thumb|upright|Cérémonie de remise de la toque doctorale, ancêtre de la faluche, ici à l'Université Complutense à Madrid. thumb|upright|La Reine des étudiants de Paris reçue au palais de l’Élysée le jeudi de la mi-Carême .thumb|upright|right|Le comité de préparation du congrès des étudiants, où sera fondé l'Union nationale des associations générales d'étudiants de France – UNAGEF, à Lille en 1907.

La faluche est la coiffe traditionnelle des étudiants de France. Introduite en France en 1888, elle remplace la toque doctorale datant du Moyen Âge. C'est un béret de velours noir orné de rubans de couleurs et d'insignes.

Elle porte son nom par analogie avec la faluche, pain typique du Nord de la France et de la région de Tournai (en Belgique Picarde), dont la forme est procheManuel Ségura, De l'origine du béret ou les tribulations d'une galette pas comme les autres, Poitiers, 2012 Page 15.

La faluche est portée par plusieurs traditions estudiantines voisines, notamment les bitards et les faluchards. Au fil du temps, la faluche a été associée presque exclusivement aux faluchards, alors que d'autres folklores la portent. Le port de la faluche est fortement tombé en désuétude depuis la fin des années 1960. Lors des mouvements étudiants de mai 1968, la faluche fut désignée, dans certaines facultés, comme symbole du militantisme réactionnaire et de la soumission au mandarinat.

La faluche a été aussi portée en Belgique.

Les faluchards ont leurs équivalents hors de France avec la Goliardia en Italie, les Tunas universitaires dans les pays hispanophones et au Portugal, la Penne ou la Calotte en Belgique et les Studentenverbindung dans les pays germanophones par exemple.

Histoire thumb|upright|En tête du cortège des étudiants à la cavalcade de la mi-Carême au Carnaval de Paris le : les « Éclaireurs vélocipédistes des facultés », montés sur des vélos fleuris, la faluche sur la tête. thumb|left|Programme du cortège des étudiants parisiens pour la Mi-Carême 1893. thumb|right|Adolphe Foucart, représentant la Belgique au premier Conseil fédéral de présidence de la Corda Fratres - Fédération internationale des étudiants en 1898, avec sa faluche.

La faluche, objet d'étude historique Les études historiques appréhendent la faluche comme un objet d'étude académique.

En 1988, Georges Dillemann publie, à la Revue d'histoire de la pharmacie, un article intitulé "Réapparition de la faluche".

En 1990, Guy Daniel soutient sa thèse de doctorat sur "La faluche : histoire, décryptage et analyse".

En 1994, un mémoire de maîtrise d'histoire est soutenu à Poitiers par Manuel Ségura, membre de l'Ordre du Vénéré Bitard (Loué soit-Il !), dont le sujet est : "La faluche, une forme de sociabilité estudiantine". Ces travaux, réalisés notamment grâce à des données qualitatives collectées par questionnaire à l'occasion du 106ème congrès anniversaire de Toulouse, restituent l'histoire des mouvements festifs estudiantins, réalise une généalogie détaillée des différents codes de la faluche et décrit certains Ordres estudiantins tels que le Royaume de la Basoche et l'Ordre de la Tétine Sublime.

Depuis 2023 est en préparation une thèse de doctorat d'ethnologie sur l'anthropologie de la faluche.

Débuts En sont organisées sous l'égide de Giosuè CarducciMarco Albera, Manlio Collino, Aldo Alessandro Mola, Saecularia sexta album, Studenti dell'università a Torino, Sei secoli di storia (Saecularia sexta album, Étudiants de l'université de Turin, Six siècles d'histoire), Elede Éditrice Srl, Turin 2005, page 89. les grandes fêtes de Bologne pour le huit centième anniversaire de l'Alma Mater Studiorum, l'université de Bologne, la plus ancienne d'Europe. Connues aujourd'hui comme « fêtes de Bologne », leur nom officiel italien était : Congresso Nazionale ed Internazionale degli Studenti Universitari (Congrès National et International des Étudiants Universitaires).

Étaient présentes les délégations universitaires de quantité de pays.

