Lhistoire de la psychologie analytique est intimement liée à l'œuvre du psychiatre suisse Carl Gustav Jung, qui, à partir de la psychanalyse de Sigmund Freud, a développé une psychologie dynamique, postulant un inconscient collectif et des archétypes. Jung est peu à peu rejoint par des personnalités issues pour la plupart du monde médical, psychanalytique ou psychiatrique, qui élaborent ainsi une littérature abondante et diversifiée.

Genèse de la psychologie analytique

Les débuts : l'« école de Zurich » et la période psychanalytique

Jung commence sa carrière comme psychiatre à la clinique psychiatrique universitaire de Zurich surnommé le Burghölzlip. 91. en 1900. C'est dans cet hôpital universitaire, sous la direction d'Eugen Bleuler qu'il va, petit à petit, constituer sa nouvelle approche. Tout d'abord il amasse une somme importante de rêves et de délires de patients. Il met au point une méthode tenant de la psychanalyse, fondée sur l'échange verbal et sur l'étude des manifestations inconscientes ainsi que sur le transfert. Refusant l'hypnose comme Freud, Jung développe une approche amplificatrice des symboles oniriques, ce qui le distingue du fondateur de la psychanalyse. Enfin, il décrit un appareil psychique différent de la topique freudienne, notamment par l'hypothèse d'un inconscient collectif, qu'il conceptualise à la suite de l'étude des délires de son patient Emil SchwyzerVoir le chapitre « L'homme au soleil phallique ».. Au début, Jung définit cette méthode comme une observation des profondeurs psychiques, empruntant à son mentor Eugen Bleuler le nom de « psychologie des profondeurs » ou ( en allemand)p. 359.. Son versant expérimental, datant de ses travaux avec Franz Riklin, tente d'approcher les complexes grâce à la méthode dite des associations de motsp. 135.. Il travaille aussi avec le psychanalyste Ludwig Binswangerp. 173-177.. Dès ces années, Jung considère que l'inconscient est formé en partie d'éléments psychiques autonomes, souvent personnifiés et qui influencent le conscient. Il se démarque dès lors de la doctrine des pulsions de Freud. Jung parle à ce moment de « psychologie des complexes ». thumb|upright=1.5|left|La clinique psychiatrique du Burghölzli vers 1890. C'est en tant que pionnier de la psychanalyse, et de FreudErnest Jones, in La Vie et l'œuvre de Sigmund Freud, Paris, PUF, 1961, tome II, p. 151., que Jung vaut d'être considéré comme le père de la psychologie analytique. C'est en effet à la suite d'une longue collaboration avec la psychanalyse de Freud, de 1909 à 1913p. 714., qu'il peut développer ses concepts et approcher la structure de l'inconscient. Ainsi, en 1910 l'Association Internationale de Psychologie Analytique (« API ») est créée et Jung en est son premier président, et ce jusqu'en 1914p. 297.. Ainsi, dès les débuts de la psychanalyse, l'école de Zurich de Bleuler et Jung forme p. 96.. Publiant des Jahrbuch (« annales ») et accompagnant Freud lors de ses allocutions, il se démarque néanmoins rapidement de l'orthodoxie psychanalytique. Ainsi, en 1906, Jung publie sa Psychologie de la démence précoce dans lequel il utilise la psychanalyse mais où pointe déjà sa vision divergente de la libidopp. 161-162.. Cependant Freud signale cet ouvrage comme étant l'un des points d'aboutissement, avec celui de Bleuler sur la schizophrénie, de l'école de Zurichp. 98.. Aux États-Unis, grâce à ses recherches sur les associations surtoutp. 14 : , et à la suite de son allocution à l'université Clark à Worcester, en 1908, Jung est davantage connu que Freud. L'année 1907 marque l'apogée des contributions de l'école suisse à la psychanalyse de Viennep. 100..

C'est cependant un ouvrage de Jung qui va provoquer sa rupture avec la psychanalyse et précipiter la création de la psychologie analytique. Jung rencontre en 1912 « Miss Miller », portée à sa connaissance par les travaux de Théodore Flournoy, et dont le cas névrotique étaye davantage sa théorie de l'inconscient collectifpp. 324-327.. L'étude de ses visions lui procure les matériaux nécessaires pour fonder son raisonnement, qu'il développe dans l'ouvrage Métamorphoses de l'âme et ses symboles. Freud parle alors d'pp. 15-16. C'est dans la seconde partie de l'ouvrage que la divergence s'accuse ; Freud indique ainsi à Ernest Jones que c'est à la page 174 de l'édition d'origine (page 241 de l'édition française de 1953) que, selon lui, Jung s'est égaré. Il s'agit de la conception élargie de la libido de Jung.p. 328.. Jung est officiellement banni dès le mois d'. Dès lors, le mouvement psychanalytique se divise en deux obédiences : les partisans de Freud d'un côté, avec Karl Abraham (qui écrit une critique de JungKarl Abraham, « Critique de l'essai d'une présentation de la théorie psychanalytique de C. G. Jung » in Psychanalyse et culture, Payot, Petite Bibliothèque Payot, Coll. Sciences de l'homme, 1966, pp. 207-224, consultable sur le site megapsy.com. Consulté le 18 novembre 2009.) et Ernest Jones en défenseurs de l'orthodoxie freudienne, et ceux de Jung de l'autre, dont Leonhard Seif, Franz Riklin, Johan Van Ophuijsen, Alphonse Maederp. 353..

