La géographie du genre (ou Gender Geography), appelée aussi géographie féministe, est un courant de la géographie qui intègre la notion de genre et une diversité d'approches pour penser l'espace. Elle étudie notamment les rapports différenciés des femmes, des hommes, des minorités sexuelles et de genre à l'espace. Historiquement, elle trouve son héritage dans l'étude des femmes en géographie et dans les théories et épistémologies féministes. En France elle fait l'objet de différentes contraintes et critiques dès les années 1970.

Définitions et caractéristiques Selon Susan Hanson, présidente de l'association américaine des géographes en 1992, le féminisme a été le principal investigateur de l'utilisation du terme « genre » au sein de la géographie anglo-saxonne en regardant le monde au travers du filtre du genre.

En France, la géographie du genre a peiné à se faire une place, malgré des travaux pionniers anciens tels que ceux de Jacqueline Coutras ou Jeanne Fagnani dès la fin des années 1970. Ses recherches ont été considérées comme particularisantes et limitées, ne respectant pas les caractéristiques d'universalité et de spatialité dédiées jusqu'alors aux études géographiques. Par conséquent leurs travaux ont été sous-estimés par leurs pairs.

L'apparition de cette géographie a pour origine la prise de conscience de l'existence d'une science dominée par l'universalité masculine. La vision du Monde, du rapport Homme/Milieu, aurait donc été tronquée, dès lors que celle-ci fut centrée sur l'univers masculin. alt=Photographie en noir et blanc de Simone de Beauvoir.|vignette|La géographie du genre trouve des influences dans les écrits de Simone de Beauvoir. Pour comprendre l'approche de la géographie de genre, il est nécessaire de différencier sexe et genre. Ainsi, la géographie de genre ne s'intéresse pas à la définition des individus par rapport à ses caractéristiques biologiques (sexe). Selon Claire Hancock, géographe et professeure des universités à l'Université Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne (UPEC), la géographie du genre se focalise sur la construction sociale (genre) de ces différences, considérant que . Claire Hancock et Francine Barthe-Deloizy expliquent que . On peut dire que c'est une façon de penser qui s'appuie sur la célèbre assertion de Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe, publié en 1949 : .

Marianne Blidon propose de classer les travaux de géographie du genre selon trois grandes approches :

L'approche qui consiste à , c'est-à-dire à considérer que l'espace est genré et qu'il y a des espaces masculins, féminins ou mixtes ; L'approche qui consiste à , c'est-à-dire à considérer que l'espace est gérant et qu'il contribue à différencier les personnes en fonction de leur sexe (exemple des toilettes publiques) ; L'approche qui consiste à , c'est-à-dire à considérer que le genre structure aussi les catégories de pensée et la production du savoir (en opposant par exemple sensibilité et rationalité, faiblesse et force, concret et abstrait). La géographie qui s'intéresse aux questions de genre n'est donc pas seulement , même si c'est historiquement pour étudier la position et de rôle des femmes dans la société que cette notion a d'abord été mobilisée. Le fait de se concentrer sur les femmes pourrait d'ailleurs même conduire à selon les analyses de Liz Bondi et Mona Domosh citées par Claire Hancock. La construction de la masculinité est donc autant à étudier que celle de la féminité. Claire Hancock, à propos de la géographie du genre américaine, écrit ainsi en 2002 que .

Les travaux de géographie du genre et féministe .

L'objet de la géographie de genre est d'analyser les rapports sociaux afin d'étudier dans leur ensemble les débats sur les inégalités matérielles et politiques construites socialement. Cette nouvelle vision propose un regard systémique des relations entre personnes de différents genres au-delà des études féministes qui centrent leur attention exclusivement sur les femmes. Par conséquent la géographie du genre dépasse l'analyse de la division genrée homme-femme ou la différenciation des espaces publics-privés dans les sphères économiques, sociales, et politiques. Elle analyse plutôt une nouvelle structure de l'occupation du territoire avec la reconnaissance d'espaces mixtes caractérisés par la complémentarité et l'expression des interrelations homme-femme.

Cette géographie trouve sa place dans la géographie sociale et culturelle. Elle combine différentes échelles spatiales et différents positionnements de recherche qui permettent, de considérer l'implication personnelle de l'auteur et les dynamiques de l'espace privé.

Cette nouvelle conception permet d'accéder aux représentations cachées du territoire. Cette relecture des processus socio-spatiaux permet de comprendre les pratiques territoriales ainsi que leur constitution.

Le concept « genre » permet une lecture transversale et englobante des dynamiques des individus dans un monde mobile où le système d'organisation en réseau est de plus en plus important et visible.

Histoire

La géographie de genre a vu sa construction s'effectuer en fonction de l'approche du genre. En effet la géographie traditionnelle a intégré au cours du temps le concept des Études femmes, des études féministes et des études genre dans l'analyse du territoire et des pratiques spatiales.

Le concept de genre en géographie est à l'origine d'une nouvelle façon de penser l'espace. Son émergence dans les années 1960 à 1970, dans le monde anglo-saxon s'effectue dans un contexte constructiviste cherchant à questionner les vérités scientifiques et dans un contexte féministe contestant les inégalités de pouvoir entre les sexes. Ces nouveaux concepts scientifiques porteurs de contestations politisées dans le monde anglo-saxon, vont rencontrer peu de soutien dans le monde francophone du fait des valeurs universalistes et républicaines institutionnalisées.

