vignette|droite|250px|Le roi Henri VIII d'Angleterre.
La Réforme anglaise, aussi appelée schisme anglican« C'est bien d'un schisme qu'il s'agit et non, du moins au départ, d'une réelle volonté de réforme. En 1521, en effet, le pape Léon X avait décerné à le titre de « Defensor Fidei » pour s'être opposé à Luther à propos des sacrements. Ce n'est que quelques années plus tard qu'Henri VIII se lance en campagne contre Rome pour obtenir l'annulation de son premier mariage avec Catherine d'Aragon, tante de Charles Quint, afin de pouvoir épouser Anne Boleyn ». Aimé Richardt, Henri VIII et le schisme anglican (2012)., fait référence à une série d'événements du , au cours desquels l'Église d'Angleterre rompit avec l'autorité du pape et l'Église catholique romaine, jusque-là seule religion dans l'Angleterre médiévale.
Ces événements faisaient partie d'un processus plus vaste, la Réforme protestante européenne, un mouvement politique et religieux, qui affecta la pratique du christianisme à travers toute l'Europe durant cette période. Beaucoup de facteurs contribuèrent à cette effervescence : le déclin de la féodalité et la montée du nationalisme, la montée de la Common law, l'invention de l'imprimerie et la transmission de nouvelles idées et connaissances non seulement parmi les érudits, mais aussi parmi les commerçants et les artisans. Mais les motifs et le processus par lesquels les différents États de l'Europe adhérèrent à différentes formes de protestantisme, demeurèrent fidèles à Rome, ou permirent à leurs différentes régions d'aboutir à des conclusions différentes restent spécifiques à chaque État. L'analyse des causes est toujours discutée.
La Réforme anglaise commença comme un chapitre supplémentaire du long débat avec l'Église catholique (romaine) au sujet de l'autorité de cette dernière sur le peuple anglais, bien que cet épisode fût cette fois ostensiblement fondé sur le désir d' de faire annuler son mariage. Au départ, ce fut une dispute plus politique que religieuse, mais les différences politiques réelles entre Rome et l'Angleterre permirent aux dissensions théologiques grandissantes de se révélerCf. « La Réforme anglaise ne doit pas être confondue avec les changements introduits dans l'Église d'Angleterre durant le Parlement de la Réforme en 1529-36, qui étaient, eux, de nature plus politique que religieuse, et qui avaient pour but d'unir les sources d'autorité laïque et religieuse en un pouvoir unique du souverain : l'Église anglicane ne fit plus avant longtemps de changement substantiel à sa doctrine ». Roger Scruton, A Dictionary of Political Thought (Macmillan, 1996), p. 470.. La rupture avec Rome rendit les monarques anglais chefs de l'Église de leur pays par « suprématie royale », créant ainsi l'Église d'Angleterre, mais la structure et la théologie de cette Église furent pendant des générations matière à de féroces débats. Elle conduisit finalement à la guerre civile, d'où finit par émerger une Église officielle et un certain nombre d'Églises non-conformistes, dont les membres subirent tout d'abord diverses incapacités civiles, qui ne furent levées qu'avec le temps. Le catholicisme fut l'objet de nombreuses persécutions et ne sortit de son existence clandestine qu'au .
Différents avis ont été avancés pour expliquer pourquoi l'Angleterre adopta une foi réformée à la différence de la France par exemple. Certains ont émis l'idée que c'était le triomphe inévitable des connaissances nouvelles et d'un nouveau sens de l'autonomie sur la superstition et la dépravationA.G. Dickens, The English Reformation (1964).. D'autres avancèrent que c'était une simple question de hasard : mourut au mauvais moment, Marie Ire d'Angleterre n'avait pas eu d'enfant. ; que la Réforme ne signifiait pas pour autant quitter l'Église catholique romaineSusan Brigden, New Worlds, Lost Worlds (Allen Lane 2000). ; pour d'autres il s'agissait de la puissance des idées qui demandaient peu de choses pour que les gens voient leurs vieilles certitudes devenir incertaines. ; d'autres écrivirent que c'était la puissance de l'État sur une religion populaire, florissante et pleine de vie ; que c'était une « révolution culturelle »Graham-Dixon,A History of British Art (BBC 1996), p. 16.. D'autres, au contraire, argumentèrent que, pour la plupart des gens ordinaires, il y avait une continuité par-delà la division, qui était aussi significative que n'importe quel changementChristopher Marsh, Popular Religion in Sixteenth Century England (McMillan 1998), p. 214ff.. Le récent renouveau de l'intérêt universitaire semble indiquer que le débat est loin d'être clos.
