Le « Théâtre libre de Minsk » (en , aussi ) est l’expression retenue par la presse francophone pour désigner le « Théâtre libre biélorusse »Site web du Théâtre libre biélorusse ( ; ; ). Le Théâtre libre biélorusse est une organisation sans personnalité juridique qui regroupe plusieurs comédiens, un metteur en scène et plusieurs administrateurs, dont les derniers la positionnent comme étant la seule troupe de théâtre clandestine dans la dernière dictature d’EuropeWILLIAMS, David, “Belarus free theatre: an aesthetic opposition first of all”, RealTime, n°89, fév.-mars 2009, p. 9 .POLLACCI, Sarah (France Bleu Sud Lorraine), « Un théâtre libre en Biélorussie », pour Esprit critique de Vincent Josse (France Inter), le 9 mai 2007 . et la présentent comme le fer de lanceRAVENHILL, Mark, “My highlight of 2008? Hooking up with the scary and unstoppable Free Theatre of Belarus”, The Guardian, Monday 5 January 2009 . de la résistance artistique à l’esthétique officielle imposée par le régime du dictateur Alexandre LoukachenkoSelon certaines estimations, « Théâtre libre biélorusse » et « dictature de Loukachenko » fonctionneraient comme deux appellations ou deux « marques déposées » (; ) connexes : voir Andrei FEDORTCHENKO, « Théâtre venu du froid » (), NashaGazeta.ch, 2 décembre 2009 ; Conférence en ligne avec Andrei Koureitchik (), Belorus.by, 9 octobre 2008 . en Biélorussie.

Historique de la formation de la troupe thumb|Natalia Koliada, New York, 2011 L’appellation « Théâtre libre biélorusse » a été lancée en , à la fin du deuxième mandat présidentiel d’A. Loukachenko, par le journaliste, consultant en marketing politique et marketing des organisations non commerciales, nouvellement converti en dramaturgeBiographie de l’auteur de la pièce « Je suis venu » () sur le site Web du concours dramaturgique russe « Personnages » (), 2004 , Nikolaï Khalézine, ainsi que par sa femme Natalia Koliada, spécialiste de la technologie administrative de L. Ron Hubbard, élaborée par ce dernier pour la direction des églises de Scientologie.

Le projet a démarré comme un concours indépendant de dramaturgies contemporaines, bénéficiant d’entrée en jeu d’une couverture médiatique dense dans une partie de la presse d’opposition, en raison de rapports privilégiésLes tout premiers articles consacrés au « Théâtre libre » par la presse indépendante biélorusse ont été rédigés sous forme d’annonces publicitaires : cf. Alexandre Dautine, « Derrière le “Théâtre libre”, une Biélorussie libre » (), Journal d’affaires biélorusse, avril 2005 ; « Premier Concours International de dramaturgies contemporaines “Théâtre libre” » (), Charter’97, 2 mars 2005 . entretenus avec le milieu relativement compact de journalistes indépendants, en Biélorussie, par Nikolaï Khalezine, qui avait successivement exercé, entre 1995 et 2001, les fonctions de vice rédacteur en chef dans plusieurs journaux indépendants. Le lancement de ce nouveau projet théâtral est survenu au moment où la dernière troupe de théâtre indépendante en Biélorussie, la « Scène libre » (), avait été liquidée par les autorités, et lorsque plusieurs metteurs en scène des théâtres d’État avaient commencé à travailler avec leurs acteurs dans des appartements privés. En , les deux fondateurs du « Théâtre libre biélorusse », Natalia Koliada et Nikolaï Khalézine, qui avaient réussi à s’assurer du soutien de célébrités mondiales fortes de leur position morale, telles que Václav Havel et Tom Stoppard« Une fenêtre théâtrale vers l’Europe » (), Charter’97, 22 mars 2005 ., ont été rejoints par le jeune metteur en scène Vladimir Scherban et le collectif de comédiens que ce dernier avait réuni autour de lui pour travailler, hors institution, sur des textes de théâtre contemporains refusés par les théâtres d’ÉtatOlga Mikcha, Viktor Martinovitch, « Le théâtre d’un seul censeur » (), BelGazeta, 7 juin 2004 ., dont 4.48 Psychose de Sarah Kane et Some explicit polaroids de Mark Ravenhill.

