L'économie du Nigeria est dans sa structure comparable à celle de bien des pays africains, mais tout y est à une échelle supérieure : basée sur une main-d'œuvre et des ressources naturelles abondantes, les fuites de fonds liées à des pratiques financières illicites favorisées entre autres par la corruption et globalement une opacité du système financier mondialGlobal Financial Integrity, « Illicit Financial Flows from Africa: Hidden Resource for Development », 26 mars 2010 y constitue un frein important au développement.
Pays le plus peuplé d'Afrique, il est le de pétrole du continent, cet hydrocarbure représentant 90 % de tous les produits d'exportation. Son produit intérieur brut (PIB) par habitant le situe dans la moyenne africaine, mais il reste largement en dessous du niveau d'avant l'indépendance. Environ deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté absolue ( par jour), contre 43 % en 1985. et sa richesse en ressources naturelles, le Nigeria se classe au rang de économique d'Afrique avec un PIB de 481,07 milliards de dollars (2016), devant l’Afrique du Sud (312,8 Mds de dollars en 2016). Son PIB (en parité de pouvoir d'achat) était le deuxième en Afrique derrière l'Égypte en 2018.
L'essentiel de l'activité économique se réalise dans la zone côtière, au sud du pays, notamment autour de Lagos. Bien qu'employant l'essentiel de la population active, l'agriculture du pays tend à se développer ces dernières années (33 % du PIB en 2009) avec l'apparition des entreprises locales comme Dangote qui y produit la banane, le maïs, le manioc, le cacao, l'arachide, etc. L'industrie est peu présente dans l'ensemble du pays.
Le classement 2008 de Transparency International de l’indice de perception de la corruption le classait sur évalués.
Histoire thumb|Évolution du PIB réel par habitant du Nigeria depuis 1950. L'essentiel du développement économique du Nigeria s'est produit dans le sud du pays, où les premiers colonisateurs européens et plus particulièrement britanniques se sont installés à partir du milieu –début s, dans le cadre de la compétition générale pour le contrôle du commerce dans l'Atlantique. Pour concurrencer les Hollandais dans le commerce des esclaves, la Company of the Royal Adventurers obtint une charte de monopole pour l'Afrique de l'Ouest dès 1660, puis fut remplacée en 1672 par la Royal African Company. Après l'élimination progressive des Hollandais au et la chute de Napoléon Bonaparte en 1815, le Royaume-Uni resta la seule puissance dominante de la région.
Le commerce des esclaves fut la cause essentielle des conflits meurtriers qui ensanglantèrent le sud du pays pendant les trois siècles où il fut pratiqué. Vers le milieu du , il devint plus intéressant pour les Britanniques de trouver de nouveaux débouchés pour leurs produits manufacturés, ainsi que d'assurer leur mainmise sur le commerce de l'huile de palme et de l'ivoire, au besoin en imposant leur pouvoir directement sur les chefs des tribus côtières de ce qui deviendra le Nigeria.
En 1850, les principales bases britanniques étaient situées dans le delta du Niger et à Lagos, mais un mouvement de développement de l'arrière-pays fut entrepris afin notamment de contrecarrer les éventuelles revendications territoriales des autres puissances coloniales. Lagos devint une colonie de la Couronne en 1861 pour permettre une meilleure lutte contre le trafic d'esclaves désormais illégal, juguler les luttes intestines entre yorubas, et empêcher que les Français ne s'en emparent. Les nouveaux occupants favorisèrent le développement dans les années qui suivirent de cultures commerciales et, lors de son accession à l'indépendance en 1960, le pays était la première puissance agricole du continent africain.
Des années de mauvaise gestion, essentiellement imputables à la corruption généralisée ainsi qu'à l'incompétence des pouvoirs militaires qui se succéderont aux commandes du pays, feront qu'au début du le pays n'a plus de présence significative sur les marchés mondiaux. Désormais, le pétrole constituant l'essentiel des exportations et du revenu de l'État, la situation économique générale est fortement dépendante des cours mondiaux du brut.
Cependant depuis l'arrivée du gouvernement civil réformateur d'Olusegun Obasanjo en 1999 et la remontée des cours du brut en 2004, le pays connaît une croissance vigoureuse de son PIB, (de 4 à 6 % par an).
Le Nigeria est le seul pays du monde disposant d'importantes ressources pétrolières à présenter un déficit budgétaire en 2007..
Un rapport par l'organisation non gouvernementale Global Financial Integrity du quantifie pour la première fois les fuites illicites de fonds liés à des pratiques financières hors du continent africain. Le Nigeria y est cité comme le pays étant, de loin, le plus soumis aux fuites de fonds par des pratiques financières illicites. Il est estimé que de 1970 à 2009, les fuites de capitaux du Nigeria s’élèvent à de dollars, à un taux moyen de par an.
Le rapport indique également que bien que beaucoup d’attention soit généralement accordée aux processus de corruption (le Nigeria est classé à la mondiale sur 180 dans le classement de Transparency InternationalTransparency international, Corruption Perceptions Index 2009 .), l'indice de corruption est de 2,4/10. Dans l'analyse des flux transfrontaliers illicites, les fonds concernés par ces procédés constituent environ 3 % du total sur l’ensemble de l’Afrique (aucun chiffre n’est donné par pays). Les pratiques criminelles liées au trafic de drogue, au racket, et à la contrefaçon entrent pour 30 à 35 %. Les procédés d'évasion fiscale, principalement à travers les techniques de trucage commercial et financier, sont de loin la composante principale en constituant entre 60 et 65 % du total. Ces fuites massives et illégales sont facilitées par une opacité mondiale du système financier.