Contexte vignette|droite|150px|Catherine d'Aragon, première femme d'Henri VIII. Henri VIII accéda au trône d'Angleterre en 1509 à l'âge de 17 ans. Il épousa Catherine d'Aragon, veuve de son frère Arthur en , après avoir obtenu toutes les dispenses nécessaires. Catholique rigoureux, il entendait jusqu'à cinq messes par jour, sauf en saison de chasse. Possédant un esprit puissant mais sans originalité, il se laissait influencer par ses conseillers, qui, de jour comme de nuit, ne le quittaient jamais. Il était ainsi sensible à celui qui avait son écoute. « Il se crut capable de garder ses propres secrets… mais il fut souvent trompé, et parfois par lui-même ». .. Entre ses jeunes contemporains et le lord grand chancelier, le cardinal Wolsey, s’installa de ce fait un climat d'hostilité. Tant que Wolsey eut son oreille, le catholicisme d'Henri fut sûr : en 1521, il avait défendu l'Église catholique contre les accusations d'hérésie de Martin Luther dans un livre, qu'il écrivit sans doute avec l'aide non négligeable de Thomas More, intitulé Défense des sept sacrements, pour lequel il fut récompensé par le titre de Défenseur de la Foi par le pape Léon X.
vignette|150px|Anne Boleyn, seconde femme d'Henri VIII.
Après avoir passé son adolescence à la cour de France, Anne Boleyn arriva à la cour d'Angleterre en 1522 et devint une des demoiselles d'honneur de la reine Catherine d'Aragon. Vers 1527, le roi en tomba follement amoureux mais elle refusa catégoriquement de devenir sa maîtresse, c'est alors qu'il décida de faire annuler son mariage avec Catherine, car de tous leurs enfants, seule une fille avait survécu, la princesse Marie. Henri désirait un fils pour assurer la pérennité de la dynastie Tudor et éviter une autre guerre civileRobert Lacey, The Life and Times of Henry VIII, (Book Club Associates, 1972), p. 70..
Henri prétendit que son absence d'héritier mâle venait du fait que son mariage était « condamné aux yeux de Dieu »Roderick Phillips, Untying the Knot: A Short History of Divorce (Cambridge University Press, 1991), p. 20.. Catherine avait été l'épouse de son frère Arthur, ce qui était contraire aux enseignements de la Bible. En 1527, Henri VIII demanda au pape Clément VII d'annuler son mariage, mais celui-ci refusa. Selon le droit canonique, le pape ne peut annuler un mariage à cause d'un obstacle canonique précédemment levé. Clément VII craignait aussi la colère du neveu de Catherine, l'empereur romain germanique Charles Quint, dont les troupes, plus tôt cette année-là, avaient pillé Rome et maintenu brièvement le pape prisonnierT.A. Morris, Europe and England in the Sixteenth Century, (Routledge 1998), p. 166..
