vignette|Pierre de fondation d'une mosquée, issue d'une synagogue et indiquant 24 divisions sacerdotales juives devant servir au Temple de Jérusalem, Sanaa vignette|redresse|Juif yéménite (entre 1898 et 1914) Les Juifs yéménites sont des Juifs qui vivaient, ou dont les ancêtres récents vivaient au Yémen, dans la pointe sud de la péninsule Arabique. Ils forment un groupe majeur des Juifs arabes et plus largement des Juifs orientaux dits Mizrahim. vignette|Localisation Yémen (orange), Israël (vert) Membres de l'une des communautés juives les plus anciennement établies, ils ont émigré à partir du en Israël, où ils se trouvent actuellement pour leur majeure partie.
Aux premiers temps vignette|redresse|Juif yéménite (entre 1898 et 1914) Un royaume juif yéménite aux
Le premier royaume à réussir la conquête de la totalité de l'Arabie méridionale est le royaume de Himyar, à la fin du La dynastie himyarite s'efforce d'unifier religieusement le pays. Le choix du christianisme présenterait l'inconvénient d'impliquer un assujettissement à l'Empire byzantin chrétien. Les rois de Himyar font le choix du judaïsme, se convertissent mais n'en font pas la religion officielle..
En 380, Abîkarib As'ad et ses corégents se convertissent au judaïsme. L'influence prépondérante du judaïsme dans le Yémen du et la conversion de la dynastie himyarite à cette religion paraissent assurées, même si modalités et conséquences sont encore discutées. Cette première révolution met un terme définitif au polythéisme ancestral. Peu à peu, se diffuse le christianisme qui est vu comme une secte et combattu comme tel. Ainsi, vers 470 a lieu le martyre d'Azqir sous le règne de Sharahbi'îl Ya'far. Une lutte religieuse éclate entre chrétiens et Juifs sur fond de guerre civile. Dès 519, le roi d'Éthiopie Caleb Ella Asbeha soutient activement le coup d'État du chrétien Madîkarib Yafur sur le trône. En , il sera exécuté par le monarque juif Yusuf As'ar Dhū Nuwas qui s'empresse d'asseoir son pouvoir en lançant une grande persécution des chrétiens dont le comble se situe en avec le martyre de saint Aréthas à NajrânChristian Robin, Le Yémen entre judaïsme et christianisme.
Le chrétien Madîkarib Yafur doit lancer une expédition punitive en Arabie centrale pour châtier la révolte en juin 521 du Kindite juif Al-Hârith qui refuse de reconnaître son usurpation. Avec le roi juif Yusuf As'ar Dhu Nuwas, c'est Najrân qui refuse de se soumettre en juillet 523. Enfin, l'Empire demeure impuissant à contrer la grande invasion par les Abyssins mandatés par le Basileus en 525. Le roi Yusuf se suicide.
Le christianisme s'implante ainsi grâce aux forces étrangères, balayant les derniers foyers judaïques forcés à se convertir ou à partir. Le roi Sumûyafa Ashwa est intronisé puis renversé en 535 par le chef du corps expéditionnaire abyssin toujours présent, Abraha, qui transfère la capitale de Zafâr à Sanaa. L'occupation abyssine n'est pas bien acceptée. Ainsi, en 570, un prince juif yéménite, Sayf Ibn Dhi-Yaz'an, fait appel aux Perses pour chasser les Abyssins, ce qui entraîne l'invasion perse sassanide du pays, qui renverse le roi abyssin Masrûq.
Procope de Césarée, historien byzantin (500-560) dans son ouvrage De Bello Persico (I, ch. 20). Selon Procope, les Éthiopiens du royaume d'Aksoum ont entrepris la conquête du Yémen au pour mettre fin aux persécutions dont les chrétiens himyarites étaient victimes de la part du roi juif Dhu Nuwas. Les inscriptions explicitement juives sont aujourd'hui une dizaine : elles invoquent le « Seigneur des juifs », le « peuple d'Israël » ou se terminent par shalôm ou amen.
Royaume chrétien au De 525 à 570, le Yémen devint officiellement un royaume chrétien, à la suite de la défaite du dernier roi juif himyarite, Yusuf Dhu Nuwas, contre le royaume d'Aksoum (État de la Corne de l'Afrique situé au nord de l'Éthiopie), allié de l'Empire byzantin. .
