Le château de Chenonceau, surnommé château des Dames, est un château de la Loire situé en Touraine, sur la commune de Chenonceaux, dans le département d'Indre-et-Loire en région Centre-Val de Loire.

Chenonceau, avec sa célèbre galerie à deux étages qui domine le Cher, est l'un des fleurons de l'architecture du Val de Loire. Ses emprunts à l'Italie et ses caractéristiques françaises sont clairement perceptibles.

Chenonceau est construit, aménagé et transformé par des femmes aux tempéraments très différents. Il est édifié par Katherine Briçonnet de 1513 à 1521 sur les bords du Cher et est enrichi par Diane de Poitiers, qui le reçoit en cadeau d'Henri II. Elle fait construire de 1556 à 1559 un pont dans le prolongement du château en rejoignant l'autre rive de la rivière. Il est agrandi sous Catherine de Médicis par l'élévation de deux galeries superposées au-dessus du pont. Il devient un lieu de recueillement avec , Louise de Lorraine, puis il est sauvegardé par Louise Dupin au cours de la Révolution française et enfin, métamorphosé par Madame Pelouze.

En référence au grand nombre de personnalités féminines qui en ont eu la charge, il est désigné comme « le château des Dames ».

Le domaine privé de Chenonceau est ouvert à la visite et appartient à la famille Menier depuis 1913.

Le château est classé au titre des monuments historiques depuis son inscription sur la liste de 1840 et le parc par arrêté en date du . L'édifice et son environnement sont intégrés à la région du Val de Loire, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, depuis le .

Histoire vignette|droite|redresse=1.7|Le château de Chenonceau, sur le Cher en Touraine (région Centre, France). Ce château de la Loire fut bâti par Thomas Bohier et son épouse Katherine Briçonnet, mais c’est à Catherine de Médicis que l’on doit les galeries sur la rivière.

Famille Marques Les origines du château Le premier château édifié à Chenonceau remonte au , ainsi qu'un moulin fortifié datant de 1230, date à laquelle la seigneurie de Chenonceau est aux mains de la famille Marques, originaire d'Auvergne ou de la Marche.. Le pont n'existe pas encore, il ne sera construit que bien plus tard. Ainsi, la fonction stratégique du premier château ne réside pas dans un quelconque contrôle du passage d'une rive à l'autre, mais davantage dans une gestion du trafic fluvial sur le Cher, entre la Sologne et le Berry d'un côté, et la Touraine et l'Anjou de l'autre.

Le Cher est alors largement utilisé dans le transport de bois, de matériaux de construction, de sel, de vin, et de fourrage.. Le château subit les dévastations de la guerre de Cent Ans, époque durant laquelle Jean Marques se dresse contre le dauphin Louis de Guyenne, chef du conseil du Roi, et livre Chenonceau aux troupes anglaises. Chenonceau est repris par les Français en 1411, grâce à la victoire de Boucicaut dans les prés du Vintin. Le château est alors brûlé et rasé, ainsi que celui des Houdes et le petit Château-Gaillard situé dans le bois de Grateloup à Saint-Georges-sur-Cher, eux aussi propriété de la famille Marques.

Plus tard, Jean II Marques sollicite Charles VII dans le but de reconstruire un château sur le domaine. L’autorisation lui est donnée par lettres patentes en 1432. Le château est alors reconstruit à un autre emplacement, et présente une architecture nouvelle : appuyé au Cher, il délimite un espace presque carré (de ), terrassé et maçonné, entouré sur trois côtés de fossés d'eaux vives, le Cher fermant le quatrième en isolant le bâtiment. Il est cantonné aux angles de quatre tours rondes, les bases baignant dans les douves, munies de courtines, entre lesquelles se dressent les corps de logis, interrompus par les fortifications de la porte d’entrée. De ce château féodal ne subsiste de nos jours que la tour sud-ouest, connue sous le nom de « tour des Marques ». Derrière le château, sur les rives du Cher, est bâti un moulin sur deux piles de pierre.

