Jean-Yves Le Drian, né le à Lorient (Morbihan), est un homme d'État français.

Membre du Parti socialiste (PS) de 1974 à 2018, il est notamment maire de Lorient de 1981 à 1998, plusieurs fois député entre 1978 et 2007 et président du conseil régional de Bretagne à deux reprises entre 2004 et 2017.

Secrétaire d'État à la Mer dans le gouvernement d'Édith Cresson de 1991 à 1992, durant la présidence de François Mitterrand, il devient président de la Conférence des régions périphériques maritimes d’Europe en 2010.

Il est nommé ministre de la Défense dans le premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault, en 2012. Il est maintenu dans ses fonctions dans les gouvernements Ayrault II, Valls I, Valls II et Cazeneuve, soit durant la totalité du quinquennat de François Hollande.

En 2017, il devient ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Ayant quitté le PS, il œuvre pour un rassemblement des socialistes autour du président Emmanuel Macron, notamment avec la fondation en 2020 du parti Territoires de progrès. Il conserve son ministère jusqu'à la fin du premier quinquennat Macron, en 2022.

Celui-ci le nomme « envoyé personnel pour le Liban » en 2023, pour créer un consensus dans le pays en vue de l'élection d'un nouveau président de la République.

Situation personnelle Famille Jean-Yves Le Drian est issu d'une famille catholique ouvrière de Lanester, commune située au nord-est de la ville de Lorient.

Son grand-père paternel exerçait le métier de docker. et participa à la Première Guerre mondiale. Sa grand-mère paternelle tenait un bistrot sur les docks de Lorient.

Son grand-père maternel est quartier-maître infirmier dans la Marine nationale.

Son père, Jean, vendeur de pièces détachées d'automobiles aux Établissements Renault et syndicaliste, est proche des milieux communistes de la ville et surtout du milieu ouvrier. Sa mère, Louisette (1920-2003, née Derrien)., est couturière aux magasins d'habillement Corbière & Nobis de Quimperlé et de Lorient. Elle milite par ailleurs à l'Action catholique ouvrière, ce qui lui vaut d'être invitée au concile de Vatican II« Remaniement : Jean-Yves Le Drian, le réformateur tranquille », Le Point, 2 avril 2014, consulté le 2 avril 2014.. Jean et Louisette Le Drian (qui se marient le ) militent d'abord à la Jeunesse ouvrière chrétienne et continuent leurs engagements dans des mouvements syndicaux et familiaux, notamment à la Confédération syndicale des familles dont Jean est un temps le secrétaire général.. Louisette Le Drian est quant à elle permanente régionale (pour le Finistère) puis nationale (de 1943 à 1946) à la Jeunesse ouvrière chrétienne, membre du bureau national du MLP (à partir de 1952) et membre du secrétariat national de l’Action catholique ouvrière (jusque dans les années 1960), secondant Félix Lacambre.

Il a deux sœurs, Thérèse Thiery (née en 1953), conseillère générale de 2005 à 2015, maire de Lanester de 2004 à 2020, et Marie Le Drian (1949-2025), écrivaine.

En secondes noces, Jean-Yves Le Drian épouse en 2006 , élue rennaise et vice-présidente du conseil régional de Bretagne..

Il a un fils, Thomas (né en 1984), diplômé de l'ISC Paris, qui est nommé en chargé de mission auprès d'André Yché, président du directoire de la Société nationale immobilière (SNI), filiale de la Caisse des dépôts dont le directeur général Jean-Pierre Jouyet l'avait choisi un an plus tôt comme conseiller à son cabinet, provoquant une polémique.

