Les études vétérinaires en France sont assurées par cinq grandes écoles spécialisées, les quatre écoles nationales vétérinaires (ENVF) d'Alfort (à Maisons-Alfort, près de Paris), de Lyon (à Marcy-l'Étoile), de Nantes et de Toulouse, ainsi qu'une école privée située à Rouen.
Les études, d'une durée minimale de six ans après le baccalauréat (selon le parcours suivi), s'achèvent par la soutenance d'une thèse d'exercice donnant droit au diplôme d'État de docteur vétérinaire. Ce diplôme n'ouvre pas au grade de doctorat et n'équivaut pas au doctorat ( dans le monde anglo-saxon).
Le cursus commence souvent par deux années d'études scientifiques à la fin desquelles les étudiants passent un des concours nationaux permettant l'entrée dans une école vétérinaire, où les études se poursuivent ensuite sur cinq ans. Il est également possible d'intégrer directement une école vétérinaire après le baccalauréat. Dans ce cas, les études durent 6 ans.
La France a été le premier pays où l'enseignement de la médecine vétérinaire s'est institutionnalisé, à travers la création de la première école vétérinaire à Lyon en 1761.
Histoire
vignette|Claude Bourgelat, précurseur de l'enseignement vétérinaire en France. vignette|Médaille à l'effigie de Claude Bourgelat par Alexis-Joseph Depaulis. vignette|Arrêt du conseil d'état qui permet à l'école vétérinaire, établie à Lyon par arrêt du 4 août 1761, de prendre dorénavant le titre d'École royale vétérinaire.
Claude Bourgelat est considéré comme le fondateur de la médecine vétérinaire scientifique en France et dans le monde. Par sa volonté de fournir une instruction aux maréchaux, qui étaient jusqu'à cette époque les seuls à traiter les maladies des animaux domestiques, il est à l'origine de la formation des vétérinaires en France.
Il impulse la création de l'école vétérinaire de Lyon grâce à un arrêt du Conseil d'État du roi Louis XV du , école qui est inaugurée le . C'est le premier établissement d'enseignement de médecine vétérinaire au mondeC'est la première en Europe. En Amérique les plus anciennes sont, au Canada, le Veterinary College de l'Ontario fondé en 1862, au Mexique, la faculté de médecine vétérinaire de l'université autonome de l'état de Mexico fondée en 1870, et aux États-Unis, le College of Veterinary Medicine de l'université d'état de l'Iowa fondé en 1879.. Le recrutement se faisait alors par des campagnes publicitaires organisées par les intendants. Les étudiants venaient de différents pays d'Europe et étaient environ 30. Louis XV lui donne en le titre d'« école royale vétérinaire » via un nouveau décret, en raison des services rendus à l'agriculture pendant l'épisode de peste bovine.
Bourgelat est également à l'origine de la création de l'école royale vétérinaire d'Alfort en 1765, il en devient d'ailleurs le premier directeur. Initialement installée dans des locaux provisoires au nord de Paris, elle est déplacée dans le château d'Alfort en 1766, où elle demeure encore.
Une troisième école vétérinaire voit le jour à Limoges en 1766, sous l'impulsion de l'intendant Turgot, mais ferme en 1768.
À la suite d'une demande du département de l'Isère, l'abbé Grégoire propose à la Convention nationale le d'instituer dans chaque département « une maison d'économie rurale, qui sera consacrée aux expériences propres à accélérer les progrès de l'agriculture ». Ces projets n'aboutissent pas. En revanche, les écoles vétérinaires sont maintenues et réformées par le décret du (29 germinal an III).
La loi du institue deux écoles d'économie rurale vétérinaire, celle de Lyon et celle de Versailles.
vignette|École vétérinaire d'Alfort.
En 1801, pendant la Première République, le concours est introduit à l'école de Lyon.
