L'oca del Cairo, K. 422, est un opera buffa inachevé de Wolfgang Amadeus Mozart composé à Salzbourg au cours de l'été et de l'automne . Il est mis de côté en février 1784 et ne sera jamais repris.
Du livret de Giambattista Varesco il reste deux états autographes : le livret élaboré du premier acte, resté incomplet, et un état antérieur donnant le résumé de l'opéra, dont le début manque, accompagné du schéma des trois actes.
Mozart termina sept des dix numéros du premier acte, plus quelques récitatifs. Leur exécution dure environ 45 minutes.
Genèse et abandon Au printemps 1783, Mozart cherche un livret d'opera buffa pour la scène viennoise. Il écrit à son père en avoir parcouru une bonne centaine sans en trouver un seul satisfaisant, et juge qu'un poète aurait plus vite fait d'en écrire un tout neuf. Il s'adresse, par l'intérmédiaire de son père, à Giambattista Varesco, librettiste de son opéra Idomeneo et lui transmet un cahier des charges très précis : un nouveau livret pour sept personnages, deux rôles féminins de qualité égale, l'un seria, l'autre mezzo carattere, le principal étant que le tout soit très comique. Il précise que Varesco peut coucher ses idées par écrit et qu'ils les élaboreront ensemble à Salzbourg. Il réitère sa demande le 21 mai 1783 :« Je vous prie de relancer Varesco au sujet de l'affaire que vous savez. — Le principal est que cela soit comique ; car je connais le goût des viennois. »Wolfgang Amadeus Mozart, lettre à Leopold Mozart, Vienne, 21 mai 1783 (Bauer/Deutsch 747), dans Correspondance complète, éd. W. A. Bauer, O. E. Deutsch et J. H. Eibl, trad. de l'allemand par Geneviève Geffray, Flammarion, 2011 (ISBN 978-2-0812-3647-9), p. 1192. Texte original et fac-similé sur la Digitale Mozart-Edition.Le , il est en possession du plan général. Il écrit que celui-ci lui plaît tout à fait, tout en demandant aussitôt que Varesco se tienne prêt à le remanier autant qu'il le faudra.
Lors de son séjour à Salzbourg, entre la fin juillet et le 27 octobre 1783, Mozart discute du plan d'ensemble avec Varesco qui rédige tout le premier acte. Mozart se met immédiatement à la composition, au point d'emporter à son retour à Vienne l'ébauche d'une partie de cet acte. Le livret ne répond cependant qu'en partie à ses demandes. Les numéros conservés ont vraisemblablement été composés avant le 6 décembre 1783.
En effet, le , il annonce à son père qu'il ne manque plus que trois airs pour achever le premier acte et se dit absolument satisfait de l'aria buffa, du quatuor et du finale. Il propose également de nombreux changements dans le livret et notamment l'abandon de l'oie mécanique au profit d'une ruse plus humaine :« Je pense qu'on pourrait introduire des choses beaucoup plus comiques et naturelles si Biondello gardait sa forme humaine. »Wolfgang Amadeus Mozart, lettre à Leopold Mozart, Vienne, 6 décembre 1783 (Bauer/Deutsch 770), dans Correspondance complète, éd. W. A. Bauer, O. E. Deutsch et J. H. Eibl, trad. de l'allemand par Geneviève Geffray, Flammarion, 2011 (ISBN 978-2-0812-3647-9), p. 1208. Texte original et fac-similé sur la Digitale Mozart-Edition.S'il n'a rien objecté à toute cette histoire d'oie, écrit-il, c'est que deux hommes de plus de savoir et de jugement que lui, à savoir son père et Varesco, n'y ont vu aucune objection. Jean et Brigitte Massin ainsi qu'Alfred Einstein s'accordent à y lire une ironie et non un aveu.
Dans sa lettre du , tout en poursuivant ses critiques de détail, il se dit curieux de la nouvelle solution imaginée pour faire entrer Biondello dans la tour et se dit prêt à concéder quelque invraisemblance pourvu que l'effet soit comique.