Rupture avec Freud et fondation de la psychologie analytique Ce n'est qu'après avoir rompu avec Freud, en 1914Linda Donn, Freud et Jung. De l'amitié à la rupture, Presses universitaires de France, Paris, 1995, , traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat, p. 185 : ., que Jung donne à sa démarche le nom de « psychologie analytique », pp. 386-387. parce qu'elle se propose d'analyser et d'identifier les phénomènes psychiques de la psyché. Les ouvrages de vulgarisation la feront connaître sous le nom de « psychologie jungienne » car elle doit en effet beaucoup à C. G. Jung, terme qui sera repris par ses successeurs, pour la différencier davantage sur la scène publique de celle de Freud, qui l'a toujours ignorée. Le docteur Ernst Bernhard, jungien italien, la nomme par ailleurs la « psychologie individuative » mais Jung préfère parler soit de psychologie analytique, soit, dans ses derniers travaux, de « psychologie complexe »p. 723.p. 17. « Psychologie complexe » s'entend comme psychologie fondée sur une méthode et des concepts liés les uns aux autres au sein d'un système structuré et non au sens de complexes psychiques.. Frieda Fordham explique néanmoins que la formule « psychologie complexe » s'emploie plus volontiers actuellement, celle de « psychologie analytique » prêtant à confusion avec l'approche du psychologue George Frederick Stout qui est le premier à l'employer en 1886Frieda Fordham, Introduction à la psychologie de Jung, Imago, 2003, p. 107..

Jung définit précisément la psychologie analytique dès au Congrès International de Médecine organisé à Londres, lors d'une conférence intitulée General Aspects of Psychoanalysis. Il y présente cette comme née de la , la distinguant de la psychanalyse de Freud et de la psychologie des profondeurs d'Eugen BleulerEntrée « Psychologie analytique », p. 71.. Jung y suggère également de libérer la théorie psychanalytique de son « point de vue exclusivement sexuel » en se focalisant sur un nouveau point de vue énergétique, se fondant sur Henri Bergsonpp. 359 et 373 notamment. et sur le pragmatisme de William James pour son approche épistémologique. Mais ce n'est qu'en 1914, après sa démission de l'Association internationale de psychanalyse que Jung organise autour de lui un groupe de médecins qui rejettent comme lui l'École de Viennep. 372.. Ces derniers constituent donc l'École de psychanalyse de Zurichp. 379.. Jung en partage la direction avec Alphonse MaederMaeder est l'assistant de Jung depuis 1906, p. 319 et épaule Jung dans la direction de l'École de psychanalyse de Zurich, p. 353. qui apporte à la conception des rêves comme compensation psychique une fonction prospective, orientée par la nécessité d'accomplir le développement du sujetpp. 422-423. Baudouin précise qu'Alphonse Maeder est un chercheur indépendant qui, s'il s'est séparé de Freud, ne peut être réduit à être le simple disciple de Jung.. Franz Riklin est quant à lui également affilié à Jung. En 1916 ce dernier publie simultanément une série d'articles à New York et Londres, écrits durant les quatorze dernières précédentes et intitulée Collected Papers on Analytical Psychology. La préface de cet ouvrage constitue un véritable manifeste de ce courant, dans lequel Jung précise ses postulats de travail. Selon Charles Baudouin, p. 18., notamment les types psychologiques et les archétypes.

Jung conserve ainsi son obédience à la théorie psychanalytique, disant, dès les débuts de son schisme, qu'il emprunte à la fois à Freud et à Alfred Adler (et sa théorie de la volonté de puissance), pour en faire une synthèse. Sa terminologie change néanmoins suivant le point de vue adopté dans ses investigations. Sa démarche n'est plus exclusivement sexuelle et la valeur du symbole se détourne de l'orientation freudienne, enfin, la méthode synthétique et prospective est privilégiéeEntrée « Psychologie analytique », p. 72.. Néanmoins la création de la psychologie analytique n'est pas quelque chose de consciemment recherché, Jung évoluant dès 1914 et jusqu'en 1918 dans une phase de régression et de p. 577. qui lui permet de se confronter à l'inconscient. Sa façon de diriger la cure analytique s'en ressent ; il cherche alors chez ses patients les éléments de leurs et donne là les premiers signes d'une future théorie cohérente et distincte de celle de Freud et qu'il appelle à cette époque alternativement « psychologie analytique » ou « psychologie prospective ». Jung constitue autour de lui et de sa femme Emma Jung un cercle de partisans constitué d'Eugène Bleuler, de Franz Riklin (auteur d'une volumineuse étude sur la symbolique dans les contes intitulée Wunscherfüllung und Symbolik im Märchen en 1908), d'Alphonse Maeder (qui permet également la diffusion de la psychanalyse en Francep. 103.), d'Adolf Keller, de Toni Wolff, d'Hans Trüb et d'Herbert Oczeret. Jung réunit également chez lui des sommités du monde intellectuel comme le chimiste Eduard Fierz, ainsi que le mystique juif Siegmund Hurwitz. Contrairement à la psychanalyse de Freud, la psychologie jungienne n'a de cesse de chercher à étendre son système à d'autres disciplines.