Dumarsais Estimé, né le à Verrettes, mort le à New York, est un homme politique haïtien, président de la République du au .

Auparavant, il fut député des Verrettes pendant 16 ans, président de la Chambre et ministre (secrétaire d’État) à l’Instruction publique, à l’Agriculture, et au Travail.

L'idéologie politique de Dumarsais Estimé est un mélange de nationalisme et de progressisme. Cette idéologie est appelée l'estimisme..

Le souvenir de sa présidence reste très positif chez de nombreux Haïtiens, en raison des réformes entreprises et des progrès économiques et sociauxAnthony Georges-Pierre, Dumarsais Estimé, l'homme, l'œuvre et les idées, Port-au-Prince. Deuxième édition, 2012 indéniables que connut la république d’Haïti au cours de cette période.. De ces réalisations il ne faut pas seulement retenir les plus connues, comme l’Exposition internationale organisée en 1949 pour célébrer le bicentenaire de la fondation de Port-au-Prince en 1749 par les colons français de l'île de Saint-DomingueLe Livre Bleu, Haïti 1946 - 1949, Éditions Méditerranéennes : http://online.fliphtml5.com/msvlu/inpx/, ou la création de la ville de Belladère comme symbole de développement face à la République dominicaine, et la construction du pont sur la Grande Anse qui continue encore de nos jours à desservir une des plus belles régions d’Haïti. Il convient aussi de souligner les lois votées et les investissements réalisés pour la mise en valeur des zones rurales, la construction de nombreuses écoles et la modernisation du système éducatif, la protection des droits des travailleurs par la promulgation du Code du travail et en fin de compte la création de conditions propices à la croissance économique, particulièrement dans le tourisme et la petite industrie, et à l’amélioration des conditions de vie de la population haïtienne.

Dumarsais Estimé est destitué par l'armée haïtienne, dirigée par Franck Lavaud. Il est assigné à résidence, puis s'exile à Paris et meurt à New York le .

Carrière politique de Dumarsais Estimé

Carrière professionnelle

Léon Dumarsais Estimé naquit le à Verrettes, commune d'Haïti située dans le département de l'Artibonite, dans une famille de propriétaires terriens. Son père, Alciné Estimé, était le fils de Sara Dorval (1845-1938) et d'Estimé Pierre (1851-1904). Sa mère, Fleurencia Massillon, aimante et attentive, marqua profondément son fils, ébranlé par le décès de son père, alors qu'il était encore un enfant. Son oncle, Estilus Estimé, qui fut maire de Verrettes (1936) et devint plus tard sénateur de la République (1938), se chargea de son éducation et exerça une grande influence sur son neveu. Il l'instruisit de la réalité sociale haïtienne et le convainquit de la nécessité du courage et de l'honnêteté dans les affaires publiques.

Estilus Estimé envoya le jeune Dumarsais chez les frères de Saint-Louis de Gonzague à Saint-Marc, puis au collège Pinchinat et plus tard à Port-au-Prince au lycée Alexandre-Pétion, jusqu’au baccalauréat. Il bénéficia de l’enseignement de maîtres tels que Jean Price-Mars, Catts Pressoir et Jean-Chrysostome Dorsainvil. En 1920, il fut nommé répétiteur au lycée Pétion, et à partir de 1922, tout en poursuivant des études de droit jusqu’à la licence, il y enseigna les mathématiques, jusqu’en 1926. A cette date, il fut renvoyé de son poste après avoir exprimé publiquement son opposition au gouvernement du président Louis Borno et à l'occupation américaine.

Estimé avait quinze ans lorsque débuta l’occupation américaine d’Haïti ( - ), événement qui marqua son adolescence et détermina l’orientation de sa vie d’adulte. Dumarsais Estimé était un érudit (passionné de littérature française et de philosophie) qu’habitait une farouche volonté de libérer Haïti de l’occupation étrangère et de changer la société dans laquelle il vivait. Il fallait, selon lui, lutter contre les abus de l’élite traditionnelle et éduquer les masses. Sa pensée sera marquée par les préoccupations sociales et par une inlassable détermination à servir son peuple et son pays.

Carrière politique

Élection à la Chambre des députés Devenu avocat, il pratiqua d'abord à St. Marc avant de se lancer en politique et d'être élu député en 1930 dans la circonscription de Verrettes. Le , il obtint la confiance de ses collègues qui firent de lui le président de la Chambre des députés, par 27 voix sur 28.

Ministre de l’Instruction publique, de l’Agriculture et du Travail En 1937, il intégra le gouvernement du président Sténio Vincent, qui le nomma ministre (secrétaire d'État, selon la terminologie de l'époque) de l'Instruction publique, de l'Agriculture et du Travail, sans qu'il n'abandonnât pour autant son siège au Parlement.

Ses deux années passées à la tête de l'Instruction publique furent marquées par une volonté affichée d'étendre l'éducation et la culture à l'ensemble du peuple haïtien, en particulier les plus défavorisés. Dans cette perspective, Dumarsais Estimé s'attacha à améliorer le niveau et la qualité de la formation des enseignants, à relever le salaire des instituteurs et des professeurs, à réorganiser les lycées, à réformer le baccalauréat haïtien et l'organisation des examens, ainsi que les programmes universitaires (introduction d'une licence ès Lettres et ès Sciences) en vue d'atteindre une parité avec les institutions universitaires étrangères (en corollaire, des bourses d'études à l'étranger furent accordées aux étudiants des deux sexes). Il convient de citer également la création d'écoles en milieu rural et l'organisation de la Bibliothèque nationale de Port-au-Prince et de ses antennes provinciales. Enfin, l'École normale d'institutrices fut créée à Port-au-Prince, répondant à un besoin important de promotion du rôle socio-économique des femmes dans la société haïtienne.