Formation Né à Lorient le , Jean-Yves Le Drian grandit à LanesterLa ville fait face à Lorient, de l'autre côté de la rivière du blavet, où vivent traditionnellement beaucoup d'ouvriers travaillant à l'arsenal de Lorient. où, vu ses bons résultats scolaires, un de ses instituteurs lui conseille de poursuivre ses études. Il intègre alors le lycée Saint-Louis de Lorient, où il est un des rares fils d’ouvriersFrançois Clemenceau, « Jean-Yves Le Drian, le soldat méconnu », Le Journal du dimanche, 12 octobre 2012, consulté le 2 avril 2014.. À table, les discussions familiales tournent alors souvent autour des thèmes de l'action syndicale, de l'Église et de la lutte des classes.

Après son baccalauréat, il passe un an en hypokhâgne au lycée de Cornouaille à Quimper, puis s'inscrit à l'université de Rennes, où il commence des études d'histoire en 1966. Il passe par ailleurs les deux étés 1966 et 1967 en Algérie, pour donner des cours de rattrapage à des élèves de petite Kabylie, puis de la banlieue d'AlgerParis Match, , 7 février 2013, ...

Carrière professionnelle À partir de , il commence à travailler à mi-temps comme professeur d'histoire au lycée Notre-Dame-du-Vœu de Hennebont et entame dans le même temps une maîtrise d'histoire à l'université de Rennes. Celle-ci porte sur les Forges d'Hennebont, et il profite de la proximité de son lieu de travail pour avancer ce travail de recherche.. Il rate l'agrégation en 1970 lors de sa première tentative, comme un ami proche, François Chappé, et continue alors à préparer ce concours, tout en travaillant au lycée de Hennebont. C'est à cette époque qu'il rencontre sa première future épouse, elle aussi étudiante dans la même université., mais aussi sa seconde épouse, qui fait aussi des remplacements au lycée hennebontais. Il obtient l'agrégation en 1971, et son directeur de mémoire, Michel Denis, lui propose alors de poursuivre son travail de recherche dans une thèse.. À l'issue de son service militaire, il est recruté à la rentrée 1973 comme professeur assistant d'histoire à l'université Rennes-II. Alors que son passé comme leader de Mai 68 à Rennes provoque une opposition au sein du département d'histoire, lorsque sa candidature est proposée, il est soutenu par François Lebrun et Jacques Léonard.. Il y rencontre le futur maire de Quimper Bernard Poignant, qui prépare lui aussi l'agrégation, le futur directeur d'Antenne 2, Jean-Michel Gaillard, lui aussi maître-assistant en Histoire ; extrait : , ainsi qu'André Lespagnol, futur président de l'université.

Il participe à l'élection à la tête de l'université de Michel Denis, alors qu'une équipe s'est constituée autour d'André Lespagnol et de Jean-Michel Gaillard. Il prend part à la rédaction d'un programme pour l'université, et à la campagne auprès du personnel et des étudiants..

Il accomplit son service militaire au du train de Saint-Lô, après avoir initialement été convoqué dans les parachutistes.

Ce changement d'affectation fait suite à l'intervention de son père auprès du député-maire de Carnac Christian Bonnet. Lors de son service, il apprend à conduire divers véhicules..

Parcours politique Débuts Alors lycéen à Lorient, il commence à militer au sein de la Jeunesse étudiante chrétienne, dont il devient premier secrétaire dans le Morbihan, alors qu'il n'est qu'en terminale. Lors du congrès national de Dijon, il fait la rencontre d'Henri Nallet, représentant national de la JEC et futur ministre socialiste. Tout en restant militant et chef local de cette structure lors de ses années étudiantes, il rejoint l'Union nationale des étudiants de France en 1967 dont il devient un des responsables rennais, et participe activement à Mai 68 à Rennes comme cadre de l'UNEF et de la JEC.

Au début des années 1970, il observe les partis politiques de loin, sans s'encarter : il se méfie de l'extrême gauche, la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) lui semble dépassée, il n'est pas convaincu non plus par le Parti socialiste unifié (PSU).

La seule parole qui retienne son attention est celle de l'Union démocratique bretonne (UDB) : ...

