En linguistique, le syntagme « formation des mots » désigne le moyen interne principal d’enrichissement du lexique d’une langue, consistant en un ensemble de procédés de création de nouveaux lexèmes à partir d’un matériau linguistique préexistant....

Les entités bases de la formation des mots sont de diverses provenances. Certaines sont internes à la langue, tels les mots hérités d’une langue dont a évolué celle en cause, et les mots créés autrement que par formation, à savoir des interjections et des onomatopées. D’autres bases sont des emprunts lexicaux à d’autres langues...

Quant à la nature des bases, il peut s’agir de radicaux libres (en même temps des mots autonomes), de radicaux liés (inexistants en tant que mots autonomes), d’autres parties de mots non autonomes, ainsi que de mots créés auparavant par un procédé de formation.

Les procédés de formation peuvent être groupés de plusieurs façons.

Une division en deux groupes est celle en mots formés spontanément (leur grande majorité) et en mots formés consciemment, certains par des procédés existant dans la formation spontanée, d’autres qui impliquent des réductions conscientes (par exemple les sigles et les acronymes)..

Deux groupes sont également constitués par, d’un côté, les formations lexicalisées, qui sont répertoriées dans les dictionnaires, et, d’un autre côté, les non lexicalisées, tels les mots composés occasionnels formés dans certaines langues., ou la plupart des sigles et acronymes. Ces derniers ne sont même pas inclus par certains linguistes dans la formation des mots.. Les prénoms diminutivés par des procédés de formation des mots entrent aussi dans la seconde catégorie...

Une autre classification est faite selon les modes de formation : ajout d’un affixe, c’est-à-dire dérivation lexicale ; combinaison de mots autonomes ou de parties de mots non autonomes, c’est-à-dire composition ; redoublement ; modification de mots ou de syntagmes par réduction ou altération ; autres procédés suivis de lexicalisation.

Il y a aussi des formations qui combinent des procédés différents, par exemple la réduction et la composition dans les mots-valises et les acronymes.

La formation des mots peut aussi être considérée dans la perspective diachronie vs synchronie, puisque certains mots nouvellement formés remplacent leur base, qui tombe en désuétude, alors que d’autres vivent en parallèle avec leur base, d’ordinaire dans des registres de langue différents.

L’importance des procédés de formation des mots diffère d’une langue à l’autre, mais aussi dans le cadre d’une même langue. Par exemple, en allemand, la composition est beaucoup plus fréquente qu’en français. et, du moins dans les langues mentionnées ici, la dérivation est beaucoup plus importante que le téléscopage.

Procédés de formation des mots

La dérivation

La dérivation est un procédé de formation d’unités lexicales par ajout d’un affixe à une base. L’affixe peut être un suffixe ou un préfixe. Le plus souvent, est ajouté soit l’un (suffixation), soit l’autre (préfixation), ou, plus rarement, les deux à la fois (dérivation parasynthétique), par exemple : américain., décharger., imparable..

En français, la base de la dérivation est un mot autonome ou un radical non autonome, mais dans d’autres langues, cela peut être une autre entité. En BCMSBosnien, croate, monténégrin et serbe., par exemple, la suffixation est souvent concomitante avec la composition d’un nom et d’un radical verbal, ex. staklorezac « vitrier » < staklo « verre » + le radical du verbe rezati « couper » + le suffixe -ac.. En hongrois, la base peut être un mot réduit par apocope et suffixé. C’est ainsi qu’on forme des diminutifs de prénoms (ex. Viki < Viktor), procédé appliqué à des noms communs aussi, ex. mozi « cinéma » < mozgóképszínház « cinématographe », tronqué en moz- + -i.

Dans certaines linguistiques, comme la française, on parle aussi de dérivation régressive, qui consiste en la suppression d’un affixe lexical réel (ex. ; accorder > accord .) ou d’une partie de mot considérée de façon erronée comme tel, ex. ; smochină « figue » > smochin « figuier » , article derivare.. Dans d’autres linguistiques, comme celle de langue anglaise. ou la hongroise., c’est considéré comme un procédé de formation à part, étant en fait contraire à la dérivation proprement dite.

