Une oblitération est une marque postale ou fiscale qui permet d'annuler la validité (découlant ou non de la valeur faciale) d'un timbre-poste ou d'un timbre fiscal, et d'indiquer également le lieu et la date de son apposition (Départ du courrier, transit, ou enregistrement de l'acte). Notons que ceci correspond à une définition contemporaine.

Fonctions de l'oblitération

La fonction d'annulation L'invention du timbre mobile de port-payé, en 1840, a entraîné la nécessité de l'annuler chaque fois qu'il affranchissait une lettre. Car l'annulation du droit d'usage de tout timbre utilisé conditionnait le bon fonctionnement de la réforme postale de 1840 à l'origine de la naissance du Penny Black : il importait que le timbre-poste, destiné à prouver le paiement du port par l'expéditeur, ne soit pas utilisable une seconde fois. Pour autant les anciennes marques postales n'ont pas disparu et ont désormais été utilisées conjointement avec l'annulation, pour indiquer le nom du bureau et la date de départ. La fonction d'information Dans l'empire d'Autriche, les premiers timbres de 1850 ont été oblitérés avec une information sur le lieu du cachet, poursuivant ainsi une tradition des précurseurs. Ces oblitérations sont très variées en style (voir Cotation des oblitérations des timbres d'Autriche de la période 1850-1867). L'oblitération d'annulation, dite aussi "muette" (parce qu'on ne peut y lire le lieu d'expédition) est très rareHandbook of Austria and Lombardy-Venetia Cancellations on the Postage Stamp Issues 1850-1864, Edwin MUELLER, 1961 (en anglais et allemand).

Les fonctions accessoires Par la suite, comme pour le timbre, l'oblitération s'est vue investir de nouvelles fonctions accessoires à celle d'annulation : la fonction de propagande : - Des slogans ou illustrations patriotiques - Des slogans ou illustrations touristiques la fonction de commémoration : - La commémoration de souvenirs historiques, scientifiques, etc. - La commémoration d'évènements philatéliques (expositions, premiers jours).

Couleurs des oblitérations

Après l'expérience d'annulation en rouge du premier timbre-poste, couleur contrastée nécessaire sur un timbre aussi foncé que le 1 penny noir, la couleur par excellence des oblitérations postales devint le noir. Cependant, le bleu servit largement dans les colonies françaises ou pour certains cachets militaires de 1914-18. D'autres couleurs ont aussi été utilisées ponctuellement, comme le violet par la poste française en Crète, et le rouge ou le vert pour certains cachets commémoratifs de France ou de Tchécoslovaquie.

Dans l'empire d'Autriche, outre la couleur noire de base, le rouge est réservé aux timbres pour recommandés; le bleu, le brun (Levant) et même le vert sont permis, et recherchésHandbook of Austria and Lombardy-Venetia Cancellations on the Postage Stamp Issues 1850-1864, by Edwin MUELLER, 1961, Introduction..

En Hanovre et Oldenbourg, la couleur de base est le bleu.

Formes des oblitérations Les oblitérations ont revêtu plusieurs formes, même si le cachet circulaire allait devenir finalement le plus courant:

Oblitérations manuscrites Oblitérations postales manuscrites

Les oblitérations postales n'ont qu'exceptionnellement été manuscrites : Ce fut le cas, en 1871, de certains petits bureaux d'Alsace qui, pendant une brève période, dans l'attente des nouvelles oblitérations, annulèrent à la main les premiers timbres allemands dont ils venaient d'être dotés. En 1914, au moment du recul français, puis en 1917-18, lors de la reconquête des départements envahis, certains bureaux dépourvus de leurs cachets réglementaires, annulèrent les timbres du courrier en inscrivant à la main le nom du bureau ou la date du départ. Les mêmes pratiques se reproduisirent lors de la débâcle de mai-. Les timbres ainsi oblitérés sont très rares, mais doivent être conservés sur les plis entiers.

