Angela Isadora Duncan, simplement dite Isadora Duncan, est une danseuse d'origine américaine naturalisée soviétique, née le 26 ou dans le quartier irlandais de San Francisco et morte le à Nice.
Au cours de son existence, Isadora Duncan révolutionne la pratique de la danse par un retour au modèle des figures antiques grecques. Par sa grande liberté d'expression, privilégiant la spontanéité et le naturel, elle apporte les premières bases de la danse moderne européenne à l'origine de la danse contemporaine. Influencée par son frère Raymond Duncan sur un retour à l'hellénisme et au culte du corps, elle veut redonner sa place à la beauté et à l'harmonie du corps, osant s'exhiber presque nue, à peine dissimulée par quelques voiles. Par ailleurs, son travail chorégraphique accorde une place particulière à la spiritualité.
Elle est la fondatrice de plusieurs écoles de danse, aux États-Unis, en Europe et en Russie.
Biographie
Jeunesse et formation vignette|gauche|Photographie anonyme non sourcée. Isadora Duncan naît au Geary Street à San Francisco le 26 ou le Isadora Duncan dans l’Encyclopædia Britannica.. Elle est la benjamine de quatre enfants dont ses deux frères, Raymond et Augustin, et sa sœur Élisabeth. Ses parents sont Charles Duncan, homme des arts et banquier à la Bank of California, et Mary Dora Gray.
Peu après la naissance d'Isadora, son père se retrouve sans emploi et ruiné, à la suite de la faillite de la banque. Ils doivent alors se séparer de leur maison. Puis sa mère apprend que son mari entretient une relation extra-conjugale. Selon un article publié sur le site du San Francisco Museum, sa maîtresse serait la poétesse Ina Coolbrith. Les parents divorcent en 1879 et Mary Dora Gray s'installe avec ses enfants à Oakland, où elle travaille comme pianiste et professeur de musique. Isadora va fréquenter l'école dans ses jeunes années mais l'abandonne rapidement. Pour son caractère indépendant, le système scolaire se révèle bien trop contraignant. D'autre part, sa famille étant pauvre, sa sœur et elle se mettent rapidement à donner des cours de danse aux enfants du quartier afin de contribuer aux finances de la famille. Isadora a douze ans et cette école de danse, où elles enseignent alors la valse et la polka, est la première d'une longue série.
Danseuse En 1895, elle devient membre de la compagnie de théâtre Augustin Daly à New York mais est rapidement déçue par cet art. En 1899, elle décide d'aller en Europe, d'abord à Londres puis, un an plus tard, à Paris. C'est là, en deux ans, qu'elle obtient le succès et la notoriété. En effet, aidée par Loïe Fuller qui avait déjà beaucoup de succès et qui l'accueille dans sa compagnie en 1902, Isadora se fait remarquer dans les salons artistiques de Londres, Paris, Berlin et Munich.
Académie de danse vignette|droite|Isadora Duncan dans les années 1910. À Paris, l'effervescence de la vie de bohème de Montparnasse ne lui convient pas. Elle s'installe à l'hôtel de Biron, rue de Varenne, où elle fonde une école de danse en 1905 et y exerce jusqu’en 1908. Elle y est voisine d'Auguste Rodin, « son ami et son maître » selon son récit intitulé Ma vie publié en 1927. Elle l'avait rencontré en 1900 à l'exposition du pavillon de l'Alma. En 1909, elle emménage dans deux grands appartements au 5 rue Danton : le rez-de-chaussée devient son logement et le premier étage fait office d’académie de danse. Pieds nus, vêtue d'écharpes clinquantes et de fausses tuniques grecques, elle crée un style primitif basé sur l'improvisation chorégraphique pour aller à l'encontre des styles rigides de l'époque. Elle est particulièrement inspirée par la mythologie grecque. Elle rejette les pas de ballet traditionnel pour mettre en valeur l'improvisation, l'émotion et la forme humaine. Isadora Duncan pense que le ballet classique, avec ses règles strictes et ses codifications, est « laid et contre nature »Isadora Dunan, Ma vie, 1927, réédition, Folio - Gallimard, 1987, page 34.. Un nombre très important de personnes se rallient à sa philosophie, ce qui lui permet d'ouvrir une école et d'y enseigner.
