Emanuel Ringelblum ( – ) est un Juif polonais, historien, homme politique et travailleur social, connu pour ses Chroniques du ghetto de Varsovie, Notes sur les réfugiés de Zbąszyn décrivant la déportation des Juifs de l'Allemagne nazie vers la ville polonaise frontalière de Zbąszyń (Polenaktion), et pour avoir coordonné les archives du ghetto de Varsovie, intitulées Oyneg Shabbos.
Avant la guerre Il est né à Buczacz en 1900 dans la partie de la Pologne annexée par l'Autriche-Hongrie. Il s'inscrit à l'université de Varsovie à l'automne 1919.. En 1927, il soutient sa thèse de doctorat sur les juifs à Varsovie, des temps anciens jusqu'à 1527., sous la direction d'Icchak (Ignacy) Schiper..
Alors qu'il est encore étudiant, il commence une activité de militant auprès des organisations politiques et sociales juives. Il est membre d'un parti sioniste de gauche, le . Il milite pour le développement des écoles juives en Pologne et l'enseignement de l'hébreu. En 1923, il fait partie des fondateurs du cercle de l'histoire juive en Pologne dont il dirige la revue. Il collabore avec le YIVO fondé en 1925 à Wilno (Vilnius), alors ville polonaise. À partir de 1930, il travaille à mi-temps pour l’American Jewish Joint Distribution Committee, une organisation américaine d'entraide juive. Il se charge de coordonner toutes les actions d'aide aux Juifs exilés d'Allemagne en 1938 et 1939.
Le début de la guerre Le , quand la Pologne est envahie par les armées allemandes, Ringelblum se trouve à Genève pour le congrès sioniste mondial. Contrairement à nombre de collègues polonais qui choisissent alors l'exil, Ringelblum décide de retourner à Varsovie. Il devient dès ce mois, le secrétaire de la Commission de coordination des organisations sociales juives qui devient ensuite l'Entraide sociale juiveDictionnaire de la Shoah, .. Dès le mois d', il se rend compte que des évènements dramatiques et encore inédits dans l'histoire sont en cours.
Dans le ghetto de Varsovie Pendant la guerre, Ringelblum et sa famille sont enfermés dans le ghetto de Varsovie. Là, il conduit une opération secrète dont le nom de code est Oyneg Shabbos (qui signifie en yiddish : Allégresse du Chabbat)Annette Wieviorka, « L'archiviste du ghetto », L'Histoire , septembre 2020, .. Ringelblum, avec de nombreux autres écrivains juifs, des rabbins, des scientifiques et même des gens ordinaires, rassemble des journaux intimes, des documents, des papiers officiels et sauvegarde les affiches et décrets qui font partie de la mémoire de la communauté en danger. Environ sont ainsi conservées. En plus, on trouve des descriptions détaillées sur la destruction des ghettos dans d'autres parties de la Pologne occupée, sur les camps d'extermination de Treblinka et de Chelmno ainsi que plusieurs rapports faits par des médecins conduisant des recherches sur les effets de la famine dans les ghettos.
Certains de ses collaborateurs ont pu être identifiés : Dawid Graber, étudiant, en 1943 ; le rabbin et historien Szymon Huberband ; Rachel Auerbach, écrivain et historienne ; Israel Lichtensztajn, écrivain et professeur ; Menachem Linder, historien économiste ; Hersz Wasser, économiste et militant politique.
Ringelblum est aussi un des membres les plus actifs de la (en français : Aide sociale juive), une des organisations constituée dans le ghetto pour aider les gens affamés. Juste avant la destruction du ghetto au printemps 1943, quand tout semble irrémédiablement perdu, les archives sont placées dans trois bidons de lait et des boîtes métalliques. Ces récipients sont alors enfouis dans des caves de bâtiments de Varsovie.