Au nombre de celles-ci, il y avait une délégation française, mandatée tout à la fois par l'Association générale des étudiants de Paris appelée aussi l'« A », fondée en 1884, et le président de la République Sadi Carnot. Elle se composait de six étudiants : Chaumeton, Chandebois, Stœber, Bernard, Franck et DemolonArticle LA DÉLÉGATION DES ÉTUDIANTS, Retour de Bologne, Le Petit Journal, 27 juin 1888, page 2, et ..

Cette grande rencontre festive entre jeunes allait stimuler le folklore étudiant de deux pays : l'Italie et la France.

Sur la suggestion de Giosué Carducci, les Italiens fondèrent les ordini goliardici (ordres goliardiques), appelés couramment la Goliardia. Les Français fondèrent la Faluche.

Il s'agissait de sociétés festives et carnavalesques. Les Italiens se réclamaient de la tradition des goliards, de Bacchus, du Tabac et Vénus, les Français de François Rabelais.

À la vue des costumes particuliers portés par des délégations étudiantes, capes et larges rubans, chapeaux ornés d'une cuillère, des Tunas universitaires, casquettes, uniformes et sabres des Studentenverbindung, etc. les Français se choisirent comme signe distinctif le béret bolonais en velours noir, qui portera pour eux le nom de faluche et sera également le nom de leur nouvelle organisation.

Les Italiens, pour la Goliardia, adoptèrent une coiffe genre Robin des Bois : la feluca, appelée aussi goliardo, piléo ou berretto universitario (béret universitaire).

Le , la délégation étudiante française arrive à Paris de retour de Bologne.

Le nouveau béret étudiant fait sensation dans le milieu universitaire du Quartier latin. Il suscite force débats.

upright|thumb|center|Le béret d'étudiant français avant de devenir la faluche. Extrait du journal La Caricature du 16 février 1889La Caricature, 16 février 1889....

Un écho de ces débats apparaît en 1889 dans la chanson Le Béret au Quartier latin, écrite par le chansonnier Albert Vacher, membre de la goguette du Caveau.

upright|thumb|Sur cette couverture en couleurs de Paul Merwart, pour une revue sortie à l'occasion de la mi-Carême 1896 à Paris, figure un étudiant portant la faluche. Finalement la faluche est adoptée par l'ensemble des étudiants de France lors des fêtes organisées à l'occasion du centenaire de l'université de Montpellier, qui ont lieu du 22 au .

En 1893, les étudiants parisiens faluche sur la tête rejoignent en masse les grandes fêtes de la Mi-Carême à Paris.

Le Journal illustré, qui décrit le cortège, parle de la faluche :

Par la suite et jusqu'en 1946, la participation des étudiants au Carnaval de Paris est très remarquée.

La faluche est à l'honneur au défilé de la Mi-Carême à Paris le . Le fameux cortège du Bœuf Gras, événement marquant du Carnaval de Paris, après avoir disparu depuis 1870, était reparu à grande échelle en 1896 et 1897. Mais n'est pas revenu défiler en 1898. Le jeudi de la Mi-Carême 1898, les étudiants parisiens, en tête de leur cortège, font défiler un char comique évoquant cette disparition du Bœuf Gras. Il comporte un géant carnavalesque doté d'une faluche. C'est le seul géant de Carnaval faluché connu.

Le Petit Journal en parle ainsiLa promenade dans Paris, Les chars, Le Petit Journal, 18 mars 1898, page 2, . :

Le premier char apparaît aussitôt : La fin du bœuf gras. L'infortuné a été jeté vivant dans une énorme marmite qui « mijote » sur un gigantesque fourneau. Un Carnaval de carton, énorme, fantastique, coiffé d'un béret d'étudiant, tient à la main une écumoire et contemple le pot-au-feu d'un œil qu'allume la gourmandise.

Pour le Parisien comme pour le provincial, la faluche est devenue « le béret des étudiants ».

Durant plusieurs décennies il va apparaître indissociable de l'étudiant dans toute la France. Sa notoriété dépassant la Faluche comme organisation.

Les faluchards fondent l'UNAGEF en 1907 thumb|upright|Le premier bureau de l'UNAGEF en 1907.