vignette|Rik Wouters, La Vierge folle (1912), université de Liège, musée en plein air du Sart Tilman, sculpture inspirée d'un mouvement d'Isadora Duncan. Son importante influence inspire de nombreux artistes et auteurs dans leurs créations de sculptures, bijoux, poésies, romans, photographies, aquarelles et peintures, à l'exemple du personnage d'Élise Angel du roman de John Cowper Powys intitulé Comme je l'entends J.C. Powys, Comme je l'entends, traduction de After My Fashion par R. Pépin, Seuil, 1989.. Élise est une danseuse librement inspirée d'Isadora Duncan et représentant l'amante (libre) du héros principal, Richard Storm, en contraste avec son autre amour, légitime et possessif, Nelly.
Lorsque le théâtre des Champs-Élysées est construit en 1913, le portrait d'Isadora est gravé par Antoine BourdelleLe musée Bourdelle organise du 20 novembre 2009 au 14 mars 2010 une exposition consacrée à la danseuse : « Isadora Duncan (1877-1927) Une sculpture vivante » : Article consacré à l'exposition, mairie de Paris. dans les bas-reliefs situés au-dessus de l'entrée, et peint par Maurice Denis sur la fresque murale de l'auditorium représentant les neuf Muses. À cette époque, elle s'installe à Meudon Bellevue, où elle fonde une nouvelle école de danseHôtel de Bellevue..
Engagement politique et mariage En 1922, afin de montrer son adhésion à l'expérience sociale et politique de la nouvelle Union soviétique, elle décide de s'installer à Moscou. Sa notoriété internationale apporte une attention plus que bienvenue sur le ferment culturel et artistique du nouveau régime. Elle rencontre et épouse en le poète Sergueï Essénine son cadet de dix-huit ans. Leur relation tumultueuse qui l'épuise et la dureté des conditions de vie sous le régime des Soviets, après la révolution, l'amènent à retourner à l'Ouest en 1924. Au cours de sa dernière tournée aux États-Unis en 1922-1923, elle agite une écharpe rouge qu'elle porte sur sa poitrine en proclamant : . Essénine l'accompagne en tournée en Europe, mais ses tendances alcooliques et les accès de rage qui s'ensuivent l'amènent régulièrement à détruire des meubles ou enfoncer des portes et fenêtres dans leurs chambres d'hôtel, générant une publicité tapageuse autour du couple. L'année suivante, il quitte Isadora, leur divorce sera prononcé, il retourne à Moscou, où il entre bientôt en dépression nerveuse puis est interné dans une institution spécialisée. Il est admis qu'une fois sorti de l'hôpital il se suicide, à l'âge de 30 ans, le . Les circonstances de sa mort ne sont pourtant pas claires et le doute persiste entre meurtre et suicide.
Vie privée vignette|Isadora Duncan avec Sergueï Essénine en 1923. La vie privée d'Isadora Duncan, tout comme sa vie professionnelle, fait fi de toutes les mœurs et règles de la moralité traditionnelle. Bisexuelle, ce qui n'est pas chose inhabituelle dans les cercles hollywoodiens de l'époque, elle a une longue relation très passionnée avec la poétesse Mercedes de Acosta et a aussi été probablement engagée dans une histoire amoureuse avec l'autrice Natalie Barney. Elle a notamment déclaré : .
Elle a une liaison avec Jules Grandjouan, dessinateur et révolutionnaire connu pour ses dessins dans L'Assiette au beurre, qui dessine aussi sa danse, et avec le compositeur André Caplet.
Isadora Duncan a deux enfants hors mariage : Deirdre, née le , avec le décorateur de théâtre Gordon Craig, et Patrick, né le , avec Paris Singer qu'elle surnomme « Lohengrin », l'un des nombreux enfants d’Isaac Merritt Singer, le fondateur des célèbres machines à coudre de même nom.
