Jacques Lafleur, né le à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et mort le à Gold Coast (Australie)Mort de Jacques Lafleur… sur Le Monde avec AFP, 5 décembre 2010 (en ligne). est un homme politique français.

Député entre 1978 et 2007, président de la Province Sud de Nouvelle-Calédonie de 1989 à 2004 et chef du camp anti-indépendantiste de 1977 à 2004, il domine la vie politique néo-calédonienne pendant plus de 25 ans. Il est l'un des principaux négociateurs et signataires des accords de Matignon (avec Jean-Marie Tjibaou et Michel Rocard) en 1988 et de Nouméa (avec Rock Wamytan et Paul Néaoutyine) en 1998.

Jeunesse Issu d'une grande famille néo-calédonienne, il est le deuxième fils de l'industriel et propriétaire de mine Henri Lafleur, qui est le premier sénateur de l'archipel de 1947 à 1955 et de 1959 à 1974 sous les couleurs des Républicains indépendants ainsi que l'une des figures locales de l'opposition à la domination de l'Union calédonienne (UC) de Maurice Lenormand, et de Claudine Spahr. Il suit les cours au lycée Lapérouse de Nouméa puis poursuit ses études en Métropole où il obtient une licence en droit à la faculté de droit de Paris. Il reprend ensuite, avec ses frères, une partie des affaires de son père.

Famille

Il épouse à Paris, le , Roberte Charon (née en 1932, décédée en 2021), seconde fille de Robert Charon, commerçant originaire du Havre et installé à Tahiti où il a été président de la Ligue de la France Libre de 1942 à 1948, de la section locale de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) de 1939 à 1949 et le consul honoraire de Norvège en Polynésie française, ainsi que délégué à l'Assemblée consultative provisoire d'Alger de 1943 à 1944. Jacques et Roberte Lafleur, qui se sont séparés dans les années 1980, ont eu deux enfants, nés à Nouméa : Isabelle (née le ), chef d'entreprise, divorcée et mère de trois enfants (Coralie, Laurence et Charles), Pascal (né le ), chef d'entreprise, marié et père de deux enfants (Édouard et Clarisse).

À partir de 1985 et jusqu'à son décès en 2010, il vit maritalement avec Françoise Sagnet-Chaverot., qui s'engage également en politique au sein du RPCR jusqu'en 2006 puis au RPC dont elle est la trésorière depuis lors. Elle fut élue au Congrès, et successivement au conseil de la Région Sud puis à l'assemblée de la Province Sud, de 1985 à 2009.

Entrée en politique

Il entre en politique le en étant élu à l'Assemblée territoriale.. À l'époque, la vie politique calédonienne est dominée par un parti, l'Union calédonienne de l'ancien député Maurice Lenormand. Mais, depuis le début des années 1970, ce dernier est de plus en plus contesté en raison de sa mainmise autoritaire sur le parti. De nombreux petits partis se créent, parmi eux l'Entente démocratique et sociale (EDS) d'Henri Lafleur (opposant de longue date de l'UC) et de son fils Jacques. Aux élections territoriales de 1972, l'Union calédonienne ne réussit pas à obtenir la majorité absolue mais contrôle toujours le conseil de gouvernement, auquel Jacques Lafleur est élu jusqu'en 1977.. Au cours de ce mandat, la défection d'un des alliés politiques de l'Union calédonienne (l'Union multiraciale) entraîne une véritable instabilité politique où aucun parti n'a la majorité et ne peut donc diriger les affaires locales.

Création du RPCR RPC

Dans le même temps, l'indépendantisme trouve de plus en plus d'écoutes. Aux municipales de , des indépendantistes font une percée spectaculaire tandis que lors de son congrès de la même année à Bourail, l'Union calédonienne prend officiellement position pour l'indépendance. Face à cela, Jacques Lafleur décide de fédérer tous les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France en vue des élections territoriales du . Ainsi, le , lors d'un grand congrès à Nouméa dans une ambiance de kermesse « à l'américaine », est créé le Rassemblement pour la Calédonie (RPC) unissant les grandes tendances loyalistes et autonomistes non-indépendantistes et des représentants des grands partis de droite de métropole : des chiraquiens (Dick Ukeiwé, Jacques Lafleur) et des giscardiens (le maire de Nouméa Roger Laroque, le sénateur Lionel Cherrier).

