L'ordre du Croissant est un ordre de chevalerie du Moyen Âge fondé en Provence en 1448 par le roi René d'Anjou et éteint vers 1480-1485. De nos jours des associations se réclament de cet ordre.
thumb|upright|Angers, rue de Saint-Aignan, la maison de l'estaigner où se réunissaient les chevaliers de l'ordre, au-dessus de la porte et sous la fenêtre se trouve le blason portant l'inscription « LOS EN CROISSANT » (« Vertu croissante mérite louange »).
Fondation L’ordre du Croissant fut fondé le en ProvenceÉmile Perrier, Les chevaliers du Croissant : essai historique et héraldique, 1906, page 10. par René d'Anjou, duc d'Anjou, comte de Provence roi de Sicile, roi de Jérusalem, roi d'Aragon etc. Il précède de 21 ans le premier ordre de chevalerie créé par les rois de France, l'ordre de Saint-Michel.
Selon Émile Perrier, l'idée lui aurait été suggérée par l'établissement de l'ordre de la Toison d'or institué en 1430 par le duc Philippe II de Bourgogne. Selon l'érudit du XVIIe siècle Claude Ménard, il se serait inspiré de l'ordre du Navire, dit d'Outre-Mer et du Double-Croissant, créé par Saint Louis en 1269 pour récompenser les seigneurs qui l'avaient accompagné en Terre sainte et pour engager la noblesse à rejoindre l'armée des croisés et qui disparut à la mort du roiÉmile Perrier, Les chevaliers du Croissant : essai historique et héraldique, 1906, pages 6-7-8..
Note : un ordre du même nom fut fondé à Messine, dit-on, par Charles d'Anjou, frère de Saint Louis, en mémoire de la victoire qu'il venait de remporter à Tagliacozzo le sur Conradin, son compétiteur au royaume de Naples. L'insigne consistait en un croissant d'or, entouré de la devise : Donec impleat orbem ( "jusqu'à ce qu'il remplisse le monde entier"), et suspendu à un collier. Cette institution, appelée aussi par quelques historiens italiens Ordine della Luna et aussi della MezzaLuna, eut une très courte durée Émile Perrier, Les chevaliers du Croissant : essai historique et héraldique, 1906, page 6.. Pierre Hélyot consteste la réalite des ordres du Croissant attribués à Saint-Louis et Charles d'Anjou.
thumb|upright|150px|right|Une assemblée de l'ordre en habit. Miniature extraite de la Passion de saint Maurice et de ses compagnons, Bibliothèque de l'Arsenal, Ms.940. Statuts Les statuts de l'ordre portent la date du Émile Perrier, Les chevaliers du Croissant : essai historique et héraldique, 1906, page 9..
Selon les statuts, l'ordre qui ne comporte pas plus de cinquante chevaliersÉmile Perrier, Les chevaliers du Croissant : essai historique et héraldique, 1906, page 11., est conçu comme une récompense en faveur d'une élite aristocratique (l'article premier stipulait que nul ne poura être reçu ni porter ledit ordre s'il n'était duc, prince, marquis, comte, vicomte ou issu d'ancienne chevalerie, et gentilhomme de ses quatre lignes)Chantal Grell, Arnaud Ramière de Fortanier, Le second ordre : l'idéal nobiliaire, PU Paris-Sorbonne, 1999, page 23..
Les statuts indiquent que les chevaliers de l'ordre se réuniront chaque année à la fête de la Saint Maurice pour tenir un chapitre général dans un local déterminé.
La chapelle de l'Ordre fut établie dans le transept sud de la cathédrale d'AngersChristian de Mérindol, L’ordre du Croissant. Mises au point et perspectives article dans La noblesse dans les territoires angevins à la fin du Moyen Âge, publications de l'École Française de Rome, année 2000 275 pp. 499-509.. On y trouvait disposés des tableaux et des carreaux ainsi qu'un autel dédié à Maurice d'Agaune. Les tableaux réunissaient une composition emblématique ; l’écu, le cimier et les lambrequins, ainsi que des inscriptions. D'après les statuts et les décisions prises en conseil, on sait que les sièges des chevaliers étaient accompagnés de leurs écus et de leurs timbres, qu'ils étaient disposés de part et d'autre de la statue de Saint Maurice, placée au centre de la façade sud du transept, suivant l’ordre d'entrée dans l'ordreVingt tableaux à armoiries existaient encore dans la chapelle en 1780. Ils furent enlevés des murs quand on décida de les blanchir. les chanoines décidèrent de ne pas les faire remettre à la place d'où on les avait enlevés, ni à un autre endroit, à l'intérieur de l'église et ils furent posés dans la chapelle de Sainte-Anne attenant à l'église. Le , une députation de six délégués de la noblesse demandèrent que les tableaux soient remis dans l'ancienne chapelle de l'ordre. On ne connaît pas le résultat de leur démarche, mais les écussons furent détruits en 1793 voir :Louis de Farcy, Monographie de la cathédrale d'Angers, Volumes 3 à 4, 1901, page 161..
