Arthur Rimbaud est un poète français, né le à Charleville (Ardennes) et mort le à Marseille(Bouches-du-Rhône). Bien que brève, son œuvre poétique est caractérisée par une prodigieuse densité thématique et stylistique, faisant de lui une des grandes figures de la littérature française.

Arthur Rimbaud écrit ses premiers poèmes à . Après une brève phase d'initiation, par assimilation du style des grands poètes contemporains (Charles Baudelaire, Victor Hugo, Théodore de Banville…), développant déjà une franche originalité dans l'approche de thèmes classiques (« Le Dormeur du val », « Vénus anadyomène »), il cherche à dépasser ces influences en développant ses propres conceptions théoriques, déclarant que le poète doit se faire , c'est-à-dire chercher et décrire l'inconnu par delà les perceptions humaines usuelles, quitte à y sacrifier sa propre intégrité mentale ou physique. Dès lors, il se met à innover radicalement en matière d'audace formelle, jusqu'à aborder le genre du poème en prose (dont la voie avait été ouverte par Aloysius Bertrand et Charles Baudelaire), parsemant ses œuvres d'apophtegmes énigmatiques comme , ou Henri Meschonnic, « Il faut être absolument moderne, un slogan de moins pour la postérité », Modernité modernité, coll. Folio-Essais, Gallimard, 1994, ., qui seront repris comme des slogans par les poètes du , en particulier le mouvement surréaliste. Il entretient parallèlement une aventure amoureuse tumultueuse avec le poète Paul Verlaine, qui influence profondément son œuvre.

Vers l'âge de , il renonce subitement à la littérature, n'ayant alors publié qu'un seul ouvrage à compte d'auteur et quelques poèmes épars dans des revues confidentielles, ce qui contribue encore à son mythe. Il se consacre alors dans un premier temps à l'apprentissage de plusieurs langues, puis, mû par ses idées marginales, anti-bourgeoises et libertaires, choisit une vie aventureuse, dont les pérégrinations l'amènent jusqu'en Abyssinie, l'ancien Empire d'Éthiopie, où il devient négociant (quincaillerie, bazar, vêtements, café) et explorateur. Sa tentative d'armer Ménélik avec l'aval du Consul de France s'avère désastreuse pour lui ; son unique « trafic d'armes » n'a véritablement qu'une incidence politique symbolique, mais contribue à sa légende. De cette seconde vie, exotique, les seuls écrits connus consistent en près de (correspondance familiale et professionnelle) et quelques descriptions géographiques.

Des poèmes comme Le Bateau ivre, Le Dormeur du val ou Voyelles comptent parmi les plus célèbres de la poésie française. La précocité de son génie, sa carrière littéraire fulgurante, sa vie brève et aventureuse contribuent à forger sa légende et à faire de lui l'un des géants de la littérature mondiale.

Biographie Famille et enfance gauche|vignette|redresse|Acte de naissance d'Arthur Rimbaud.

Arthur Rimbaud naît le à Charleville. Son père, Frédéric Rimbaud, est né le à Dole. Capitaine d'infanterie alors en garnison à Mézières, il a participé à la campagne d'Algérie où il a gagné la Légion d'honneur en 1854. Il meurt à Dijon le .. Sa mère, Vitalie Rimbaud, née Marie Catherine Vitalie Cuif le à Roche-et-Méry, est issue d'une famille de paysans, propriétaires fonciers, relativement aisée. Ils se marient le à Charleville et habitent un appartement dans la même ville, au 12, rue Napoléon (actuelle rue Pierre-Bérégovoy).

vignette|redresse|Vitalie Rimbaud, la mère d'Arthur Rimbaud (vers 1890). Le couple n'est réuni qu'au gré de rares permissions du mari, mais cinq enfants naissent : Jean Nicolas Frédéric (1853-1911) le , qui deviendra conducteur de voitures à Attigny«  Rimbaud Frédéric, conducteur d’omnibus à la gare d’Attigny (Ardennes)  », Frédéric Rimbaud, lettre à Rodolphe Darzens, Rimbaud, Œuvres, éditions de la Pléiade. ; Jean Nicolas Arthur le , baptisé un mois plus tard ; Victorine Pauline Vitalie le . (elle ne vivra que quatre mois) ; Jeanne Rosalie Vitalie le ., qui décèdera le à l'âge de ; Frédérique Marie Isabelle (1860-1917), le Archives des Ardennes en ligne, acte du 3/6/1860, vue 320. Après la naissance de cette dernière, le couple vit séparé ; le capitaine Rimbaud ne reviendra plus à Charleville.