Travail artistique Le collectif ainsi rassemblé a créé entre 2005 et 2010 neuf spectacles différents, presque tous montés par Vladimir Scherban en collaboration avec les acteurs. Le travail de la troupe se réclame d’un théâtre documentaire, social et politique, en prétendant mettre en œuvre une forme radicale, ou frontale, de la sincéritéSelon le directeur de la troupe Nikolaï Khalézine, les spectacles du « Théâtre libre biélorusse » ont ceci de particulier qu’ils visent et qu’ils réussissent à « dépasser le seuil de la sincérité ». Voir : [Nikolaï Khalézine sous le pseudonyme de] Anna Makovskaya, «“Théâtre libre”. Une fleur pour Pina Bausch», site web du « Théâtre libre biélorusse » : www.dramaturg.org, 20 novembre 2009 ; même texte traduit de manière sommaire pour la version française du même site web : .. En se basant sur les épisodes tragiques de leur propre vie, les acteurs du « Théâtre libre biélorusse » écrivent souvent eux-mêmes les textes qu’ils jouent, avec le but déclaré d’explorer leurs blessures personnelles, et afin de toucher celles du spectateur, si bien que les représentations endossent généralement une fonction thérapeutique et présentent un aspect confessionnelPar exemple, dans le spectacle « Zone de silence » présenté à la XII édition du prix Europe pour le Théâtre, l’un des acteurs raconte le suicide de son fils. Cf. Julien Lambert, « Thessalonique : prix Europe 2008 », Scènes Magazine, septembre 2008 articuléPavel Séline, « La liberté sent le chocolat » (), Charter’97, 21 janvier 2010 ., visant à créer une dépendance psychologique entre les présents à travers le partage d’un sentiment de honte et la sensation d’une purification commune.

Situation pratique Grâce à la valorisation de l’idée d’une résistance artistique à la dictature, laquelle a permis de justifier ou de faire accepter des techniques de promotion combatives, les activités du « Théâtre libre biélorusse » ont pu bénéficier d’une couverture médiatique internationale importante. Au début de 2010, la compagnie regroupe cinq comédiens professionnels, un metteur en scène, deux directeurs et deux techniciens. Elle accumule l’essentiel des subventions accordées par les ambassades occidentales aux artistes indépendants en BiélorussiePar exemple, le budget du seul spectacle Eurepica.Challenge, réuni « sous le patronage financier » de la mairie de Lund (Suède) atteint aux dires de Nikolaï Khalézine « un demi million de dollars » américains : voir « Un Khalezine libre » (), Kaskad №21/345, novembre 2009 . L’ambassade de la Grande-Bretagne en Biélorussie a financé, quant à elle, la création auprès du « Théâtre libre biélorusse » d’un studio d’enregistrement, d’un projet de formation à long terme intitulé « Fortinbras » (cf. infra), ainsi que l’édition de recueils de pièces et de spectacles audio sur CD.. Depuis 2007, le « Théâtre libre de Minsk » loue une maison vétuste dans un quartier modeste de la capitale, réaménagée en un outil de travail, où ont lieu toutes les répétitions, toutes les représentations, et la plupart des interviews données par les représentants de la troupe à la presse occidentale et la presse indépendante locale.

