Le thon rouge du Nord (Thunnus thynnus), aussi appelé thon rouge de l'Atlantique ou « scombres », ou thon rouge de Méditerranée plus au sud, est l'une des trois espèces de thons rouges avec le thon rouge du Pacifique (Thunnus orientalis) et le thon rouge du Sud (Thunnus maccoyii).

Il se déplace rapidement et sur de longues distancesTeo, S.L.H., Boustany, A, Dewar, H., Stokesbury, M.J.W., Weng, K.C., Beemer, S., Seitz, A.C., Farwell, C.J., Prince, E.D., Block, B.A. Annual migrations, diving behavior, and thermal biology of Atlantic bluefin tuna, Thunnus thynnus, on their Gulf of Mexico breeding grounds. Marine Biology (2007) 151:1-18 Stokesbury, M. J. W., Teo, S. L. H., Seitz, A., O’Dor, R. K. et B. A. Block. (2004) Movement of Atlantic bluefin tuna (Thunnus thynnus) as determined by satellite tagging experiments initiated off New England. Can. J. Fish. Aquat. Sci. 61: 1976-1987 (plus de 200 km par jour) à une allure comprise entre 6 et 20 km/h et peut atteindre des pointes de vitesse jusqu'à . De grande taille, les spécimens les plus grands mesurent plus de et pèsent plus de . Grâce à son sang chaud, il est capable de chasser dans des eaux très froides. Le thon rouge vit principalement entre deux eaux, c'est-à-dire entre la surface de l'eau et jusqu'à 500 à de profondeur, ce qui lui vaut d'être qualifié de «pélagique».

Les populations atlantiques (et autrefois de mer du Nord) remontent vers le nord au printemps et en été, et redescendent vers le sud à la fin de l'automne, suivant ou recherchant les bancs de maquereaux, harengs et sardines ou d'autres espèces dont ils se nourrissent.

Description

Longueur maximale : Claro, R. 1994 Características generales de la ictiofauna. p. 55-70. In R. Claro (ed.) Ecología de los peces marinos de Cuba. Instituto de Oceanología Academia de Ciencias de Cuba and Centro de Investigaciones de Quintana Roo. ; longueur moyenne : Collette, B.B. et C.E. Nauen 1983 FAO species catalogue. Vol. 2. Scombrids of the world. An annotated and illustrated catalogue of tunas, mackerels, bonitos and related species known to date. FAO Fish. Synop. 125(2). 137 p. ; poids maximal publié : ; âge maximal reporté : 15 ansMuus, B. et P. Dahlström 1978 Meeresfische der Ostsee, der Nordsee, des Atlantiks. BLV Verlagsgesellschaft, Munich. 244 p. .

Répartition et effondrement des populations de l'Atlantique Nord/Nord-Est thumb|Spécimen adulte capturé lors d'un concours. thumb| Larve thumb|Thon rouge adulte

Dans l'Atlantique Nord et Nord-Est, bien qu'abondant en mer du Nord, mer de Norvège, Skaggerak, Kattegat et en Oresund Thunnus thynnus a disparu au début du en raison d'une surpêche (maximale dans les années 1920-1930), qui a conduit à un effondrement brutal de cette espèce en Atlantique NordBluefin Tuna - Past and Present Marine Historians Detail Collapse of Once Abundant Bluefin Tuna Population off Northern Europe; Modern Tagging Reveals Migration Secrets of Declining Population and Breeding Area in Gulf of Mexico et Résumé/présentation, avec liens.

C'est un des premiers exemples d'effondrement de la population d'un grand poisson ; dans les années 1920, il était présent sur tous les étals de poissonniers d'Europe, à bas prix, et dans les années 1940, il en avait disparu. Ces thons étaient de grande taille : un spécimen de a été trouvé en 1903, échoué sur le rivage allemand. Les thons pêchés dans les années 1920 pesaient de à (le poids moyen était de 50 à ).

