La place Dauphine est une place de Paris qui tient son nom du dauphin, le futur roi Louis XIII. Elle est située dans le , sur l'île de la Cité, à l'ouest de l'ancien palais de la Cité. Elle jouxte par son autre côté, à la pointe du triangle qu'elle forme, le milieu du pont Neuf, où la statue équestre d'Henri IV lui fait face.
Avec la place des Vosges, la place des Victoires, la place Vendôme et la place de la Concorde, elle est l'une des cinq de la ville.
Situation et accès vignette|Rue Henri-Robert. La place Dauphine, longue de et large de occupe un espace triangulaire, dans l'ouest de l'île de la Cité. Elle constitue, avec le palais de Justice, la partie de l'île appartenant au de Paris. La pointe du triangle débouche au milieu du pont Neuf, sur la place du Pont-Neuf, via la courte rue Henri-Robert (considérée autrefois comme faisant partie de la place). L'est de la place est séparé du palais de Justice par la rue de Harlay. Sur chacun des deux autres côtés de la place, une rangée d'immeubles la sépare du quai de l'Horloge au nord et du quai des Orfèvres au sud.
La place Dauphine est située à proximité de la station Pont-Neuf, rive droite, desservie par la ligne 7.
D'après des calculs de l'IGN publiés en 2016, le centre géographique de Paris est situé sur la place, aux coordonnées Jean-François Hangouët, « Quels sont les centres des 96 départements métropolitains ? », IGN Magazine, , avril-mai-juin 2016, ..
Conçue comme ensemble urbanistique homogène destiné, à l’origine, à mettre en valeur la statue du souverain située en son centre, comme le deviendra la place Royale (actuelle place des Vosges) en 1639, la place Dauphine n’a, en fait, jamais accueilli la statue équestre d'Henri IV. Quoique proche, celle-ci a en effet été placée dès l'origine dans un renfoncement du Pont-Neuf, espace indépendant appelé initialement place du Cheval de bronze, et aujourd'hui place du Pont-Neuf.
Origine du nom Dès sa création, la place est nommée en l'honneur du dauphin, le futur roi Louis XIII.
On remarquera l'orthographe « Place D'Auphine » sur le plan de Turgot initié en 1734 (donc postérieur au plan de Mérian).
Historique vignette|gauche|Les transformations de la pointe ouest de l'île de la Cité et du palais de la Cité entre 1380 et 1620, avec la construction du pont Neuf et de la place Dauphine. vignette|gauche|La place Dauphine sous le règne d'Henri IV, par Chastillon.
vignette|gauche|La place Dauphine et le pont Neuf en 1615, plan de Mérian. Sur le terrain occupé par cette place, on voyait autrefois deux îles ; la plus grande s'appelait l'« île au BureauÉgalement écrit « île aux Bureaux ». ». Elle tirait sa dénomination de Hugues Bureau qui, le , acheta cet emplacement moyennant 12 deniers de cens et 10 sols de rente annuelle. L'île voisine était moins large, mais plus longue, son nom d'« île à la Gourdaine » lui venait du moulin dit « de la GourdaineFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments. ».
La construction du pont Neuf, de 1578 à 1607, entraîne le rattachement à l'île de la Cité de trois îlots alluvionnaires à fleur d'eau : l'îlot du Passeur-aux-Vaches (ou « île aux Bœufs »), l'île à la Gourdaine (appelée aussi « île du Patriarche ») et l'île aux Juifs. L'aménagement du quai des Orfèvres et du quai de l'Horloge commence en 1580. En l'an 1607, après le début des travaux de la place Royale (actuelle place des Vosges) et l’inauguration du pont Neuf, le roi Henri IV souhaite faire aménager la pointe ouest de l’île de la Cité entre le palais et le pont Neuf. Il décide de créer une place, à l'emplacement des anciens îlots et du verger du roi, devenu alors jardin du bailliage du palais et en détruisant la maison des Étuves du palais en 1606.
