Ernest Bourret, né Joseph Christian Ernest Bourret le au hameau de Labro, près de Saint-Étienne-de-Lugdarès et mort le à Rodez., est un homme d'Église, évêque, puis cardinal français.
Biographie vignette|Tombeau du cardinal Bourret en la cathédrale Notre-Dame de Rodez.
Premières années Ernest Bourret nait dans le hameau de Labro, dans la commune de Saint-Étienne-de-Lugdarès, sur le plateau ardéchois, à la limite de la Lozère. Il suit le petit et le grand séminaire. puis termine ses études à l'école des Carmes. Il obtient également un doctorat in utroque jure pour son étude de l'. Il présente aussi le doctorat ès lettres et publie son travail en 1855 dans l'ouvrage L'École chrétienne de Séville, sous la monarchie des Visigoths, recherches pour servir à l'histoire de la civilisation chrétienne chez les barbares. Il est ordonné prêtre en 1851 à Paris, formé dans la congrégation de l'Oratoire de Saint Philippe Néri.
Il enseigne le droit ecclésiastique à la faculté de théologie catholique de Paris à partir de 1862. Il y rencontre l'abbé Lavigerie qui y exerce également les fonctions de professeur ; celui-ci lui confie ensuite la gestion financière de l'Œuvre des Écoles d'Orient, dont il devient membre de son conseil en 1869Voir le procès-verbal du Conseil d’Administration de l’Œuvre des Écoles d’Orient du 15 avril 1869..
Quand Charles Lavigerie est nommé en 1867 à l'archidiocèse d'Alger, ils s'entretiennent dans une correspondance suivie des évolutions de la politique ecclésiastique du Second Empire ; ces relations perdureront après l'accession de l'abbé Bourret à l'épiscopat.
En 1863, il est nommé chanoine honoraire de Nancy par Lavigerie. Par la suite, il deviendra chanoine d'honneur de ce chapitre.
Son expérience d'enseignement et sa fréquentation des cercles religieux parisiens lui fait porter un jugement sévère sur la formation intellectuelle du clergé ; dans une lettre à Guillaume Meignan, il fait part de ses craintes que .
Joseph Hippolyte Guibert l'appelle à lui pour être son secrétaire particulier ; impressionné par sa science religieuse, il en fait son théologien pour le premier concile œcuménique du Vatican.
Evêque de Rodez Il est ordonné évêque de Rodez en 1871. Pour l'historien Henry Jaudon, le prestige d'Ernest Bourret est tel que l'histoire du département dans le dernier quart du se confond avec celle de son épiscopat.
Adolphe Thiers ayant déclaré à la tribune le que , il s'attire un démenti sévère de l'abbé Bourret qui rétorque depuis le lieu du Concile que . Il reçoit l'appui de Pie IX qui déclare dans un bref pontifical donner son . La situation du diocèse est excellente, avec 1234 séculiers et 2000 réguliers des deux sexes pour ; les effectifs du grand séminaire s'élèvent à 200 et le clergé est jeune comparé au reste de la France. La résidence de l'évêque est le palais épiscopal de Rodez, dont Bourret fait fermer la cour par l'architecte Jean-Baptiste Vanginot avec l'édification d'une aile supplémentaire. Cette situation exceptionnelle pousse Meignan à comparer plaisamment Bourret à un .
Rapidement, Ernest Bourret s'impose comme le chef incontesté du diocèse ; le clergé aveyronnais lui porte une grande affection et Flavio Chigi le félicite d'être également apprécié des nouveaux prêtres ; en effet, il les soumet à une éducation intellectuelle exigeante. Le prélat commande aux prêtres de son diocèse comme à plusieurs évêques de ses voisins ; par ailleurs, les grandes familles de la région, tel les Montesquiou-Fézensac, les Bonald et les Cassan-Floyrac se placent sous son patronage. Irrité par cette autorité, un des préfets républicains dénonce chez lui . De fait, le seul de ses subordonnées dont Bourret accepte l'opposition est l'abbé Bonnet, qui dirige le grand séminaire du diocèse.
À la tête d'un des rares diocèses qui cumule vitalité religieuse et aisance matérielle, Ernest Bourret apporte son aide financière au Saint-Siège, en grande difficulté depuis la perte des derniers restes des États pontificaux. Le , l'Assemblée nationale ajourne le débat sur la pétition lancée par L'Univers qui protestait contre la nomination d'un ambassadeur de France à Rome alors que les possessions territoriales de la papauté étaient occupées par la force ; Félix Dupanloup et les députés catholiques libéraux s'étant rallié au vote de l'ordre du jour demandé par Adolphe Thiers, Bourret adresse une lettre sévère à son collègue d'Orléans où il regrette que la décadence française empêche ; contrairement à Jean-Pierre Mabile, il ne rend pas cette protestation publique. En 1873, lors des attaques des autorités suisses contre le clergé catholique, Bourret refuse de contribuer à la demande de souscription du cardinal Mathieu, lui préférant la souscription organisée par L'Univers. La même année, Bourret publie également un mandement condamnant le Kulturkampf où il reprend les critiques portées par l'encyclique Etsi multa contre le césarisme ; par une circulaire ministérielle du , Oscar Bardi de Fourtou invite les évêques à plus de modération mais cela ne suffit pas à apaiser Otto von Bismarck qui demande le à ce que les démarches de Bourret et trois autres évêques soient déclarés comme d'abus, ce que le gouvernement refuse formellement.