Thomas Bohier et Katherine Briçonnet Acquisition du domaine droite|vignette|redresse=1.20|Restitution de la façade sud sur le Cher, du château de Thomas Bohier. Dessin de Félix Roguet. vignette|droite|redresse=1.20|Plan du logis par Jacques Androuet du Cerceau.

L’un des successeurs de Jean II, Pierre Marques, épouse Martine Bérart, fille d'un trésorier de France et maître d’hôtel de Louis XI. Une mauvaise gestion du domaine entraîne la famille dans de graves difficultés financières, qui conduisent à la saisie du fief le . Thomas Bohier, bourgeois de Tours récemment anobli, s'en porte acquéreur pour . Les Marques se retirent ainsi au manoir du Couldray, à Saint-Martin-le-Beau. Thomas Bohier accorde à Pierre Marques et à sa femme la faculté de réméré jusqu'au pour .. Mais Pierre Marques ne pouvait s'acquitter du premier loyer. Le , Guillaume Marques, frère de Pierre, revendique le domaine en invoquant la clause de retrait lignager, et engage des procédures en vue de le récupérer.

À son décès, sa fille Catherine Marques reprend le flambeau, et obtient en partie satisfaction, forçant Thomas Bohier à loger au château des Houdes, où il avait fait construire un logis. Catherine épouse François Fumée (le fils d’Adam Fumée), seigneur des Fourneaux. Elle engage de nouvelles procédures en vue d’acquérir également les Houdes, afin que l’ensemble des anciennes terres de la famille lui revienne.

Bataille judiciaire Au terme d'une difficile bataille judiciaire, le voit la confiscation de la seigneurie de Chenonceau et son adjudication au bailliage de Tours. Catherine et François sont contraints de déménager au manoir des Fourneaux. Thomas Bohier peut ainsi librement prendre possession du domaine le , dont le dernier versement se porte à hauteur de . Le , à Blois, il rend hommage à Louis XII, représenté pour l’occasion par l’évêque de Paris Étienne Poncher.

Bohier est un homme d'État influent et un financier habile. Notaire et secrétaire du roi en 1491, chambellan de Charles VIII, maître des comptes à Paris, il devient général des finances en Normandie. Il épouse Katherine Briçonnet, elle aussi issue d’une riche famille provinciale qui s’est enrichie en gravissant peu à peu les échelons menant aux charges les plus importantes de l'État. Thomas Bohier sert également dans l’administration de Louis XII et de François . Il avait pour devise : .

Les six fiefs ainsi acquis par Thomas Bohier sont érigés en châtellenie, dépendante de la baronnie d’Amboise, couvrant près de , sur une dizaine de paroisses, en . Il rend hommage le à Reims, au jeune François tout juste sacré.

Construction du château Renaissance Thomas Bohier et sa femme Katherine Briçonnet vont entreprendre de nombreux travaux, amorçant la transformation du domaine, et sa mue vers ce que nous observons aujourd’hui. Il rase l’ancien château des Marques. La plate-forme d’origine est gardée mais ne devient qu’une esplanade d’accès au nouveau château. Ce nouveau logis est édifié sur les piles de l’ancien moulin. Des anciens bâtiments, ne restent que la tour des Marques et le puits attenant. Les travaux durent de 1513 à 1521, et sont surtout dirigés par Katherine Briçonnet, pendant les longues absences de son mari.

Thomas Bohier meurt dans l'année 1524 en Italie. Sa veuve disparaît deux ans après, le . Un contrôle des comptes publics met en évidence des détournements de fonds de Thomas Bohier. François impose alors une forte amende à ses héritiers. Le roi réclame près de au fils de Thomas, Antoine II Bohier. Le à Abbeville, il cède au roi les domaines de Chenonceau et des Houdes pour , la vicomté d'Orbes pour , les greffes de Senlis et de Meaux pour . Il s'engage à verser en numéraire , soit un montant total de . François fait don de la différence à Antoine Bohier, en reconnaissance des services rendus à la monarchie par sa famille. Ainsi, Chenonceau, propriété de la Couronne, devient résidence royale.