Premières victoires électorales et RPCR

Ce nouveau parti remporte les élections territoriales avec 16 sièges sur 34, sa majorité est complétée par les deux élus du Mouvement libéral calédonien (MLC), un parti anti-indépendantiste dissident de l'UC en 1971 et dirigé par Jean Lèques. Au conseil de gouvernement, dont les compétences ont été élargies par une loi de 1976, il y a, sur 7 membres, 5 RPC et 2 UC et c'est un membre du Rassemblement, André Caillard, qui devient vice-président de ce conseil.

Mais Jacques Lafleur, lui, ne s'est pas présenté sur la liste RPC aux élections territoriales : il se réserve pour un autre scrutin, les législatives de 1978 où il brigue le siège de député dans un nouveau district électoral tout juste créé, la seconde circonscription dite « circonscription ouest », tandis que Dick Ukeiwé se présente contre Rock Pidjot dans la première. Le , dès le premier tour et face à cinq autres candidatsArrêté du 23 février 1978 portant fixation de la liste des candidats aux élections législatives du 12 mais 1978 ( Circonscription Électorale), JONC , ., il est élu pour la première fois à l'Assemblée nationale avec 55,2 % des suffrages exprimés tandis que Dick Ukeiwé réussit à mettre en ballotage Rock Pidjot avant d'être assez sévèrement battu au second tour par 40,6 % des voix contre 59,4 % au député sortant.. Jacques Lafleur est par la suite réélu à sept reprises au Palais Bourbon où il siège jusqu'en 2007, dont six fois au premier tour.

À l'Assemblée nationale, Jacques Lafleur s'inscrit au groupe du Rassemblement pour la République (RPR) et transforme dès le son RPC en Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) en l'affiliant au parti de Jacques Chirac qui est présent pour la circonstance, provoquant le départ des fidèles de Valéry Giscard d'Estaing dont le sénateur Lionel Cherrier« Jacques Chirac et la Calédonie », Les Nouvelles Calédoniennes, 07/05/2002.. Cela provoque une division de la droite néo-calédonienne (création d'une section locale de l'UDF et d'un parti autonomiste modéré, la Fédération pour une nouvelle société calédonienne, ou FNSC, du maire de Bourail Jean-Pierre Aïfa) et, le , lors du renouvellement du conseil de gouvernement, le RPCR n'obtient que 3 élus, à égalité avec l'Union calédonienne qui s'associe avec un élu du Parti socialiste calédonien (PSC) pour faire accéder Maurice Lenormand à la tête de l'exécutif.. Après une loi en 1979 augmentant le nombre d'élus à l'Assemblée territoriale et créant un conseil de gouvernement formé non plus à la proportionnelle des groupes politiques mais par la liste ayant obtenu le plus de voix de conseillers territoriaux, les élections du voient une nouvelle fois la victoire du RPCR avec 40,2 % des suffrages exprimés sur l'ensemble du Territoire (et notamment 50,1 % dans la circonscription Sud, à savoir le Grand Nouméa sans Païta et avec l'Île des Pins et Yaté) Publication des résultats des Elections Territoriales du , JONC , . et 15 sièges sur 36 I. Leblic, « Chronologie de la Nouvelle-Calédonie ».. Jacques Lafleur est élu comme tête de liste dans le Sud, mais il démissionne trois jours plus tard pour ne pas avoir à cumuler de mandats.