Il reste deux populations principales de thon rouge dans l'océan Atlantique et en mer Méditerranée. Celle de l'Ouest est en partie conservée et se reproduit dans le golfe du MexiqueTeo, S.L.H., Boustany, A, Dewar, H., Stokesbury, M.J.W., Weng, K.C., Beemer, S., Seitz, A.C., Farwell, C.J., Prince, E.D., Block, B.A. Annual migrations, diving behavior, and thermal biology of Atlantic bluefin tuna, Thunnus thynnus, on their Gulf of Mexico breeding grounds. Marine Biology (2007) 151:1-18.Teo, Steven L.H., Boustany, Andre M., Block, Barbara. Oceanographic preferences of Atlantic bluefin tuna, Thunnus thynnus, on their Gulf of Mexico breeding grounds. Marine Biology. 18 juillet 2007.. Celle de l'Est est en Méditerranée.

Cycle de vie Cette espèce de thon rouge vit longtemps (de 20 à ) et met plusieurs années avant d'atteindre la maturité.

Le thon rouge qui se reproduit en Méditerranée devient adulte à l'âge de et pond en juin. Celui de l'Atlantique Ouest commence à pondre vers l'âge de .

Pêche et surpêche

Bien que sa chair puisse contenir en quantités importantes des polluants tels que le mercure, méthylmercure (MeHg, CH3Hg+) ou divers organochlorésAnne M.L Kraepiel, "Sources and Variations of Mercury in Tuna" ; Environ. Sci. Technol. 2003, 37, 5551-5558 Yumiko YAMASHITA, Yuji OMURA, Emiko OKAZAKI Total mercury and methylmercury levels in commercially important fishes in Japan ; online: 18 OCT 2005 DOI: 10.1111/j.1444-2906.2005.01060.x Issue Fisheries Science Fisheries Science Volume 71, Issue 5, pages 1029–10 (résumé)Boush, G.M. et Thieleke, J.R. 1983. Total mercury content in yellowfin and bigeye tuna. Bull Environ Contam Toxicol. 30: 291-297. Brooks, B. 2004. Mercury levels in Hawaiian commercial fish. Burger, J. et Gochfeld, M. 2004. Mercury in canned tuna: White versus light and temporal variation. Environmental Research 96(2): 239-249., dépassant parfois les normes en vigueur, de la FDA par exempleFDA. [http:/:www.cfsan.fda.gov/~frf/ sea-mehg.html Mercury levels in commercial fish and shellfish], 2004. (à cause de son régime alimentaire et de sa position dans le réseau trophique), ce poisson est très prisé, notamment sur le marché japonais, qui représente 80 % des ventes globales (utilisation dans les sushis et sashimis). Le thon rouge est le poisson le plus cher au Japon. Acheté entre 5 et le kilogramme aux pêcheurs français, il est revendu après engraissement au minimum le kg. En fin d'année, quand sont vendus les plus beaux spécimens, son prix peut atteindre le kgMagazine Challenge, 12 octobre 2006 et jusqu'à pour un spécimen de (en 2010)Euronews, Les fermes des thons rouges, 2010-07-23, consulté 2011-09-04). Sa valeur et la raréfaction d'autres espèces halieutiques et sa relative facilité de pêche grâce aux moyens modernes de repérage et pêche expliquent qu'il est l'espèce de thon rouge la plus pêchée au point que, selon la CICTA et les organisations écologiques, ses populations sont partout menacées d'effondrement.

En 2009, l'UICN écrit que « les récentes prises ont été quatre fois supérieures au maximum recommandé par les scientifiques pour éviter l'effondrement de la population, avec les sennes flottantes opérant dans la Méditerranée, capables de capturer au moins , sans tenir compte de la capacité d'autres engins de pêche Recommandations du congrès de Barcelone de L'UICN, octobre 2008, pag 40. ».

Histoire de la pêche au thon rouge

thumb|La pêche au thon en Méditerranée est très ancienne. Ici, le peintre Claude Joseph Vernet témoigne de cette pratique devant le petit port de Bandol en 1755. Ce thon est aujourd'hui capturé selon différentes méthodes : madrague, palangre, senne coulissante, canneur à appât et canne. Avant les années 1900, les pêcheurs qui le côtoyaient souvent ne savaient pas le capturer et les prises étaient rares.

Au en mer du Nord, les pêcheurs d'orphie, de hareng et sardine voyaient souvent autour de leur bateau, sur leurs lieux de pêche, les grands thons rouges, parfois en grand nombre, mais ils ignoraient comment les pêcher sans danger.