Les oblitérations manuscrites se trouvent également sur des timbres qui n'ont pas été touchés par le cachet du bureau de départ, aussi lors de la distribution le préposé est tenu d'annuler le timbre par tous les moyens en sa possession. Ainsi il arrive de recevoir des lettres dont le timbre est simplement biffé au stylo bille ou au crayon. Ces "ratures" débordent obligatoirement sur l'enveloppe.

Oblitérations fiscales manuscrites Certains timbres fiscaux apposés par des particuliers ont nécessairement reçu des oblitérations manuscrites (cf. Philatélie fiscale). Ce sont : Les timbres d'effets de commerce de 1860, puis ceux d'impôt sur le revenu de 1915-17, qui durent obligatoirement être oblitérés à la plume et signés par les redevables. Seuls, par exception, certains grands établissements, comme le Crédit lyonnais furent autorisés à utiliser leurs cachets privés pour annuler ces timbres, mais à condition de déposer préalablement le modèle de ces cachets dans leurs recettes des finances. Les timbres de quittances utilisés par les commerçants et les particuliers furent fréquemment oblitérés à la plume. Les timbres fiscaux généraux utilisés pour l'un des usages ci-dessus sont eux aussi souvent oblitérés à la plume.

Oblitérations socio-postales manuscrites Sur les cartes d'assurances sociales françaises ou allemandes, les timbres de cotisation devaient être apposés en fin de semaine, et annulés par le cotisant lui-même, par inscription de la date sur chaque timbre.

Cachets annulateurs spéciaux ou killers La première oblitération fut une croix de Malte, qui fut utilisée en Angleterre sur les tout premiers timbres-poste et entiers-postaux. - Par la suite des cachets composés de barres parallèles très rapprochées constituant un ovale presque entièrement noir ont remplacé cette première oblitération au Royaume-Uni. On a appelé ces oblitérations stamp killers (tueurs de timbre), avant de désigner ainsi, dans les pays anglo-saxons, tous les cachets maculant le timbre. certaines villes de l'ouest des États-Unis ont eu pendant quelques années une oblitération en forme de mule qui rue (kicking mule), œuvre d'un artisan local. dans le royaume des Deux-Siciles, l'annulation a été un carré sur trois côtés, en forme de guirlande, destiné à annuler le timbre sans porter atteinte à l'effigie du roi. en France, l'annulation a d'abord été réalisée par une grille losangique ou en étoile, de 1849 à 1851.

On a ensuite remplacé celle-ci en 1852 par un numéro dans un losange ou une étoile de points, désignant le bureau de départ. Ce numéro était initialement composé de Petits chiffres (ou PC), puis, de 1863 à , par un numéro dénommé Grands chiffres (ou GC).

Mais en cette occasion, de nouveaux cachets à Grands Chiffres ont été créés pour remplacer les premiers cachets Petits chiffres. Il s'ensuit que, compte tenu des nouveaux bureaux créés, la plupart de bureaux français ont utilisé successivement 2 numéros différents, le premier à petits chiffres le second à grands chiffres.

À la suite de cette réforme, certains cachets Petits Chiffres ont été redistribués à divers bureaux, nouveaux attributaires de leurs anciens numéros: Les philatélistes les ont surnommés les « petits chiffres des grands chiffres ».

À noter que les timbres fiscaux de dimension apposés sur les actes, à partir de 1863 ont été oblitérés eux de « rectangles de points » à numéros. Ces numéros ne correspondent en aucun cas à ceux des losanges de points postaux, puisque le nombre de recettes de l'Enregistrement était différent de celui des bureaux de poste.