Par un bail à cens et à rentes du , le roi fit don à son fidèle et vieux serviteur Achille de Harlay, premier président à mortier du Parlement de Paris, des terrains formant l'extrémité occidentale de l'île, en récompense de ses loyaux services pendant la Ligue. Il reçoit l'autorisation de créer une place triangulaire. À charge pour lui de construire les nouveaux bâtiments dans l'esprit de la place Royale et conformes au plan imposé par le roi et le Grand Voyer Sully : un « promenoir » entouré de maisons « d’un même ordre », comprenant deux étages, dont les trumeaux seraient décorés de tables de pierre se détachant sur la brique, et dont les arcades du rez-de-chaussée abriteraient les boutiques.
vignette|Place Dauphine, époque de Louis XIV. De Harlay, après s'être acquitté d'une modique redevance, fit commencer les travaux (ainsi que celles des constructions attenantes) en , sur une superficie de , ainsi que le portent ses lettres-patentes. La place fut baptisée ainsi par le roi lui-même, en l'honneur du dauphin né en 1601, le futur Louis XIII. Comme convenu, Achille de Harlay fit ainsi bâtir originellement trente-deux maisons identiques en chaînage de pierre blanche, briques et combles en ardoise, de deux étages, avec un rez-de-chaussée à arcades pleines (comportant un rez-de-chaussée à galerie, deux étages carrés et un étage de comble), autour d'une place triangulaire fermée. Il distribua des lots privés, mais fixa des règles de construction communes, ce qui fut un bel exemple d'urbanisme concerté. À charge pour lui de les vendre selon les conditions suivantes :
Proche du Louvre, la place Dauphine devint en effet une place de change et de bourse, attirant orfèvres, lunetiers ou graveurs.
Elle est citée sous le nom de « place Dauphine » dans l’Estat, noms et nombre de toutes les rues de Paris de 1636.
En 1702, la place, qui fait partie du quartier de la Cité, possède quarante-six maisons et huit lanternesDescription de la ville de Paris par Jean de la Caille..
Au , les artistes refusés par l’Académie présentent leurs œuvres en ce lieu..
La place est alors presque close, ne s'ouvrant que par deux passages à ses extrémités, dont seul celui situé à l'ouest subsiste, et qui débouche sur la statue équestre d'Henri IV. Les maisons étant des immeubles de rapport, en l'absence de servitudes royales, les propriétaires successifs modifièrent la place en ne respectant plus l'uniformité d'origine.
vignette|gauche|La place Dauphine, avec la fontaine Desaix photographiée par Charles Marville vers 1865, avant la destruction du côté pair de la rue de Harlay. vignette|Place Dauphine : passage ouest, le seul qui subsiste, pris de la place du Pont-Neuf.
Des trente-deux maisons uniformes d'origine, il ne reste intacts que les deux pavillons d'angle sur le pont Neuf, qui relie les deux rives de Seine en traversant l'île de la Cité. Les autres bâtiments furent, soit modifiés, démolis, reconstruits, ou rehaussés, à partir du . En face de ces deux pavillons originels, se trouve une statue de bronze du roi Henri IV (inaugurée le , la première ayant été fondue pendant la Révolution) et le square du Vert-Galant.
Durant la Révolution française et le Premier Empire, elle est débaptisée, si bien qu'entre 1792 et 1814, elle porte le nom de « place de Thionville » en mémoire de l'héroïque résistance des habitants et de la garnison de Thionville aux armées prussiennes en 1792.
De 1803 à 1874, la fontaine Desaix, érigée en l'honneur du général Desaix, mort à la bataille de Marengo en 1800, se trouvait sur la place.
En 1874, à l'initiative de Viollet-le-Duc, soit deux cent soixante-sept ans après sa construction, on fit démolir le côté pair de la rue de Harlay (la base du triangle de la place) pour dégager la façade arrière du palais de Justice construite à partir de 1854. Des arbres sont aujourd'hui plantés à l'espace qu'il occupait jadis, pour le matérialiser. La place Dauphine fut ainsi amputée de l'un des côtés de son triangle, lui faisant perdre son caractère d'espace presque clos d'origine.