Projet pédagogique Au début de 2009, grâce au soutien financier de l’ambassade de Grande-Bretagne en BiélorussieSite web de l’ambassade de Grande-Bretagne en Biélorussie, le « Théâtre libre de Minsk » s’est doté d’un projet de formation appelé « le studio Fortinbras » et destiné aux étudiants locaux sans expérience théâtrale. Natalia Koliada et Nikolaï Khalézine, qui constituent un couple conjugal, et qui se définissent respectivement comme « directrice générale » et « directeur artistique » du « Théâtre libre de Minsk », y enseignent eux-mêmes le marketing, le management des organisations culturelles et la dramaturgie. Le but déclaré de ce projet d’enseignement est la « formation d’un créateur universel : d’un homme qui saura tout faire – écrire, mettre en scène, jouer – et sera capable de proposer son produit artistique pour la réalisation dans n’importe quel pays du monde »Rimma Ouchakevitch, « Un théâtre dans le système “Realpolitik” » (), 29 janvier 2010 ; voir également l’annonce correspondante sur le blog de Nikolaï Khalézine : « Le studio théâtral Fortinbras » . Il est à noter qu’il existe une certaine congruence entre cette conception universaliste de l’éducation et la méthode :en:Study Tech utilisée en Scientologie.. À côté de cela, il est précisé que « le “Théâtre libre” biélorusse n’est intéressé qu’à la formation du personnel pour le travail dans son propre collectif »Nikolaï Khalézine, « Le “Théâtre libre” biélorusse cherche les talents » (), Charter’97, décembre 2009 .. En les dirigeants de la troupe ont annoncé un nouveau recrutement pour le studio, en déclarant que sur les trente étudiants recrutés depuis la création du projet « Fortinbras » presque tous ont été « éliminés »Nikolaï Khalézine, « Le bilan : le général et le particulier » (), Charter’97, juin 2010 .. Selon les données qui n’ont pas été relayées par les sources secondaires, la majeure partie des étudiants du projet « Fortinbras » ont pris la décision de quitter le studio au début de 2010 pour des raisons relatives aux méthodes d’enseignement, au contenu des matières et au type du rapport enseignant/étudiant entretenu par le couple des directeurs. Natalia Koliada et Nikolaï Khalézine ne possèdent aucune éducation professionnelle dans les disciplines et les matières qu’ils enseignent. Natalia Koliada est diplômée d’un master de la faculté d’Histoire de l’université pédagogique de Minsk; elle a également suivi des cours de management et de gestion des affaires auprès des cycles de formation scientologues à Moscou, ainsi qu’au « Hubbard College américain » (Génération Jeans: pièces de jeunes dramaturges de Biélorussie traduites par Andrej Kaliada / Comp[ilation] par M. Khalezin, N. Kaliada, Minsk, 2007) ; p. 97 présente une courte biographie de Natalia Koliada () en qualité de l’auteure de la pièce “Elles en ont rêvé” (); p. 264 porte : « Printed in EU » ; p. 2 porte : « Le “Théâtre libre”, l’association mondiale des Biélorusses “Baćkaŭščyna” et Andrej Kaliada expriment leur profonde gratitude envers Mme Irene Kaliada-Smirnov, présidente de la fondation philanthropique “The Ethnic voice of America” (Parma, États-Unis) pour son aide énergique dans l’édition de ce livre » ; pp. 175-176 présentent une courte biographie de Nikolaï Khalézine () en qualité de l'auteur des pièces “Je suis venu” (), “Action de grâce (Thanksgiving)” () et “Génération Jeans” ()., une école non accréditée qui enseigne le management en utilisant les méthodes développées par le fondateur de l’Église de scientologie L. Ron Hubbard. Nikolaï Khalézine ne possède aucune éducation supérieure, ni aucune éducation spécialisée en matière de dramaturgie, de mise en scène ou d’art de comédien. .

Reconnaissance internationale

Le premier pays ayant exprimé sa solidarité avec le « Théâtre libre biélorusse » a été la Lettonie. La toute première tournée étrangère de la compagnie a eu lieu en sur la scène du « Nouveau Théâtre de Riga »Site web du Nouveau Théâtre de Riga dirigé par Alvis Hermanis, lauréat du prix Europe pour le théâtre.

Remarqué en au Festival de théâtre de Berlin, le « Théâtre libre biélorusse » a débuté sur la scène française le même mois à la Maison d’Europe et d’Orient. Par la suite, entre et , la troupe a été invitée au Festival « Passages » du CDN de Nancy, au festival « Backstage » de la Comédie de Saint-Étienne, et à une résidence artistique au Théâtre-Studio de Christian Benedetti.