Alexandre (en français) ou Alexander Agricola (en latin) ou Alexander Ackerman (en moyen néerlandais) est un compositeur de l'école franco-flamande, issu d'une famille patricienne gantoise, probablement né à Gand en 1445 ou 1446 et mort à Valladolid en Castille le .
Biographie Origines, enfance et formation Agricola, un compositeur dont la musique a été largement diffusée, doit sa renommée à des compositions dans tous les genres cultivés à son époque.
Quelques données biographiques peuvent être rassemblées à partir du texte d'une composition, , imprimée par Georg Rhau en 1538, dans lequel le compositeur est appelé un « Belge » mort en 1506, à l'âge de soixante ans, lors d'un voyage à travers l'Espagne au service de Philippe le Beau. Il existe deux autres épitaphes, découvertes par Bonnie Blackburn : l'une d'entre elles précise la date de son décès et révèle qu'il était originaire de Gand. Dans les documents d'archives et les manuscrits musicaux, son patronyme figure presque invariablement sous sa forme latinisée, Agricola, même si un dossier de paiement de la cour bourguignonne, écrit en 1500, identifie le compositeur comme « Alexander Ackerman ».
Alexandre Ackerman est probablement né à Gand en 1445 ou 1446 Rob C. Wegman, « », in : Revue belge de musicologie, LI, 1997, . Cité par Paul Van Nevel dans la notice du CD Un labyrinthe secret, Sony, 1999.. Lui et son frère Jan étaient les enfants naturels de Lijsbette Naps, alias Quansuijs. Cette femme d'affaires indépendante, qui disposait de moyens non négligeables, mourut en 1499. Ses activités commerciales à Gand peuvent être retracées jusqu'au début des années 1440. Alexandre décida de latiniser son nom et de s'appeler Agricola. Son père était Heinric Ackerman, un procureur dans le ménage d'un riche citoyen de Gand, Joes Beste (dont il avait épousé la fille naturelle Salmadrijnen en 1448) Rob C. Wegman, Pater meus agricola est: The Early Years of Alexander Agricola, [polycopié distribué à la conférence donnée au AMS National Meeting, Washington, DC, 27-30 octobre 2005], , [En ligne], [s. d.], . .. Heinric doit avoir trouvé la mort peu après 1474. Si la documentation sur Lijsbette Naps et ses activités est abondante, il n'y a presque rien qui puisse nous éclairer sur la formation musicale d'Alexandre. Peut-être fut-il chantre (choriste) dans l'église paroissiale de Saint-Nicolas à Gand, dont Lijsbette enrichit l'institution musicale, la , d'une importante donation en 1467 ; malheureusement, les listes de paiement de la de Saint-Nicolas n'ont pas été conservées.
Compte tenu de la gloire apparente d'Agricola, obtenue en tant qu'instrumentiste à cordes (il avait été , selon l’, et il avait écrit plusieurs pièces instrumentales), il se peut qu'il ait été associé, dès son jeune âge, à la corporation des musiciens instrumentistes Une est un ensemble d'instruments doux, comme le luth, la viole de gambe ou la flûte à bec. à Gand.
Le compositeur est parfois identifié avec « maistre Alexandre » ; il est difficile de savoir si cela indique qu'il était détenteur d'un diplôme universitaire ou si cela faisait allusion à une maîtrise reconnue dans une activité musicale établie quelconque.