Au début des années 1900, alors que ces thons sont signalés par les pêcheurs aux biologistes marins comme faisant parfois des dégâts dans les filets en cherchant à aller y manger les poissons et que certains pêcheurs l'accusent de , quelques pêcheurs apprennent à les appâter et à les pêcher.

À partir de 1850, des pêcheurs danois arrivent à en capturer de gros spécimens dans les filets qu'ils ramènent à la côte, pleins d'orphies, les thons cherchant à manger les orphies groupées dans les filets.

Dans les années 1920, grâce à l'invention de fusil spéciaux, on sait mieux les capturer et les remonter à bord (à l'aide d'un winch ou d'un treuil hydraulique) et on en débarque beaucoup dans les ports d'Europe du Nord-Ouest.

Cette pêche était encore relativement artisanale mais les populations de grands thons de l'Atlantique ont rapidement décliné avant de disparaitre de cette région du monde, au point qu'on pourrait avoir (s'il ne restait quelques témoignages photographiques) l'impression qu'ils n'ont jamais existé. Dans les années 1920, les ichtyologistes se demandaient déjà s'il s'agissait d'une période anormalement et localement riche en thons ou s'ils avaient toujours été présents en mer du Nord.

Il est certain que le thon rouge était localement et saisonnièrement (juin à octobre) très abondant dans les années 1920-1930, car on l'y pêche alors en grande quantité. En Norvège, de juillet à octobre, on le voit même poursuivre les bancs de petits harengs gras et de sprats jusque dans les fjords où parfois on tente de le piéger ; Les vieux pêcheurs de Boulogne interrogés par Le Gall (agrégé de l'université, directeur du laboratoire de l'office scientifique et technique des pêches maritimes de Boulogne-sur-Mer, et correspondant du CIEM) . En 1907, les pêcheurs comprennent comment appâter et capturer ces thons géants ; L'année suivante (1908), le Jean-Bart en pêche 14 en une seule sortie sur une zone harenguière ; À partir de 1921, les pêcheurs norvégiens en organisent la pêche alors que des conserveries industrielles de Trondheim et de Kristiansand le traitent « à l'italienne » et lancent de nouvelles marques qui se vendent sans difficulté. La pêche au harpon à main dans les fonds de fjords cède la place aux sennes tournantes (snurpenot) à larges mailles, avec des résultats médiocres. Puis en 1923, M KrohnstadFiskeriassistant au Fiskerimuseet de Bergen invente un fusil lanceur de harpon, en reprenant l'idée des lance-harpons utilisés pour les Cétacés. Les premiers essais en donnent, selon Le Gall qui a pu le tester lui-même, ; il projette un petit harpon d'acier, de et , à dard barbelé. Les barbes de la pointe sont maintenues contre l'axe du harpon par une fine cordelette qui casse quand le dard pénètre les chairs du poisson. Les barbes s'écartent alors en maintenant le harpon dans le corps de l'animal. Ce dernier peut alors être tracté sur le bateau par la corde (de 50 brasses environ) qui s'est déroulée lors du tir. Le fusil armé pèse environ . À , la force pénétrante du harpon équivaut encore à . Lors de ses premiers essais (en 1924), ce fusil a permis de tirer et ramener 29 thons. conclut Le Gall qui recommande ce nouvel instrument au pêcheur du Boulonnais en remplacement des gaffes, lignes ou harpons qu'ils utilisaient. Le fusil coûtait environ , soit le prix de quatre beaux et gros thons à cette époque. Dans les années 1930, ce thon semble encore abondant ; à titre d'exemple, le chalutier Le Touquet, en septembre 1932 a débarqué au port de Boulogne-sur-Mer 12 thons rouges (Thunnus thynnus L.) ! En , 400 gros thons de la mer du Nord ont été débarqués à Boulogne. Ils se vendent jusqu'à 500 francs à la criée de Boulogne ; Durant cette saison de pêche, ce sont environ de thons rouges qui ont été débarqués, d'un poids moyen de 180 à (valeur comprise entre 25 et au cours du thon de 2010).