Edmondo Rossoni, né le à Tresigallo, dans la province de Ferrare en Émilie-Romagne et mort à Rome le , est un journaliste, syndicaliste et homme politique fasciste italien.
Syndicaliste révolutionnaire avant la Première Guerre mondiale, il participe à la fondation, en 1918, de l'Union Italiana del Lavoro (UIL) aux côtés d'autres « interventionnistes de gauche », dont le programme influence Mussolini, et publie le journal L'Italia nostra. Ayant adhéré au fascisme, il organise en 1922 la Confédération nationale des organisations syndicales (fasciste) puis devint sous-secrétaire de la présidence du Grand Conseil du fascisme (1932-1935) et enfin ministre de l'Agriculture et des Forêts (1935-1939). Il fut l'un des théoriciens du syndicalisme fasciste, avec d'autres intellectuels fascistes tels Bottai ou Rocco. S'étant opposé à Mussolini en votant en faveur de l'Ordre du jour Grandi, motion par laquelle Mussolini est démis, Rossoni est condamné à mort par contumace, avec les 19 autres personnalités fascistes ayant voté la motion Grandi, lors du procès de Vérone organisé par le « tribunal spécial pour la défense de l'État de la République sociale italienne (it) ».
En , à la fin du conflit et de la chute définitive des restes du régime fasciste Rossoni est condamné cette fois à la prison à perpétuité par un tribunal du royaume d'Italie. Déjà réfugié au Vatican, il réapparaît au Canada où il reste un an, avant de revenir, amnistié, en 1948. Rossoni se retire alors de la vie politique, et meurt en 1965.
Biographie
La jeunesse socialiste Après avoir passé son baccalauréat en lettres, Edmondo Rossoni adhère au Parti socialiste italien (PSI) et participe activement aux grèves des ouvriers agricoles de 1903-1904. En , il s'établit à Milan et deux ans plus tard est élu membre du groupe de propagande syndicaliste de la fédération milanaise. Convaincu par l'antimilitarisme ambiant, il devient alors correspondant de la Gioventù socialista.
Passage au syndicalisme révolutionnaire Opposé au réformisme, il appelle à la rupture avec la Confédération générale du travail (CGdL), fondée en 1906, ainsi qu'avec le PSI, aux côtés d'Alceste De Ambris et Michele Bianchi. Il quitte alors, en 1907, la fédération milanaise du PSI, et se consacre à plein temps à l'activité syndicale.
Aux côtés de bon nombre d'Italiens proches du syndicalisme révolutionnaire, il est alors influencé par les idées de Georges Sorel et collabore de temps à autre à la revue Pagine Libre d'Angelo Oliviero Olivetti.
En exil à l'étranger Commissaire administratif de la chambre de travail de Plaisance, Rossoni tient des discours révolutionnaires qui lui valent, le , une condamnation à quatre ans de réclusion et à deux de surveillance spéciale Brève notice sur Rossoni (sur Diligander.libero) . Comme d'autres camarades, il s'exile alors à Nice. Se sentant menacé, il part finalement pour le Brésil, où il trouve du travail auprès du journal Il Fanfulla grâce à l'aide de Alceste De Ambris. Cependant, après quelques semaines, Rossoni est expulsé du Brésil pour « activité subversive » et s'établit alors à Paris avant de quitter la France en juillet 1910 pour New York, où il adhère à la Fédération socialiste italienne de Giacinto Menotti Serrati.
Durant ces années, il publie la Bandiera del Popolo, revue à laquelle participa Enrico Leone, qui avait préfacé en 1906 l'édition italienne des Réflexions sur la violence de Sorel, ainsi que Filippo Corridoni. Devenu organisateur de la fédération, il devient rédacteur au quotidien Il Proletario avant d'être arrêté pour incitation à la grève. Rossoni rentre en Italie en janvier 1913, dix-huit mois avant la Semaine rouge et l'attentat de Sarajevo. Il est nommé secrétaire du syndicat provincial du bâtiment de Modène, où il dirige une grève de soixante-dix jours qui se conclut par un échec. Craignant une nouvelle arrestation, il s'exile à nouveau aux États-Unis, où il prend la direction de Il Proletario.
De l'interventionnisme au syndicalisme national Au début de la Première Guerre mondiale, il se range dans l'aile interventionniste de gauche, ce qui l'incite à démissionner de son journal, qui reste fidèle au neutralisme ; le directeur du journal, Serrati, participera en 1915 à la Conférence de Zimmerwald prônant l'internationalisme prolétarien. Mis en minorité à Parme avec les autres interventionnistes lors du congrès de l'Union Sindacale Italiana (USI) en , Rossoni quitte celle-ci et prend la tête de La Tribuna, un quotidien qu'il rebaptise L'Italia nostra en 1918, après avoir brièvement participé aux combats. En , il fonde, aux côté d'Alceste De Ambris et Michele Bianchi, l'Union Italiana del Lavoro (UIL).vignette|L'Italia nostra, numéro unique pour le second anniversaire du début de la guerre (24 mai 1917). Ayant constitué un mouvement syndical énergique à Ferrare, auquel il donne le nom de Chambre syndicale Contu Luigi. « Le mouvement syndicaliste en Italie ». In: Politique étrangère N°1 - 1938 - pp. 41-58. sur Persée , il devient secrétaire de l'UIL. En , il anime à Dalmine (Lombardie) la grève générale proclamée le par l'UIL dans l'usine métallurgique. Le Biennio Rosso est en marche. Huit jours plus tard, Rossoni est parmi les 119 militants présents à l'assemblée générale de la piazza San Sepolcro, à Milan, réunion hétéroclite qui rassemble anciens combattants, futuristes ainsi que Mussolini, qui était venu à Dalmine délivrer un discours, et le futur quadriumvirat de la marche sur Rome. La réunion chaotique de Milan finit par aboutir à la décision de fonder les Faisceaux italiens de combat, auxquels participa Rossoni. Ce dernier devient alors directeur de la Chambre de Travail de Rome. Après les élections de novembre 1919, marquées par une progression importante du Parti socialiste italien (PSI), Rossoni est petit à petit marginalisé au sein de l'UIL. De décembre 1920 à juillet 1921, il publia Cultura sindacale, revue mensuelle à laquelle collaboraient Sergio Panunzio, Armando Casalini ou encore Mario Racheli.