À partir des années 1980, l'expression anglaise gender geography est traduite en français au sein de l'UGI par « géographie du masculin-féminin ».

Généralités sur l'histoire de la géographie féministe À l'origine la géographie féministe se focalise sur la démonstration des espaces de domination entre les sexes dans le système patriarcal. Ces études ont ensuite été transcrites sous la forme de configuration spatiale des rapports entre les hommes et les femmes. Dans un premier temps la géographie féministe a présenté une configuration des espaces opposés entre les sexes en ignorant les espaces qui les connectent. En tant que système social les femmes sont à l'origine de nouveaux espaces de socialisation. De par ce fait, la dichotomie des espaces associés aux hommes et aux femmes fait apparaître des pratiques différenciées sexuées.

Généralités sur l'histoire de la géographie de genre Le début des années 1970 voit la naissance de la géographie de genre. Elle envisage le sexe comme une construction sociale et non-biologique. L'évolution du contexte économique mondial et la participation grandissante des femmes dans son développement a conduit des organismes internationaux (le Programme des Nations unies pour le Développement Humain) et les chercheurs (travaux de Janet Momsen) à utiliser ce concept géographique. Il est prioritairement utilisé en géographie économique, notamment en géographie du développement et de la pauvreté. Ainsi il permet l'étude de l'appropriation de l'espace par les individus de genre féminin ainsi que d'envisager le territoire suivant un nouveau point de vue : la territorialité différenciée en fonction des genres.

Histoire des géographies féministes et du genre de langue anglaise

Années 1970 Les géographes féministes trouvent des outils d'analyses dans la pensée marxiste, notamment autour de la .

Années 1980 En 1984, le groupe d'études réalise un ouvrage théorique de géographie féministe, intitulé à partir des travaux empiriques réalisés jusque-là. Cet ouvrage contribue à légitimer la géographie féministe en tant que branche de la géographie.

À la fin des années 1980, des autrices, notamment Linda McDowell, se félicitent du développement de la géographie du genre lors de cette décennie.

À la fin de la décennie, Peter Jackson étend les enjeux de la géographie du genre à celle des sexualités et des minorités sexuelles à travers un chapitre intitulé « » et oriente cette géographie genre d'abord plutôt économique vers la géographie sociale et culturelle.

Années 1990 Les années 1990 sont marquées par le développement de la géographie des sexualités avec notamment la publication de de Gill Valentine et David Bell en 1995.

La fin des années 1990 voit l'apparition des géographies queers.

Années 2000 Au niveau des géographies queers, les années 2000 correspondent à la deuxième vague de géographie queer et voient notamment l'essor des géographies trans.

Histoire des géographies des femmes, féministes et du genre en France La géographie française intègre tardivement le concept de genre dans ses analyses, notamment à la lecture de travaux britanniques. Pour autant cela ne signifie pas que les études portant sur les femmes, le genre et les sexualités n'apparaissent qu'à ce moment-là en France, ni qu'elles sont uniquement une spécificité anglo-américaine.

Années 1940-1960 : prémices d'une géographie « sur les femmes »

La géographe Germaine Veyret-Verner publie des articles et notes sur l'étude des activités professionnelles des femmes dès 1941.

Dans les années 1960, plusieurs géographes réalisent des travaux sur le travail des femmes et la population active féminine : Renée Rochefort en Italie et dans la région lyonnaise, Nicole Sztokman dans les grandes villes françaises et européennes, Danielle Mingasson dans la région grenobloise et Claude Michel en Bretagne.

Années 1970 Pionnières de la géographie féministe À la fin des années 1970, Jacqueline Coutras et Jeanne Fagnani publient des études féministes sur les femmes. Elles ont d'abord réalisé leurs recherches sur des problématiques de géographie sociale et économique dans la première moitié des années 1970 avant de s'orienter vers une géographie féministe des femmes à l'issue de leur thèse. En 1977 elles publient un article intitulé « Transports » dans Les Cahiers du Grif dans lequel elles analysent . Elles analysent ce même thème dans l'article « Femmes et transports en milieu urbain » publié en 1978 dans la revue internationale . Elles y soulignent « les contradictions qui existent entre les normes idéologiques de l'ordre patriarcal qui lie les femmes à la maison et les impératifs du système capitaliste actuel qui a besoin d'elles dans le marché du travail tout en profitant dans le même temps de certains aspects du fonctionnement de l'unité familiale ».

La géographie sociale de l'ouest de la France (notamment d'Armand Frémont) permet à Jacqueline Coutras et Raymonde Séchet de développer leur pensée sur le genre en géographie grâce au concept d'« espace vécu » et à l'attention portée à la .

Frein au développement de la géographie féministe dans les années 1970 Si la géographie sociale est dès le départ attentive aux femmes et à leurs espaces, les recherches qui en sont issues commencent par naturaliser les différences entre les hommes et les femmes, ce qui exclut d'emblée une approche critique de cette question. C'est le cas par exemple des travaux de Renée Rochefort sur les migrants italiens et leurs familles : elle réalise une géographie des femmes mais pas une géographie du genre ni féministe.