La dérivation régressive est, en même temps, un procédé de formation par réduction de mot, plus exactement par apocope (voir plus bas).

La composition

La composition consiste en la formation de mots nouveaux à partir de deux ou plusieurs mots autonomes (ex. : entrecôte., hors-la-loi.), d’un mot autonome et d’une partie de mot (ex. : inforoute.) ou de deux parties de mots, ex. : viticole..

Dans certaines langues, il y a aussi des noms propres composés, surtout d’entreprises, créés volontairement à partir de mots complets : Naftaplin < nafta « pétrole » + plin « gaz ». ; Budataxi < Buda + taxi..

Le télescopage

Certains auteurs, tels Grevisse et Goosse 2007, incluent parmi les mots composés ceux formés par télescopage, c’est-à-dire les mots-valises, combinaisons de la partie initiale d’un mot et de la partie finale d’un autre, à la suite de la réduction de ceux-ci, par apocope du premier et par aphérèse du second. Exemples : autobus < automobile omnibus ; tembeliziune (familier) < tembel « idiot » + televiziune « télévision ». ; brunch < breakfast « petit déjeuner » + lunch « déjeuner ». ; csalagút « le tunnel sous la Manche » < csatorna « canal » + alagút « tunnel »..

Le redoublement

Le redoublement, appelé aussi réduplication, est un procédé de formation des mots lorsqu’il n’est pas grammatical.

Certains linguistes l’incluent dans la composition quand il consiste en : la répétition d’un mot : cache-cache ; la combinaison de deux entités entre lesquelles il y a une petite différence de forme : des mots autonomes : calea-valea, dans l’expression ce mai calea-valea « enfin bref » (littéralement « quoi encore la voie-la vallée »), article cale. ; un mot autonome et un autre inexistant en tant que tel : easy-peasy (familier) « fastoche », article easy-peasy. ; deux entités inexistantes en tant que mots autonomes : ákombákom « gribouillage »..

Par redoublement de syllabes, on forme aussi des mots simples. Tels sont de nombreux diminutifs de prénoms en français, ex. Mimile..

Dans le langage enfantin, des mots formés par des adultes et employés avec les petits enfants sont construits de la même façon, ex. dormir > dodo. Ce sont en même temps des altérations (voir plus bas).

Réductions

La réduction est le raccourcissement d’un mot simple, d’un mot composé ou d’un syntagme, par la suppression d’une de ses parties.

La réduction d’un mot

L’aphérèse

Cette réduction ou troncation consiste à éliminer la partie initiale d’un mot, ex. américain > ricain (populaire)..

La syncope

Le terme « syncope » désigne l’omission d’un segment de l’intérieur d’un mot, ex. : győzedelem > győzelem « victorie », article Szinkopé..

L’haplologie

L’haplologie est une variante de syncope consistant à éliminer l’un des deux segments identiques ou semblables qui se succèdent à l’intérieur d’un mot, ex. : tragico-comédie > tragi-comédie.

L’apocope

Cette réduction consiste à omettre un segment à la fin d’un mot, ex. cinématographe > cinéma.

La dérivation régressive est un type spécial d’apocope (voir plus haut).

La réduction d’un syntagme ou d’un mot composé

Ces deux entités se correspondent souvent d’une langue à une autre, la première ayant une plus grande fréquence dans certaines (par exemple en français), la seconde étant plus fréquente dans d’autres, comme le hongrois. Leur réduction est au moins partiellement contextuelle.

Certaines réductions de syntagmes se sont imposées au cours de l’histoire de la langue. Exemples : iecur ficatum « foie d’animal nourri de figues »TLFi, article foie. > foie, ficat. ; pătlăgea roșie « tomate » (littéralement « aubergine rouge ») > roșie ; napkelet > kelet « est », « orient ».

