Bodo ou Bodon, né en 814, est un diacre du palais et confesseur de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, roi d'Aquitaine (781-814) puis empereur d’Occident (814-840).
Après une vie dissolue à la cour, il s’illustra par sa spectaculaire conversion au judaïsme au début de 838, après avoir prétexté d’effectuer un pèlerinage à Rome, dans le sud de la France ou à Saragosse, trois sites étant suggérés par les savantsHorowitz Elliott, Rozenbaumas Isabelle, « Visages du judaïsme : de la barbe en monde juif et de l'élaboration de ses significations ». In: Annales. Histoire, Sciences Sociales. 49e année, N. 5, 1994. pp. 1065-1090. Prudence de Troyes l’accuse en outre d’avoir vendu ses compagnons pèlerins en esclavage à des musulmans espagnols, à l’exception de l’un de ses neveux qui se serait converti comme luiCité dans Blumenkranz, article "Un pamphlet juif médio-latin de polémique anti-chrétienne".
En 839, il quitte le Royaume franc pour l’Espagne musulmane, prend le nom juif d’Éléazar, se fait circoncire et se marie avec une Juive. Le Pseudo-Amolon de Lyon le décrit comme « le juif accompli par sa foi et son costume, barbu et marié (barbatus et conjugatus) et fréquentant quotidiennement la synagogue de Satan ».
Sa conversion, marquant le rejet de la culture carolingienne et de la foi chrétienne, se double bientôt d’un prosélytisme enflammé : en 840, Bodo, installé à Saragosse, incite le gouvernement maure et la population à persécuter les chrétiens espagnols et à les forcer à se convertir à l’islam ou au judaïsme.
Selon Léon Poliakov, pour qui cette conversion prouve la haute estime dont jouissaient les Juifs dans la France carolingienne Leon Poliakov, The History of Anti-Semitism, Volume 2: from Mohammad to the Marranos, University of Pennsylvania Press, 2003, ., c’est à la lumière de conversions éclatantes comme la sienne qu’il faut lire les lettres enflammées d’Agobard et Amolon.
Correspondance avec Alvare En 840, Bodo-Éléazar commence une disputatio épistolaire avec un intellectuel chrétien Paul Alvare, un chevalier disant être d’ascendance juive, à Cordoue, alors terre musulmane. Entre les deux convertis s’adressant réciproquement par la formule « mon frère aux idées faussées », débute un dialogue typique de la Convivencia où tous deux tentent de ramener l’autre à son ancienne foi. Le dialogue s’effectue d’égal à égal, sans les préjugés en faveur de l’Église typique des disputationes judéo-chrétiennes qui se tiendront quelques siècles plus tard.
Quelques-unes des lettres échangées ont pu être préservées. Les origines de la lettre suivante sont incertaines mais elle est attribuée à Bodo :
Références B. Blumenkranz, "Du nouveau sur Bodo-Eléazar ?" dans "Juifs et chrétiens, Patristique et moyen-âge", 1977, section XI Blumenkranz, "Un pamphlet juif médio-latin de polémique anti-chrétienne" dans "Juifs et chrétiens, Patristique et moyen-âge", 1977, section XII Hirsch Graetz, traduit de l’allemand par MM. Wogue et Bloch : Histoire des Juifs dans l’Empire franc Alan D. Corré, La lettre de l’Évêque Lawrence Epstein, La théorie et la pratique d’accueillir les convertis au judaïsme Richard Gottheil & Hermann Vogelstein, Bodo ~ Jewish Encyclopedia Franklin Ress, D’Aix à l’Andalousie: le voyage du diacre Bodo
Sources
Notes
Voir aussi Histoire des Juifs en France Histoire des Juifs en Espagne
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