Jésus-Christ (prononcé ou Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, .), Jésus, le Christ ou simplement Christ est le nom donné par l'ensemble des chrétiens à Jésus de Nazareth, également connu sous les noms de Notre-Seigneur, Fils de Dieu, le Messie ou le Sauveur.
Pour le christianisme, il est le Messie, le Fils de Dieu et le rédempteur du genre humain. Né avant l'an 4 sous Hérode et Auguste, il commence son activité de prédicateur vers l'an 28. Il est arrêté et condamné à mort par le préfet romain Ponce Pilate en , et, selon le Nouveau Testament, il ressuscite trois jours plus tard. Cette résurrection de Jésus transcende le domaine de l'histoire pour atteindre à celui de la foi.
Le Messie ( / en grec ancien), « l'oint du Seigneur » est annoncé par l'Ancien Testament. La plupart des chrétiens reconnaissent Jésus-Christ comme le Fils unique de Dieu et comme l'une des trois personnes du Dieu trinitaire. Sa mère est Marie.
À partir du , les recherches critiques des historiens ont peu à peu dissocié méthodologiquement Jésus de Nazareth, le personnage historique, de Jésus-Christ, la figure religieuse.
Le calendrier grégorien – actuellement le système de calcul des années le plus répandu au monde – se fonde sur la date communément attribuée à la naissance de Jésus, c’est-à-dire l’an zéro, qui pourtant n’existe pas.
La foi en Jésus-Christ vignette|redresse=0.8|Le Papyrus P52, recto. Daté de la première moitié du , ce document qui contient deux passages de l'Évangile selon Jean est le plus ancien exemplaire connu du Nouveau Testament. Jésus de Nazareth, Juif de Galilée, apparaît au dans le cercle de Jean le Baptiste avant de s'engager, entouré de quelques disciples, dans une carrière de prédication itinérante d'un à deux ans et demiPierre Geoltrain, « Les origines du christianisme : comment en écrire l'histoire », in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, XVII.Michel Quesnel, « Jésus et le Témoignage des évangiles », in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, 205., essentiellement en Galilée, en pratiquant guérisons et exorcismes. Il suscite engouement et ferveur, s'attirant la méfiance des autorités politiques et religieuses, avant d'être arrêté, condamné et crucifié vers l'année 30 à Jérusalem pendant la fête juive de la Pâque, sous l'administration du préfet Ponce PilatePierre Geoltrain, « Les origines du christianisme : comment en écrire l'histoire », in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. XVII..
Dans les premières décennies qui suivent la mort de Jésus, vers l'année 30, ses disciples se rassemblent en petites communautés autour de deux croyances : celle que Jésus était le messie attendu par les juifs, et celle qu'il était ressuscité et était apparu à un certain nombre de témoins. Ce « mouvement des disciples de Jésus », par ses croyances en la messianité et en la résurrection de Jésus, constitue alors une secte particulière au sein du judaïsme du Second Temple.
La foi en Jésus-Christ est marquée dès ses débuts par la prédication de Paul de Tarse, l'« apôtre des gentils » qui n'a pas connu le Jésus historique, mais qui affirme l'avoir vu après sa résurrection.
Les plus anciens textes chrétiens sont en effet les épîtres de Paul, rédigées entre 50 et 60, et dont sept sont aujourd'hui considérées comme authentiques sur les treize qui lui sont attribuées dans le Nouveau TestamentFrançois Vouga, « Le corpus paulinien », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 , . : dans l'ordre chronologique, la Première épître aux Thessaloniciens, la Première épître aux Corinthiens, l'Épître aux Galates, l'Épître aux Philippiens, l'Épître à Philémon, la Seconde épître aux Corinthiens et l'Épître aux Romains. Jésus y est présenté comme « Seigneur » investi de la puissance et du salut divins. Paul cependant ne discute pas de la nature divine ou humaine de Jésus. L'essentiel de la christologie paulinienne est exprimé dans la Première épître aux Corinthiens. Elle repose sur l’affirmation du salut par un rédempteur divin, le Messie envoyé par Dieu pour racheter les péchés des hommes..
Le Messie médiateur et rédempteur
Dès les premiers siècles du christianisme, de nombreuses discussions portent sur l'articulation entre les natures divine et humaine de Jésus-Christ, notamment en tant que sauveur. Son nom même signifie « sauveur » : « Jésus », en grec / , vient de Yehoshua (hébreu : ) qui signifie : « Dieu sauve. » Le mot « Christ » vient de Christos, traduction grecque dans la Septante de l'hébreu מָשִׁיחַ (mashia'h), c'est-à-dire « Messie ». Dans le judaïsme, le Messie est l'oint du Seigneur, l'homme qu'un prophète a consacré par le rituel de l'onction.
La notion chrétienne de Messie s'écarte cependant de la compréhension du messie dans le judaïsme. Elle donne une place centrale à la Résurrection. Paul affirme : « Si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi » (Première épître aux Corinthiens, 15:14). Elle voit en Jésus-Christ celui qui a apporté au monde la Rédemption par sa Passion et sa résurrection, conformément au « Jésus nous a rachetés » de l'Épître aux Galates (3:13).
Dans son ouvrage de théologie fondamentale, Hans Waldenfels a introduit sa présentation du Christ par cette citation de K. T. Schäfer : « La tradition synoptique, la théologie paulinienne et johannique s'accordent sur le fait que Jésus Christ est le médiateur de la révélation divine par ses actions et ses paroles (…) qu'il est médiateur de la rédemption par le don de sa vie (…), le médiateur du pardon des péchés et de la grâce (…) le médiateur du salut et de la vie éternelle.. »
La divinité du Christ La croyance en la divinité de Jésus-Christ est diversement acceptée dans les communautés chrétiennes du . Certaines restent attachées à la transcendance du Dieu unique du judaïsme traditionnel, et insistent sur l'humanité de Jésus. D'autres au contraire exaltent la divinité de Jésus et rejettent son humanité matérielle.