D'origine paysanne et connaissant l'importance du secteur agricole dans l'économie, Dumarsais Estimé fit en sorte de doter le ministère de l'Agriculture de collaborateurs compétents. L'objectif affiché était de renforcer les cultures vivrières, mais aussi de développer la culture des denrées destinées à l'exportation afin d'équilibrer la balance commerciale.

Lorsqu'en 1941, le président Vincent, proposa à l'Assemblée nationale son secrétaire, Élie Lescot, comme potentiel successeur, Estimé vota en sa faveur et Lescot fut élu président. Le , Estimé s'opposa cette fois-ci à la réélection de Lescot, désapprouvant la révision partielle de la Constitution entreprise par le président, et vota contre lui. Ce dernier fut cependant majoritairement réélu.

Élection à la présidence En tant que député, Estimé observa de près les événements de 1946 (crise économique et grave crise sociale induite par les revendications légitimes des classes défavorisées) qui conduisirent à la démission du président Lescot. Le gouvernement provisoire, dirigé par Franck Lavaud, mit en place de nouvelles élections. Alors que communistes et nationalistes prônaient un changement de régime, Estimé se présenta aux électeurs comme un modéré et fut réélu lors des législatives de 1946.

Le , les modérés ayant obtenu une majorité à la Chambre des députés, Estimé fut désigné pour être candidat. Il fut élu président de la République, après un second vote des députés, pour quatre ans, par 31 voix sur 58. Son premier geste de président élu fut de saluer ses opposants : Dantès Louis Bellegarde, Edgard Numa et Démosthène Calixte.

Présidence de la République gauche|vignette|272x272px|Investiture de Dumarsais Estimé le 16 août 1946. Dumarsais Estimé fut investi président de la République le .

Il remplaça le gouvernement provisoire présidé par le général Franck Lavaud.

Il devient le premier président noir apres l'occupation américaine en Haiti.

Son accession à la présidence intervint au lendemain d'une longue période de grande effervescence, aboutissement de mouvements sociaux, politiques et culturels impliquant les étudiants, les femmes, des syndicats et des partis politiques. C'était une période où Haïti tentait de sortir des clivages sociaux et de couleur qui n'avaient cessé de dominer la politique depuis l'indépendance et particulièrement après l'occupation américaine (1915 - 1934). Les pouvoirs politique et économique étaient dominés par une bourgeoisie mulâtre qui ne favorisait pas la mixité sociale. L'année 1946 fut surtout une tentative de mutation de la société haïtienne. Les résistances étaient nombreuses.

Dans son adresse à l'Assemblée nationale, Dumarsais Estimé s'exprima ainsi : « C'est la grande famille des masses dont je suis un représentant que vous avez voulu honorer ». Il fit cependant appel à l'union et à la bonne volonté de tous : « C'est l'heure où chacun de nous doit démontrer que la patrie est la première et la plus sacrée de ses préoccupations ». Pour terminer, Estimé exhorta à la moralité au sein du gouvernement : « Si, bergers du troupeau, nous nous en constituons les loups, (…) alors il sera temps d'entrer en jugement avec nous et de nous demander compte ».

Au début de sa présidence, certains accueillirent mal son arrivée au pouvoir, mais au fil du temps, l'opinion publique se rallia à ses idées politiques, appréciant la formation d'un gouvernement d'union nationale (fait rare dans l'histoire d'Haïti), réunissant des adversaires d'hier, tels que George Rigaud et Daniel Fignolé, et des représentants de toutes les tendances sociales et politiques, à l'exception des communistes. Estimé mit en œuvre rapidement un ambitieux programme social et économique, qui rejoignait les aspirations de la majorité. Par exemple : Il réduisit considérablement la dette nationale et ainsi mit fin au contrôle fiscal de l'étranger, surtout des Américains. Il augmenta le salaire minimum. Il dynamisa l'industrie touristique en faisant d'Haïti une destination privilégiée, surtout durant l'exposition de 1949.

La Constitution de 1946 Le , l’Assemblée nationale constituante, réunie sous la présidence du sénateur Jean Bélizaire, vota la nouvelle constitution de la république d’Haïti, faisant suite à celle de 1935. Cette nouvelle constitution protégeait les libertés fondamentales et garantissait les droits du peuple haïtien. Elle établissait aussi un régime présidentiel en vertu duquel le président de la République, élu pour six ans, était doté d’un domaine de compétences allant de la définition des grandes orientations politiques au contrôle des actions gouvernementales, à la diplomatie et à l’Armée.

La Constitution de 1946 introduisit l’habeas corpus. Ce principe garantissait qu’une personne arrêtée avait droit à une présentation rapide devant un juge, afin qu’il ne statue sur la validité de son arrestation. Cette disposition est à la base de l’État de droit. Cette Constitution interdisait aussi l’extradition pour des raisons politiques. Elle rendit obligatoire le congé payé annuel et la séparation de l’Armée et de la Police.

Cependant, marquée d’une certaine ambiguïté, la Constitution de 1946, contrairement à celle de 1935, n’accordait pas au Pouvoir Exécutif un rôle primordial par rapport au Législatif et au Judiciaire et elle donnait au président de la République le titre de chef des forces armées d’Haïti.

Les réformes économiques et sociales Pauvreté, chômage, analphabétisme, secteur agricole déficient et sous-exploité, difficultés financières, maladies endémiques, clivages sociaux profondément ancrés, tels sont les fronts et les difficultés auxquels devait s’attaquer le gouvernement de 1946 au lendemain de la seconde guerre mondiale qui avait encore aggravé la situation économique d’Haïti.