Se déclarant veuve, la mère déménage avec ses enfants, en 1859, pour habiter au 73, rue Bourbon, dans un quartier ouvrier de Charleville« "Ils vont détruire la maison de Rimbaud" », L'Ardennais, 3 août 2019.. (qui sera le décor du poème « Les Poètes de sept ans »). En , le jeune Arthur entame sa scolarité, il entre en neuvième (équivalent du CE2) à l'institution Rossat, école fréquentée par la bourgeoisie de Charleville. Il se révèle rapidement un élève brillant, récoltant les premiers prix.

Figure rigide et soucieuse de respectabilité, vigilante quant à l'éducation de ses enfants, Vitalie Rimbaud rend le climat familial étouffant. Arthur la décrit dans une lettre à Georges Izambard du comme « aussi inflexible que soixante-quinze administrations à casquette de plomb »Arthur Rimbaud, lettre à Georges Izambard, . Texte dans , ordre chronologique..

Carrière de poète Premières compositions (1865 à 1869) vignette|redresse|Arthur Rimbaud, premier communiant, à .|gauche En 1865, à la rentrée de Pâques, Arthur Rimbaud quitte l'institution Rossat où il a passé le début de sa sixième, et entre au collège municipal de Charleville, où il confirme ses aptitudes exceptionnelles, collectionnant les prix d'excellence en littérature, version et thème latins. Il rédige en latin avec aisance, des poèmes, des élégies, des dialogues. Mais il bout intérieurement, comme cela transparaît dans Les Poètes de sept ansLe poème est daté du « 26 mai 1871 », mais il ne s'agirait que d'une date symbolique. Le poète qui n'aime pas « Dieu ; mais les hommes […] Noirs, en blouse » commémorait vraisemblablement la Semaine sanglante. Dans le même ordre d'idées, le poème « Les Pauvres à l'Église » est daté évasivement de 1871 dans une lettre du mois de juin. Certains poèmes pourraient être plus anciens qu'on ne le croit de quelques mois. :

Tous les jours avant la classe, Arthur et Frédéric montent dans une barque amarrée aux rives., chose que l'on peut voir dans un de ses dessins intitulé Navigation, où l'un des personnages crie « au-secours ».

En , il participe aux épreuves du Concours académiqueC'est sous ce nom qu'existait alors en province le Concours général. Cf. . où il remporte facilement le premier prix de vers latins sur le thème « Jugurtha ». Le principal du collège, Jules Desdouets, aurait dit de lui : En obtenant tous les prix dès l'âge de quinze ans, il s'affranchit du sentiment d'humiliation lié à l'absence paternelle et à la rigueur maternelle. Pendant ces années, il a comme ami Ernest Delahaye, avec qui il échange de nombreuses lettres..

Rencontre avec Georges Izambard (janvier 1870) En , alors en classe de rhétorique, Arthur Rimbaud se lie d'amitié avec Georges Izambard, son professeur de rhétorique, qui commence sa carrière à . Ce dernier lui prête de nombreux livres, notamment Les Misérables de Victor Hugo, qui font bondir sa mère .

De cette époque datent ses premiers vers publiés : « Les Étrennes des orphelins », parus dans la Revue pour tous en . L'orientation poétique est alors celle du Parnasse, sous l'influence de la revue collective Le Parnasse contemporain.

