Le Guin a déclaré que la préoccupation principale qui a motivé l'écriture de ce récit était l'exploitation du monde naturel par les humains, en particulier au nom du profit financier.
Univers
Le nom du monde est forêt se déroule dans l'univers fictif de l'Ékumen, que Le Guin a introduit dans son premier roman, Le Monde de Rocannon (Rocannon's World), publié en 1966. Dans cette uchronie, l'espèce humaine n'est pas apparue sur la Terre, mais sur la planète Hain. Le peuple de Hain a colonisé de nombreux systèmes planétaires voisins, dont Terra (la Terre) et Athshe, des milliers voire un million d'années avant l'action des récits du cycle. Les planètes ont ensuite perdu le contact entre elles, pour des raisons que Le Guin n'explique pas. Le Guin n'a pas établi de chronologie précise de l'univers de l'Ékumen, laissant plutôt les lecteurs la reconstituer à partir de diverses œuvres, et négligeant même parfois sa cohérence.
Les romans et autres œuvres de fiction se déroulant dans l'univers de l'Ékumen racontent les efforts visant à établir une civilisation humaine galactique. Les explorateurs de Hain ainsi que d'autres planètes utilisent des vaisseaux interstellaires qui mettent des années à voyager entre les systèmes planétaires, bien que le voyage soit raccourci pour les voyageurs en raison de la dilatation relativiste du temps, ainsi que grâce à la communication interstellaire instantanée utilisant la technologie de l'ansible, introduite dans le roman Les Dépossédés. Au moins deux « expériences de pensée » sont utilisées dans chaque roman : l'idée, commune à l'ensemble du cycle, d'une origine unique à toutes les espèces humanoïdes et une deuxième idée propre à chaque roman. Dans Le nom du monde est forêt, la deuxième expérience de pensée consiste en imaginer les effets de la colonisation violente d'une culture pacifiste sur la planète Athshe par une équipe d'exploitation forestière contrôlée par l'armée de la Terre, connue dans le roman sous le nom de « Terra » ; les habitants d'Athshe reconnaissent les gens de Terra comme des humains, mais les Terriens ne considèrent pas les Athshéens, qui sont plus petits qu'eux et couverts de fourrure verte, comme des humains. Les Athshéens désignent les Terriens comme des « umins » (« yumens » en version originale), tandis que les Terriens les appellent des « créates » (« creechie » en version originale).
La majeure partie de la surface de la planète Athshe, connue des colons humains sous le nom de « Nouvelle Tahiti », est occupée par l'océan ; les surfaces terrestres sont concentrées dans une seule moitié de l'hémisphère nord et, avant l'arrivée des colons terriens, elles sont entièrement couvertes de forêts. Les Terriens souhaitent utiliser cette forêt comme source de bois, car le bois est devenu une denrée très rare sur Terre. Les plantes et les animaux d'Athshe sont semblables à ceux de la Terre, placés là par les Hainiens lors de la première vague de colonisation. Le visiteur cétien affirme également catégoriquement que les Athshéens « venaient de la même souche originelle, celle des Hainiens ».
Les Athshéens sont physiquement petits, mesurant seulement environ un mètre de haut et recouverts d'une fine fourrure verdâtre. C'est un peuple très pacifique et contemplatif ; un des Terriens observe que « le viol, l’attaque violente et le meurtre n’existent pratiquement pas chez eux ». Ils ont adopté un certain nombre de comportements sociaux permettant d'éviter la violence, et on peut donc trouver des comportements violents chez ceux qui ne les ont pas acquis : chez les psychotiques, qui sont de ce fait isolés sur de petites îles, et les adolescents encore trop jeunes pour avoir bien intégré ces coutumes : « les adolescents qui n’ont pas maîtrisé le rêve contrôlé ou le chant de rivalité pratiquent souvent la lutte et le combat aux poings, et pas toujours sans se fâcher ». Contrairement aux Terriens, les Athshéens suivent un modèle de sommeil polycyclique et leurs rythmes circadiens les rendent plus actifs à l'aube et au crépuscule ; ils ont donc du mal à s'adapter à la journée de travail de 8 heures imposée par les Terriens. Les Athshéens sont capables d'entrer consciemment en phase de rêve, et leurs rêves les guérissent et guident leur comportement. Parmi les Athshéens, les individus experts dans l'interprétation des rêves sont considérés comme des dieux.
Dans la chronologie interne de l'univers de l'Ékumen, les événements de Le nom du monde est forêt se produisent après Les Dépossédés, dans lequel l'ansible et la Ligue des Mondes sont encore à l'étape de projets. Cependant, le roman se situe avant Le monde de Rocannon, dans lequel la parole mentale terrienne est considérée comme une possibilité distincte. L'année 2368 a été suggérée par certains critiques comme point de départ de l'action du roman, mais Le Guin n'a jamais rien déclaré de manière directe à ce sujet.
Lexique
ACI : transmetteur ACI, voir Ansible. Ansible : Moyen de communication interstellaire instantané. Le principe théorique fut trouvé par le physicien cétien Shevek. Créate : nom péjoratif et raciste donné aux Athshéens par les humains. « Comme ces grands singes qui vivaient en Afrique [...] Des gorillesLe nom du monde est forêt, chapitre « Trois », Press Pocket n°5181, p.20. ». Evis: Êtres Vivants IntelligentsLe nom du monde est forêt, chapitre « Trois », Press Pocket n°5181, pp. 57 et 60. Nafal (Nearly As Fast As Light, presque aussi rapide que la lumière) : vaisseau interstellaire voyageant à une vitesse proche de la lumière. Les êtres vivants ne vieillissant presque pas à cette vitesse, cela cause un décalage de vieillissement entre les personnes restant sur les planètes et celles voyageant entre les étoiles.