Nombre de Juifs de Himyar se convertirent au christianisme pour avoir la vie sauve ; certains continuèrent en pratiquer leur foi en secret, formant une communauté de crypto-juifs. Apparition de l'islam au vignette|Juive de Hadhramaut (1964) À partir de 571 à 632, c'est la grande période de la domination perse sassanide. Puis arrive l'ère musulmane à partir de 632.
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La communauté juive d'Aden connut son "âge d'or" sous le règne des Ayyubides (1173-1229) et sous celui des Rassoulides (1229-1454), durant lesquels la ville fit office de plaque tournante du commerce maritime entre la Méditerranée et l'Océan indien. Parmi les notables dont l'histoire a gardé le nom, Madmun ibn Hasan ibn Bundar, Juif adénite représentant des douanes califales (mort en 1151) ; il affréta en association avec des marchands musulmans un navire qui ouvrit une route maritime entre Aden et Ceylan.
Les Juifs d'Aden étaient dans leur majorité tournés vers l'autorité religieuse des académies babyloniennes (en Irak). Cependant, au , les karaïtes opposés aux préceptes dictés par les académies babyloniennes, eurent une activité importante à Aden, où leur communauté se maintint jusqu'au .
Juifs du Yémen et Moïse Maïmonide vignette|Lampe de Hanouccah du Yemen ( s.)
Mouvements messianiques yéménites
Traditions religieuses
Groupes religieux Les Juifs yéménites se subdivisent en trois grands groupes religieux: les Baladi les Shami les Maïmonidéens ou « Rambamistes »
vignette|Famille Jamal de Sanaa (début s.) Les différences entre ces groupes, outre leur localisation géographique différente à l'origine, concerne largement la balance entre influences respectives des anciennes traditions yéménites, basées en grande partie sur les écrits de Moïse Maïmonide, et d'autre part des traditions issues de la kabbale lourianique, qui exerça une influence grandissante à dater du . vignette|Enfants juifs de Sana'a (1901)Les Juifs Baladi (de l'arabe balad, pays) suivent généralement les règlements légaux édictés par le Rambam, basés sur leur interprétation du Mishné Torah. Leur liturgie fut développée par le Maharitz (Morenou HaRav Yihye Tzalahh), dans une tentative de concilier tant les sectateurs de Maïmonide que les adhérents d'Isaac Louria. La liturgie se base largement sur l'ancienne tradition yéménite, avec quelques concessions seulement à l'Ariza"l. Tous les Juifs Baladi n'acceptent pas la Kabbale d'un point de vue théologique, et lorsqu'ils le font, estiment, conformément à l'opinion d'Isaac Louria que chaque Juif doit suivre sa propre tradition. Les Juifs Shami (de l'arabe ash-Sham, le nord, c'est-à-dire, dans ce cas-ci, la terre d'Israël ou Damas) sont ceux qui ont accepté la Kabbale, et modifié leur liturgie pour se conformer de façon maximale aux usages de l'Ari. Le texte de leur livre de prières suit largement la tradition sépharade, bien que la prononciation, la cantillation et les coutumes yéménites n'en aient pas totalement disparu. Leur halakha est en règle générale basée tant sur le Rambam que sur le Choulhan Aroukh. Leur interprétation de la halakha démontre une forte influence des sépharades de Syrie, bien qu'ils aient rejeté les codes de loi juive ultérieurs originaires d'Europe, et aient sur ces points préféré suivre les décisions de Moïse MaïmonideRabbi Yitzhaq Ratzabi, Ohr Hahalakha: Nusakh Teiman Publishing, Bnei Braq Les Talmidei HaRambam sont, ainsi que leur nom le laisse entendre, des adhérents stricts à la loi talmudique telle que compilée par Moïse Maïmonide. Ils suivent, ou ont été au moins en grande partie influencés par le mouvement Dor Daïm. Ils se considèrent comme des Baladi, maintenant la tradition dans sa forme la plus pure, rejetant tant le Zohar que la Kabbale lourianique.
Dispute entre les Dor Daïm et les Iqshim vignette|Rouleaux de la Torah centenaires Vers la fin du , de nouvelles idées, en provenance de l'étranger, commencèrent à affleurer parmi les Juifs yéménites. Des journaux rédigés en hébreu arrivèrent, et des relations accrues se nouèrent avec les Juifs sépharades, qui arrivaient au Yémen depuis diverses provinces de l'Empire ottoman, pour y nouer des relations avec des personnalités de l'armée et du gouvernement.