Dans son intervention à la Convention sur l'Europe, Eva Joly souligne également que le Nigeria a « été pillé de probablement de dollars en trente années, les fonds se trouvent en Europe, essentiellement en Angleterre, en France, en Suisse ».. D'après le lauréat du prix Nobel d'économie 2001 Joseph E. Stiglitz, l’inefficacité économique a aussi causé la fuite de de dollars, venus s'investir à l'étranger plutôt qu'à l'intérieur du pays.
vignette|Marché à Lagos. Fin , la Banque mondiale a aidé à récupérer de dollars détournés dans des banques suisses par Sani Abacha et son clan pendant qu'il était au pouvoir, bloqués par la Suisse à la demande du Nigeria en 1999 (la Banque mondiale a reçu pour des projets contre la pauvreté). Le milliard et demi de dollars restant, détourné par le clan Sani Abacha, est essentiellement situé en France ( – non restitués), au Royaume-Uni ( – restitués), au Luxembourg et au Liechtenstein.
Grâce à ses ressources pétrolières, le Nigeria fait partie des premières puissances économiques du continent. Cette richesse a peu d'effet sur le niveau de vie de sa population qui est dans la moyenne des pays africains. Ainsi, en 2015, plus de la moitié des Nigérians vit avec moins de par jour.. Les cinq hommes les plus riches du pays ont une fortune cumulée de de dollars, soit plus que l’ensemble du budget national du pays sur une année. Dans un rapport, les ONG Development Finance International et Oxfam dénoncent la responsabilité des autorités qui « exacerbent les inégalités en sous-finançant les services publics, tels que la santé et l’éducation, et en ne luttant pas efficacement contre l’évasion fiscale et la corruption », tout en accordant aux multinationales une fiscalité avantageuse. +Trois plus grandes économies africaines en 2013RangÉtatPIB1 de dollars US2 de dollars US3 de dollars US Le chercheur allemand Jochen Lusckscheiter, de la fondation Heinrich Boll, dresse en 2020 un panorama assez pessimiste de l'état de l’économie nigériane : « Depuis 2015, le taux de chômage est passé d’environ 8 % à plus de 23 % (…) Environ 55 % de tous les jeunes du pays sont soit sous-employés soit sans emploi. Ces difficultés sociales ont aggravé ou soutenu d’innombrables conflits sociaux au cours des dernières années. Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays s’élève à plus de . Ailleurs, le banditisme et les enlèvements contre rançon se sont imposés comme un modèle commercial, car il est de plus en plus impossible pour un nombre croissant de personnes de gagner leur vie par des moyens légaux ».
En 2021, le Nigeria a été frappé par la crise du covid, les investissements étrangers ont chuté de 32 % passant à 698,8 millions de dollars (contre 1,03 milliard de dollars en 2020).
Ressources naturelles Exploitation pétrolière
right|300px|thumb|L'essentiel des réserves nigérianes se trouve dans des gisements offshore
Les premiers signes d'intérêt pour l'exploitation des ressources pétrolières nigérianes datent du début du , au moment où le pétrole devient une ressource stratégique de premier ordre. Des compagnies privées britanniques commencèrent donc à prospecter aux quatre coins de l'Empire (Trinidad, Indes orientales, Birmanie) afin de diversifier les sites de production, essentiellement localisés au Moyen-Orient.
C'est en 1906 que John Simon Bergheim, après avoir racheté toutes les licences d'exploration de la région, convainquit le gouvernement colonial du Nigeria d'octroyer une licence d'exploitation à sa compagnie, la Nigeria Bitumen Corporation (NBC). Ce monopole de fait fut protégé par le gouvernement colonial, qui réécrivit la loi nigériane sur l'exploitation minière de 1907 pour protéger les intérêts de la NBC et lui fournit également un prêt lui permettant de financer ses recherches. À la mort de Bergheim, en 1912, plus d'une quinzaine de puits avaient été creusés près du delta du Niger, près de livres sterling englouties, et ce sans résultatJ.Steyn, , XIV International Economic History Congress, Session 11, Helsinki 2006, . L'éclatement de la Première Guerre mondiale un peu plus tard marqua la fin des ambitions pétrolières de la région pour les vingt prochaines années.
La société Shell d'Arcy obtint une nouvelle licence d'exploration pour l'ensemble du Nigeria en 1937. Après une interruption pendant la Seconde Guerre mondiale, l'exploration reprit, sans succès, jusqu'à la découverte successive de deux premiers gisements commercialement viables, dans les États actuels de Bayelsa et Rivers, en 1956. Après la construction d'un oléoduc depuis les gisements jusqu'à Port Harcourt, le premier cargo pétrolier quitta le pays le .
En 1959, la concession unique accordée à Shell fut revue à la baisse, permettant à d'autres compagnies de se lancer dans l'aventure nigériane et d'augmenter la capacité d'exploration. Shell perdit près de la moitié de ses concessions du delta du Niger, ne gardant que les secteurs les plus prometteurs. Le pays devint indépendant un an plus tard, en 1960, et rejoint l'Organisation des pays exportateurs de pétrole en 1971.
right|250px|thumb|Évolution du PIB (%, noir) par rapport aux cours du brut (USD, violet) (1991-2006)05*, 06*: estimationsSources : FMI, Illinois Oil and Gas Assoc.
Le pétrole ( de barils par jour, mondial en 2008) génère près de 95 % des exportations, 80 % des revenus fiscaux et un tiers du PIB nigérianUS Dept of Energy, , janvier 2006. Le niveau estimé des réserves serait de de barils selon l'OPEP, mais a régulièrement progressé ces dernières années grâce à la prospection off-shore.