Lettre à Théodore de Banville (mai 1870) Le , Arthur Rimbaud, alors âgé de quinze ans et demi, écrit au chef de file du Parnasse, Théodore de Banville. Dans cette lettre, il transmet ses volontés de et de se faire publier. Pour cela, il joint trois poèmes : « Ophélie », « Sensation » et « Credo in unam ». Banville lui répond, mais les poèmes en question ne paraîtront pas dans la revue.

Son poème À la musique témoigne de son mal-être de vivre à Charleville. Rimbaud songe alors à se rendre à la capitale pour goûter à l'esprit révolutionnaire du peuple parisien.

Première fugue à Paris (août-septembre 1870) Alors qu'il vient, à la fin de sa classe de rhétorique, de rafler les prix les plus prestigieux, au cours des vacances scolaires d'été suivantes, le , quelques jours avant la bataille de Sedan, Rimbaud trompe la vigilance de sa mère (le poème « Mémoire » en décrit possiblement la scène) et se sauve avec la ferme intention de se rendre à Paris.

Contrôlé à son arrivée en gare du Nord, il ne peut présenter qu'un billet de transport irrégulier. Les temps troublés n'invitent pas à la clémence. Tandis que les armées prussiennes se préparent à faire le siège de Paris et que la Troisième République est sur le point d'être proclamée, le voilà détenu dans la prison Mazas.

De sa cellule, il écrit à Georges Izambard, à DouaiLettre écrite le , au lendemain de la proclamation de la République., pour lui demander de payer sa dette. Le professeur exécute sa demande et lui paie également le voyage pour se rendre à Douai, lui offrant l'hospitalité avant de le laisser retourner à son foyer.

Rimbaud arrive à Douai vers le . Redoutant le retour à Charleville, il y reste trois semainesGeorges Izambard, Rimbaud tel que je l'ai connu, Mercure de France, 1963, chapitre XIII, .. Pendant ce temps, l'armée prussienne encercle la capitale à partir du 19 septembre. Jusqu'ici antimilitariste déclaré, Rimbaud est pris d'élans martiaux depuis la capitulation de Sedan, si bien qu'il est décidé à suivre son professeur parti s'engager volontairement dans la Garde nationale. N'étant pas majeur, il en sera empêché malgré ses protestations.

Par ailleurs, Rimbaud fait la connaissance du poète Paul Demeny, un vieil ami de son hôte. Celui-ci est codirecteur d'une maison d'édition, La Librairie artistique, où il a fait paraître un recueil de poèmes (Les Glaneuses). Rimbaud saisit l'occasion et, dans l'espoir d'être édité, lui dépose une liasse de feuillets où il a recopié quinze de ses poèmes.

Izambard, qui a prévenu Vitalie Rimbaud de la présence de son fils à Douai, en reçoit la réponse : Pour calmer les esprits, il décide de raccompagner son élève jusqu'à Charleville. À leur arrivée, l'accueil est rude : une volée de gifles pour le fils, une volée de reproches, en guise de remerciements pour le professeur qui, ébahi, .

Le « Recueil Demeny » (ou « les Cahiers de Douai ») vignette|redresse|Lettre à Izambard le . Le , nouvelle fugue. Paris étant en état de siège, Arthur Rimbaud part à Charleroi .. Rêvant d'être journaliste, il tente, sans succès, de se faire engager comme rédacteur dans le Journal de Charleroi. Dans l'espoir de retrouver Georges Izambard, il se rend à Bruxelles, puis à Douai où son professeur arrive quelques jours après, aux ordres de Vitalie Rimbaud, pour le faire revenir, escorté de gendarmes, le .

Entre-temps, il est passé chez Paul Demeny pour lui déposer les sept poèmes composés au cours de ce dernier périple (dont des versions antérieures ont été transmises à Théodore de Banville et à Georges Izambard). Le , Rimbaud écrira à Demeny : . Oubliés par Demeny, ces manuscrits seront retrouvés dix-sept ans plus tardAprès avoir été en possession de divers collectionneurs, ils sont conservés au département des Manuscrits de la British Library de Londres, depuis 1985.. Ceux-ci ont été répertoriés par les biographes sous l'appellation de « Cahier de Douai » ou « Recueil Demeny ».