Le , il informe son père qu'il n'est, pour l'heure, pas question de donner l'ouvrage. Il a dans l'immédiat « des choses à composer qui [lui] rapportent de l'argent tout de suite — et pas plus tard », alors que l'opéra, lui, sera toujours payé. Il relève que la précipitation ne se voit que trop dans la poésie de Varesco et il souhaite voir le livret entier avant de formuler des remarques approfondies. Il craint qu'une musique dont il est satisfait ne soit ainsi gâchée. Il ajoute que celle déjà composée « dort bien » en attendant d'être repriseWolfgang Amadeus Mozart, lettre à Leopold Mozart, Vienne, 10 février 1784 (Bauer/Deutsch 775), dans Correspondance complète, éd. W. A. Bauer, O. E. Deutsch et J. H. Eibl, trad. de l'allemand par Geneviève Geffray, Flammarion, 2011 (ISBN 978-2-0812-3647-9), p. 1215. Texte original et fac-similé sur la Digitale Mozart-Edition.. Il n'y reviendra jamais.
Les raisons de cet abandon ont été diversement interprétées. Einstein envisage soit une incapacité de Varesco, soit son refus d'opérer les changements demandés, et rappelle que les réponses de Leopold Mozart, qui auraient éclairé la question, ont été détruites par Constanze Mozart. Les Massin y voient un renoncement de Mozart devant le refus du librettiste, soutenu par Leopold, de se plier à ses vues. Les deux biographies invoquent en outre un autre livret, Lo sposo deluso, dont Mozart aurait disposé dès l'été 1783 et auquel il se mettra sitôt L'oca del Cairo abandonné.
Le stratagème de l'oie ne vient pas de la légende du cheval de Troie, à laquelle on l'a souvent rapporté, mais du Mambriano de , dont Varesco a tiré son intrigue.
Sources et transmission L'autographe est conservé à la Staatsbibliothek de Berlin sous la cote Mus. ms. autogr. W. A. Mozart 422. Il se présente comme un recueil factice réunissant soixante-quinze feuillets : sept ébauches de partition, cousues en autant de fascicules séparés, et cinq esquisses. L'ensemble est logé dans un coffret de cuir rouge richement doré, estampé W. A. MOZART / L'OCA DEL CAIRO / AUTOGRAPH. Avant son acquisition par la bibliothèque en 1870, il avait appartenu successivement à Johann Anton André, à son fils Julius André, puis à Adolf Liebermann, à Berlin.
Aucune pièce n'y est achevée. Mozart note intégralement les parties vocales et la basse d'orchestre, les autres parties instrumentales demeurant fragmentaires. Einstein juge l'ébauche assez soignée pour qu'il n'eût fallu à Mozart que quelques jours pour compléter l'orchestration en remplissant les portées vides. Le livret autographe de Varesco est relié avec la musique. Mozart n'était pas satisfait du premier acte livré par le librettiste. Le manuscrit porte des ratures et des lettres de renvoi à l'encre noire, qui signalent les passages à compléter ou à corriger et sont vraisemblablement de sa main.
L'air et trio « Siano pronte alle gran nozze » ne figure pas parmi les autographes. Il n'est connu que par une partition réduite non autographe, transmise de façon incomplète avec le reste du fonds, et par une copie complète de la partition due au compositeur Johann Simon Mayr, conservée à la Biblioteca Civica « Angelo Mai » de Bergame. Le récitatif qui le précède est en revanche conservé. Mozart a inscrit à la fin de celui-ci la mention « segue L'aria di Don Pippo ».
Représentations et versions alt=Affiche 1867 L'oie du Caire|gauche|vignette|Affiche de l'éditeur Heugel pour la partition de L'Oie du Caire, adaptation française créée en 1867 La première exécution en concert eut lieu à Francfort en avec des morceaux de Lo sposo deluso et des arias de concert.
La première représentation scénique fut donnée le au théâtre des Fantaisies-Parisiennes à Paris sous le titre L'oie du Caire, une adaptation en deux actes de Victor Wilder. Les personnages sont rebaptisés, le dénouement est réécrit.
Pour atteindre une durée d'opéra, Wilder complète les fragments de Mozart par quatre autres pièces du compositeur : l'ouverture et le quatuor n° 1 de Lo sposo deluso, l'air n° 12 de Zaïde transposé de la majeur à la bémol majeur, et le trio « Mandina amabile », écrit pour La villanella rapita de Francesco Bianchi.
