(en , en ), dit « le Brave » ou « le Terrible » (en turc : yavuz, « brave », « hardi », « audacieux »), né le Halil İnalcık, s.v. dans Encyclopaedia of Islam, vol. IX, 1997, . à Amasya et mort le à Constantinople, est le neuvième sultan de l'Empire ottoman.
Après avoir renversé son père, , il s'impose comme sultan, puis comme calife en s'emparant des insignes du pouvoir califal détenus au Caire – même si les sultans ottomans n'ont pas attendu pour s'attribuer de temps à autre le titre de calife la transmission du titre de calife au sultan ottoman est une fiction créée au plus tôt à la fin du . Voir : . . , précise que le titre officiel de calife et de commandeur des croyants n'a jamais été pris par les Ottomans. C'est la constitution ottomane de 1876 qui prévoit que .
Il combat la Perse chiite puis détruit le sultanat égyptien des Mamelouks avant de conquérir La Mecque et Médine et d'obtenir l'allégeance de Barberousse à Alger.
Il a six fils, dont Soliman, plus connu sous le nom de Soliman le Magnifique, qui lui succède.
À sa mort, l'Empire domine la majeure partie du monde musulman, avec notamment les lieux saint de l’islam comme La Mecque, Médine et Jérusalem.
Biographie Jeunesse Né à Amasya le , Sélim est le plus jeune fils de . Sa mère Gülbahar Hatun, est une des épouses de .
Nommé gouverneur de Trébizonde par son père en , Sélim met à profit cette fonction pour se familiariser avec l'administration et pour mener quelques campagnes militaires victorieuses. Très proche des janissaires, dont il adopte partiellement le costume, il est considéré comme frugal et économe, très religieux et rusé. Il organise un réseau d’espionnage efficace dans tout le pays et dans les pays voisins. Il fait la conquête d'une partie de la Géorgie, correspondant aux provinces de Kars, d'Erzurum et d'Artvin.
Prise du pouvoir L'année suivante, Sélim entre en rébellion contre son père, qu'il finit par contraindre à l'abdication avec l'aide des janissaires en 1512. Il tue ses frères et neveux pour éliminer tout prétendant au trône. Il donne la preuve de son intransigeance en exécutant devant leurs hommes deux officiers ayant montré des signes d'insubordination. Il fait plusieurs fois exécuter ses vizirs.
Unification de l’Anatolie Sélim ne rompt pas la paix avec les puissances chrétiennes, en revanche à l’est les Séfévides constituent un danger pour l’Empire ottoman. Le chah de Perse diffuse le chiisme que Sélim considère comme une horrible hérésie. Le but de Sélim est d’éliminer les Safavides et de rétablir ainsi l’unité des musulmans. Le , il part vers Sinope. Il y laisse un détachement de et part en campagne vers l’Iran avec le reste de l’armée, soit . L’armée d’Ismaïl comprend elle aussi , mais elle est beaucoup moins bien équipée et surtout l’artillerie ottomane est très supérieure. La bataille a lieu à Tchaldiran (province de Van) le . Les Ottomans sortent vainqueurs, mais le Chah peut s’échapper.
Erzincan et Bayburt sont envahis et la forteresse de Kemah (près d’Erzincan) est prise. Sélim continue son avancée et entre dans Tabriz. Tout l’Est de l’Anatolie passe sous la domination ottomane. Le , Sélim se retire de Tabriz pour se diriger vers le Karabagh (Karabağ), mais il préfère se replier sur Amasya pour y passer l’hiver.
En , Sélim conquiert le beylik des Dulkadir (Dulkadiroğlu) lors de la (province de Kahramanmaraş) le . La principauté devient l'eyalet de Dulkadir.
Conquête de l'Égypte
Les Séfévides s’allient avec les Mamelouks du Caire. En l'apprenant, Sélim part aussitôt, en , en campagne vers l’Égypte. Le , la citadelle d’Antep (aujourd’hui Gaziantep en Turquie) se rend, ainsi que celle de Besni (dans la province d’Adıyaman).
La bataille a lieu à Marj Dabiq aux environs d’Alep (Syrie) le . Deux ans exactement après la bataille de Tchaldiran, ce sont cette fois les Mamelouks qui sont écrasés par la supériorité des armées ottomanes. Le sultan mamelouk Qânsûh al-Ghûri est tué et le calife abbasside est fait prisonnier. Sélim entre dans Alep le . Le jour suivant, les prières sont dites en son nom, le déclarant calife.
Une campagne éclair lui fait prendre la Syrie et le Liban, puis il traverse le désert du Sinaï en 13 jours. Il bat les Mamelouks une nouvelle fois aux environs du Caire à la bataille de Ridaniya le . Le dernier sultan mamelouk est exécuté le .
Le , La Mecque et Médine deviennent territoires ottomans. Le calife al-Mutawakkil abdique en faveur de son père al-Mustamsik. Ce dernier remet dans les mains de Sélim les insignes du pouvoir califal. Sélim envoie à Constantinople les objets sacrés (turc : Emanat-ı Mukaddes) l'épée, la robe, l'étendard et des dents du prophète et transforme Constantinople en centre du califatConcernant cette transmission du titre de calife, Bernard Lewis écrit : Cette proclamation aurait manifestement violé la tradition arabe et plusieurs hadiths qui prévoient que le calife doit toujours être un membre de la tribu mecquoise des Quraych :
En 1922, ce prétendu titre de calife sera mis en avant par la Grande Assemblée nationale de Turquie qui élit comme « calife » alors qu'il succède à qui a été déchu du titre de sultan par la révolution menée par Mustafa Kemal Atatürk..