Ignace d'Antioche (35-107) insiste sur la réalité de la vie terrestre de Jésus.
Justin Martyr (105-135) recourt au terme Logos, emprunté à la philosophie grecque, qui signifie la raison divine qui pénètre et gouverne le monde.
Origène (185-254) essaie de comprendre comment la nature humaine s'unit à la nature divine en Jésus. Pour lui, Jésus ne peut être vraiment homme sans âme humaine; la nature divine ne pouvait s'unir directement avec le corps.
Enfin, ce qui devient peu à peu le christianisme majoritaire de la « Grande Église » tient une sorte de voie médiane qui débouche sur le concept de Trinité.
Le Credo
vignette|Peinture murale dans les catacombes de Commodilla, fin du . Les premiers conciles de Nicée en 325 et de Constantinople en 381 aboutissent au « Symbole de Nicée », credo qui définit la croyance en Jésus-Christ :
Ce credo s'oppose en particulier à l'arianisme, qui professait une absence de consubstantialitéAnnick Martin, « Le fulgurant succès d'Arius », in Les Premiers Temps de l'Église, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, p. 690-698., et plus généralement aux croyances considérées comme des hérésies par rapport à la divinité du Christ.
Les catholiques et les orthodoxes célèbrent Jésus-Christ comme étant à la fois vrai homme et vrai Dieu, deuxième hypostase de la Trinité. Les Églises protestantes européennes le confessent de même, tout en reconnaissant la liberté de conscience à leurs fidèles. Elles présentent donc des conceptions diverses et, même quand la formulation semble identique à celle des confessions catholique et orthodoxe — qui disposent d’un large corpus dogmatique et d’une structure hiérarchique chargée de le maintenir et de l’enseigner —, le sens donné aux expressions n’exprime pas rigoureusement le même point de vue.
Les trois principales confessions chrétiennes s'accordent sur un Credo commun : Jésus-Christ est lui-même Dieu, consubstantiel à Dieu, selon la définition du premier concile de Nicée (325), contre Arius. Il est homme total, consubstantiel à chaque être humain, selon la définition du premier concile de Constantinople (381), contre Apollinaire. Homme et Dieu, il est pourtant un, et non pas divisé, selon la définition du concile d'Éphèse (431), contre Nestorius. Il reste pourtant « deux », homme et Dieu, sans confusion ou absorption, selon la définition du concile de Chalcédoine (451), contre Eutychès.
Le « Jésus terrestre »
Sans qu'il faille autant opposer symétriquement sur ce sujet recherche et tradition, les recherches sur le « Jésus historique » apparues au ne sont accessibles qu'à travers les traditions du « Jésus terrestre »Jean Zumstein, « Jésus terrestre dans l'Évangile de Jean », in Daniel Marguerat et alii, Jésus de Nazareth : nouvelles approches d'une énigme, éd. Labor et Fides, 1998, 459 et suiv., extraits en ligne.
Néanmoins, pour Jean Zumstein, « la question du Jésus historique s'efforce de discerner à travers les premières traditions sur le Jésus terrestre, les traces qui permettent d'approcher le Jésus de l'histoire. En revanche, interpréter les traditions du Jésus terrestre pour elles-mêmes, c'est rechercher comment les premières communautés chrétiennes ont formulé leur témoignage de foi au Jésus qui a vécu et qui est mort à Jérusalem »Jean Zumstein, « Jésus terrestre dans l'Évangile de Jean », op. cit., 461, extraits en ligne..
Représentation de Jésus-Christ dans les arts
Art paléochrétien
vignette|droite|redresse|Sculpture en marbre du « Bon Pasteur », vers 300, musées du Vatican.
Les auteurs des évangiles, issus d'un milieu judaïque réticent à l'égard des images par peur de l'idolâtrie, semblent considérer que les paroles de Jésus sont plus importantes que son apparence et ne donnent aucune description de celui-ciFrançois Boespflug, Premiers visages de Jésus, in Jésus, Le Point hors-série 1, décembre 2008, ..
L'art chrétien ne va pas de soi. Il trouve ses origines dans l'imaginaire de l'art païen et polythéiste. Les Pères de l'Église, pour leur part, contestaient l'art en tant que tel en des termes assez durs et se réclamaient de l'Ancien Testament qui condamne radicalement l'iconographie, , . Clément d'Alexandrie liste néanmoins, vers 200, des éléments qui peuvent avoir une signification chrétienne sur les sceaux ou les bagues, tel le poisson, dont le nom grec ( / ) constitue un acronyme des appellations de JésusἸησοῦς Χριστὸς Θεοῦ Υἱὸς Σωτήρ, Iesous Christos Theou Uios Sôter, Jésus Christ Fils de Dieu, Sauveur..
Si au début du le concile d'Elvire interdit encore les images peintes sur les parois des églises, l'art chrétien a cependant déjà pris son essor, dans une visée qui n'est pas étrangère à l'apologétiqueRobert Turcan, L'art et la conversion de Rome, in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, 549-560..
L'évolution du rapport à la représentation du Christ se transforme dès le premier tiers du et une iconographie christique apparaît progressivement dans les catacombes et sur les sarcophages. Les représentations en demeurent cependant rares au profit de figures de l'Ancien Testament, comme Moïse ou Jonas, et Jésus n'est représenté que dans un petit nombre de scènes : son baptême, des miracles ou guérisons, l'entrevue avec la Samaritaine… Son action de thaumaturge est souvent soulignée dans cette première vague iconographique qui le présente également parfois au milieu de ses disciples à l'instar des philosophes grecs.