Les relations ont depuis longtemps été un objet d'étude, mais les relations internationales, en tant que discipline scientifique, sont nées après la Première Guerre mondiale. Le terme international se réfère, d’après Bentham et Hegel, aux États. Les courants de philosophie politique considèrent que les relations d’un État à l’extérieur de son territoire, relations ou internationales, se déroulent dans l’anarchie. Pour Hegel, . Selon Carl Schmitt (1922, 1933, 1938), l'autonomie étatique repose sur la possibilité de l'État de s'autoconserver, en dehors même de la norme juridique, par une action qui prouvera cette souveraineté. Le propos des théories internationales a été, de tout temps, d’étudier celles-ci sous différents angles, le réalisme, le libéralisme et le constructivisme étant les principaux, dans le but d’expliquer, d’éclairer ou même d'influer sur les politiques internationales pour trouver d’autres solutions que la guerre.

De façon quasi concomitante au développement de cette discipline est apparue la théorie des jeux, conçue par des mathématiciens (John von Neumann, John Forbes Nash, John Harsanyi et Reinhard Selten parmi les pionniers) et se proposant d’expliquer à l’aide d’outils analytiques les interactions stratégiques entre acteurs.

Son essor depuis les années 50, dans un contexte de guerre froide marqué par le jeu des puissances étatiques américaine et russe principalement, ne pouvait que naturellement conduire les théoriciens des Relations internationales à s’intéresser de plus près à cet ensemble d’outils. Déjà le général prussien Carl von Clausewitz dans son traité De la Guerre (Vom Krieg, 1832) considérait la guerre comme la continuation de la politique par d’autres moyens, autrement dit : une arme de négociation parmi d’autres. Ne parle-t-on pas de jeu des relations internationales ? .

Définitions

Théorie des jeux

Voir à ce sujet : Yildizoglu M., 2003; Introduction à la théorie des jeux, Collection Eco Sup.

Les hypothèses de base de cette théorie sont : la rationalité des décideurs qui poursuivent des objectifs exogènes et indépendants, .

Relations internationales : définitions

La définition des relations internationalesavec un « r » minuscule ici, à distinguer de l'expression avec un « R » majuscule se référant à la discipline qui les étudie en tant qu'objet d’étude comporte le difficile problème de la définition de l’adjectif . Cet adjectif dérivé de nation porte en lui un sens qui semble implicite à savoir qu’il se rapporte aux relations , entre États. En réalité il convient de préciser les acteurs et le périmètre des relations pour en comprendre le sens actuel. D’une définition stato-centrée (i.e. basée exclusivement sur les relations entre États), le concept a évolué vers une définition plus large avec notamment l’implication d’organisations non étatiques (type ONG) ([Battistella] D., 2004).

Relations entre États L’adjectif , introduit par le philosophe Jeremy Bentham en 1801, serait lié originellement aux transactions transfrontalières et aux règles qui les régulent, soit le . Poussant plus avant sa définition, il l’élargit à la notion de transactions mutuelles entre États souverains. Le terme de Bentham est équivalent à interétatique ou intergouvernemental et suppose une personnification de l’État-nation.

Personnification des États (Hegel) : Personnification qu’on retrouve dans l’œuvre de Hegel où les États sont considérés comme les acteurs principaux des relations entre nations, étant les seuls à pouvoir prendre la décision ultime de la guerre.

L’hostilité au centre des relations internationales (Schmitt) : Selon Carl Schmitt, l’hostilité est le concept central des relations internationales, car ces dernières sont caractérisées par l’hostilité entre les États. Schmitt fut le premier théoricien de la guerre froide, non parce qu’il fut le premier à analyser le conflit Est/Ouest, mais parce qu’il fut le premier à souligner que la situation de paix-guerre - où l’hostilité prime - n’apparaît pas qu’au lendemain ou dans la foulée du second conflit mondial avec l’antagonisme américano-soviétique. Son approche se place sous les auspices de la pensée clausewitzienne. L’hostilité est le présupposé de la guerre et l’ennemi est le concept premier par rapport à la guerre. Ces relations internationales structurées par la relation ami-ennemi sont d’abord des relations entre États, mais en même temps l’État, s’il est l’unique sujet du droit international, n’est pas l’unique acteur de la politique internationale.

Définition des relations internationales retenue dans le cadre de ce sujet (Hull) : Hull H. citation Ouvrage de D. Battistella.

Autres contributions aux fondements de la théorie des relations internationales Parmi les autres personnalités qui ont contribué à établir les fondements d’une théorie des relations internationales, il faut également mentionner Carl von Clausewitz et Henry Kissinger.

Carl von Clausewitz : « la guerre, continuation de la politique par d’autres moyens » Dans son ouvrage De la Guerre (1832), ce dernier a apporté une contribution nodale à l’explication de la stratégie militaire en expliquant que toutes les décisions prises sur un champ de bataille sont caractérisées par l’incertitude. L’issue de toute guerre est imprévisible, car aucune planification rationnelle des opérations militaires ne peut prévoir tous les obstacles qui sont susceptibles d’entraver ou de faire échouer le déroulement de ces opérations. L’influence de l’œuvre de Carl von Clausewitz ne tient pas uniquement au fait qu’il a conceptualisé la notion d’incertitude qui deviendra, au , un des éléments centraux de la théorie réaliste de l’acteur rationnel. Il a également montré que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens et que son issue repose, non seulement sur les capacités militaires d’un État, mais sur ses ressources sociales et économiques.