Un , ou , fut actif comme chanteur et joueur de viole de gambe dans divers centres musicaux italiens au début des années 1470 ; il semble qu'il ait reçu le soutien d’un compagnon professionnel répondant au nom d'Antonio Pons, ou Ponzo (également un gambiste). On a souvent voulu identifier ce musicien, Alemanno, avec le compositeur Agricola, même si ce dernier n'était pas effectivement d’origine allemande, car le comté de Flandre faisait partie, du moins théoriquement, du royaume de France. Aucun document ne donne le patronyme d'Alessandro et nulle part est-il identifié par un toponyme tel que (de Flandre). L'identification avec le compositeur n’est qu’hypothétique ; de surcroît, elle est affaiblie par un document provenant de la cour de Naples, daté de 1456, qui se réfère à un chanteur de cour qui s’appelait Alessandro Alemanno - sûrement pas le compositeur, qui aurait été âgé d'environ dix ans à cette époque. Étant donné l'absence presque totale de listes complètes de la chapelle de Naples pour la période de 1455 à 1480, il ne peut être exclu qu'il y ait travaillé sans interruption jusqu'en 1470, année où Alessandro Alemanno et Antonio Pons quittèrent la cour de Naples pour accepter un emploi à Milan, où résidait Galéas Marie Sforza, qui sut aussi attirer Josquin des Prés, Johannes Martini et Loyset Compère à sa cour. Pour compliquer davantage les choses, un document rédigé à Milan en rapporte d'Alessandro Alemanno qu'il aurait un cousin, Pietro da Vienna ex Alemania – un homme assez âgé pour être appelé, vers 1456, le père d'un Sigismund. Rien du passé et des origines d'Agricola ne suggère pourtant qu'il y ait quelque lien entre lui et Vienne. Dans la mesure où il existe des documents ou des déclarations contemporaines faisant référence à ses origines, ils qualifient le compositeur invariablement de Flamand ou de Belge.
Cambrai / France Le premier document faisant mention sans équivoque du compositeur Alexandre Agricola provient de la cathédrale de Cambrai, où il reçut un paiement de quatre livres pour ses services comme « petit vicaire ». (chantre) en 1475-1476. C'est vers cette époque qu'a été copiée la plus ancienne source conservée de l'une de ses œuvres : , transmise par un manuscrit en papier daté d'environ 1476. Cependant, pour autant qu’on puisse en juger sur la base des sources conservées, la diffusion internationale de la musique d’Agricola ne commença pas avant les années 1490. Compte tenu de la rareté des sources françaises et néerlandaises des années 1470 et 1480, ses premières œuvres peuvent avoir été principalement diffusées dans ces pays.
Tout ce que l’on sait avec certitude de la vie du compositeur avant 1491 suggère qu'il ait vécu et travaillé en Flandre et en France. Pourtant, Agricola était peut-être beaucoup plus jeune que nous ne l'avions cru jusqu'à présent. Même si l'épitaphe imprimée en 1538 était fondée sur un témoignage, il reste possible que l'âge indiqué de soixante ans soit aussi exagéré que les « presque cent » ans attribués au défunt Ockeghem, compositeur qu'il pouvait avoir connu à la cour de France. Les documents d'archives à Gand ne révèlent aucun lien entre les parents d'Agricola avant le milieu des années 1450 : en 1455, Lijsbette Naps prêta de l'argent à l'employeur de Heinric Ackerman, Joes Beste, et deux ans plus tard, Heinric se porta garant d'une transaction d'affaires entre Lijsbette et la veuve de Joes (qu'il continuait à servir comme procurateur).
Florence Après son passage à Cambrai, on perd toute trace d'Agricola pour une période de dix ans. Il ne figure pas sur une liste de la chapelle royale de France en date du (la seule liste de ce type à avoir été conservée pour cette décennie), mais nous savons qu'il rejoignit cette institution au cours des cinq années suivantes car, en 1491, il quitta la cour de France sans autorisation pour se rendre à Mantoue, puis à Florence, où, le , il fut nommé à la cathédrale avec un salaire mensuel de quatre florins et où il travailla comme collègue de Henricus IsaacIl se peut d'ailleurs qu'Isaac soit le compositeur de l’ mentionné plus haut, car il écrivit , qui en constitue presque certainement la troisième partie ().. Par une lettre de Charles VIII à Pierre de Médicis, datée du , probablement de l’année 1492, le roi de France demanda instamment le retour d'Alexandre Agricola, ., ainsi que celui d'un luthiste qui se trouvait en sa compagnie.