Arrivée au pouvoir de la gauche en France

Le RPCR obtient en 1979 le contrôle du conseil de gouvernement, sous la vice-présidence de Dick Ukeiwé, en s'alliant à la FNSC, et Jacques Lafleur est réélu député au premier tour avec 54,3 % des suffrages et face à huit adversaires en 1981. Mais la gauche arrive au pouvoir au même moment sur le plan national (François Mitterrand est élu président de la République en mai et le PS, allié au MRG et au PCF, remporte les législatives de juin). Le nouveau gouvernement, à travers son secrétaire d'État à l'Outre-mer, Henri Emmanuelli, et le nouveau Haut-commissaire, par ailleurs député socialiste, Christian Nucci se rapprochent des indépendantistes et tiennent à affaiblir la droite locale (en sachant qu'en Nouvelle-Calédonie, Mitterrand n'a obtenu que 35 % des voix contre 65 % à Valéry Giscard d'Estaing). De plus, des tensions commencent à apparaître avec l'assassinat du secrétaire général de l'Union calédonienne Pierre Declercq le . C'est dans ce contexte que la FNSC, de plus en plus en désaccord avec le RPCR notamment sur les réformes foncières et fiscales, choisit de changer de camp et de s'allier au Front indépendantiste en , permettant l'arrivée à la tête du conseil de gouvernement de Jean-Marie Tjibaou. Pour protester contre ce renversement de situation, les loyalistes descendent dans la rue et investissent l'Assemblée territoriale avant d'être repoussés par la police. Pour rétablir l'ordre et montrer au gouvernement de Paris qu'il a le soutien de la population calédonienne, Jacques Lafleur démissionne le de son mandat de parlementaire et se représente à sa propre succession lors de l'élection législative partielle du qui se transforme en véritable plébiscite en sa faveur. En effet, l'électorat de la FNSC, mécontente de la nouvelle alliance de leur parti, se reporte en masse sur le député sortant qui est réélu avec 91,4 % des voix.

Mais bientôt, tout s'accélère pour mener aux « Événements » : en , à Nainville-les-Roches, le nouveau ministre de l'Outre-Mer, Georges Lemoine, réunit les chefs des deux camps pour négocier un nouveau statut. Les indépendantistes croient alors obtenir que seuls les Kanak, soit environ 60 000 habitants sur les 127 000 que comptait alors la Nouvelle-Calédonie, voteraient lors du référendum d'autodétermination prévu pour 1989. Jacques Lafleur s'insurge contre cette promesse, refuse de signer la déclaration finale de la rencontre par laquelle « nous (les Calédoniens d'origine européenne) serions "acceptés" nous, Calédoniens, parce que victimes de l'histoire » et s'en prend au « statut évolutif et de transition » proposé par le gouvernement Mauroy en exprimant à la tribune de l'Assemblée nationale ses craintes que ce régime cache une indépendance déguisée : « Transition, peut-être, vers un nouveau système électoral baptisé démocratique, où la minorité devient majorité par un savant découpage géographique et la manipulation politique »F. Angleviel, Histoire de la Nouvelle-Calédonie: nouvelles approches, nouveaux objets, éd. L'Harmattan, Paris, 2006, ..

D'un autre côte, Jean-Marie Tjibaou et les indépendantistes souhaitent que cette limitation du corps électoral soit acquise, et de préférence avant les prochaines échéances électorales de 1984 où le RPCR était pressenti pour obtenir une importante victoire. Le , le dirigeant nationaliste kanak réunit tous les indépendantistes derrière lui au sein du Front de libération national kanak socialiste (FLNKS) et appelle à boycotter les élections territoriales du . Les indépendantistes dressent des barrages à certains endroits pour empêcher d'aller voter tandis qu'Éloi Machoro fait scandale en brisant une urne avec un casse-tête traditionnel kanak. Ce sont là les premiers pas vers les Événements. Mais, avec une forte abstention qui n'atteint pas néanmoins les 50 % (42,5 % des inscrits ne se rendent pas aux urnes), le RPCR remporte une victoire écrasante avec 70,87 % des suffrages exprimés et 34 élus sur les 42 de l'Assemblée territoriale. Dick Ukeiwé, élu sénateur en 1983, devient président du nouveau gouvernement, et Jean Lèques est porté au perchoir de l'assemblée délibérante locale. Jacques Lafleur, qui était une nouvelle fois la tête de liste du parti dans la circonscription Sud (où il a remporté la totalité des 17 sièges à pourvoir), conserve cette fois-ci son mandat de conseiller territorial.

Événements Deux camps face à face