Deux voyageurs juifs, Joseph Halévy, un orientaliste juif de France, et Edward Glaser, un astronome juif venu d'Autriche, exercèrent une influence considérable sur la jeunesse juive yéménite, et en particulier sur le rabbin Yihhyah Qafahh. Celui-ci introduisit, à la suite de ses contacts avec Halévy et Glaser, des notions modernes dans le système éducatif, inaugurant une nouvelle école au programme des cours de laquelle figuraient, outre les sujets traditionnels, l'arithmétique, l'hébreu, l'arabe et la grammaire de ces deux langues, les sciences naturelles, l'histoire, la géographie, l'astronomie, les sports, etcThe Jews of the Middle East and North Africa in Modern Times, by Reeva Spector Simon, Michael Menachem Laskier, Sara Reguer editors, Columbia University Press, 2003, pages 403-404. Rabbi Qafahh, un maïmonidéen, fonde le mouvement des Dor Daïm (la « génération des savants »). Comme l'ensemble des Talmidei HaRambam, ainsi que certains Juifs sépharades espagnols et portugais, les Dor Daïm rejetaient le Zohar, l'un des piliers de la Kabbale, qu'ils jugeaient irrationnel, étranger et inconsistant avec la véritable nature, raisonnable, du judaïsme.
En 1913, alors que Rabbi Qafahh, alors directeur de la nouvelle école juive et collaborant étroitement avec les autorités ottomanes, semblait jouir d'un soutien politique suffisant, les Dor Daïm rendirent leurs opinions publiques, et tentèrent de convaincre la communauté juive yéménite de revenir dans son entièreté à la méthode d'interprétation maïmonidienne du judaïsme qui prévalait avant les années 1600.
Cependant, de nombreux membres de la communauté n'adhérant pas au mouvement des Dor Daïm, rejetèrent leurs conceptions. Les opposants, menés par Yahya Yitzhaq, le Hakham Bachi du Yémen, se dénommèrent les Iqshim et refusèrent de dévier des coutumes établies et de l'étude du Zohar.
La dispute entre les Dor Daïm et les Iqshim éclata en 1913, enflamma la communauté juive de Sanaa, et mena à la constitution de deux groupes rivaux, possédant chacun leurs institutions communautaires, qui furent maintenues séparées jusqu'à la fin des années 1940.
Les Iqshim s'en prirent particulièrement à l'école moderne turco-juive instaurée par Rabbi Qafahh. Cette école dut fermer après son inauguration, avant que le système éducatif ne puisse former des jeunes formés à ses idéesSephardi Religious Responses to Modernity, by Norman A. Stillman, Harwood Academic Publishers, 1995, page 19.
Langues vignette|Siddour de Roch haChanah Les juifs yéménites parlaient l'arabe judeo-yéménite une variante du Judéo-arabe et l'arabe yéménite pour communiquer avec les autres arabes.
L'hébreu demeure la langue liturgique et de l'étude de judaïsme. La prononciation de l'hébreu yémenite est différente de celle des autres communautés séfarades. Le Sègol est prononcé comme un A grave, et celle du Holam, comme un é mouillé, un peu ressemblant à la prononciation lituanienne, ou comme un eu. Le Kamats n'est pas comme un A, mais comme un O fermé. Ils font la différence entre le Sheva et le Tséré. Il en résulte que le mot éhad, (un) et le mot aher (un autre) ont une ressemblance, et nous voyons une trace de ce problème dans un texte de la Guemarah. Certains en déduisent que cette prononciation est plus proche de celle qui était à l'origine.
Parmi les auteurs juifs yéménites : (1619-1686 ?), rabbin et poète, a publié un recueil de poèmes destinés à être chantés ou psalmodiés, intitulé Diwan, écrit pour une part en hébreu, et pour une autre part en arabe ; il a écrit également un commentaire sur le Pentateuque. (ou Yihya Salih) (1713 – 1805), rabbin, auteur d'un commentaire en hébreu de textes liturgiques, Etz Ḥayyim ("L'Arbre de la vie"), et d'un ouvrage en arabe, Sha'arei Ṭaharah ("Les Règles de la pureté", concernant les femmes pendant la période des menstruations).