L'éditeur parisien Heugel publie une partition chant et piano de cette adaptation. Elle ne reprend pas l'autographe, mais la réduction pour piano que Julius André avait fait paraître à Offenbach-sur-le-Main en 1855. La Neue Mozart-Ausgabe, édition critique de référence, l'écarte donc de ses sources.
Cette adaptation fut à son tour traduite en allemand par Thuiskon Hauptner et représentée à Berlin au Friedrich-Wilhelmstädtisches Theater, sous le titre Die Gans von Cairo.
Des fragments de L'oca del Cairo, de Lo sposo deluso et de Der Schauspieldirektor ont été réunis sous le titre de Waiting for Figaro et joués en 2002 par le Bampton Classical Opera.
Argument Don Pippo, marquis de Ripasecca, se croit veuf de Donna Pantea. Il garde prisonnières dans une tour sa fille unique Celidora, promise au comte Lionetto di Casavuota, et Lavina, compagne de celle-ci, que le vieil homme souhaite épouser. Or Biondello, riche gentilhomme de Ripasecca, aime Celidora. Il a obtenu de Don Pippo qu'elle lui soit accordée s'il parvient à pénétrer dans la tour en l'espace d'un an. Toute la pièce se déroule le dernier jour de ce délai.
Biondello n'est pas seul. Son ami Calandrino, mécanicien habile, aime Lavina. Le couple de domestiques Auretta et Chichibio est de la conspiration. Une première tentative par un pont échoue : Don Pippo surprend les amoureux à la dernière minute. Calandrino construit alors en secret une oie gigantesque. Donna Pantea, revenue déguisée, la présente au marquis comme une merveille venue du Caire. Pour divertir ses prisonnières, celui-ci fait monter la volaille dans la tour. Biondello en sort, il a gagné. Pantea révèle enfin son identité, et trois couples n'ont plus qu'à se marier.
Rôles RôlesTessituresDon Pippo, marquis de Ripasecca, épris de Lavina et se croyant veufbasseDonna Pantea, sa femme que l'on croit morte, reparaissant sous le nom de SandrasopranoCelidora, leur fille unique, promise au comte Lionetto di CasavuotasopranoBiondello, riche gentilhomme de Ripasecca, amant de CelidoraténorCalandrino, neveu de Donna Pantea, ami de Biondello et amant aimé de LavinaténorLavina, compagne de CelidorasopranoChichibio, maître d'hôtel de Don Pippo, amant d'AurettabasseAuretta, camériste de Donna Panteasoprano
Numéros musicaux Duetto Auretta-Chichibio « Così si fa » Aria d'Auretta « Se fosse qui nascoso » Aria de Chichibio « Ogni momento dicon le donne » Aria e Terzetto Don Pippo-Auretta-Chichibio « Siano pronte alle gran nozze » Recitativo Don Pippo-Auretta « O pazzo, pazzissimo Biondello ! » Quartetto Celidora-Biondello-Lavina-Calandrino « S'oggi, oh Dei, sperar mi fate » a Duetto Auretta-Chichibio « Ho un pensiero nel cervello » Finale « Su via, putti, presto ! » L'autographe contient également cinq esquisses relatives à l'opéra : les airs d'Auretta et de Chichibo, le quatuor, la coda du finale et un air de Biondello, « Che parli, che dica », que Mozart n'a jamais réalisé.
Orchestration Mozart n'a pas achevé l'orchestration de l'opéra. Les instruments ci-dessous sont ceux qu'il a inscrits en tête de ses ébauches et varient d'un numéro à l'autre : les cordes seules dans les deux premiers numéros puis un effectif plus fourni ensuite. Instrumentation de L'oca del Cairo Cordespremiers violons, seconds violons, altos, bassesBois 2 hautbois (nos 3, 5, 6 et duo « Ho un pensiero »),
2 bassons (duo « Ho un pensiero » seulement)Cuivres 2 cors (en fa dans le duo « Ho un pensiero », en mi bémol dans le quatuor),
2 trompettes (no 3 seulement)Chœur 4 voix mixtes, au Presto du finale
Analyse musicale