Henry Kissinger et les conditions d’établissement d’une alliance stratégique Une question cruciale, qui a donné lieu à de nombreux débats, est l’interrogation sur les conditions d’établissement d’une alliance stratégique. Selon Henry Kissinger, les alliances stratégiques résultent essentiellement de la volonté des États, mais elles ne peuvent exister qu’entre États dont les systèmes économiques, politiques et idéologiques sont similaires, convergents ou compatibles. Durant la période la plus dure de la guerre froide (1947-1956/60), Henry Kissinger soutient qu’aucune alliance n’est envisageable entre les États-Unis et l’Union soviétique en raison du caractère antagonique de leurs systèmes économiques et politico-idéologiques. La dissuasion nucléaire ou l’équilibre de la terreur lui apparaît, ainsi qu’à un très grand nombre d’autres réalistes, dont Raymond Aron, la seule alternative susceptible de maintenir la paix entre les deux superpuissances à l’échelle mondiale.

Raymond Aron et sa lecture multipolaire ou bipolaire des relations interétatiques Raymond Aron (1962) propose une lecture de ces relations interétatiques sous deux angles (Devin, 2002) : Angle multipolaire constitué de plusieurs comparables par leur taille et leur puissance économique et militaire. À titre d'exemple, le Congrès de Vienne (1815) dans lequel Autriche, France, Grande-Bretagne, Prusse et Russie se partagent équitablement les forces. Angle bipolaire constitué de deux coalitions antagonistes dans lesquelles se rangent la plupart des , elles-mêmes organisées autour de deux acteurs politiques principaux. L'exemple évident est la Guerre froide avec le bloc russe et le bloc américain. Il envisage également un angle unipolaire : après l’éclatement de l’URSS dans les années 1990, le système international n’était ni bipolaire ni multipolaire mais dominé par les États-Unis et donc unipolaire, bien que (Interlude de Layne, 1993) d’un point de vue réaliste (Devin, 2002).

Des relations internationales au-delà des États (ONG etc.) Relations au-delà de l’espace contrôlé par les États pris individuellement quel que soit l’acteur (étatique ou non) considéré au sens actuel.

Typologie des relations internationales

Les États souverains adhèrent librement et volontairement à des ententes et à des règles qui maintiennent la dynamique des conflits interétatiques dans un cadre pacifique. Toutefois, l’instauration d’une paix perpétuelle est inimaginable en raison de la souveraineté, des ambitions, des inégalités et de la méfiance mutuelle des États qui les placent dans un dilemme de sécurité.

On peut distinguer deux principaux types de Relations internationales :

l'interaction : c'est une relation telle que la modification du comportement de l’un agit sur l’autre. Il s'agit d'une relation typiquement de sécurité : adoption d’une mesure de défense par un État, perçue par un autre comme une aggravation de la menace qui provoque en retour une contre-mesure et alimente un processus d’escalade (course à l’armement). l'interdépendance : relation dans laquelle les acteurs opèrent des choix qui individuellement sont marginaux mais cumulés sont de nature à modifier l’ensemble des relations (flux du commerce international). Aux effets de compétition d’une relation d'interaction se substituent des effets d’agrégation d’une relation d’interdépendance.

Structure des relations internationales Les relations internationales ont une structure de jeu au sens où elles impliquent une valeur des gains (quantifiable ou non) associés à une action, une communication entre les deux parties et des stratégies mises en œuvre pour réaliser cette action.

Que faut-il pour pouvoir parler de relations internationales ? horizontales régulières et délimitées politiquement les unes par rapport aux autres anarchie (absence d’autorité supérieure aux États) À noter des relations le plus souvent instables

Anatol Rapoport (1962) propose de distinguer trois modes de conflits : le combat, les jeux de stratégie et le débatA. Rapoport, 1962, "Three mode of conflicts", Management Science, Vol.7, (avril 1961), .

Trois modes de conflits (Rapoport)

1. Le combat motivé par une animosité mutuelle dans lequel, l’adversaire représente un stimulus nocif caractéristique d’un (), au sens d'Anatol RapoportC'est-à-dire les combats entre espèces rivales (pour la nourriture ou le territoire) mais aussi ceux au sein de l’espèce humaine. La principale nuance pour les conflits humains est qu’ils sont souvent déterminés par des hypothèses auto-prédictives (suspicion, préjugés, etc.) les comportements des parties en présence.

En idéalisant les combats à l’aide d’une description mathématique (équations différentielles), il est possible de les décrire comme des systèmes avec des boucles de feedback positives ou négatives traduisant la stabilité ou l’instabilité du système. L. F. Richardson a le premier réussi à décrire la dynamique de la course aux armements de cette façon. Des biologistes l’ont également fait pour décrire les compétitions entre espèces. Ces combats sont plus ou moins précédés par un enchaînement d’événements (physiques ou symboliques) et, non comme dans les jeux de stratégie, par un choix rationnel.

2. Les jeux de stratégie motivés par un choix rationnel sans appartenance au monde sous-humain d'Anatol Rapoport dans lequel chaque joueur prévoit les issues possibles résultant des choix d’action pris par son adversaire et lui-même. Il suppose la rationalité de son adversaire égale à la sienne.

Exemples ; Les échecs, forme « idéale » de conflit humain où réflexion et imagination se substituent à la force physique. La seule blessure possible pourrait être de nature narcissique mais les joueurs chevronnés lui préfèrent la beauté de l’exercice. Tous les conflits de la vie réelle de type jeux stratégiques : compétition économique, bataille électorale, diplomatie internationale avec ses alliances, ses trahisons et ses opérations coups de poing.