Dans L'Œuvre, Frantz Jourdain, architecte de La Samaritaine voisine, attaque ainsi les préoccupations patrimoniales qui font désormais consensus :
Description À la pointe de l’île de la Cité,
Aujourd'hui, même si cette place de l'île de la Cité n'a pas retrouvé son unité architecturale d'origine, le réaménagement sur un parc de stationnement souterrain de son terre-plein central a permis de corriger la déclivité du terrain, et son côté est a été d'une certaine façon refermé à l'aide de grands arbres, afin de reconstituer partiellement de façon harmonieuse son aspect clos. Le calme de cette place reste inchangé, les murs épais inclinés de façon triangulaire étant des remparts très efficaces contre les nuisances sonores proches. La place Dauphine accueille aujourd'hui de nombreuses galeries d'art et petits restaurants-cafés, ce qui lui assure une relative fréquentation, mais sans la foule. Cachée par des petits immeubles de charme, « intime » et « secret » sont les premiers mots qui viennent dans l’esprit de ses visiteurs. Pour y accéder, il faut aller sur la place du Pont-Neuf (au niveau du pont) et emprunter la petite rue Henri-Robert.
Culture Avant la Révolution, elle faisait l'objet, le jour de la Fête-Dieu, de l'exposition de peinture des peintres non inscrits à l'Académie sous le nom de Salon de la jeunesseLaetitia Levrat, Martin Drolling, thèse, publication en ligne, CNRS, 2009-2010, .. vignette|gauche|Le square de la Place-Dauphine de nos jours. La place Dauphine est citée en littérature dans La Main enchantée de Gérard de Nerval, puis par Anatole France dans Les dieux ont soif. Il y en a aussi une petite référence dans le célèbre Kaputt de Curzio Malaparte.
André Breton, en raison essentiellement de sa forme triangulaire évoquant un pubis féminin, la considérait de manière surréaliste comme « le sexe de Paris ». La place Dauphine joue en effet un rôle magique et puissamment attractif dans le récit Nadja (1928). Ce n'est que plus tard, dans La Clé des champs, que Breton la comparera de manière explicite et détaillée à un sexe féminin : il y évoque sa « configuration triangulaire, d'ailleurs légèrement curviligne, et […] la fente qui la bissexte en deux espaces boisés ». Dans l'imaginaire de Breton, ce sont alors les deux bras de la Seine longeant la place qui dessinent les « jambes » de Paris.
La place Dauphine est aussi un lieu de tournage célèbre pour films et séries (par exemple L'amour dure trois ans en 2011).
Dans le domaine musical, Jacques Dutronc la cite dans la chanson de Jacques Lanzmann, Il est cinq heures, Paris s'éveille, extraite de l'album de 1968. Il semble d'ailleurs y faire écho à l'œuvre de Breton, par les paroles : « Je suis le dauphin de la place Dauphine » rappelant la polysémie du mot « dauphin/dauphine », sur laquelle joue également André Breton dans Nadja.
Yves Simon, auteur demeurant à cet endroit, la mentionne également dans sa chanson Nous nous sommes tant aimés (album Macadam).
Bâtiments remarquables et lieux de mémoire 400px|vignette|Plan de la place Dauphine. : immeuble du Vert-Galant, édifié par Henri Sauvage en 1932. À sa construction, l'immeuble de grand standing est doté d'un incinérateur d'ordures, de deux ascenseurs et offre trois chambres de bonne par appartement. : La chanteuse d'opéra Raymonde Delaunois y habita d'environ 1925 à 1940.
Simone Signoret et Yves Montand y habitèrent, dans une ancienne librairie qu'ils avaient transformée en petit appartement.. Yves Simon y demeuraMiguel Ruiz, Mon Paris insolite, page 11.. : galerie des Orfèvres, galerie d'art devenue cabinet d'architecture (Marnez). : dans le magasin communiquant avec sa librairie « La Folie du Sage » au 37, quai de l'Horloge, Marcelle Lesage dirige sa maison d'édition à partir de 1926. : emplacement du bûcher où périt Jacques de Molay le 11 ou Archives de Paris..
vignette|gauche|Le Louvre, printemps,Camille Pissarro, 1901,La Boverie, Liège. C'est côté Pont-Neuf, vers la Samaritaine, au troisième étage, qu'était installée en 1790 l'« Imprimerie Henri IV », dirigée par Anne Félicité Colombe et d'où sortirent des numéros de L'Ami du peuple, entre autres.