Avec la conquête de l'Égypte, la route des épices et celle de la soie passent sous le contrôle ottoman.
thumb|Représentation contemporaire de à la chasse et à sa cour. Divan-i Selimi, 1515–20. Il reste encore au Caire pendant huit mois et revient à Constantinople le .
Sur les mers La conquête du sultanat mamelouk ouvre également les territoires africains aux Ottomans. Au cours du , la puissance ottomane s'étend plus à l'ouest du Caire, le long des côtes d'Afrique du Nord.
Les frères Barberousse Arudj puis Khayr ad-Dîn, chefs des corsaires d'Alger, sont en lutte contre l'Espagne des Rois catholiques. Sélim leur accorde une aide matérielle en leur fournissant des navires.
Vers 1518, Khayr ad-Dîn Barberousse décide de s'allier complètement à l'Empire ottoman en faisant allégeance au sultan, qui lui donne le titre de pacha et de beylerbey avec une troupe de munis d'artillerie, puis de ayant le statut de janissaires.
La domination turque sur l'Algérie et la Tunisie ne sera complète que sous le règne de Soliman.
Sa mort thumb|gauche|210px| sur son lit de mort, miniature ottomane du Selim-Nameh, . Selim Yavuz meurt le d'un cancer à l'âge de quarante-neuf ans, alors qu'il prépare une expédition contre l'île de Rhodes. Il laisse à son fils Süleyman, futur Soliman le Magnifique, un empire en pleine expansion qui s'étend sur l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Son chroniqueur et conseiller, Idris-i Bidlisi, mort la même année, laisse une biographie inachevée du sultan, le Selim-Nameh (Livre de Sélim).
Sélim écrit des poèmes en persan sous le pseudonyme de Mahlas Selimi. Dans l'un d'eux, il écrit :
thumb|Turbe dans la cour de la mosquée du sultan Son Turbe est élevé derrière la mosquée du sultan , construite en son honneur par son fils et successeur Soliman, dans l'actuel district de Fatih à Istanbul.
Bilan de règne À sa mort, l'Empire domine notamment l'ensemble du territoire du sultanat mamelouk d'Égypte, qui comprenait tout le Levant, le Hedjaz, la Tihama et l'Égypte elle-même, avec notamment les lieux saint de l'islam comme La Mecque, Médine et Jérusalem.
Avec la conquête de l'Égypte, la route des épices passe également sous le contrôle ottoman. En s'emparant des deux routes commerciales les plus importantes de l'époque, la route de la soie et la route des épices, les Ottomans rendent les pays européens économiquement dépendants d'eux. Cependant, la découverte du cap de Bonne-Espérance met fin à cet avantagehttp://www.enfal.de/otarih46.htm.
Bien que le règne du sultan ait été bref, il a ouvert la voie à un âge d'or pour l'Empire ottoman sous le règne de son fils, Soliman le magnifique.
Toutefois, l'interdiction de l'utilisation de l'imprimerie à caractères inventée par Johannees Gutenberg en 1454 en Europe par son père en 1461, qu'il confirme à nouveau en 1515 va contribuer à entraver sur le long terme la diffusion des connaissances au sein du monde arabo-musulman jusqu'au 18ème siecle et contribuer à un retard technologique important.
Hommages La marine turque lui rendit hommage en rebaptisant Yavuz Sultan Selim (puis Yavuz tout court) le croiseur de bataille vendu par l'Allemagne à l'empire ottoman durant la Première Guerre mondiale.
Le navire de forage turc de la Turkish Petroleum, porte son surnom Yavuz.
Le troisième pont traversant le Bosphore, le pont Yavuz Sultan Selim, porte son nom.
Dans la culture populaire Il apparait dans le jeu vidéo Assassin's Creed Revelations, où il revient victorieux de la guerre le confrontant à son père avec le titre de sultan. Il tue son frère qui a attenté à la vie de son fils Suleyman et il confronte brièvement le personnage principal (Ezio Auditore da Firenze), qu'il somme de quitter Constantinople sous peine de le faire exécuter. Il est l'antagoniste final de la campagne d'Ismaïl de l'extension The Royals Mountains d'Age of Empires II: Definitive Edition.
Il est interprété par Muharrem Gülmez dans la série télévisée turque Muhteşem Yüzyıl de 2011.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Olivier Bouquet : Pourquoi l'Empire ottoman ? : Six siècles d'histoire, 2022, Éditeur Folio; édition illustrée . .
Articles connexes Empire ottoman Kurtoğlu Muslihiddin Reis (1487-1535), pirate puis amiral Bataille de Tchaldiran (1514) Bataille de Marj Dabiq (1516) Bataille de Ridaniya (1517) Al-Achraf Tuman Bay II (1477-1517) Sultanat mamelouk d'Égypte (1250-1517)
Liens externes
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