D’autres réductions de syntagmes sont totalement contextuelles. Par exemple, la désignation du par « le Parti » est une réduction due au contexte social. Certaines réductions de syntagmes sont conditionnées par le contexte de la situation de communication. Il s’agit de l’omission de précisions qui ont déjà été faites. Par exemple, après qu’on a dit une fois Le jardinier du chateau est venu me voir, dans la partie suivante du discours, on ne dira plus que le jardinier..

Formation de mots à partir de mots tronqués

Les mots résultant de troncations peuvent continuer à vivre avec leur forme, mais certains peuvent en changer. En français, par exemple, dans le registre de langue populaire, la troncation est parfois accompagnée de l’addition d’un -o, ex. : prolétaire > prolo, apéritif > apéro..

Si, en français, les prénoms sont souvent diminutivés par simple apocope (ex. : Édouard > Ed, Stéphane > Steph.), en hongrois on ajoute le plus souvent au prénom tronqué un suffixe diminutif : Ferenc « François » > Feri ou Ferkó, Teréz « Thérèse » > Teri ou Terka. Le procédé est le même pour diminutiver des noms communs. Certains de ces diminutifs sont seulement familiers (ex. : csokoládé « chocolat » > csoki), d’autres, plus anciens, ne sont plus sentis comme des diminutifs et ont remplacé le mot-base, ex. : mozgóképszínház « cinématographe » > mozi « ciné(ma) ».

Un autre type de formation de mots à partir de mots tronqués est le télescopage, qui est en même temps un type de composition (voir plus haut).

Le sigle et l’acronyme

Les sigles et les acronymes résultent de syntagmes réduits par apocope de leurs composants. Dans certaines linguistiques, comme la roumaine, leur formation est considérée comme un type spécial de composition..

Les sigles sont des mots formés des sons initiaux (des lettres initiales) des mots d’un syntagme. Ne sont que des sigles ceux qu’on prononce de manière épelée (écrits d’ordinaire avec des points). Ceux qu’on prononce syllabiquement sont en même temps des acronymes (écrits d’ordinaire sans points). Exemples : H.L.M. < habitation à loyer modéré ; C.F.R. < Căile Ferate Române « Chemins de fer roumains » ; NATO < North Atlantic Treaty Organization « Organisation du traité de l'Atlantique nord ». ; MÁV < Magyar Államvasutak « Chemins de fer d’État hongrois ». ; ULUH < Udruženje likovnih umjetnika Hrvatske « Union des artistes plastiques de Croatie »..

Ne sont que des acronymes les mots formés des parties initiales des composants d’un syntagme, l’une au moins comprenant plus d’un son/d’une lettre, parfois un mot entier : mot international : Benelux < BElgique, NEderland, LUXembourg ; Ifremer < Institut français de recherche pour l’exploitation de la MERLarousse, article IFREMER. ; Asirom < ASIgurarea ROMânească « Assurances Roumaines » ; Algol < ALGOrithmic Language « langage algorithmique ». ; Malév < MAgyar LÉgiforgalmi Vállalat (litt. « entreprise de transport aérien hongroise ») ; Ina < Industrija NAfte (litt. « industrie du pétrole »)..

Les sigles et les acronymes sont traités comme des mots, c’est-à-dire qu’en fonction de leur nature et de la langue en question, ils reçoivent des déterminants, ont un genre grammatical, se mettent au pluriel, se déclinent et servent de base à la formation de mots par d’autres procédés. Exemples : CAPES (< Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré), avec l’article défini masculin singulier, le CAPES ; dérivé : capésien, -ne ;BD (< bande dessinée), avec l’article indéfini pluriel, des bédésLarousse, article bédé ; dérivé : bédéisteWictionnaire, article bédéiste. ; C.F.R. (< Căile Ferate Române « Chemins de fer roumains »), avec l’article défini masculin singulier, C.F.R.-ul ; dérivé : ceferist « cheminot »Dexonline, article ceferist. ; HDZ (< Hrvatska demokratska zajednica « Union démocratique croate ») ; dérivé : hadezeovac « membre de l’UDC » (grammaire croate). ;