Costumes et collier de l'ordre Les chevaliers et écuyers portaient des manteaux longs jusqu'au pieds. Ceux des princes étaient en velours rouge fourré d'hermine, ceux des autres chevaliers en velours fourré de létice ou menu vair et ceux des écuyers de satin rouge fourré de menu vair. Tous portaient en dessous du manteau des robes longues de damas gris, celles des chevaliers fourrée de gris, celles des écuyers fourrées de menu vair. Tous portaient sur la tête des chapeaux doublés et couverts de velours noir, ceux des chevaliers bordés d'une recte d'or, ceux des écuyers bordés d'une recte d'argentÉmile Perrier, Les chevaliers du Croissant : essai historique et héraldique, 1906, pages 12-13..
La création du collier précède la fondation de l’ordre (au mois de juillet ou au mois d', un mandement de payer pour ce collier est émis à Marseille. Le paiement date du ). Le collier de l'ordre n'est pas mentionné dans les statuts, en revanche, d'après ces statuts le port d'un croissant sous le bras droit est obligatoire. Ainsi dans un premier temps un collier a été retenu et dans un second, lors de la fondation de l'ordre, un nouvel insigne.
Le collier était fait d'une chaîne d'or à trois rangs, à laquelle était suspendu, par trois chaînettes d'or, un croissant d'or également sur lequel était gravé le mot Loz (louange) . On reconnaissait la valeur et la générosité des chevaliers aux ferrets d'aiguillettes d'or accrochés à ce croissant, et qui correspondaient au nombre de batailles ou sièges au cours desquels ils avaient combattuAntoine Louis Laigue, Les Familles françaises considérées sous le rapport de leurs prérogatives honorifiques héréditaires, 1815, page 142..
Devise La devise de l'ordre était « Los (ou Loz) en croissant » (« Louange au croissant »).
Disparition L'ordre du Croissant ne survécut pas à son créateur René d'Anjou mort en 1480. Le pape Pie II s'apercevant que René d'Anjou se servait de l'ordre du Croissant pour se faire des partisans dans la noblesse napolitaine le supprima par une bulle le , mais le pape ne paraît pas avoir mis cette mesure à exécution. L'ordre continua de subsister, en France, du moins, jusqu'à la mort de René d'Anjou sans aucune tentative de prohibition, et le chapitre d'Angers n'interrompit pas la célébration des offices. Il est probable que les successeurs de Pie II, avec lesquels le roi de Sicile entretenait les meilleures relations, laissèrent la bulle de suppression à l'état de lettre morte. L'on trouve, en effet, des traces de l'existence du Croissant jusqu'au mois de , époque à laquelle les officiers de la Chambre des Comptes d'Angers reprirent, sur l'injonction du prince, aux héritiers du trésorier Benjamin, qui venait de mourir, tous les objets appartenant à l'ordre, notamment les habits et les tentures de cérémonie remis par le défunt aux chanoines de la cathédrale Émile Perrier, Les chevaliers du Croissant : essai historique et héraldique, 1906, page 20..
Composition de l'ordre du Croissant En tête de l'ordre du Croissant se trouvait le sénateur, qui était grand maître de l'ordreCe mot de sénateur (dans la basse latinité, senior) signifiait ancien doyen, & René Ier d'Anjou avait voulu imiter les communautés religieuses qui donnaient à leur chef, élu parmi les plus anciens et les plus versés dans la science, le titre de doyen. François Frédéric Steenackers, Histoire des ordres de chevalerie et des distinctions honorifiques en France. Librairie internationale, 1867, p. 192.. Il était choisi au sein de l'ordre, chaque année, le jour de la fête de saint Maurice, le Emile Perrier, p. 13..