Comme signalé plus haut, les oblitérations muettes sont rares dans l'empire d'Autriche: celle de Cracovie illustrée figure sur une lettre vendue 9500 FS en 2003Voir Cotation des oblitérations des timbres d'Autriche de la période 1850-1867..

vignette|Oblitération muette de Cracovie vers 1850

Cachets à date utilisés comme annulateurs Cachets à date postaux' De 1849 à 1875, on l'a dit plus haut, les grilles d'oblitération, puis les losanges de points avaient été complétés de cachets à date frappés sur les plis, à côté du timbre et qualifiés pour cela de "cachets de lecture". Ce sont ces cachets à date qui, à partir de 1876, ont été apposés sur les timbres et sont devenus eux-mêmes, à partir de cette époque et jusqu'à nos jours, les oblitérations. Mais les cachets à date ont souvent été frappés 2 fois, une fois sur le timbre pour l'annuler, et une fois sur l'enveloppe, pour que le bureau et la date de départ soient bien lisibles. Du moins n'était-il plus nécessaire d'utiliser deux tampons successivement pour chaque lettre. Mais l'économie d'effort restait cependant limitée.

Formes des cachets Certains cachets d'oblitérations ont revêtu des formes originales, comme, en Bavière, des cachets en demi-cercle ou en roue de moulin (voir le « un kreuzer noir »). Probablement le champion des formes est l'empire d'Autriche: cachet linéaires, ovales, encadrés, doubles cercles, muets, etc. Un (tout petit) aperçu figure à l'article Cotation des oblitérations des timbres d'Autriche de la période 1850-1867 déjà cité.Cachets à date fiscaux Dans le domaine fiscal, de grands cachets ovales d'oblitération sont apparus à la fin du Second Empire, dans quelques bureaux d'enregistrement de la Région parisienne. Mais ils ont coexisté avec les rectangles de points et non pris leur place, puisque ces derniers subsistaient encore dans certains petits bureaux comme celui de Guines, dans le Pas de Calais, jusqu'en 1942. Par ailleurs, à partir de 1919, de grands cachets à date de type postal, dits "rototypes", ont commencé à entrer en service dans une partie des bureaux d'enregistrement. Enfin, dans le domaine fiscal également, de nombreux cachets à date privés de formes variées ont peu à peu servi à oblitérer les fiscaux dans de nombreuses entreprises.

Oblitérations conjointes

La Grande-Bretagne ayant pris l'habitude, à son tour d'appliquer ses cachets postaux à date de départ au recto, en complément de l'annulation, on se préoccupa de réaliser les deux frappes simultanément, de façon à annuler et dater d'un seul coup. Ainsi fut inventé un cachet de départ surnommé "Duplex", comprenant un cachet à date et un killer jumelés. En France, un postier nommé Daguin, lassé de frapper 2 fois sur chaque lettre le même cachet, imagina, en 1881, un appareil qui permettait de frapper d'un seul coup les deux cachets à date. Ce type d'oblitération aujourd'hui recherché se reconnaît à ce que les deux oblitérations ne sont pas parfaitement identiques. Mais un perfectionnement de la machine Daguin allait permettre de repérer ses frappes encore plus facilement. Au lieu de frapper simultanément deux cachets à date, cette nouvelle machine allait frapper à la fois un cachet à date oblitérant et une publicité touristique ou autre (généralement incluse dans un carré à coins arrondis).

Oblitérations typographiques

Oblitération des timbres de journaux: Les timbres de journaux émis sous le Second Empire ont normalement été oblitérés typographiquement: Ils devaient être apposés, préalablement à leur impression, sur le papier des futurs journaux. De la sorte, l'impression de chaque journal annulait du même coup le timbre correspondant. Après la suppression des timbres de journaux des timbres-poste normaux ont continué à être apposés pendant quelque temps sur ceux-ci et ont reçu la même oblitération. Oblitération des timbres d'affiches: Lorsque, au début de la , une taxe sur les Affiches a été instituée, les nouveaux timbres fiscaux d'affiches, ont normalement été collés sur le papier des affiches, préalablement à leur impression, et ont ainsi, à leur tour, été oblitérés typographiquement. Par la suite, quand les timbres d'Affiches ont été supprimés, à leur tour, en 1925, les timbres fiscaux généraux qui les ont remplacés, ont continué à être collés sur les affiches avant leur impression et ont reçu, eux aussi la même oblitération typographique.

Oblitérations mécaniques

Ce sont finalement les machines à oblitérer qui ont permis d'économiser la corvée de frappe des postiers.