Le journal d'Emmanuel Ringelblum Au moment où l'occupation allemande débute, Emmanuel Ringelblum entreprend aussi la rédaction d'un journal où il consigne ses observations, journal publié après la guerre sous le titre de Chronique du ghetto de Varsovie. Il note dans son journal, le : Il constate que les Juifs répugnent à une résistance armée car, le succès n'en serait que très limité et aurait des conséquences désastreuses sur la grande masse des habitants du ghetto. Quand les nazis commencent à vider le ghetto au cours de l'été 1942, il écrit : . Comme beaucoup d'observateurs, il est révulsé par le rôle que la police juive joue dans la déportation et la violence qu'elle emploie pour réunir les Juifs à l'Umschlagplatz. Il explique ainsi leur comportement : « Les hommes de l’Ordnungsdienst se sont vu promettre la vie sauve ainsi que celle de leurs familles, même la sécurité pour les oncles et beaux-frères et frères.» En octobre, alors que la grande Aktion qui a abouti à la déportation de se termine, Ringelblum écrit :
Après le ghetto de Varsovie Emanuel Ringelblum parvient à s'évader avec sa famille du ghetto au début de l'année 1943, mais décide d'y retourner pour participer au soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943. Capturé par les nazis, il est envoyé au camp de travail de Poniatów. Il parvient à s'évader et se cache alors dans Varsovie avec sa femme et sa fille. Faisant le bilan de la vie dans le ghetto de Varsovie, il note dans son journal : Ringelblum entreprend la rédaction d'un ouvrage : publié en 1992. En , sa cachette est découverte par la Gestapo, après dénonciation par la maîtresse du jardinier de la maison où ils se cachaient. Lui-même, sa femme et son fils de douze ans sont assassinés avec trente-cinq autres Juifs ainsi que la famille de Polonais qui les cachait.
Les archives de Ringelblum Le sort des archives de Ringelblum n'est que partiellement connu. En , dix boîtes métalliques sont trouvées dans les ruines de Varsovie. En , deux bidons de lait contenant d'autres documents sont découverts dans la cave d'une maison en ruine au 68 rue Nowolipki.. Parmi ces documents, se trouvent des copies de plusieurs journaux clandestins, le récit des déportations des Juifs du ghetto de Varsovie, des avis du Judenrat (le conseil juif dirigeant le ghetto), mais aussi des documents sur la vie courante, des invitations à des concerts, des coupons de lait et du papier à chocolat. Malgré des recherches répétées, le reste des archives, dont le troisième bidon de lait, reste introuvable. Des rumeurs situent son enfouissement sous l'ambassade de Chine à Varsovie.
Les archives de Ringelblum font dorénavant partie du registre international « Mémoire du monde » de l'UNESCO.
Plusieurs documents publiés par l'Institut historique juif sous la direction de Bernard Mark le furent sous une forme falsifiéeMichel Borwicz, « Journaux publiés à titre posthume », dans Revue d'histoire de la Deuxième Guerre Mondiale, , janvier 1962, . Ce fut le cas du journal de Ringelblum (1952), qui fut publié initialement dans deux organes de l'Institut : les (en yiddish) et le (en polonais), et dont les traductions en diverses langues, notamment la traduction française par Léon PoliakovLéon Poliakov, « Note du traducteur », dans Emmanuel Ringelblum, Chronique du ghetto de Varsovie, Paris, Robert Laffont, 1978, , qui déplorait de n'avoir pas pu prendre connaissance du manuscrit., furent faites d'après ces textes falsifiésJerzy Tomaszewski, « L'historiographie polonaise sur la Shoah », dans Matériaux pour l'histoire de notre temps, 2001, , , , consultable sur le site Persée..
Distinctions Officier de l'ordre Polonia Restituta
Bibliographie En langue française Chronique du Ghetto de Varsovie ; Livre broché ; ; éditeur : Robert Laffont () ; Archives clandestines du ghetto de Varsovie : T1 Lettres de l'anéantissement''' ; Livre broché ; ; éditeur : Fayard ; collection : histoire () ; Archives clandestines du ghetto de Varsovie : T2 Les enfants et l'enseignement ; Livre broché ; ; éditeur : Fayard ; collection : histoire () ; Samuel D. Kassow Qui écrira notre histoire ? Les archives secrètes du ghetto de Varsovie, Paris 2011, Georges Didi-Huberman, Éparses. Voyage dans les papiers du Ghetto de Varsovie, Minuit, 2020
En langue étrangère Emanuel Ringelblum, (Juifs à Varsovie), Varsovie, 1932 Mark Beyer, Emmanuel Ringelblum : Historien du ghetto de Varsovie, New York, 2001 Samuel D. Kassow, '', Indianapolis, 2007
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Ghetto de Varsovie Judenrat 1943 l'ultime révolte Adam Czerniaków Littérature de la Shoah Bożena Umińska-Keff Bunker "Krysia"
Liens externes
Les archives de Ringelblum dans les Archives d'État de Pologne Biographie de Ringelblum Ringelblum dans le registre "Mémoire du monde" de l'UNESCO Les bidons de lait de Ringelblum Un condensé de temps dans un bidon de lait Les boîtes de Ringelblum
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