Naples L'emploi d'Agricola à la cathédrale de Florence cessa le . À peine deux semaines plus tard, on le retrouve à la cour de Naples. Par une lettre du de Ferdinand , écrite à Charles VIII, le roi de Naples confirma qu'Alexandre avait séjourné quelques jours à sa cour, que l'on avait pris plaisir à écouter son chant et qu'il se serait réjoui de pouvoir le retenir à son service. Agricola revint en France (comme Ferdinand avait pris soin de promettre à Charles VIII), sans doute en passant par Florence, le , car la Santissima Annunziata enregistra la quittance de douze florins d'or pour les quatre mois passés à Rome et à Naples. Plusieurs mois plus tard, le , le roi Ferdinand chargea son ambassadeur à la cour de France de proposer à Alexandre un salaire annuel de 300 ducats, correspondant à ce qu'il avait demandéMême s'il y avait deux monnaies italiennes appelées , dans les deux cas, le salaire demandé par Agricola aurait largement dépassé les 200 ducats demandés par Josquin à Ferrare en 1502..
Le compositeur accepta l'offre de Ferdinand , mais ce dernier se vit contraint de reporter la nomination en raison de la dégradation rapide de la situation politique en avril 1493. Finalement, en septembre de la même année, il chargea son ambassadeur français de donner à entendre à Agricola qu'il ne devait pas venir. Cinq mois plus tard, Agricola vint à Naples accompagné de Johannes Ghiselin, mais pas dans le but d'accepter l'offre d'emploi. Une lettre du (dix-sept jours après la mort de Ferdinand ) témoigne de la présence du compositeur à la cour de Naples, comme le fait une autre lettre, du , mais il ressort de ces deux documents qu'il était employé par Pierre de MédicisAu même moment, les chapelles florentines furent dissoutes à la suite de la prédication de Savonarole ; il semble qu'Agricola et Ghiselin aient obtenu l'autorisation de quitter Florence, toutefois, sans être formellement congédiés..
Gand / Pays-Bas des Habsbourg / Valladolid On ne sait rien du sort du compositeur entre et le moment où il accepta un emploi à la cour de Bourgogne, c'est-à-dire en . Peut-être, la mort de sa mère, survenue en , le ramena à Gand, car une petite taxe sur l'héritage, payée par lui et son frère Jan, est enregistré dans les comptes de la ville ; il est toutefois vrai qu'Alexandre ne devait pas nécessairement se déplacer pour y parvenir. Quoi qu’il en soit, en tant que chanteur de la cour bourguignonne, Agricola eut l'occasion de revenir dans sa ville natale. Philippe le Beau et sa cour se trouvaient à Gand le , et les comptes bourguignons confirment le paiement de son salaire à cette date, conjointement avec des paiements à des compositeurs tels que Pierre de la Rue, Anthonius Divitis et Marbrianus de Orto. Quelques mois plus tard, la cour entreprit son voyage infortuné pour la Castille, n’atteignant Valladolid que le .
Peu après, Agricola aurait eu une forte fièvre (), dont on dit qu’elle causa sa mort près de Valladolid, le . Ses restes furent déposés dans une église non-identifiée de la ville. Des documents d’archives des Bourguignons indiquent qu’il possédait des prébendes à Gorinchem et à Valenciennes (Notre-Dame de La Salle).
Quelques années après sa mort, Eloy d'Amerval le mentionne dans son (1508).
Le , un certain se présenta à la cour de Mantoue pour y rester au moins jusqu'à l'année suivante. Alessandro peut être le fils d'Alexandre, ou, plus probablement (étant donné que les enfants portaient généralement le prénom de leurs parrains et marraines) de son frère Jan, qui est sans doute identique au chanteur Johannes Agricola de Gand (actif à Bois-le-Duc entre 1486 et 1493, et en 1496) et le compositeur Johannes Agricola, qui a laissé des mises en musique d’une chanson française () et d'une autre, néerlandaise (Comment cacher ma souffrance.).
Œuvre Caractéristiques Remarques générales Alexandre Agricola a composé des messes, des motets et des chansons polyphoniques (sur des paroles françaises, néerlandaises et italiennes). Il reste fidèle à la tradition franco-flamande et est l'émule de Josquin des Prés. On ne décèle chez lui aucune influence italienne. Il est remarquable par son style énergique. Il voit la chanson comme un sujet qui se prête à de brillantes variations et qui lui permet de mettre en valeur les sentiments et d'étonner les auditeurs par les ornementationsLarousse de la musique, Paris, 1982..