La rupture avec Rome La conjonction de son « scrupule de conscience » et de son attirance pour Anne Boleyn rendit irrésistible son désir de se débarrasser de la reine.. La mise en examen de son chancelier, le cardinal Wolsey, pour « præmunire »Præmunire : délit consistant à défendre ou à maintenir une juridiction papale en Angleterre, Oxford English Dictionary. en 1529, puis la mort de celui-ci au cours de son transport à Londres pour répondre d'une inculpation de haute trahison en novembre 1530., laissèrent Henri irrésolu face aux influences contraires des partisans de la reine et de ceux qui, au contraire, approuvaient l'abandon de l'allégeance à Rome, et pour lesquels cette annulation constituait une excellente occasion. Le Parlement, convoqué en 1529 pour traiter de l'annulation, rassembla tous ceux qui désiraient une réforme, tout en n'étant pas d'accord sur la forme à lui donner ; on le nomma le . Il y avait des hommes de loi de la Common law, qui n'appréciaient pas les privilèges du clergé qui pouvait convoquer des laïcs à leurs tribunaux.. Il y avait aussi ceux qui avaient été influencés par l'évangélisation luthérienne et qui étaient hostiles à la théologie de Rome. Thomas Cromwell appartenait à ces deux catégories. Il y avait également ceux qui, comme Foxe et Stokesey, étaient partisans de la « suprématie royale » sur l'Église anglaise. Le nouveau chancelier d'Henri VIII, Thomas More, le remplaçant de Wolsey, voulait aussi une réforme : des lois nouvelles contre l'hérésie..
gauche|vignette|250px|Thomas Cromwell, d'Essex, (vers 1485–1540), principal ministre d'Henri VIII de 1532 à 1540.
Cromwell était un homme de loi, un membre du Parlement, et un évangélique (désigne le protestantisme historique — luthérien ou réformé — en particulier en Allemagne et qui n'a pas de rapport avec le sens moderne « évangélique » ou « évangélicaliste »). Il savait comment utiliser le Parlement pour promouvoir la suprématie royale, ce que voulait Henri, et pour favoriser ses croyances et pratiques évangéliques, ce que lui et ses amis désiraient.. Un de ses plus proches amis était Thomas Cranmer, qui allait bientôt devenir archevêque.
En matière d'annulation, aucun progrès ne semblait possible : le pape semblait plus effrayé par Charles Quint que par Henri VIII. Anne, Cromwell et leurs alliés souhaitaient simplement ne pas tenir compte du pape, mais en , une réunion de membres du clergé et d'hommes de loi avertit que le Parlement ne pouvait autoriser l'archevêque à agir contre une interdiction du pape. Henri résolut alors de persécuter les prêtres.. Après s'être débarrassé du cardinal Wolsey, son chancelier, il décida d'inculper l'ensemble du clergé de præmunire, afin de s'assurer leur accord pour son annulation. Le délit de præmunire, qui interdisait l'obéissance à des dirigeants étrangers, existait depuis la loi de præmunire de 1392. Ce délit avait déjà été employé contre des particuliers lors du déroulement habituel de procédures judiciaires. Après avoir inculpé les partisans de la reine, les évêques John Fisher, , Nicholas West et , ainsi que l'archidiacre d'Exeter, Adam Travers, Henri étendit la procédure à l'ensemble du clergéT.A. Morris, Europe and England in the Sixteenth century, Routledge, 1998, p. 172.. Henri réclama livres à la Convocation du clergé anglais de Canterbury pour leur pardon, ce qui fut accepté le . Le clergé désirait que le règlement s'étalât sur cinq années, ce que Henri refusa. La Convocation répondit en revenant sur son acceptation et en demandant tout d'abord à Henri certaines garanties, avant de lui donner l'argent. Celui-ci refusa ces conditions, mais accepta cependant la période de cinq ans pour le paiement, tout en ajoutant cinq articles, qu'il voulait que la Convocation acceptât, soit : Que le clergé reconnaisse Henri comme le « seul protecteur et chef suprême de l'Église et du clergé d'Angleterre »Tanner, Tudor Constitutional Documents, CUP, p. 17 donne « leur unique protecteur, seul et suprême seigneur, et, autant que la loi du Christ le permette, le chef suprême ». Que le roi possède une compétence spirituelle Que les privilèges de l'Église ne soient respectés que s'ils ne portent pas atteinte aux prérogatives royales et aux lois du royaume Que le roi pardonne au clergé la violation de la loi de præmunire Que les laïcs soient aussi pardonnés.