+ Liste des sénateurs de l'ordre du Croissant Nom Début du mandat Fin du mandat Notes Guy II de Laval-Loué 40px 1448 Seigneur de Loué, de Benais, de Montsabert, de La Faigne et de Marcilly René Ier d'Anjou 40px Roi titulaire de Naples et de Jérusalem, duc d'Anjou et pair de France, duc de Bar, duc de Lorraine, comte de Provence Jean Cossa 40px 1451 Comte de Troïa, baron de Grimaud, seigneur de Marignane et de Grignac Louis de Beauvau-Craon 40px 1451 1452 Baron de Beauvau, seigneur de Champigné et de La Roche-sur-Yon, baron de Château-Renard, maréchal de Provence Bertrand de Beauvau 40px 1452 1453 Baron de Pressigny, seigneur de Sillé-le-Guillaume et de Briançon Jean II de Lorraine 40px 1453 1454 Duc de Calabre et duc de Lorraine Ferry II de Vaudémont 40px 1454 1455 Comte de Vaudémont, baron de Joinville
Les chevaliers avaient de plus un chapelain, un chancelier, un trésorier, un greffier, un roi d'armes et un poursuivant. Tous ces officiers, élus à vie, ne faisaient pas partie de l'ordre, mais un costume de cérémonie était attribué spécialement à chacun d'euxEmile Perrier, p. 17.. Le chapelain devait avoir le titre d'évêqueEmile Perrier, p. 14.. Cette fonction fut dévolue à Antoine FerrierIl demanda au chapitre d'Angers, de la part du roi, l'érection d'un autel particulier dans une chapelle de la cathédrale (appelée depuis chapelle des chevaliers du Croissant). Il y célébra un premier office solennel, en présence des dignitaires de l'ordre, le .. Le chancelier fut Charles de Castillon et ensuite Jean Breslay, juge ordinaire d'AnjouA sa mort, en 1473, les sceaux et les statuts de l'ordre dont il avait la garde furent rendus par son fils René à la Chambre des Comptes d'Angers, le 15 octobre 1473, et déposés dans ses archives.. Antoine Bernard, dit Moreau, conseiller du roi de Sicile, et Pierre Le Roy, dit Benjamin, son vice-chancelier, furent nommés successivement trésoriers du CroissantIls payaient directement aux divers officiers de l'ordre le montant de leur rétribution.. Jean de Charnières, secrétaire et argentier du roi de Sicile, remplit la charge de greffier. Le roi d'armes fut le seigneur du Houssay, qui prit le nom de Los. Le héraut ou poursuivant est connu seulement sous le nom de Croissant.
Liste des chevaliers de l'ordre du Croissant Le nombre de cinquante chevaliers est fixé dès le premier paragraphe des statuts.
Louis de FarcyMonographie de la cathédrale d'Angers, Volumes 3 à 4., p. 162. Voir en ligne indique qu'il est impossible de dire exactement dans quel ordre eut lieu l'admission des chevaliers. Les documents à ce sujet ne sont pas concordants, et un manuscrit de la bibliothèque Inguimbertine de Carpentras, Manuscrit. 1793, fol. 49., ainsi qu'Augustin CalmetHistoire de Lorrain, 1753 donne des ordres avec une date :
Admissions de 1448 à 1452 1. 15 px Louis de Beauvau-Craon (+1472), baron de Beauvau, seigneur de Champigné et de La Roche-sur-Yon, baron de Château-Renard, maréchal de Provence, chevalier de l'ordre du Croissant, date d'admission : 2. 15 px Ferry II de Vaudémont (1417-1470), comte de Vaudémont, baron de Joinville, chevalier de l'ordre du Croissant, date d'admission : 3. 15 px Pierre de Meuïllon (ou Mëolon, Mévoïlon) (+v.1471), seigneur de Ribiers, grand écuyer des écuries de Louis III d'Anjou et de René d'Anjou, chevalier de l'ordre du Croissant, date d'admission : 4. 15 px Jean Cossa (1417-1470), comte de Troïa, baron de Grimaud, seigneur de Marignane et de Grignac, chevalier de l'ordre du Croissant, date d'admission : 5. René Ier d'Anjou, roi titulaire de Naples et de Jérusalem, duc d'Anjou et pair de France, duc de Bar, duc de Lorraine, comte de Provence, créateur et chevalier de l'ordre du Croissant, date d'admission :