Sous , à la suite de la réforme des études résultant du décret impérial du sur l'enseignement et l'exercice de l'Art vétérinaire, les artistes-vétérinaires prennent de nouveaux titres. En effet, ce décret institue cinq écoles (Alfort, Lyon, Turin, Aix-la-Chapelle et Zutphen), dont trois en dehors des frontières actuelles qui forment en trois ans au diplôme de maréchal-vétérinaire. La poursuite par deux ans d'étude à l'école d'Alfort permet ensuite d'obtenir le titre de médecin-vétérinaire. Les écoles vétérinaires sont alors divisées en deux classes, l'école d'Alfort étant la seule de première classe. Le titre d'artiste-vétérinaire est alors réservé aux maréchaux-ferrants et aux maîtres de poste ayant obtenu un agrément départemental par le préfet.
En 1825, l'ordonnance du 6 juillet du roi Charles X met fin à ce système et crée l'école nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT). Il y a alors 3 écoles vétérinaires (Lyon, Alfort et Toulouse), celles de Turin, Aix-la-Chapelle et Zutphen n'étant plus en territoire français depuis le traité de Paris de 1815 qui redéfinit les frontières. À partir de l'ordonnance du septembre, la situation est unifiée avec un diplôme, celui de vétérinaire, associée à quatre ans d'étude.
En 1881 un décret élève de 6 à 15 le nombre d'enseignants par école.
En 1893, Marie Kapsevitch, une Russe d'origine ukrainienne, est la première femme à obtenir l'autorisation d'entrer officiellement comme élève à l'École nationale vétérinaire d'Alfort. Elle obtient son diplôme le , devenant ainsi la première femme diplômée de l'école et la première femme diplômée en médecine vétérinaire en France.
En 1923 est créé le diplôme de docteur vétérinaire.
En 1979, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, une voit le jour : l'école nationale vétérinaire de Nantes (ENVN).
En 1994, sous la présidence de François Mitterrand, une cinquième année d'école est ajoutée au cursus conduisant à un total de six années d'études.
Années 2000 En 2001, l'internat est créé dans les ENV, et ne concerne initialement que les écoles de Lyon et d'Alfort.
En 2003, les CPGE BCPST (prépas agro) fusionnent avec les classes préparatoires aux écoles nationales vétérinaires, ce qui permet une plus grande variété de débouchés à l'issue de cette préparation. La durée de préparation au concours vétérinaire est donc mécaniquement portée à deux ans à partir des concours de 2005.
En 2005, pour contrer l'allongement de la durée des études en CPGE établie en 2003, la durée des études en ENV est ramenée à quatre ans, rétablissant une durée totale de six ans d'études.
En 2007, la Direction Générale de l'Enseignement et de la Recherche (DGER) allonge de nouveau le cursus de formation au sein des ENV à cinq ans pour satisfaire la Commission européenne et l'Association européenne des établissements d'enseignement vétérinaire demandant une durée des études de cinq ans. En effet, les deux années de classe préparatoire sont reconnues au niveau français mais sont mal reconnues au niveau européen, malgré les 120 crédits ECTS associés.
En 2008, est émise l'idée d'augmenter le nombre d'élèves à l'entrée des écoles vétérinaires, via le rapport Attali. Ce rapport stipule que « Le nombre de vétérinaires en France est très nettement inférieur à la moyenne européenne, alors que notre cheptel est le deuxième dans l'Union européenne. […] Il manque à vétérinaires en France. » Il s'agirait pour ses rédacteurs de passer de la logique du concours, à une logique d'un examen qui sanctionnerait des connaissances et une pratique et donc de définir un niveau d'étude de qualité et non pas un nombre limité d'étudiants.
Un projet a évoqué la perspective qu'à partir de , 50 étudiants sélectionnés sur dossier pourraient suivre 4 années de formations post-bac à l'Institut polytechnique LaSalle Beauvais, une école privée, avant de suivre les 3 dernières années dans une école vétérinaire. Ce projet, très critiqué par la profession, n'a pas vu le jour, malgré le feu vert du ministre de l'Agriculture Michel Barnier.