En , après avoir écouté un discours de François Mitterrand à Rennes en compagnie de son collègue Jean-Michel Gaillard, c'est finalement au Parti socialiste qu'il décide d'adhérer, et dans lequel il milite depuis au sein de la section de Lorient.. Il prend la direction de celle-ci dès 1975, et désigne dans chacun des trois cantons de la villeLa ville de Lorient comporte trois cantons : Lorient-centre, Lorient-nord, et Lorient-sud. un responsable chargé d'occuper le terrain pour rendre le parti plus visible auprès des Lorientais.. Il obtient un premier mandat de conseiller municipal à l'occasion des élections municipales de 1977 en se faisant élire sur la liste du maire socialiste de Lorient, Jean Lagarde, dont il devient adjoint chargé de l'action économique.

Maire de Lorient vignette|Le bassin à flot et le Palais des congrès de Lorient. Il est élu maire de la ville le , à la suite de la démission du précédent occupant du poste, Jean Lagarde, qui s'était engagé à se retirer à . Il occupe cette fonction pendant jusqu'en 1998, date de sa démission pour cause de cumul de mandats, après son élection au Conseil régional de Bretagne.

Il est alors remplacé par Norbert Métairie, son ancien adjoint, mais reste membre du conseil municipal. Il est réélu sur la liste de Norbert Métairie lors des élections municipales de 2001. Il démissionne cependant de ce mandat municipal au lendemain des élections régionales de 2004 pour se consacrer pleinement à son nouveau mandat de président de région.

Il est souvent rattaché à la « génération de 1977 », un groupe d'élus de gauche ayant conquis ou intégré des exécutifs de municipalités de l'ouest de la France lors des élections municipales cette année-là... Comme Edmond Hervé à Rennes, ou Jean-Marc Ayrault à Nantes, sa politique est souvent comparée au socialisme municipal. ; l'action dans le domaine de l'économie culturelle est aussi relevée, le festival interceltique de Lorient qui gagne en importance lors de son mandat jouant un rôle comparable aux Tombées de la nuit de Rennes, ou à la Folle Journée de Nantes..

Lors de son arrivée à la tête de la mairie de Lorient, il analyse la dépendance de l'économie de la ville au secteur étatique comme une faiblesse.

L'armée, via la Base aéronavale de Lann-Bihoué, la base de sous-marins de Keroman et l'arsenal de la ville occupent une place centrale dans l'économie de la ville, et Le Drian engage plusieurs actions pour diversifier le modèle économique lorientais. Il est ainsi amené à rencontrer de nombreux chefs d'entreprise.. C'est par ce biais qu'il fait la connaissance de Paul Anselin., qui est actif dans le développement économique régional et l'aide à attirer des investisseurs à Lorient..

Avec d'autres élus du département, il s'engage, à partir du milieu des années 1980, pour accentuer l'essor des implantations universitaires à Lorient et aboutir à la transformation de celles-ci en université de plein droit.. La région Bretagne fait à l'époque face à une hausse importante du nombre d'étudiants ; les autres sites de la région peinent à accueillir ceux-ci.. Avec les députés Jean Giovannelli et Louis Le Pensec, il signe une tribune en dans Ouest-France appelant à la création d'une université regroupant les sites de Quimper, Lorient et Vannes. Cette initiative est alors très critiquée par les présidents des universités bretonnes, mais reçoit un meilleur accueil chez les responsables politiques locaux. Les élections législatives de 1988 ramènent la gauche au pouvoir et un terrain favorable au développement de cette idée.

Jean-Yves Le Drian s'entend avec le maire de Vannes Pierre Pavec pour y travailler en commun, le maire de Quimper Bernard Poignant ayant préféré se retirer. Fin 1988, les deux maires présentent un projet de création d'université de Bretagne-Sud.. Certains conseillers politiques du président de la République François Mitterrand s'y opposent, comme Pierre Moscovici.. L'entrée au gouvernement de Jean-Yves Le Drian en permet à ce projet de gagner en poids politique et celui-ci est adopté en .. L'officialisation de la création de l'université de Bretagne-Sud intervient en 1994. et celle-ci devient effective en 1995..