François Propriété royale Le document de transmission en 1535 est paraphé au nom du roi par Anne de Montmorency, duc, pair de France, maréchal, Grand maître et premier baron de France. Philibert Babou de la Bourdaisière, surintendant des finances, maire de la ville de Tours, prend possession pour le roi du château de Chenonceau et en devient l'intendant. Du fait de sa situation précaire et dans l'incertitude du devenir de Chenonceau, Antoine Bohier n'a réalisé aucun entretien de son patrimoine et encore moins les réparations indispensables.

François se trouve en possession d'une propriété à l'abandon. Contre toute attente, le roi n'entreprend pas de rénovation, ni construction ou décoration de Chenonceau. Son empressement à se rendre acquéreur du château n'est suivi d'aucun effet. L'attention du souverain se porte sur Chambord, Fontainebleau ou Villers-Cotterêts, et jusqu'à la fin de son règne Chenonceau reste dans le même état. François et la Cour, revenant d'Aigues-Mortes après la signature de la trêve de Nice avec Charles Quint, séjournent à Chenonceau au mois d'. Une partie de chasse au printemps 1545 amène le monarque à Chenonceau, où le gibier abonde dans les forêts avoisinantes. Les déplacements, comme le veut l'usage, sont effectués avec une longue suite de chariots transportant mobilier, vaisselle, linge et tapisseries. Le château avait perdu beaucoup de son mobilier et bien loin était la prospérité du temps de Thomas Bohier.

Diane de Poitiers Don du roi Henri II droite|vignette|redresse=1.20|Dessin de Chenonceau après la construction du pont en 1559 et avant celle des galeries en 1576. À gauche, le petit châtelet qui abrite un pont-levis pour accéder aux jardins de la rive gauche du Cher. droite|vignette|redresse=1.20|Château de Chenonceau vers 1570par Jacques Androuet du Cerceau.Gravure de cuivre, British Museum, Londres.

meurt d'une septicémie à Rambouillet, le . Moins de trois mois après, son fils offre Chenonceau à sa favorite Diane de Poitiers., duchesse de Valentinois et jeune veuve du vieux maréchal de Brézé. Cette donation est confirmée par lettres patentes à Saint-Germain-en-Laye, au mois de . Diane de Poitiers fait aménager sur la rive droite du Cher le jardin qui porte son nom. Au printemps 1551, cet espace de deux hectares est protégé des inondations par une levée de terre. Le terrain est entouré de fossés, renforcé avec des murs en pierres, eux-mêmes soutenus par des contreforts en maçonnerie. Les déblais versés à l'intérieur permettent l'élévation de terrasses et la réalisation d'un parterre. Ce chantier monopolise une main d'œuvre considérable. Au début de 1552, la duchesse de Valentinois fait appel aux grands seigneurs et possesseurs des jardins de la Touraine pour les plantations, comme Jean Babou de la BourdaisièreJean Babou de la Bourdaisière (1511-1569), comte de Sagonne, grand bailli de Touraine et grand maître d'artillerie de France. Fils de Philibert Babou de la Bourdaisière, surintendant des finances de François , et de Marie Gaudin. Il se marie le à Blois, avec Françoise Robertet, dame d'honneur successivement, de Catherine de Médicis, de Marie Stuart et de Louise de Lorraine. Leur fille est Françoise Babou de La Bourdaisière et leur petite-fille Gabrielle d'Estrées., Jean Paul de Selve ou son cousin Simon de Maillé-Brézé, qui délèguent leurs jardiniers.

La construction du pont La même année, Diane de Poitiers reçoit dans son nouveau domaine le roi Henri II, Catherine de Médicis et toute la Cour. Elle confie à l'architecte Philibert Delorme, alors dans toute la faveur royale, le soin de construire un pont reliant le château à la rive gauche afin d'y créer de nouveaux jardins et d'accéder à de plus grandes chasses. Ce pont fait partie des plans originels des Bohier. Les travaux commencent au printemps 1556 et, après bien des vicissitudes, s'achèvent avant la fin de l'année 1559 pour un coût estimé à plus de .. Mais le roi ne pourra pas inaugurer cet ouvrage, car il est mortellement blessé à Paris lors d'un tournoi le par le capitaine de sa garde écossaise, .

Catherine de Médicis