Années 2010 En 2010, deux fusions d'écoles ont lieu au janvier : L'École nationale vétérinaire de Nantes s'unit à l'école nationale d'ingénieurs des techniques des industries agricoles et agroalimentaire pour former Oniris, l'École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l'alimentation, Nantes-Atlantique. L'ENVL s'unit à l'école nationale d'ingénieurs des travaux agricoles de Clermont-Ferrand pour former VetAgro Sup, l'Institut d'enseignement supérieur et de recherche en alimentation, santé animale, sciences agronomiques et de environnement. La création d'un de formation vétérinaire à Metz a été envisagé et étudié par le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire, sur le site désaffecté de la base aérienne de Frescaty. Les scénarios envisagés étaient de créer une cinquième ENV, de créer un pôle de mutualisation pour les 4 ENV, d'associer ce site de Metz à l'ENV d'Alfort, ou bien de ne pas créer ce et de renforcer les écoles existantes. C'est cette dernière option qui a finalement été choisie.
En 2013, le numerus clausus du concours augmente de 80 places (60 pour le concours A BCPST, 20 pour le concours C), passant à 548 places. Ce numerus clausus était en baisse depuis plusieurs années, or les vétérinaires arrivant sur le marché du travail en France étaient à plus de 40 % formés à l'étranger depuis 2008. La DGER justifie cette mesure par la volonté d'endiguer la migration d'étudiants français vers d'autres pays européens, comme l'Espagne ou la Belgique, et de former davantage d'étudiants en France. L'augmentation des places au concours C a pour but affiché de former davantage d'étudiants proches du milieu rural et donc supposés plus enclins à exercer en médecine des animaux de production, ce qui permettrait de compenser le manque de vétérinaires dans cette filière. Cette mesure a notamment été décriée par les ENV qui n'ont vu aucune augmentation de leurs moyens financiers et humains pour former ces 17 % d'étudiants supplémentaires, et par certains vétérinaires qui y voient une augmentation de la concurrence et donc une baisse de leur revenus.
En 2015, le concours A est réformé afin de prendre en compte la réforme des programmes du lycée survenue depuis 2010. Les programmes des matières de BCPST ont été remaniés et les épreuves ont aussi été modifiées. Le concours E est créé. L'organisation de l'internat et le statut des internes sera précisé. Le 1 ministre Manuel Valls refuse la proposition de la métropole d'Amiens de créer une école vétérinaire dans cette ville, portée par l'institut LaSalle Beauvais et soutenue par la région.
En 2016, le concours B est lui aussi réformé.
Années 2020 En 2021, une nouvelle voie d'accès post-bac est créée. Chacune des 4 écoles vétérinaires offre un certain nombre de places aux lycéens qui sont sélectionnés par le biais d'un concours commun aux quatre écoles. Le concours s'effectue via la plateforme nationale Parcoursup et se décompose en deux phases. La première est la phase d'admissibilité, elle correspond à une sélection sur dossier. Ensuite, les candidats admissibles passent 7 oraux de 10 minutes portant chacun sur un thème précis. En 2021, 160 étudiants sont recrutés juste après le bac sur l'ensemble des 4 écoles. Cette réforme a pour principaux objectifs de diversifier l'origine sociale et territoriale des étudiants vétérinaires, d'augmenter le nombre de vétérinaires ruraux, et de diminuer la durée des études pour se rapprocher de la moyenne européenne.
Ce changement a des conséquences sur la suite du cursus. En effet, les étudiants recrutés après le bac suivront une Première Année Commune aux ENV, qui correspond désormais à la première année des études vétérinaires. Les années 1 à 5 d'avant la réforme deviennent les années 2 à 6 d'après la réforme. Ainsi, les étudiants admis par le biais de n'importe quelle autre voie intègre la deuxième année des études vétérinaires.
L'ouverture d'un cinquième établissement dispensant la formation en médecine vétérinaire est annoncée pour la rentrée 2022. Privé, le cursus est assuré par l'Institut polytechnique UniLaSalle sur le campus de Rouen après un recrutement post-bac.