Parmi l'épiscopat français des débuts de la Troisième République, Ernest Bourret se distingue par sa profonde science et son talent littéraire. Au cours de son administration du diocèse de Rodez, il met à profit ses connaissances en droit concordataire. Comme beaucoup d'évêques de la tendance intransigeante, il s'oppose aux entraves mis à l'Église par les articles organiques . Tout au long de son épiscopat, il réalise une véritable guérilla règlementaire contre le ministère des Cultes, arguant des immunités judiciaires et administratives dont bénéficie le clergé. Un exemple marquant de cette opposition est la controverse qui l'oppose au ministre Arthur de Cumont où il réclame que la juridiction civile soit dessaisie des insultes faites à un de ses prêtres ; le Tribunal des conflits lui donne tort, arguant que le prêtre n'aurait pas été insulté dans l'exercice de son ministère religieux. Cumont menaçant de revenir aux dispositions d'appel du concordat de 1516, le prélat le met au défi de mettre sa déclaration à exécution, estimant que l'Église de France se porterait mieux sans les articles organiques de 1802.
Influence dans l'Église de France Dès son accession à l'épiscopat, Ernest Bourret acquiert une position influente dans l'Église de France. Fort de ses relations avec l'archevêque de Paris, il est sollicité en 1872 par Flavien Hugonin pour intercéder en faveur d'une assemblée générale des évêques de France ; le pape Pie IX refuse, craignant de froisser le gouvernement. À partir de 1874, le crédit de Bourret auprès du nouveau nonce apostolique, Pier Francesco Meglia, est important ; par ailleurs, il est écouté du président du Conseil Jules Dufaure. Auprès d'eux, il combat les influences libérales de Adolphe Perraud, Pierre-Alfred Grimardias et Félix Dupanloup. De fait, il a une influence majeure sur la politique de bascule des nominations concordataires de cette période : entre 1876 et 1877, les sièges épiscopaux de Mende, Viviers, Versailles, Luçon, Saint-Flour et Langres sont pourvus par des prélats de la tendance intransigeante et Louis-Édouard Pie est élevé au cardinalat en . Cette influence sur les nominations s'estompe en avec le retour des listes de candidats gouvernementales.
Le rôle qu'il joue dans le remplacement des évêques des diocèses voisins est à ce titre remarquable. Le climat de la Lozère étant trop rude pour Joseph-Frédéric Saivet, ce dernier doit quitter ses fonctions en 1876, trois ans après son arrivée ; Ernest Bourret présente alors la candidature de son vicaire général Julien Costes pour le siège vacant. Une fois consacré par son protecteur, le nouvel évêque du Gévaudan lui reste très fidèle. En 1877, Bourret recommande l'aveyronnais Benjamin Baduel pour le siège de Saint-Flour. L'évêque de Rodez escompte un soutien renforcé au coup du 16 mai des parlementaires conservateurs de l'Aveyron proches de l'abbé Baduel, dont Casimir Mayran et Jean Delsol ; de cette manière, le nouveau prélat aurait le . La même année, son protégé l'abbé Bonnet est nommé sur ses instances évêque de Viviers. Aussi, à partir de 1876-1877, les quatre diocèses de Rodez, Mende, Viviers et Saint-Flour sont occupés par des prélats unis par des origines locales marquées et cette zone du sud du Massif central est dominée par la figure tutélaire de Bourret.
Cardinal Opposé à une attitude de conciliation avec le gouvernement en 1879, Ernest Bourret revient en 1880 d'un voyage ad limina convaincu par les vues du nouveau pape Léon XIII, à savoir . Cette attitude de modération a l'occasion de s'exercer à l'occasion de l'expulsion des congrégations. Il se tient par exemple prudemment à l'écart du comité des jurisconsultes catholiques institué pour conseiller les évêchés et qui conseille rapidement la résistance frontale au gouvernement. Ainsi, Bourret préconise en de demander au gouvernement les autorisations pour les congrégations féminines ; dans son diocèse, elles font vivre des écoles qui ne pourraient pas subsister sans elles du fait de la pauvreté des campagnes. D'abord dubitatif sur les chances d'une négociation occulte avec le gouvernement, l'évêque de Rodez s'y rallie début juillet avec son métropolitain le cardinal de Bonnechose et dénonce la passivité de Guibert, revirement qui lui attire les remontrances de l'évêque voisin, Anatole de Cabrières. Néanmoins, Bourret s'oppose au projet de déclaration voulu par le pape et reste intransigeant sur les principes : fort de son expertise in utroque jure, il est un des rares évêques à oser nier tout droit de l'État sur les congrégations religieuses ; en , il adresse une lettre au ministre de l'Intérieur pour critiquer vertement ses références à la théorie de la puissance publique du chancelier Pasquier : les congrégations sont des et bénéficient de fait d'une immunité totale. Pessimiste sur les chances de réussite de la modération prêchée par Léon XIII et son ami Lavigerie, il commente : . Pour les élections législatives de 1881, Bourret conseille aux catholiques l'abstention à chaque fois qu'un républicain opportuniste sera aux prises avec un républicain radical.
En 1893, il fut créé cardinal par Léon XIII.
Théologie et action politique