Pour Isadora Duncan, Paris Singer fait aménager l'hôtel Coulanges de la place des Vosges : il fait transformer la salle de réception en une salle de danse avec un escalier monumentalHistoire de l’hôtel de Coulanges. par Camille Bidaud., celle-ci devenant un lieu de représentation où la jeune femme peut esquisser ses chorégraphies.
Mais le survient la noyade dans la Seine de Deirdre et Patrick Augustus lors d'un accident. Les enfants se trouvent dans la voiture avec leur nourrice Annie McKessack Sim, d'origine écossaise, de retour d'une journée d'excursion pendant qu'Isadora est restée à la maison. La voiture fait un écart pour éviter une collision. Le moteur cale, le chauffeur sort de la voiture pour faire redémarrer le moteur à la manivelle, mais il a oublié de mettre le frein à main. Dès qu'il fait démarrer la voiture, celle-ci traverse le boulevard Bourdon à Neuilly-sur-Seine, dévale la pente, et les deux enfants et leur nourrice meurent noyés dans la Seine.
De douleur, Isadora Duncan voyage en Italie et a un enfant avec un aristocrate italien. Le , elle accouche à Meudon, d'un fils mort-né, ainsi qu'elle le raconte dans son autobiographie intitulée Ma vie : « Je crois qu'à ce moment-là, j'atteignis le sommet de la douleur humaine, car avec cette mort il me semblait que mes autres enfants mouraient encore une fois ; c'était comme la répétition de la première agonie, avec quelque chose qui s'y ajoutait encore. » vignette|Isadora Duncan et ses deux enfants vers 1912 (photographie d'Otto Wegener). Après l'accident emportant ses deux jeunes enfants et la mort de son bébé, Isadora Duncan se retire quatre mois à Deauville, d' à L'Horizon, magazine de la ville de Deauville, n° 52, février 2009.. Elle loge à l'hôtel Normandy, puis loue la villa Black and White« Isadora, Cécile et Suzy, stars de la Côte fleurie », Le Calvados, n° 117, automne 2014.. Elle a là une liaison avec un médecin localIsadora Dunan, Ma vie, 1927, réédition, Folio - Gallimard, 1987, le . Elle voyage ensuite à Corfou, lors de sa convalescence, avec son frère et sa sœur. Puis elle passe plusieurs semaines dans un complexe au bord de la mer à Viareggio, en compagnie de l'actrice Eleonora Duse. Le fait que celle-ci sorte tout juste d'une relation lesbienne avec la jeune rebelle féministe Lina Poletti alimente les spéculations quant à la nature de la relation qui unit les deux femmes. Néanmoins il n'a jamais été prouvé qu'elles aient été engagées dans une relation amoureuse.
Dans son livre autobiographique Ma vie, Isadora Duncan raconte entre autres sa très brève rencontre, en , avec l'aviateur Roland Garros en ces termes :
Roland Garros en effet trouve la mort à l'issue d'un combat aérien quelques jours plus tard, le .
Mort Isadora Duncan meurt tragiquement le à Nice Le Petite Niçois du 15/09/1927. Le long foulard de soie qu'elle porte se coince dans les rayons de la roue de l'Amilcar GS de son garagiste Benoît Falchetto14 septembre 1927. Crime sur la promenade des Anglais : un châle étrangle la danseuse Isadora Duncan., Le Point, 14 septembre 2012.. Elle est étranglée et a le cou cassé., avant d'être brutalement éjectée du véhicule et meurt sur le coup dans sa chute sur la chaussée. Elle est incinérée et ses cendres sont déposées à Paris au columbarium du cimetière du Père-Lachaise (case 6796) auprès de celles de ses enfants Deirdre et Patrick (respectivement cases 6793 et 6805), morts quatorze ans plus tôt.
Apport à la danse contemporaine Isadora Duncan tire sa première idée de la danse du rythme des vagues de l'océan Pacifique, près duquel elle vécut toute sa jeunesse en Californie.
Elle est l'une des premières à réagir à la contrainte imposée au corps par le tutu ou par les pointes. Elle danse pieds nus, voire totalement nue, et à l'extérieur. Elle est également l'une des premières à s'affranchir de la musique et à trouver sa propre musicalité interne.
D'après Serge Lifar, la , invoquée par Isadora, est .