Le , à Lille, les Associations générales d'étudiants de Bordeaux, Dijon, Lille et Lyon rejetant les tutelles italienne de la Corda Fratres comme parisienne de l'AGEP dirigée par César Campinchi, fondent la première organisation indépendante nationale des étudiants de France : l'Union nationale des associations générales d'étudiants de France – UNAGEF.

Les étudiants de Strasbourg à Paris en 1919 En 1919, la ville de Strasbourg, allemande depuis 1871, redevient française.

La même année, une délégation d'étudiants strasbourgeois vient à Paris.

C'est l'occasion pour les faluchards parisiens d'organiser à la gare de l'Est une manifestation patriotique solennelle de réception, drapeaux en têtePhoto de l'arrivée des étudiants strasbourgeois à la gare de l'Est, à Paris, en 1919, deuxième photo..

La Faluche participe au renouveau du Carnaval de Paris dès 1920 Après l'interruption du Carnaval de Paris entraînée par la guerre durant quatre ans, de 1915 à 1918Le Carnaval de Paris fêté en février-mars 1914 ne fut pas empêché par la guerre, qui éclata début août de la même année., les festivités de la Mi-Carême reprennent dès L'Éclair, 28 mars 1919. dans la capitale. C'est celles auxquelles la Faluche participe au moins depuis 1893Voir le dessin de Georges Redon figurant des faluchards montés sur des vélos fleuris participant à la cavalcade de la Mi-Carême 1893 à Paris..

Dès 1920, voit la Reine des étudiants de Paris accompagnée d'étudiants portant la faluche présentée au palais de l’Élysée le jeudi de la Mi-CarêmeVoir la photo de la Reine des étudiants prise au palais de l’Élysée le jeudi de la Mi-Carême 11 mars 1920..

Le , Le Petit Parisien, rapportant les préparatifs du défilé de la Mi-Carême à Paris écrit La reine des étudiants, Le Petit Parisien, 27 février 1921, p. 1, . Voir l'article reproduit sur la base Commons..

La soupe populaire de la faluche en 1932 Au début des années 1930, la crise économique prive d'emplois quantité de Parisiens et les plonge dans la misère.

Sensibles à cette détresse, des étudiants faluchards créent à Paris un établissement charitable de distribution de soupe populaire pour les chômeurs.

De celui-ci sont conservées trois photos prises par l'agence Mondial en 1932Photo de la soupe populaire offerte aux chômeurs par les faluchards en 1932, deuxième photo, troisième photo..

La « semaine de la faluche » en 1938 et 1939 thumb|upright|right|Les étudiants parisiens fêtent les 50 ans de la faluche en 1938L'Ouest-Éclair, 6 avril 1938, page 2, et .. thumb|upright|right|Le monôme commémoratif de 1939 rue Soufflot avec dignitaires et étendardLe Matin, 28 mars 1939, page 10.. En 1938, les étudiants parisiens commémorent joyeusement le cinquantième anniversaire du congrès de Bologne de 1888 et la naissance de la faluche. À cette occasion ils organisent une semaine de la faluche.

Leur intention est de lancer une tradition festive, comme le reflète un article du journal Le Temps, qui annonce le la seconde semaine de la falucheLe Temps, 28 mars 1939, page 4, . Voir l'article reproduit sur la base Commons..

Les « sports humoristiques » donnent l'occasion d'un concours de pêche dans le bassin de la place Edmond-Rostand devant les grilles du jardin du Luxembourg.

Le Matin, décrivant la faluche, mentionne à l'occasion de la fête les titres et insignes des dignitaires parisiens de la falucheLe cinquantenaire du port de la Faluche sera célébré cette semaine au quartier latin, Le Matin, 27 mars 1939, p. 2, . Voir l'article reproduit sur la base Commons.. L'article indique à tort 1889 et pas 1888 comme date du congrès de Bologne où fut fondée la Faluche.

Le suivant commence la guerre. La festivité parisienne annuelle de la faluche ne sera pas renouvelée.

La dernière fête avant la guerre : le « congrès flottant » de 1939 Le , les délégués étudiants de différents pays sont accueillis à Paris par les faluchards belges et français. Ils partent ensemble au congrès des étudiants catholiques « Pax Romana » qui doit se tenir aux États-Unis, à Washington du au , pour se finir à New York du 2 au .