Il accepte par la suite de diriger, à partir de 1921, la Chambre de Travail fasciste de Ferrare, devenant le représentant d'un ou . En , le premier congrès des nouveaux syndicats qui ont émergé un peu partout durant le Biennio Rosso se tient à Ferrare, là où Rossoni avait fondé la « Chambre syndicale » .
La Confédération nationale des corporations syndicales fascistes Il adhère dès sa fondation, en , au Parti national fasciste (PNF). Quittant l'UIL, il emmène avec lui ce qui deviendra le noyau des syndicats fascistes (dont , créés lors du congrès de Bologne de . Le , Rossoni est nommé secrétaire général de la Confédération nationale des corporations syndicales (Confederazione Nazionale delle Corporazioni Sindicali) , qui comprenait 250 000 membres Jonathan Dunnage, Twentieth-century Italy: a social history, p.65 , et 850 000 un an plus tard. Le mois suivant, une grève générale lancée par les socialistes échoue. Rossoni prend alors la direction du Travail d'Italie (Il Lavoro d'Italia), l'organe de presse de la nouvelle confédération.
En , Mussolini obtient le soutien de l'ensemble du camp nationaliste en affirmant qu'il ne remettrait pas en cause la monarchie. Après la marche sur Rome (), Rossoni promeut l'idée corporatiste d'un « syndicalisme intégral » , afin de convaincre la Confindustria et la Confagricoltura, les puissantes organisations patronales de l'industrie et de l'agriculture, de rejoindre la Confédération, dans l'idée de mettre fin à la lutte des classes par l'union nationaliste des ouvriers et des patrons. Il dirige à partir de 1923 Stirpe (1923-1940), la revue de l'Institut national fasciste de la culture, à la tête duquel se trouve Giovanni Gentile. Ugo Spirito et écrivent dans la revue. vignette|320x320px|Edmondo Rossoni en 1927. Son objectif n'est pas atteint, il cherche à obtenir, pour les corporations, le monopole de la représentation syndicale du monde ouvrier, une position qui le conduit au conflit avec la Commission des dix-huit, mise en place par le régime avec l'objectif d'étudier les problématiques politiques et sociales . Élu à la chambre des députés, il participe en 1925 à la fondation de l'Œuvre nationale du temps libre (Opera Nazionale Dopolavoro) . Le , il répond au discours d'Antonio Gramsci au Parlement, qui souligne l'échec du capitalisme italien et l'importance de l'émigration italienne, en déclarant: Discours d'Antonio Gramsci au Parlement du 16 mai 1925 .
Au printemps 1925, les syndicats fascistes dirigés par Rossoni mènent plusieurs grèves, effrayant ainsi les conservateurs et une partie des fascistes. Non sans difficulté, Rossoni atteint toutefois son objectif corporatiste le grâce aux . Signés par la Confindustria, ces accords remplacent les syndicats ouvriers par les organisations corporatistes contrôlées par le Parti fasciste. À partir de ce moment, les positions de Rossoni et des corporations, en raison des pouvoirs qu'ils détiennent et du soutien persistant apporté par la revue Stirpe et la Conquista dello Stato de Malaparte aux idées de Sorel, sont regardés avec suspicion par les autres centres du pouvoir, à l'intérieur ou à l'extérieur du parti. À la suite de cela et de la Charte du travail (1927), les dirigeants syndicaux se trouvent souvent isolés et privés de réels pouvoirs d'intervention, l'« affaire Rossoni » faisant grand bruit en 1928-1929. Celui-ci est poussé en 1928 à la démission de la Confédération nationale, et celle-ci scindée en deux, ce qui lui ôta toute influence.
Carrière sous le régime En septembre 1930, il devient membre du Grand Conseil du fascisme et deux ans après il prend la charge de sous-secrétaire à la présidence du Conseil. En mars 1935, il succède à Giacomo Acerbo en tant que ministre de l'Agriculture et des forêts, charge qu'il occupera jusqu'en 1939.
L'Ordre du jour Grandi et la fin de vie Le , il vote en faveur de l'Ordre du jour Grandi, motion par laquelle Mussolini est démis. Après l'évasion de Mussolini et la fondation de la République de Salo, Rossoni est condamné à mort par contumace, avec les 19 autres personnalités fascistes ayant voté la motion Grandi, lors du procès de Vérone organisé par le « » . En mai 1945, à la fin du conflit et de la chute définitive des restes du régime fasciste, Rossoni est condamné cette fois à la prison à perpétuité par un tribunal du royaume d'Italie . Déjà réfugié au Vatican, il réapparaît au Canada où il reste un an.
Amnistié en 1948, Edmondo Rossoni rentre en Italie et se retire de la vie publique. Il meurt à Rome en 1965.
Notes et références
Liens externes
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